année de la foi.

Publié le 16 Septembre 2012

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L'acte de foi, comme le remarque saint Thomas, est très au-dessus du raisonnement, un acle simple, par lequel nous croyons en même temps à Dieu révélant et à Dieu révélé .

 

Par cet acte essentiellement surnaturel, nous adhérons infailliblement à Dieu qui révèle et aux mystères révélés ; et ainsi par cet acte simple, supérieur à tout raisonnement, nous tendons, dans l'obscurité, vers la contemplations des choses divines, au-dessus de toutes les certitudes d'ordre naturel.

 

La certitude essentiellement surnaturelle de la foi infuse, dépasse de beaucoup la certitude rationnelle qu'on peut avoir de l'origine divine de l'Évangile par l'étude historique et critique des miracles qui le confirment.

 

La foi, qui est un don de Dieu, est comme un sens spirituel qui nous permet d'entendre l'harmonie des mys­tères révélés, ou l'harmonie de la voix de Dieu, avant que nous soyons admis à le voir face à face.

 

La foi infuse est comme un sens musical supérieur, qui nous permet d'entendre au moins confusément le sens d'une harmonie spirituelle mystérieuse dont Dieu est l'auteur.

 

C'est ce que dit saint Paul  : « Pour nous, nous avons reçu, non pas l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce. Et nous en parlons, non avec des paroles qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec celles qu'enseigne l'Esprit, en exprimant les choses spirituelles par un langage spirituel. Mais, l'homme naturel ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est par l'Esprit qu'on en juge. L'homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n'est lui-même jugé par personne. Car « qui a connu la pensée « du Seigneur, pour pouvoir l'instruire? »; niais nous, nous avons le sens ou la pensée du Christ. »

 

Pour juger ainsi, la foi est aidée par le don d'intelligence, qui fait pénétrer le sens des mystères, et par le don de sagesse, qui les fait goûter.

 

Mais c'est bien elle qui nous fait adhérer infailliblement à la parole de Dieu.

 

Cette foi infuse, vertu théologale, est très supérieure, malgré l'obscurité des mystères, à la connaissance intuitive et très lumineuse que possèdent naturellement les anges.

 

La foi infuse est en effet du même ordre que la vie éternelle, dont elle est comme le germe; elle est, dit saint Paul, « la substance des choses que nous espérons », « le fondement de notre justification » .

 

Et les anges eux-mêmes ont eu besoin de recevoir ce don gratuit de Dieu pour tendre à la fin surnaturelle à laquelle ils ont été appelés.

 

Comme le dit en substance saint François de Sales, quand Dieu nous donne la foi, il entre en notre âme et parie à notre esprit, non point par manière de discours, mais par manière d'inspiration.

 

A l'arrivée de la foi, l'esprit se dépouille de tous ses discours et arguments, et, les soumettant à la foi, il la fait asseoir sur eux, la reconnaissant comme reine. Quand la lumière de la foi a jeté la splendeur de ses vérités en notre entendement, notre volonté sent aussitôt la chaleur de l'amour céleste.

 

 

La foi infuse doit augmenter en nous jusqu'à notre mort

 

Il importe grandement à la sanctification de nos âmes de se rappeler que la foi devrait augmenter en nous chaque jour.

 

Elle peut être plus grande dans un juste fort peu cultivé mais saint que dans un théologien. Comme le dit saint Thomas , « la foi peut être plus grande en tel chrétien qu'en tel autre du côté de l'intelligence, à cause d'une plus grande certitude et fermeté dans l'adhésion, et du côté de la volonté, à cause d'une plus grande promptitude et dévotion ou confiance ».

 

La raison en est que « la foi infuse est proportionnée au don de la grâce, qui n'est pas égal en tous ». Ainsi Notre-Seigneur dit de certains de ses disciples qu'ils sont encore « des hommes de peu de foi », « lents à croire», tandis qu'il dit à la Chananéenne : « Femme, ta foi est grande . »

 

« Le juste vit de la foi », et de plus en plus.

