Beati qui esuriunt et sitiunt justifiera.

Publié le 23 Octobre 2013

 

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Parmi les quatre vertus cardinales de prudence, justice, force et tempérance, il en est une, précisément la justice, que les personnes qui se donnent à la piété ne considèrent pas toujours assez.

 

Elles sont attentives aux diverses formes de la tempérance, à la prudence à observer dans la conduite générale de la vie; à l'égard du prochain, elles s'efforcent de pratiquer la charité, mais elles négligent quelquefois certains devoirs de justice et la considération des droits d'autrui. Ceux, par exemple, qui persécutèrent saint Jean de la Croix se disaient des hommes de prière et d'austérité, ils furent pourtant d'une très grande injustice envers le réformateur du Carmel.

 

Si l'on pratiquait mieux les différentes formes de la justice, on formerait grandement en soi la volonté. La justice, en effet, est en cette faculté pour la faire sortir de l'égoïsme ou amour-propre, comme la prudence est dans l'intelligence contre l'inconsidération, et comme dans la sensibilité, pour la prémunir contre la peur et les convoitises déréglées, se trouvent la force et la tempérance .

 

Pour ce motif ces quatre vertus sont dites cardinales, comme les gonds sur lesquels tournent les portes qui donnent accès à la vie morale, d'où l'expression "sortir de ses gonds », c'est-à-dire se mettre en colère en perdant toute mesure.

 

Or, on rencontre des aines qui, à côté de leurs irritations, ont une telle pusillanimité qu'elles paraissent avoir perdu toute volonté; on dirait que chez elles cette faculté a disparu, et qu'il n'y a pour ainsi dire en elles que l'égoïsme ou l'amour-propre. La raison en est qu'une volonté privée des vertus acquises et infuses qui devraient étre en elle est considérablement amoindrie. Au contraire, une volonté enrichie de ces vertus est décuplée et plus encore.

 

Pensons qu'il devrait y avoir en elle les quatre formes de justice dont nous allons parler et, au-dessus d'elles, les vertus de religion, d'espérance, de charité. Ainsi doit se faire la formation ou éducation chrétienne de la volonté et du caractère.

 

Celui-ci doit être la marque authentique de la raison éclairée par la foi et de l'énergie morale, marque imprimée sur le tempérament physique, nerveux, bilieux, lymphatique ou sanguin, tempérament hvperthyroïdien ou hypothyroïdien, pour que ce tempérament cesse de prévaloir, pour que le chrétien apparaisse vraiment comme un être raisonnable et plus encore comme un enfant de Dieu.

 

Nous sommes ainsi conduits à parler, pour cette éducation chrétienne de la volonté, des diverses formes de la justice, auxquelles correspondent plusieurs préceptes du Décalogue, qui, après nos devoirs envers Dieu, déterminent ceux que nous devons pratiquer envers nos parents et envers toutes les personnes avec qui nous avons des rapports : le bien d'autrui ne convoiteras. Faux témoignage ne diras, etc.». préceptes auxquels on peut manquer de bien des façons, lorsqu'on oublie pratiquement qu'il ne faut pas faire aux autres ce que nous ne voulons pas qu'on nous fasse à nous-mêmes.

 

Or on ne pense souvent qu'aux formes inférieures de la justice dite commutative, celle qui règle les échanges et défend le vol, la fraude, la calomnie, etc.

 

On ne considère pas assez la juslice distributive,  qui préside à la répartition, par l'autorité, des avantages et des charges de la vie sociale entre les divers membres de la société.

 

En vue du bien commun, elle distribue comme il faut à chacun les biens, le travail, les charges, les impôts, les récompenses, les peines; cette distribution doit se faire en proportion des mérites, des vrais besoins et de l'importance des divers membres de la société.

 

On oublie plus encore une forme supérieure de la justice, qui, elle, vise immédiatement le bien commun de la société et fait établir et observer les justes lois et ordonnances; on l'appelle la justice légale.

 

Au-dessus d'elle il y a encore l'équité, qui est attentive, non seulement à la lettre, mais à l'esprit des lois, et non seulement des lois civiles, mais de toutes celles qui règlent la conduite du chrétien.

 

La vie intérieure doit veiller à l'exercice de ces vertus. Ici aussi la vertu acquise de justice est au service de la vertu infuse de même nom, un peu comme l'imagination est au service de la raison .

 

 

La justice commutative et la justice distributive par rapport à la vie intérieure

 

Ces devoirs de justice apparaissent de façon vive et concrète lorsqu'on pense aux défauts à éviter, car la dou­eur que l'injustice nous cause nous révèle le prix de la justice.

 

Or, les défauts et les actes contraires à la justice commutative ne sont pas seulement l'homicide, le vol, la fraude, l'usure, les fausses accusations et faux témoignages dans un procès, ce sont aussi les injures par colère, les affronts, blâmes ou reproches injustes aux inférieurs, aux égaux et aux supérieurs; c'est aussi la diffamation, la médisance ou le fait de dire du mal d'autrui sans motif proportionné; c'est l'insinuation secrète par chuchoterie, la moquerie qui diminue l'estime due au prochain, c'est l'oubli de cette vérité que le prochain a droit à sa réputation et qu'il en a besoin pour faire le bien, à tel point, dit saint Thomas, que les parfaits doivent, non pas pour eux-mêmes, mais pour le bien à faire aux autres, résister à leurs détracteurs .

 

Quand on a manqué, de l'une ou l'autre de ces manières, à la justice commutative, il y a un devoir de restitulion ou de réparation.

 

C'est ainsi qu'il faut réparer le tort que nous avons pu faire au prochain par des médisances, des insinuations ou des railleries qui montrent que nous ne faisons pas de lui le cas qu'il mérite

. Il y a de la lâcheté, du reste, à ridiculiser quelqu'un qui ne sait pas se défendre, ou les absents qui ne peuvent pas répondre.

 

Quant au défaut qui s'oppose à la justice distributive, c'est l'acception de personnes.

 

On peut bien préférer une personne à une autre et donner gratuitement plus à l'une qu'à l'autre. Mais le péché d'acception de personnes consiste à préférer injustement une personne à une autre, en enlevant à cette dernière quelque chose qui lui est dû. Cela est plus grave dans l'ordre des choses spirituelles que dans celui des choses temporelles, par exemple si l'on est plus attentif à la condition extérieure des personnes, à leur richesse, qu'à leurs mérites, et qu'on leur refuse le respect qui leur est dû ou les secours spirituels dont elles ont besoin .

 

Les âmes intérieures doivent être particulièrement attentives à ce point et veiller à ne pas méconnaître les amis de Dieu, les saints que le Seigneur s'est choisis dans les conditions les plus modestes.

 

On est parfois injuste à l'égard de serviteurs de Dieu très patients parce qu'on sait qu'ils ne se plaindront pas et supporteront tout. On le fut ainsi souvent à l'égard de saint Benoît-Joseph Labre, sans voir que ce mendiant portait sous ses haillonsl e coeur d'un très grand saint. Au contraire, les âmes clairvoyantes doivent pressentir ou deviner la sainteté qui passe près d'elles, même sous les plus humbles dehors.

 

C'est, du reste, une grande récompense et une grande joie de la découvrir. Ce devait être une grande consolation de constater la sainteté de Benoît-Joseph Labre en voyant de quelle manière il supportait les inju­res et les coups, lorsque, par exemple, il baisa le caillou qui lui fut jeté et qui fit jaillir son sang.

 

rp. Garrigou Lagrange.  OP

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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