l'obéissance, le sacrifice et l'amour.

Publié le 2 Septembre 2009




"Écoute, mon fils, les préceptes du maître et tends l’oreille de ton cœur.

 Reçois volontiers l’exhortation d’un père si bon et mets-la en pratique,

 afin de revenir par le labeur de l’obéissance à celui dont t’avait détourné la lâcheté de la désobéissance.
"


règle de st Benoît





L’obéissance suppose le Sacrifice. Notre salut est passé par l’obéissance du Christ. L’obéissance d’un Fils à son Père, contractée au Jardins des Olives, en Gethsémani et consommée sur le Calvaire, en Golgotha. Nous avons été sauvés par l’obéissance d’un homme. D’un Homme-Dieu. Vrai Dieu et vrai homme.

L’obéissance du Christ est donc intrinsèquement mêlée à son Sacrifice ultime et plénier.
Car toute obéissance commence par un sacrifice. Comme toute mission commence par la soumission. Mais une soumission amoureuse.

L’obéissance reste cependant une chose difficile.

Et pour cause : elle suppose le sacrifice. Aujourd’hui le sacrifice a pris un tour peu amène. Pire, on l’a proscrit de notre langage.

Au reste, comment peut-on demander à des catholiques aujourd’hui d’obéir, quand toute notion de « sacrifice » a été abolie ? gommée des caté ? effacée des feuilles paroissiales ? évincée du verbiage des réunions d’équipes de réanimation pastourale ? vomie par ces théologiens à deux balles qui, parce qu’ils ont un diplôme de la Catho, veulent en découdre avec le Bon Dieu. Si les protestants veulent une croix sans Christ dessus, nos théologiens à deux balles, veulent un Christ, mais sans croix... ! qu'est-ce qui différencie les uns des autres ?

Alors gare ! Si depuis le catéchisme jusqu’aux prédications, si vous parlez de « sacrifices », attention vous pouvez passez en correctionnelle pour apologie de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.

On aura beau oublier la Croix, le Sacrifice de la Croix, le Saint, très Saint Sacrifice de la Messe, on aura beau dire tout le contraire, il est cependant bien là, le Sacrifice du Christ. Et il nous a obtenu le salut.
Et ce Sacrifice est celui réalisé dans l'obéissance.


Le sacrifice est pourtant le prélude de l’obéissance, et en même temps il en est la résultat.

Car obéir sans sacrifice, c’est une gageure ! L’obéissance suppose le sacrifice, le renoncement, l’abnégation. Partant, si toutes ces choses (sacrifice, renoncement, effort, abnégation) ont été proscrites, comment peut-on encore « obéir » ? La seule idée de « sacrifice », de renoncement ou d’abnégation répugne à une grande partie d’une chrétienté dite « moderne », « moderniste » ou si vous voulez « postmoderne » (allez je vous le concède). Ceux-là mêmes qui vieillissent mal ou qui se mettent la tête dans le sable, tout refusant de voir la poussée de la fraîcheur et la bienveillance des générations ratzingériennes et benoîthoniques.

On ne s’étonnera donc plus de ce que tout un pan de la catholicité se refuse catégoriquement à l’obéissance, si ce pan est devenu un paon. Refusant par orgueil d’obéir. Refusant le sacrifice dans l’obéissance, et celui de l’obéissance. Toujours par orgueil.

Ils se « préservent » catégoriquement d’obéissance. L’adverbe « catégoriquement » permet d’aller plus loin. Ces mêmes catholiques n’ont retenu de l’obéissance que son stérile avatar d’impératif catégorique. C’est la lourdeur ancienne de l’héritage triséculaire que nous a laissé Emmanuel Kant, coincé à Kaliningrad, et dont il est encore difficile de se départir.

On pourra penser que Kant est un "génie, cependant réduire l’obéissance à une obligation sèche et froide est dangereux. On sait où a mené cette obéissance aveugle de « l’amour de la loi pour la loi », de l’amour « du devoir pour le devoir » : il suffit de voir l’échec des régimes politiques du XIXème siècle qui ont accouché naturellement des dictatures ignominieuses du XXème siècle. Ces derniers régimes politiques eurent le même dénominateur commun : quelque soit la couleur idéologique, c’est l’obéissance servile et kantienne qui les a animés.

Donc, vu le résultat, on va vite abandonner ce concept d'obéissance consistant en une soumission aveugle, par amour de la "loi pour la loi", car obéir aveuglément ou servilement ne mène nulle part.

