christianus tentatus.

Publié le 3 Mars 2014

http://roble.pntic.mec.es/jfeg0041/arte/test/ima/desier_02.jpg

 

 

   Nous avons grand besoin d'un traité théologique complet sur la tentation.

 

Nous serions préservés de beaucoup de jugements creux sur les choses humaines, si nous êtions assez simples ou assez instruits pour admettre que la tentation fait partie intégrante du plan que Dieu a voulu et ordonné.

 

   Toutes les fois qu'il arrive une catastrophe qui change les conditions dans lesquelles les âmes opèrent leur salut, on donne toutes les raisons possibles et imaginables pour expliquer l'occurence du cataclysme à un moment donné ou dans un lieu donné du monde.

 

   La plupart du temps, les philosophes de l'histoire, qui se nomment ainsi eux-mêmes, apportent leurs théories favorites sur la santé mentale de l'humanité, et c'est évidemment parce l'on a oublié ou négligé le remède indiqué par eux que le désastre est arrivé. Quelques-uns d'entre eux, par exemple, diront que la Réforme et tous ses malheurs étaient dus à un mauvais régime de la propriété terrienne et que l'Eglise en fut la principale coupable. Peu de penseurs, sauf les plus grands ont le courage d'avouer que les hommes ont subi alors une tentation spéciale qu'ils n'avaient pas connue avant.

 

   Quant aux difficultés de la propriété terrienne, elles ont existé à beaucoup d'autres époques et en beaucoup d'autres lieux sans qu'une "Réforme" en soit sortie. Comme la liberté, la tentation est contenue dans l'histoire de l'homme et elle contribue au développement moral comme la glace et la neige conservent la vie dans la nature.

 

   Il y a donc une doctrine vraie et fausse de la tentation, et le chrétien doit lui-même accepter d'être tenté comme il accepte d'autres situations ordonnées d'avance pour son salut final. Qu'elle soit personnelle ou collective, sa tentation n'est pas un effet du hasard ni un stage d'abaissement dans lequel il a été entraîné; c'est un appel direct à gravir la Montagne du Christ, la Montagne de la Tentation.

 

L'Evangélise introduit d'une manière vraiment étonnante l'histoire de la tentation du Christ:" Jésus fut alors conduit par l'Esprit dans le désert pour être tenté par le démon."

 

   Le voyage de Jésus dans le désert depuis les rives du Jourdain, où les cieux entrouverts au-dessus de lui, est décrit comme une fuite précipitée du lieu de gloire vers la sombre entrée de la tentation:

 

  "' Et immédiatement, l'Esprit le chassa dans le désert."

 

   " Et Jésus, étant rempli de l'Esprit-Saint, s'en alla du Jourdain et fut conduit par l'Esprit dans le désert" .


 

   Ces quarante jours de tentation ne furent pas une période de dérilection; ils furent remplis de sainteté.  Nous ne pouvons évidemment pas comprendre la lutte titanesque du Christ contre Satan dans le désert. Les Ecritures ne lui donnent pas le nom de "lutte"; le mot qu'elles emploient est " la tentation " .

 

   Une lutte est une action claire; une tentation contient nécessairement une part de doute et d'obscurité; elle contient des séductions distinctes et des attractions vers une conduite opposée; il n'en est pas ainsi dans une lutte, où l'esprit des combattants est fixé.

 

Les paroles du Tentateur au Christ sont plausibles; en quittant le Jourdain pour le désert, le Christ allait de la lumière dans les ténèbres; quelque chose de sinistre l'entourait de tous côtés. C'était l'antithèse des splendeurs qui avaient jeté un rayon de gloire sur les eaux du Jourdain. Mais plus que tout le reste, on voit la résolution du Christ de se mettre lui-même sous le sombre nuage. Notre faible nature morale trouve difficile d'admettre que la tentation fait autant part et partie de notre équipement chrétien que l'exaltation de notre prière.

 

   On peut tenir pour certain que le chrétien, comme le Christ lui-même est soumis à la tentation comme à d'autres états spirituels, par l'action de Dieu. Si une telle perspective nous effrayait, il nous suffirait de jeter un regard sur le Christ qui marche en hâte vers la région déserte d'au-dessus du Jourdain et nous aurions l'assurance que la tentation ne peut pas être une mauvaise chose.

 

 

   Le Christ a marché vers sa tentation, comme il a plus tard marché vers sa Croix. En pareille matière, on est forcé de parler dans l'abstrait, pour ainsi dire, et de prendre idéalement le phénomène de la tentation. La Passion du Christ est différente de sa tentation en ce qu'elle ne peut pas être isolée ni distinguée de la malice humaine qui complota et exécuta la mort du Fils de Dieu sur la Croix, tandis qu'aucune volonté humaine ne poussa Jésus dans le désert pour y être tenté. C'est le Saint-Èsprit lui-même qui le dirigea, et dans ce cas divin, la tentation apparait dans sa simplicité, comme un ordre du Père. Bien qu'on ne puisse découvrir que rarement une telle clarté de lignes dans la tentation ordinaire, tous les angoisses de nos difficultés humaines supposent ce mystérieux fait que la tentation voulue pour elle-même est beaucoup plus fréquente dans notre vie que nous ne l'imaginons. Le chrétien doit passer à travers la tentation, c'est le signe même de la famille.

 

   La doctrine catholique de la tentation nous fournit l'interprétation la plus vraie de l'histoire de l'Eglise; les saints et les saintes de tous les temps ont été tentés par l'ordre et la volonté de Dieu. Les papes, les évêques, les chefs de l'armée du Christ passent dans le désert de la tentation; les Ordres religieux reçoivent de leurs tentations avec autant de vérité qu'ils partagent les autres richesses du Christ. L'Eglise catholique, considérée dans son existence collective comme le Corps mystique du Christ, est conduite dans des lieux et dans des temps déserts pour être tentés par le démon. En vérité, c'est un soulagement positif pour la pensée, d'être capable de croire à la mission divinement ordonnée de la tentation; on est ainsi délivré de l'obsession des vicieuses présentations historiques de la longue vie de l'Eglise catholique.

Les difficultés innombrables qui l'ont assaillie pendant sa carrière ne sont pas nécessairement le résultat de ses fautes; l'Eglise la plus parfaite peut être menée ici et là par des puissances mauvaises, comme le corps sans tâche du Christ fut emporté à travers les airs, tandis que son esprit demeurait évidement inaccessible aux mains du Tentateur.

 

   On ne peut avoir une véritable explication du christianisme, si l'on ne comprend pas bien la nature de la tentation. Mais dès que la lumière est projetée, comme le faisceau d'un phare, sur la carrière apparemment bigarée du catholicisme, comme on voit différemment sa signification et ses lignes!

 

   Les historiens catholiques eux-mêmes ne se sont pas toujours souvenus, en racontant la longue vie de l'Eglise, qu'elle est l'Epouse du Christ et qu'elle suit son Epoux sur les collines dénudées au-delà du Jourdain avec autant de fidélité que sur la cime du mont Thabor.

 


  

Rédigé par dom Vonier

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article