de la Rédemption.

Publié le 18 Février 2014

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   Le mot désigne le rachat d'un esclave moyennant une rançon, un prix convenu. Rédemption dit plus que réparation et restitution. Dieu aurait pu, sans exiger aucune satisfaction, rétablir l'homme dans toutes les prérogatives de l'état d'innocence, lui conférer même des privilèges plus insignes et d'un ordre supérieur: c'eut été plus qu'une restauration, une élévation nouvelle, non point une rédemption.

 

   Ce qui caractérise celle-ci c'est le payement du prix pour la dette contractée, la rançon pour le captif. "Dieu pouvait, dit saint Thomas, adopter un autre plan pour réparer le genre humain, et, s'il l'avait choisi, ce dessein eût été parfaitement convenable; mais alors c'eût été une délivrance, non pas une rédemption, parce qu'il n'y aurait pas eu la solution d'un prix. "

 

   Une foule d'idées sont donc éveillées ici: idée de servitude, idée de rançon, idée de réintégration dans l'état de liberté.

 

   Quel est l'esclave, à quelle servitude est-il arraché, à quelle condition primitive est-il rendu, à qui faut-il payer le prix et quel est ce prix?

 

   L'esclave c'est le genre humain perdu par le péché.

 

   Or le péché implique deux malheurs.

D'abord une souillure dans l'âme (reatus maculae), avec des tares, des misères, des hontes, des inclinations désordonnées, qui sont la plus honteuse des tyrannies. L'homme est ainsi mené par le mal comme un être vendu, selon cette profonde parole de l'Evangile: Celui qui fait le péché est l'esclave du péché. Il est pareillement le valet de celui qui lui a inspiré le mal, dont il a écouté la suggestion et dont il est devenu le vaincu: celui qui se laisse vaincre est l'esclave du vainqueur.

 

   En second lieu, l'obligation de subir un châtiment proportionné à la faute (reatus poenae); et c'est là aussi une cruelle captivité, puisqu'il faut souffrir contre notre gré, contre notre volonté, en quoi consiste la servitude.

 

   Le criminel, redevable tout d'abord envers l'offensé, est soumis au bourreau qui inflige la punition. L'offensé ici c'est Dieu; le bourreau, c'est le démon, auquel Dieu a permis que l'homme se livrât par le péché en se séparant de son véritable maître. Telle est donc la double servitude à laquelle doit être arrachée la triste humanité; celle du péché et celle du prince des ténèbres.

 

   A qui doit être versé le prix du rachat?

 

   A celui-là évidement qui est le maître de l'esclave et qui a été l'offensé. Il est manifeste que l'offensé n'est pas Satan, mais Dieu seul. Le démon, non plus, n'est pas devenu le maître de l'humanité. Dieu avait bien pu, en toute justice, laisser le pécheur sous la captivité du démon en punition de la faute; c'est ainsi que, pour avoir refusé à notre Souverain une obéissance qui nous grandissait et nous faisait rois, nous êtions tombés sous la tyrannie du séducteur qui nous avait vaincus.

 

   Mais le démon, pour cela, n'avait acquis aucun droit réel sur le genre humain; nous n'êtions point devenus sa propriété. S'il y avait une rançon à payer, c'était à Dieu seul, non point à Satan. Aussi bien disons-nous que Jésus-Christ a offert son sang comme prix de notre rédemption, non point au démon, mais à Dieu son Père.

 

...

 

   Quel sera le prix? Pour qu'il y ait rédemption proprement dite, au sens plénier, et non point simplement rémission du péché ou délivrance des coupables, il faut une satisfaction égale à l'offense, par conséquent celle de l'Homme-Dieu. " Il ne pouvait, en tant que Dieu, ni mériter, ni satisfaire, car mérite et satisfaction s'adressent à un supérieur, et un Dieu ne relève que de soi; pur homme, la valeur limitée de ses actions aurait été bien vite épuisée, et, comme la malice de la faute est infinie, il n'aurait jamais pu égaler la satisfaction à l'offense. L'incarnation a résolu la difficulté: par sa nature humaine, le Christ est inférieur à Dieu, il peut lui offrir des mérites et des satisfactions; à raison de sa personne divine, il a une dignité infinie, et tout ce qui procède de lui, oeuvres et sacrifices, acquiert par là même une infinie valeur.

 

...

 

Dans la chute, l'idée fondamentale et qui domine toutes les autres est celle de l'injure faite à Dieu par le péché mortel; c'est à cause de l'offense que l'homme rejeté loin de son Créateur, est assujetti au double esclavage dont nous avons parlé, privé de toutes les prérogatives qu'il tenait de sa condition originelle, voué au châtiment.

 

 

   Dans la Rédemption, par conséquent, l'idée  première est celle d'une satisfaction proportionnée à l'offense et qui, en réparant la faute, apaise Dieu, le rend propice à l'humanité. C'est dire qu'à l'idée de satisfaction est associée l'idée d'un sacrifice d'expiation, de propitiation, de réconciliation. Dieu s'apaise et pardonne parce qu'il voit un Homme-Dieu qui s'est substitué à nous pour mériter et satisfaire à notre place. Dieu redevenu notre ami et notre père, nous sommes délivrés de la servitude, rétablis dans nos titres et nos droits d'enfants et d'héritiers.

 

   Ainsi le concept plénier de la Rédemption renferme ces notions multiples: par rapport à Dieu, c'est une satisfaction et un sacrifice; de la part de Jésus-Christ, c'est une substitution volontaire à la place de l'homme (Substitutio vicaria), acte très libre et cependant acte d'obéissance complète qui lui fait accepter pour nous la mort sur la croix; du côté de l'homme, c'est une délivrance de l'esclavage, une restauration dans les privilèges de l'état primordial.

R.P. HUGON  op

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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