Année sacerdotale: la chasteté et le prêtre.

Publié le 21 Août 2009




La Très Sainte Vierge Marie est toute pure et toute chaste. Elle est le summum de la chasteté. Elle monte au ciel, intacte, préservée de tout péché, de toute faute, sans tâche, immaculée.

L’immaculée pleine de grâces est ultra-chaste. Pas une ombre, pas une tache ne vient maculer son corps et son âme. Cette chasteté absolue nous invite, en cette année sacerdotale, à réfléchir à la chasteté du prêtre. La pureté de Marie nous renvoie à la chasteté du prêtre. La Vierge Marie assomptée au ciel nous convoque à la chasteté, et appelle ses fils prêtres à l’imitation de sa propre virginité, qu’elle tient de Dieu, même si le prêtre est chaste parce que Jésus Christ est chaste.

S’il est un tabou dont on ne parle vraiment que lorsque le sceau est rompu, c’est bien celui de la chasteté du prêtre. Le prêtre est souvent présenté comme un être dépourvu de sentiments, il est neutre, ni il ne boit, ni il ne mange, il n’a aucune émotion, un être qui ne peut pas « faillir », alors lorsqu’il tombe c’est un drame.

Or, lorsque le scandale arrive et « vous ne pouvez pas empêcher que les scandales arrivent », l’on s’étonne de ce que le prêtre soit ainsi faible. La presse a vite fait de livrer en pâture les détails scabreux de la vie de ces pauvres hommes qui ont cédé aux pressions de la chair et qui n’ont pas su ou voulu lutter contre les tentations de tous ordres. Tout le monde s’étonne, se scandalise, s’émeut, s’effraie… cela fait les gros titres des journaux. Qu’un prêtre « tombe » pour une « sombre » affaire, cela « produit » de l’effet, et cela « fait vendre » les journaux.
Mais quelle honte et quelle horreur !

Une chose est certaine : si les prêtres « tombent » c’est qu’il y a des raisons, et de cela personne ne parle vraiment. On s’arrête au scandale, on s’en repait, on parle, on en parle, on en reparle ; mais personne ne se pose vraiment la question de savoir « pourquoi » tel homme, tel homme-prêtre est « tombé » ? Quelles sont les causes profondes et actuelles pour lesquelles un homme qui avait promis fidélité et chasteté, est en réalité « tombé ».

En regardant de plus près l’on s’aperçoit que si le prêtre est faible, c'est parce que l’homme qu’est le prêtre est encore plus faible. Malgré certaines apparences entretenues voire trompeuses, il est fragile et reste fragile, car il est « homme avant tout », et homme pécheur. Cependant, une chose doit être dite : pour ne « pas tomber » dans ces choses scandaleuses, c'est-à-dire pour ne pas « céder » aux pressions de toutes sortes, il faut lutter et se combattre soi-même, combattre ses tendances, ses appétences, ses appétits sexuels. Il faut consentir à de multiples sacrifices, prier et jeûner. Se mortifier : « si ta main… » etc…

Or, comment « résister » aux tentations et lutter, si dans une société donnée l’on refuse la seule idée de sacrifice ? Comment lutter lorsque tout porte au contraire de ce qu'est l’effort et le sacrifice ? Le pire c’est lorsque cette société est « ecclésiale », car il arrive que certaines Eglises locales ont gommé de leur enseignement toute référence au sacrifice ! Ceux-là mêmes qui sont sensés offrir le « saint » sacrifice, le sacrifice parfait, le sacrifice pur, n’en ont ni le goût, ni le sens, puisqu’on leur a dit que la Messe n’est pas ou n’est plus un « saint sacrifice », mais un simple pain partagé « pour un monde meilleur »… Ils ont remplacé le sacrifice par une « fête », ils ont substitué l’immolation sainte par une « assemblée bruyante » d’un peuple qui se noie dans un verbiage inutile et creux. Que l’on ne s’étonne pas s’ils sont incapables d’accomplir le sacrifice de leur propre chair, si déjà, à la messe, ils ne parlent plus du « saint Sacrifice ». Quand bien même ils ne l’offriraient plus !

Le prêtre est l’homme du Sacrifice, du Saint Sacrifice. S’il ne « sacrifie plus saintement », alors il n’est plus prêtre, ni homme, et encore moins « homme-prêtre ».

