aimer ce que Dieu commande.

Publié le 25 Octobre 2009





"Préparons donc nos coeurs et nos corps à mener le combat de la sainte obéissance aux commandements: et pour ce qui est impossible à notre nature, prions le Seigneur de bien vouloir nous venir en aide par sa grâce."




règle de st Benoît





L’oraison de ce 30ème Dimanche ordinaire, ou du XIIIème dimanche après la pentecôte d’avant la Réforme Liturgique nous invite à prier ainsi : « Omnipotens sempiterne Deus, da nobis fidei, spei, et caritatis augmentum: et ut mereamur assequi quod promittis, fac nos amare quod praecipis »


Cette prière est très ancienne : elle est déjà présente dans les Sacramentaires Léonien et Gélasien. La concision de cette oraison est un signe non seulement d’antiquité mais encore d’une beauté liturgique inégalée.


Non seulement cette collecte est simple, mais elle est complète.


Dieu y est défini comme tout puissant, donc source de foi, d’espérance et de charité, vertus théologales qu’on lui demande puisqu’il en est la source et l’auteur, mais non seulement nous le prions pour qu’il nous les donne, mais aussi pour qu’il les augmente. Car c’est le propre des vertus que d'augmenter. Augmenter vient du verbe « augĕo, auxī, auctum » dont la racine du supin donnera le terme « auctoritas » = autorité. L’augmentation produit donc l’autorité. Et ceci s'opère par les vertus. L’augmentation des vertus dans l’âme, des vertus théologales entraîne un accroissement de l'autorité surnaturelle, une plus grande possession de Dieu, la vie de Dieu qui grandit, s’agrandit, qui croît. Augmenter, c’est croître, croître c’est être fort. Les vertus rendent forts ; forts dans la Foi, l’Espérance et la Charité…


Mais c’est une loi de croissance. On ne peut faire du « surplace » dans le monde des vertus. Car c’est la loi de la vie en Dieu. L’âme qui vit en Dieu est appelée à croître, à progresser, à avancer dans la Foi, l’Espérance et la Charité ; l’âme ne peut pas stagner, elle ne peut être en "stand-by" comme l'ordinateur durant la nuit, car elle est toujours appelée à « augmenter », à croître en Foi, Espérance et Charité. Et Dieu donne cette augmentation. Voilà pourquoi les vertus de Foi, d’Espérance et de Charité sont dites « théologales », elles nous portent à Dieu, nous mènent à Dieu, même si elles viennent de Dieu.


Nous en revanche, à cause de nos limites, nous faisons de ces vertus de simples « idées », nous disons que nous croyons mais nous discutons les dogmes de la Foi, nous les « partageons » au cours de forum, d'échange d'expériences vécues, ou d’agora où chacun dit ce qu’il « ressent » ou de ce qu’il pense. Le pire est arrivé lorsque quelqu'un se met à « choisir » l’un de ses dogmes après avoir "discuté", alors on sait comment cela se termine.


Mais dans la vie théologale, il n’en va pas du tout ainsi. Puisque l’origine comme la finalité des Vertus, c’est Dieu, nul espace n’est donné à la discussion, à la critique, au débat d’idées. Exit de l'étalage vulgaire des sentiments, des émotions, des effusions. Les vertus sont en Dieu, viennent de Dieu ; Dieu donne et l’âme reçoit les vertus.


Voilà pourquoi la Foi, l’Espérance et la Charité sont restent impratiquées en un monde rivé sur "l'expérience personnelle", sur le "moi", le "quant-à-soi", le "moi, je pense que..." le "mon père, à mon avis...." etc...etc...


Dieu, et lui seul, donne les vertus, et les fait augmenter.

‘augĕo, auxī, auctum’ veut dire aussi, en latin: "enrichir", "élever", "rehausser".

Voilà le mécanisme de la vertu : elle enrichit et embellit l’âme. Elle l’élève jusqu’à Dieu. Les vertus théologales sont donc nécessaires pour aller à Dieu, sans elles, il est inutile de penser qu’on puisse seulement « connaître » Dieu. Dieu ne se connaît que par la Foi, l’Espérance et la Charité.


