de la religion.

Publié le 14 Mai 2014

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La religion en général, comme le nom même l'indique, c'est ce qui nous relie à Dieu notre premier principe et notre fin dernière; c'est donc l'ensemble des croyances et des pratiques par lesquelles nous communiquons avec lui. Et comme, dans l'ordre de providence qui nous régit, Dieu a voulu avoir avec nous des relations infiniment plus intimes que ne le comportait notre condition naturelle, la religion y a pour base, les révélations et promesses positives par lesquelles il a, tout le premier daigné communiquer avec nous.

 

 

Mais encore, faut-il distinguer deux états différents où l'homme s'est trouvé vis-à-vis de Dieu, l'état d'innoncence et l'état de péché.

 

Car, si la religion exprime le rapport établi entre l'homme et Dieu, elle a dû nécessairement varier selon que variait ce rapport lui-même.

 

Dans l'état d'innocence, c'est-à-dire au tout premier jour du monde, la religion ne s'appuyait pas encore sur la médiation de Jésus-Christ, aucun médiateur n'étant nécessaire tant que la paix n'avait pas été troublée. Dieu alors nous avait assigné pour fin la vie éternelle qui consiste dans la vision intuitive de sa gloire; il avait joint à une destination si haute, la révélation de tous les devoirs qui en résultent, la promesse de tous les secours qui sont nécessaires pour l'atteindre, la faveur enfin des conditions les plus heureuses pour traverser l'épreuve de la vie présente.

 

Et l'homme devait tendre à sa fin par la foi, l'espérance et la charité: foi, espérance et charité, qui n'avaient alors pour objet principal que Dieu considéré comme auteur de l'ordre surnaturel, à savoir, comme appelant l'homme à la participation de sa propre béatitude, et lui réservant , ainsi qu'un père à son fils, la jouissance de tous ses biens.

 

Telle était en deux mots la religion du paradis terrestre, et l'on voit aussitôt sans plus d'explications, que ce n'était pas encore la religion chrétienne: vu que la religion chrétienne est celle où Jésus-Christ, fils de Dieu et fils de l'homme tout ensemble, se présente comme rédempteur, comme réconciliateur, comme médiateur nécessaire entre le ciel et la terre; où ses mérites par conséquent, son sacrifice expiatoire, sa passion et sa mort deviennent l'unique source de toutes les grâces et bénédictions divines.

 

Ce n'est donc qu'après la chute originelle, que la religion chrétienne a commencé; mais ce fût aussi, hâtons-nous de le dire, immédiiatement après. Car, dès que le péché eut détruit le rapport d'amitié qui unissait l'homme à Dieu, Dieu qui avait résolu de renouer les relations premières, ne le voulut faire que par Jésus-Christ.

 

C'est pourquoi il promettait à nos premiers parents un Sauveur, son propre fils fait homme, dont le sang serait notre rançon, notre rachat, et le prix de la restauration promise. Et, comme à partir de ce moment, il n'y eut plus dans l'ordre du salut, de communication possible entre l'homme et Dieu, que par les mérites, ou prévus ou déjà existants, du Christ médiateur: à partir de ce moment aussi, la religion chrétienne était fondée. Elle fut la religion des patriarches, des prophètes, et des justes de l'ancienne loi, comme elle est encore la nôtre, et rien de fondamental n'y a jamais été changé.

 

Seulement, les anciens justes avaient pour objet de leur foi, l'avènement futur de Jésus-Christ, et nous son avènement déjà accompli. Ce qu'il y a de changé, ce sont donc les temps, ce n'est pas la foi; ce qui est diversifié, c'est uniquement la position occupée par rapport à Jésus-Christ, qui n'est plus pour nous dans l'avenir, mais dans le passé et dans le présent.

 

Et de cette seule différence naissent toutes les autres, car il fallait bien que les sacrifices, les sacrements et autres rites religieux annonçant la venue future du Rédempteur, fussent autres que ceux qui attestent qu'il est déjà venu, et a effectivement payé la dette du péché: ainsi les mots exprimant une chose comme devant arriver, ne sonnent-ils pas de la même manière que ceux qui l'expriment comme arrivée déjà.

 

Conjuguons donc un verbe au futur d'abord, au passé ensuite, et estimons la différence; ce serra, au dire de saint Augustin, toute la différence qui court des sacrements de l'ancienne loi à ceux de la nouvelle.

 

Les sacrements anciens signifiaient que le Rédempteur viendrait, qu'il souffrirait mort et passion pour le salut du monde, tandis que les nouveaux signifient qu'il est venu, qu'il a comblé l'attente, et rouvert les sources de la vie éternelle.

 

Cela pourtant ne fait pas deux religions différentes, de même que la diversité des deux formes du futur et du passé ne fait pas que le verbe conjugué sous l'une ou l'autre des deux ne soit pas toujours un seul et unique verbe..

 

Ainsi, dis-je, en est-il de la religion chrétienne.

 

Elle a eu différentes phases selon qu'on la considère antièrement ou postérieurement à Jésus-Christ, son centre et son objet principal; mais elle n'a pas substantiellement varié depuis la chute, parce que, ayant pour point de départ la promesse et l'attente, elle se déploie ensuite dans le don de ce qui avait été promis, et dans la possession de ce qui avait été attendu.

 

 

Louis Billot S.J.

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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