 

Il y des âmes saintes qui n'ont jamais fait l'analyse conceptuelle des dogmes de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie, et qui n'ont jamais déduit de ces dogmes les conclusions théologiques connues de tous les théologiens; mais en ces âmes pourtant la vertu infuse de foi est beaucoup plus élevée, plus intense qu'en beaucoup de théologiens.

 

C'est là un fait que bien des béatifications et canonisations récentes confirment. Quand nous lisons la vie de sainte Bernadette de Lourdes ou de la bienheureuse Gemma Galgani, nous pouvons dire : Plaise à Dieu que j'aie un jour une foi aussi grande que ces âmes!

 

Les théologiens disent justement que la foi peut augmenter soit en extension, soit en profondeur ou intensité.

 

Notre foi s'étend lorsque nous apprenons peu à peu tout ce qui a été défini par l'Église sur les mystères de la Trinité, de l'Incarnation, de l'Eucharistie, et sur les autres points de la doctrine chrétienne.

 

Ainsi les théologiens connaissent explicitement tout ce qui a été défini par l'É­glise. Mais il ne s'ensuit pas qu'ils aient une foi aussi intense et profonde qu'elle est étendue. Et, au contraire, il y a parmi les fidèles des saints qui ignorent plusieurs points de doctrine définis par l'Église, par exemple sur l'Incarnation rédemptrice et l'Eucharistie, et qui pénètrent profondément ces mystères du salut tels qu'ils sont simplement énoncés dans l'Évangile.

 

Saint Benoît-Joseph Labre, par exemple, n'eut jamais l'occasion de lire un traité théologique de l'Incarnation, mais il vivait très profondément de ce mystère et de celui de l'Eucharistie.

 

Cette foi plus grande en profondeur et intensité, les apôtres la demandaient lorsqu'ils disaient au Seigneur : « Augmentez notre foi. » Et Jésus répondait : « Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l'obtiendrez. » Nous l'obtiendrons surtout si• nous demandons pour nous-mêmes avec persévérance ce qui est nécessaire ou manifestement utile au salut, comme l'augmentation des vertus.

 

 

L'excellence el la force de l'esprit de foi


 

La valeur de l'esprit de foi se mesure dans l'épreuve aux difficultés qu'il surmonte.

 

Saint Paul le dit éloquemment dans l'Épître aux Hébreux, « C'est par la foi qu'Abraham, mis à l'épreuve, offrit Isaac en sacrifice, il offrit ce fils unique, dont devait naître, selon la promesse divine, sa postérité; il l'offrit estimant que Dieu est assez puissant pour ressusciter même les morts... C'est par la foi que Moïse quitta l'Égypte, sans redouter la colère du roi (Pharaon); car il tint ferme, comme s'il voyait Celui qui est invisible...

 

« C'est par la foi que les prophètes ont vaincu des royaumes, exercé la justice, obtenu l'effet des promesses, fermé la gueule des lions (comme Daniel), éteint la violence du feu (comme les trois enfants dans la fournaise)... Les uns ont péri dans les cachots; d'autres ont été lapidés (comme Zacharie), sciés (comme Isaïe), torturés; ils sont morts par le tranchant de l'épée; ils ont erré çà et là, dénués de tout, persécutés, maltraités, eux dont le monde n'était pas digne... » — Cela se renouvelle de nos jours en Russie et au Mexique. — Et saint Paul conclut: « Donc nous aussi... courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, les yeux fixés sur Jésus, l'auteur et le consommateur de la foi, lui qui, au lieu de la joie qu'il avait devant lui, méprisant l'ignominie, a souffert la croix et s'est assis à la droite de Dieu. »

 

Saint Thomas d'Aquin, dans son Commentaire sur l'Epitre aux Hébreux, porté par la parole de Dieu et élevé à la contemplation de ce mystère, nous dit : « Considérez le Christ qui a supporté une telle contradiction de la part des pécheurs..., et, en n'importe quelle tribulation, vous trouverez le remède dans la Croix de Jésus. Vous y trouverez l'exemple de toutes les vertus. Comme le dit saint Grégoire le Grand, si l'on se rappelle la Passion du Sauveur, il n'y a rien de si dur et de si pénible qu'on ne puisse supporter avec patience et avec amour. »

 

Plus l'esprit de foi grandit en nous, plus nous :avons le sens du mystère du Christ, venu en ce monde pour notre salut.