C’est dans le Saint Sacrifice que le prêtre offre comme le Christ à son Père, le "suprême sacrifice", mais en même temps le prêtre offre sa chair en oblation, son offrande suprême de lui-même qu’il unit à celle du Christ. Et cette offrande suppose une lutte, un combat. Car lutter contre la tentation suppose un combat et un sacrifice. Et ce sacrifice rejoint l’unique sacrifice du Christ. Le sacrifice du prêtre, le sacrifice de la solitude, de ne pas céder aux appels de la chair, celui auquel il consent en choisissant d’être seul, le sacrifice de vivre seul, de dormir seul, ce sacrifice n’a de sens que s’il est relié à l’unique et saint Sacrifice de Jésus Christ. Lorsqu’il agit « in persona Christi » au cours du Saint Sacrifice de la Messe, le prêtre offre aussi son propre sacrifice. Il est uni au Christ. Intimement, chastement, purement. Le prêtre imite non seulement le Christ, mais il est christoconformé dans sa chasteté, dans cet abandon total de tout son être, depuis son esprit jusqu’à ses fonctions viriles…

Tout à tous, le prêtre ne peut être à l’un ou à l’autre, donc le prêtre doit être seul. Seul comme le Christ-chaste, qui fut seul face à son père. Jésus Christ n’a jamais été marié. Il est seul sur la croix, il est seul dans le tabernacle. Voilà pourquoi la chasteté revêt cet aspect « sponsal » qui le rend disponible ou accessible à tous, car le Christ en étant chaste peut-être Epoux d’humanité. Tout à tous, il est sans partage ni confusion. Comme le prêtre l’est à son tour : tout à tous, il est l’homme de tous et de toutes. Si le prêtre se donne à une femme, il rompt cette donation totale de son corps et de son âme à l’humanité entière.

Celui qui refuse ce « sacrifice » d’être seul face à la croix et au tabernacle, pour être « tout à tous », sombrera lentement vers la « solution » de mettre quelqu’un d’autre à la place du tabernacle ou de la croix : une femme (voire … un homme !) viendra se substituer à la croix ou au tabernacle! Et le monde avec son cortège d’inepties légitimera cette trahison en invoquant la fausse condescendance (si commune) qui lui fait dire vulgairement : « après tout, y’a pas d’mal à s’faire du bien ? » ou encore "après tout, s'il est heureux comme ça" (y a-t-il du bonheur dans la trahison ?)

L’homme, le prêtre, le prêtre-homme qui consent au sacrifice de sa vie, qui consent à lutter, coûte que coûte, contre la tentation, contre les tentations, celui-là est béni de Dieu, car Dieu nous attend dans la lutte, et pas dans les prouesses ou les réussites. Il est là, et nous soutient. Le prêtre qui lutte (même jusqu'au martyr) sait que, malgré tous les sacrifices auxquels il doit consentir, ses efforts ne seront jamais vains, et il saura maintenir son sacerdoce dans la chasteté, tel un joyau dans un écrin.

« ça n’est pas le sacrifice que je veux, mais la miséricorde ». En effet, le sacrifice ne suffit pas. Car en plus du sacrifice, il faut de la miséricorde, de la charité et de l’amour. C’est la miséricorde qui est l’enveloppe du Sacrifice. De même que c’est la charité qui est l’enveloppe du Saint Sacrifice de la Messe. Le sacrifice sans miséricorde, sans charité, durcit toujours davantage et finit par faire choir l’homme, le prêtre, le prêtre-homme. On le voit bien dans les querelles qui divisent autour de la Messe. La Messe sensée « rassembler » continue au contraire de diviser, car d’un côté comme de l’autre, elle est séparée dans son aspect miséricordieux ou sacrificiel.

Mais c’est la miséricorde qui « porte » le sacrifice, bien plus, c’est elle qui enfante le sacrifice, qui l’entoure, le féconde et le porte à terme. La Messe est une : c’est le saint sacrifice, qui baigne dans la miséricorde, dans la charité, dans l’amour.

Un prêtre qui vit son sacrifice sans miséricorde aura vite fait de sombrer lui aussi. Le prêtre qui est heureux, c’est celui qui vit le sacrifice de son corps, de son cœur, dans la totale liberté et la grande charité christique miséricordieuse. Car la chasteté n’est nullement « imposée », elle est choisie, après avoir été donnée. Elle ne s’arroge pas, elle n’est pas naturelle, mais bien surnaturelle : elle est don, avant tout. Un don de Dieu. La chasteté n’est pas une privation absurde de la génitalité, mais une offrande de cet usage, un don de ce que l’on reçoit. L’homme viril qui est homme pleinement se donne et fait le sacrifice de sa génitalité qu’il a reçue de Dieu. De cet échange entre le don et l’offrande, surgit une liberté souveraine qui porte l’âme aux sommets. Vers les cimes de la béatitude. Comprenne qui pourra.

Le prêtre n’est pas « chaste » naturellement, il ne l’est que par grâce.

 
C’est un don de Dieu. Au reste, l’Evangile des eunuques vient à point nommé pour distinguer les choses. Il y a trois classes d’eunuques qui ne se recouvrent pas : la première concernent ceux qui le sont par la main de l’homme, la deuxième, ceux qui le sont par nature, et enfin, la troisième, cette mystérieuse troisième classe concerne les eunuques qui ne le sont ni par la main de l’homme ni par nature, mais bien « pour le royaume ». Les eunuques pour le Royaume. A savoir ceux qui sont « normaux » et qui ont tout ce qu’il faut là où il faut, et ça marche, mais qui n’exercent pas leur génitalité même si matériellement « tout fonctionne » normalement. Transeat.