Mais si l’on demande à Dieu d’augmenter en nous les vertus que lui seul est en mesure de nous donner, c’est précisément, selon la collecte de ce jour, pour une finalité simple : en vue d’obtenir ce que Dieu promet, nous devons aimer ce qu’il commande : 1. ut mereamur assequi quod promittis, en d’autres termes pour être « pour que nous soyons dignes d’obtenir ce que vous promettez » 2. fac nos amare quod praecipis « faites en sorte que nous aimions ce que vous commandez ».


Ces deux incises de la collecte sont la conséquences de l’augmentation des vertus théologales dans l’âme. Si nous demandons à Dieu de faire croître la vie des vertus en nous, c’est pour que nous devenions dignes, que nous « méritions » (‘mereamur’) d’obtenir la grâce et la vie éternelle. A noter ce « mereamur » qui pose problème : le « mérite » n’est pas du goût de tous.

Lorsqu’il s’est agit de traduire la collecte en langue anglaise, Thomas Cranmer en 1549 supprime carrément toute notion de « mérite » (on comprend aisément pourquoi): “Almithye and everlastyng God, geve unto us the increase of faythe, hope, and charitie; and that we may obteine that whiche Thou doest promise; make us to love that whiche Thou doest commaunde, through Jhesus Christe our Lorde”. (Common Book of Prayers 1549). Il est tout autant intéressant de constater qu’en 1971 la traduction française “approuvée” rapporte la même omission de toute référence au mérite, étrange non ?

Transeat.


Le but est d’aimer ce que Dieu commande. Car la charité précède l’obéissance. La charité informe l’obéissance, elle la modèle, la sculpte, lui donne vie. On n’obéit pas sans amour. L’on n’obéit que si l’on aime. L’obéissance privée d’amour conduit fatalement à la sècheresse du cœur, et au durcissement de l’âme qui finit par se rabougrir.


L’obéissance qui a été le gage de la Croix, et donc du salut, est baignée d’amour, sinon elle n’est pas, ou n’est plus. L’âme obéissante attire sur elle des flots de grâce ; à celui qui dit au Seigneur comme saint Paul : "Domine ; quid me vis facere ? Seigneur que voulez-vous que je fasse ? ", le Seigneur répond comme à l’aveugle de Jéricho : "Et moi, que veux-tu que je fasse" (Luc, XVIII, 41) Il fait la volonté de ceux qui font ses volontés : Voluntatem timentium se faciet. (Ps CXLIV) Et quelle assurance pour une âme qui a toujours obéi de savoir qu’elle est là où Dieu a voulu la mettre, qu’elle fait ce que Dieu veut qu’elle fasse ; elle peut appliquer la promesse si consolante du Sauveur : Ego elegi vos et posui vos, ut eatis et fructum afferatis et fructus vester maneat : C’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai mis là pour que alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. (Jean, xv, 16).


Obéir c’est aimer avant tout. Avant d’obéir il faut aimer.


Et on le voit bien sur le plan humain, ceux qui s’aiment, ils s’obéissent mutuellement. Que ne ferait pas un jeune homme qui aime sa future épouse, pour elle ? Il est capable de lui obéir en toute chose, même dans les caprices les plus « féminins » qui fussent… !


L’âme amoureuse du bon Dieu lui obéit en tout. Mais elle ne le peut que par vertu, et vertu théologale. Voilà tout. L’âme qui est pleine des vertus théologales, aime ce que Dieu commande, elle est digne de « mériter ». C’est la collecte de ce dimanche.

 

 

Mgr Lantheaume

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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Hervé de la P 26/10/2009 16:05


Très beau sermon bien bénédictin, ecclésial. merci mgr.


Paul 25/10/2009 22:12


remarquable, merci Monseigneur.


Grégoire 25/10/2009 15:00


merci au petit Placide de nous faire part de ces très beau textes merci à Monseigneur. Sublime.