Avant de comprendre « pourquoi » l’obéissance suppose inéluctablement le sacrifice, il convient de savoir ce qu’on entend par « obéissance ». S’agit-il d’un accord de volonté ? S’agit-il d’une soumission à l’instar d’autre religion ? (« je me soumets » se dit en arabe « Aslam », d’où الإسلام « Islam » qui part de la racine du mot « soumission »). S’agit-il d’une allégeance ? D’une acceptation tacite de tout ce que dit le supérieur ? Ou encore, d’un silence « obséquieux » à la manière des Jansénistes du XVIIème siècle ?


Qu’est-ce que l’obéissance au fond ? Ou bien « pourquoi dois-je obéir ? »
Autant dire : quel est le fondement de l’obéissance ? Quel est son sens véritable ?

Le mot « obéissance » vient du latin « oboedire », terme composé de deux petits mots : "ob" = au-delà et de "oedire" = audire = écouter, c'est-à-dire « écouter au-delà ». Ecouter au-delà des mots, des paroles pour saisir le sens profond de ce que l’on nous dit. Obéir c’est donc d’abord écouter, non pas « entendre » mais écouter. Et écouter au-delà des mots, au-delà des paroles, pour saisir le « suc », la quintessence de ce que l’on nous dit et de ce que l’on attend de nous. La véritable obéissance ne consiste pas en cette servilité kantienne qui est aveugle de naissance, mais bien en une « écoute » qui dépasse les mots, pour saisir la volonté de l’autre, sa pensée, son désir. C’est écouter pour répondre librement. Obéir c’est répondre de manière libre et responsable. Celui qui obéit commence par écouter. Celui qui désobéit ne veut rien entendre. Celui qui accepte d’écouter, d’obéir, d’ouvrir son cœur en capacité, en vitalité, celui-là aime vraiment aussi.


Car l’obéissance présuppose l’amour. C’est l’obéissance amoureuse dont parle Saint François de Sales. Il faut l’amour pour obéir. Bien plus, celui qui obéit ne fait qu’aimer, car l’on ne peut pas obéir sans aimer.

Celui qui écoute, il prête attention. Et comme l’amour est un besoin de l’âme, l’obéissance l’est tout autant. L’âme doit aimer, comme elle doit obéir, et l’amour se fond dans l’obéissance, il est en le prélude, le moyen et la fin. Dans « l’enracinement » Simone Weil dit « l’obéissance est un besoin vital de l’âme humaine ». Obéir sans aimer, c’est se durcir stérilement, se scléroser et mourir par desséchement. Chercher à aimer sans obéir c’est s’atrophier, se flétrir et mourir dans la pourriture.

On l’a vu encore récemment, ceux qui ont désobéi au Pape, à l’Eglise, à la Tradition, et à tout le reste, finalement ils n’aiment pas. Leurs noirs discours sont chargés de mépris. Au contraire, s’ils avaient aimé un Père de Chrétienté, ils auraient cherché « à écouter au-delà » et ils y seraient parvenus pour saisir la portée des paroles, la beauté du message et la grandeur de sa simplicité. Mais non, ils n’aiment pas, alors ils n’obéissent pas. Ils n’obéissent pas au Pape, car dès avant même d’écouter et de comprendre ce que doit dire le Vicaire Christique, ils disent « j’aime pas », « ça m’plaît pas »… !

A Getshémani, le Christ a « obéi » à son Père : « …Père, que ce calice s’éloigne de moi si cela est possible, mais que votre volonté soit faite… » Le Christ a écouté son Père et a saisi le sens de sa céleste et divine volonté. Fiat voluntas tua. Il a obéi, même si ça « ne plaisait pas »… ! et Il n’a pas dit « j’aime pas ». La Passion, la Croix, c’est sûr : ça n’est pas du plaisir, ça n’a pas été « drôle », mais par Amour, Jésus Christ a obéi ! il est le premier obéissant.

Voilà pourquoi l’obéissance suppose le sacrifice qui suppose à son tour l’amour. Tout est lié : Amour, Sacrifice, Obéissance. Cette trilogie est un genre de périchorèse où les trois sont intimement mêlés, et font la ronde éternellement, dans un bonheur ineffable.

Gageons qu’il faut apprendre à aimer, pour apprendre à obéir. L’amour prédispose à l’obéissance. Réapprenons à aimer, à beaucoup aimer, pour bien obéir dans l’amour, pour ne jamais obéir sans amour. Que l’amour soit le support, le moyen, la fin de notre obéissance. Obéissons et aimons. Aimons obéir. On laissera la parole à Saint Louis Marie Grignon de Montfort pour conclure : « Il faut tout faire par amour, et rien par force ; il faut plus aimer l’obéissance que craindre la désobéissance »


Mgr Jean-François Grégoire Lantheaume

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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