christianus sanctificatus. (I)

Publié le 12 Janvier 2014

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   La sainteté ici-bas devient une puissance terrible, surtout quand elle est attaquée.

 

Nous tenons beaucoup de choses pour acquises, nous les insérons sans aucune crainte dans le cycle de notre vie quotidienne, mais si un homme commet une profanation, tous, nous le considérons comme un monstre; en lui la parole de saint Paul se manifeste avec alarme " Si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le détruira". (I Cor III,17)

 

   Or la cause de cette indignation provient d'une caractéristique très spéciale du chrétien: il est un être sanctifié; il a le sens, le génie de la sainteté; il porte ce don partout où il va, bien que le plus souvent il n'en ait pas conscience. Cette sainteté ne fait pas obstacle à sa vie humaine ordinaire; il ne marche pas comme s'il portait un vase précieux, mais fragile. Toute sa constitution est sainte, et pour cette raison, il ne la remarque pas dans la vie normale. Mais si une profanation, de quelque espèce, apparait, c'est comme une flèche dans sa chair, et s'il a lui-même commis un sacrilège d'une nature vile, le sentiment d'avoir violé la sainteté n'en est que plus cruel, en lui.

 

   La sainteté n'est pas premièrement action; elle est avant tout et par-dessus-tout, une qualité. En langage savant, on pourrait l'appeler statique. L'action est ou n'est pas sainte, selon qu'elle est ou n'est pas conforme à une qualité immuable qui s'impose elle-même à la conscience humaine; elle se réduit elle-même aux concepts de dignité ou d'indignité. Un homme bon agit selon la dignité de son état, selon la qualité qu'il porte en lui, ou bien il se conduit d'une manière entièrement indigne de lui-même. Vraiment, il ne peut y avoir de péché que s'il y a en nous quelque valeur initiale que, dans notre état perverti, nous foulons aux pieds. Si nous êtions irrémédiablement vils et incurablement dégradés, nous ne pourrions pas plus être coupables d'une transgression morale que la plus basse des bêtes, car nous agirions alors selon notre nature, et cette action ne pourrait pas être regardée comme une faute.

 

   Les actions des saints, quand on les regarde dans cette pure lumière, éclatent dans toute leur splendeur, parce qu'elles sont conformes à la grâce qu'ils portent en eux et qui est essentiellement une beauté.

 

   Tout péché, vraiment, est une privation de beauté, de sainteté. Même donc, quand on dit qu'un homme bon acquiert la sainteté par de longs exercices de vertu, cela ne signifie, en stricte théologie, qu'une dignité progressive; il devient de plus en plus digne, chaque jour, de sa vocation:" Nous devons, mes Frères, offrir à Dieu de continuelles actions de grâces, et il est bien juste que nous le fassions, puisque votre foi grandit de plus en plus et que la charité que vous avez les uns pour les autres prend toujours un nouvel accroissement, de sorte que nous nous glorifions en vous dans les églises de Dieu, à cause de la patience et de la foi avec laquelle vous demeurez fermes dans toutes les persécutions et les afflictions qui vous arrivent, qui sont les marques du juste jugement de Dieu, et qui vous servent à vous rendre dignes du royaume pour lequel vous avez à souffrir."  II thess. I, 3,5

 

   C'est avec une étonnante majesté d'accent que le Christ réduit la pratique de la plus haute abnégation de soi-même à la simple règle de la dignité ou de l'indignité, mais il est lui-même le Saint qui distingue le bien du mal. " Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi." Matth, X, 38

 

 

   Cette présentation de l'action comme une expression de valeur contient tout un monde de sagesse. Fondamentalement, cette attitude signifie que l'arbre passe avant le fruit, que la grâce divine est au milieu de nous avant que nous soyons avertis de sa proximité, et que tout progrès consiste dans une compréhension croissante de sa présence permanente au-dedans de nous.

 

   On ne nous demande jamais de grandes enjambées spirituelles, comme si nous devions sauter d'un abîme de ténèbres dans la lumière. Le feu est dans notre âme même, bien que nous puissions être aveugles et manquer de le voir:" Mais quant à la justice qui vient de la foi, voici comment Moïse en parle: ne dites point en votre coeur: qui pourra monter au ciel? c'est-à-dire pour en faire descendre le Christ, ou: qui pourra descendre aux enfers? c'est-à-dire pour rappeler Jésus-Christ d'entre les morts? mais que dit l'Ecriture? La parole n'est point éloignée de vous; elle est dans votre bouche et dans votre coeur. Telle est la nature de la foi que nous vous prêchons".Rom. X , 6-8

 

   C'est plus que de la poésie à Dante, c'est l'exacte doctrine théologique, de dire que les esprits déchus, les démons sont continuellement à la recherche de lieux dépourvus de toute sainteté, si l'on en peut trouver de tels, parce que Satan et ses anges ne peuvent pas demeurer dans la sainteté, pas plus qu'ils ne peuvent demeurer dans la vérité:" Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos et il n'en trouve point." Matth, XII, 43

 

   Même les déserts de l'Arabie n'offrent aux anges apostats aucun réconfort, car il s'y trouve aussi des régions, des atmosphères de sainteté. Y a-t-il un lieu meilleur pour la prière que le désert au coucher du soleil, en face de la gloire presque palpable de Dieu? La nature est remplie de sainteté, et partout l'esprit impur est hors de contact avec sa vie réelle. Le repos est pour lui une impossibilité; la surface de la terre lui brûle la plante des pieds. Où aller?  "Alors il dit:" Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti." Matth.,XII,44

 

   Cette puissante poésie du Christ est la puissance de la sainteté.

 

Même le désert devient insupportable pour Satan, esprit essentiellement impur; sa seule chance de repos est une conscience en état de péché:" Alors il va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, et, entrant, ils y établissent leur demeure et le dernier état de cet homme devient pire que le premier." Matth XII, 45

 

 

   La tâche des historiens serait grandement simplifiée s'ils prenaient à coeur cette révélation du vrai cours des choses, faite par le Fils de Dieu qui voit tout: la vision d'une armée innombrable d'esprits impurs, incapables de se reposer en dehors des coeurs des hommes souillés par l'iniquité. L'exécration ou la profanation de vastes étendues de contrées chrétiennes devient aussi simple, par cette explication, que les marches d'une armée de Napoléon.

 

   Satan veut trouver du repos, et il est obligé de détruire, s'il le peut, toutes les citadelles de sainteté, que ce soit le clocher d'une église ou un calvaire sur le bord du chemin, ou un monastère ou une école chrétienne, ou une conscience qui est dans la grâce de Dieu. Satan ne peut pas se reposer, avec tous ces sanctuaires en face de lui. Il lui devient aussi nécessaire de détruire toutes les manifestations de la sainteté qu'il est nécessaire à un envahisseur de démolir les forteresses qui gardent les occupants légitimes d'un territoire.

 

 


Rédigé par dom Vonier

Publié dans #spiritualité

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