 

L'Église, notre Mère, nous remet pour cela, tous les jours sous les yeux, à la fin de la messe, le prologue de l'Évangile de saint Jean, qui contient la synthèse de ce qu'enseigne la révélation sur le mystère du Christ.

 

Nourrissons-nous quotidiennement de cette page sublime que nous ne pourrons jamais assez approfondir ; elle nous rappelle les trois naissances du Verbe : sa naissance éternelle, sa naissance temporelle selon la chair, et sa naissance spirituelle dans les âmes. C'est le résumé du plus élevé des quatre Évangiles.

 

Voilà bien l'abrégé de la foi chrétienne : D'abord la naissance éternelle du Verbe : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu... (expression déjà claire de la consubstantialité du Verbe)... Dieu, personne ne le vit jamais : Le Fils, qui est dans le sein (lu Père, c'est lui qui l'a fait connaître. » Ainsi s'éclairent les paroles les plus élevées des Psaumes messianiques : « Le Seigneur m'a dit Tu es mon fils, je l'ai engendré aujourd'hui », aujourd'hui 'dans. l'unique instant de l'immobile éternité. « Auquel des anges, demande saint Paul, a jamais été dite pareille chose? » Le Verbe, splendeur du Père, est infiniment au-dessus de toutes les créatures, qu'il a créées et qu'il conserve.

 

Nourrissons-nous aussi de ce qui est dit dans le même Prologue, de la naissance temporelle du Fils de Dieu « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous (et nous avons vu sa gloire, comme celle qu'un Fils tient de son Père), tout plein de grâce et de vérité. » C'est la réalisation de toutes les prophéties messianiques, et c'est la source de toutes les grâces que recevront les hommes jusqu'à la fin du monde.

 

Vivons enfin de ce que nous dit ce même Prologue de la naissance spirituelle du Verbe dans nos âmes : « Il vint chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, et qui sont nés, non pas du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, niais qui sont nés de Dieu. » Il leur adonné de devenir enfants de Dieu par adoption, comme lui est Fils de Dieu par nature. Notre filiation est une image de la sienne, car il est dit au même endroit : « Et c'est de sa plénitude que nous avons tous reçu, et grâce sur grâce. »

 

Enfin le Fils de Dieu nous a dit, pour nous montrer comment il veut vivre en nous : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera, et nous vien­drons en lui, el nous ferons en lui notre demeure ». Ce n'est pas seulement le don créé de la grâce qui viendra, ce sont les Personnes divines : le Père, le Fils et aussi le Saint-Esprit, promis par le Sauveur à ses disciples.

 

Chaque jour, au lieu de réciter le Credo, le Gloria, d'une façon mécanique, au lieu de lire presque machinalement ce Prologue du IV` Évangile, nous devrions vivre plus profondément de cet abrégé si substantiel de la Révélation divine.

 

L'esprit de foi, en grandissant, doit ainsi normalement donner de plus en plus le sens du mystère du Christ, sens surnaturel qui devient peu à peu contemplation pénétrante et savoureuse, source de paix et de joie, selon ces paroles de saint Paul :

 

« Réjouissez- vous sans cesse dans le Seigneur;... et que la paix dé Dieu, qui surpasse toute pensée, garde vos cœurs et vos intelligences dans le Christ Jésus, notre Seigneur. »

 

rp Garrigou Lagrange OP

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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Géraldine 17/09/2012 16:14


Très joli texte, je le garde sous le coude pour le relire. Géraldine.