Un détail est fondamental : Jésus Christ dit « celui qui a des oreilles pour comprendre, qu'il comprenne … ». Le Divin Maître sait que ce sacrifice de la génitalité est incompréhensible aux yeux du monde, et Jésus Christ avertit son auditoire en rappelant que bien peu peuvent saisir cette oblation. Un jeune homme qui se donne dans le sacerdoce rencontrera toutes sortes de contradictions, dans un monde qui ne peut comprendre la beauté mystérieuse de la chasteté.

Que le prêtre soit chaste c’est une nécessité pour son ministère : il est ainsi « tout à tous », mais qui peut comprendre en cela en des temps d’égoïsme, de repli sur soi. Qui peut saisir la portée du « don total » que le prêtre chaste réalise en des temps peu propices au renoncement à soi ? Il est évident que le prêtre qui s’est donné dans un premier temps, puis qui se « reprend » ailleurs, ou qui se « récupère » finit tôt ou tard dans une affaire de mœurs, d’alcool ou d’argent.

La chasteté du prêtre est un don. Et un don de Dieu. Le prêtre ne s'arroge pas la chasteté, il la reçoit. Il n’y a pas de prêtre « chaste par nature », car l’homme n’est pas chaste « in natura sua » ; l’homme est fait pour procréer, physiquement, physiologiquement, et le prêtre est homme avant tout ; avec sa génitalité, avec tout son corps, tout son être, toutes ses fonctions, le prêtre reste homme, et il est « tendu » vers l’usage de cette génitalité. Alors pourquoi Dieu a créé le prêtre comme « homme » si c’est pour « brimer » ses fonctions propres, surtout celles dont il tire tant d'avantage et d'honneur ? N’y a-t-il pas là une contradiction ?

Ce sont les deux petits mots « propter Regnum » que signale l’Evangile des Eunuques, qui nous donnent le sens véritable de cette offrande. C’est à cause du Royaume de Dieu que les prêtres sont chastes, purs et prudent et qu’ils ont cette retenue dans leur âme et leur corps.
Car au-delà de la chasteté « corporelle » du prêtre, il existe une « chasteté » morale que le prêtre doit entretenir et là il y aurait encore beaucoup à dire. Le prêtre est « chaste » moralement. Chaste dans son attitude, dans son agir, dans son comportement, dans ses relations, dans sa tenue…

Ce discours est incompréhensible à celui qui n’a pas la Foi. C’est la Foi qui nous introduit à l’intelligence de ces choses. Sans la Foi, l’on ne peut pas comprendre la chasteté nécessaire et vivante du prêtre. La chasteté qui est don, et offrande. La chasteté qui est une vraie liberté sans partage ni récupération. La chasteté qui est un joyau, une perle, un trésor inouï et ineffable.

A l'heure où l'intégrité fait peur, à l'heure où la suprême insulte est de se faire traiter "d'intégristes" parce qu'on la Foi et qu'on la professe sans trahison, il est normal que la chasteté qui est l'intégrité du corps et de l'âme par excellence, soit méprisée. Par conséquent, nous allons à contre courant, nous allons à contre-sens, pour dire que la seule liberté véritable est dans la chasteté sans compromission aucune, ni partage.

La chasteté est la liberté du prêtre. La chasteté est l'offrande sublimée du prêtre qui acquiert la sainte Liberté de son corps, de son coeur, de son esprit et de son âme.

Que la Vierge Marie, Assomptée au Ciel, dans sa toute pureté, soit le modèle porteur et fécond du prêtre-chaste. Car un prêtre est d’autant plus fécond spirituellement qu’il est chaste corporellement. La Bienheureuse Mère de Dieu reste l’exemple des êtres consacrés, elle intercède au ciel comme canal de toutes grâces, pour les prêtres, et pour que les prêtres soient chastes. Que Dieu soit béni, adoré et loué pour le don de la chasteté qui n'est autre que celui de la liberté virile et sublimée.


Mgr Jean-François Grégoire Lantheaume



Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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la marmotte 21/08/2009 12:02

Merci beaucoup, vertigineux propice à de longues méditations pour un jeune qui se voue au sacerdoce. Magistral.

Mickaël 21/08/2009 11:07

pourriez vous nous fournir la qsource de ce texte? merci

philippe 21/08/2009 11:28


mgr Lantheaume,  communauté saint martin. Sublime ! c'est la communauté saint Martin quoi..
sublime !




jean pierre 21/08/2009 10:09

Vraiment très beau!
merci