Dimanche de la Pentecôte.

Publié le 8 Juin 2014

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PENTECÔTE

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean Pateau,

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 8 juin 2014)

 


Loquentes nostris linguis magnalia Dei

Annonçant en nos langues les merveilles de Dieu. (Ac 2,11)

 


Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,


Le livre des Actes vient de nous rappeler l'événement que fut l'irruption du Saint-Esprit sur les Apôtres au matin de la fête de la Pentecôte et ses conséquences qui marquèrent profondément les premières heures de la vie de l'Église.


Après la fête de Pâques où nous nous souvenons de la Mort et de la Résurrection du Christ, dont le sang nous a rachetés et restaurés dans l'amitié avec Dieu, après la fête de Noël où nous accueillons sur terre le Rédempteur de l'humanité, fils unique de Dieu et don de Dieu, la fête de la Pentecôte est sans conteste la troisième fête de l'année liturgique. Le Saint-Esprit, troisième personne de la Trinité, vient reposer dans l'âme des Apôtres et veut reposer dans l'âme de tous les fidèles.


Au matin de la Pentecôte, la vie des disciples du Christ est transformée. Des hommes timorés, sans culture pour la plupart, vont devenir témoins infatigables de la Bonne Nouvelle, et iront pour la plupart jusqu'au don de leur vie pour le Christ.


L'intervention du Saint-Esprit ne s'est pas limitée à une transformation purement intérieure de l'âme des disciples, visant à renforcer leur union à Dieu en rendant leur prière plus fervente, plus authentique. En reposant dans le cœur des Apôtres, le Saint-Esprit les place au centre de l'Église afin qu'ils travaillent selon la volonté de Jésus à sa construction jusqu'aux extrémités de la terre.


Les Pères voient dans le Saint-Esprit l'Âme de l'Église. L'âme, anima en latin, yuch ou pneuma en grec, que l'on peut traduire par ''souffle'', c'est ce qui donne à un corps de vivre. L'âme ordonne les différents organes en vue d'un but unique : la vie. Au moment de la mort, lorsque l'âme s'est retirée du corps, la vie s'éteint. L'anarchie entre les organes s'est instaurée. Il n'y a plus à proprement parler de corps.


Il en va de même pour l'Église. Le Saint-Esprit est en son cœur comme un souffle de vie, comme un feu auprès duquel se réchauffent tous les membres du corps. Il forge l'unité de la communauté des croyants, telle l'âme humaine pour le corps.


Les Actes des Apôtres mentionnent que les langues ''se partageaient'' (Ac 2, 2). Un même Esprit vient reposer sur la tête de chacun des Apôtres, et par la suite sur chacun des croyants.


La Tradition, s'appuyant sur l'enseignement du prophète Isaïe (ch. 11), a vu dans l'énumération des esprits qui reposeront sur le rejeton né de la tige de Jessé, les dons préparés par Dieu pour chacun des fidèles : esprit de sagesse, d'intelligence, de conseil, de science, de piété, de force, de crainte de Dieu. Saint Paul, dans l'épître aux Galates, énumère les fruits opérés par la présence du Saint-Esprit dans une âme : amour, joie, paix,

patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi. (cf. 5, 22-23)


Jusqu'à l'effusion de l'Esprit, les Apôtres s'étaient tenus comme des observateurs, demeurant tout à la fois près de Jésus et loin de lui. Lors de la Passion, Pierre suivait de loin les événements et feignait de ne pas connaître celui à qui il avait promis, quelques heures plus tôt, que jamais il ne le trahirait. Désormais tout cela est du passé. Le Saint-Esprit a placé les Apôtres comme des colonnes au centre de l'Église.


Par l'action de l'Esprit, l'Église est devenue un Corps. Ce Corps nous en faisons partie, ou du moins nous le devrions. C'est-à-dire que nous ne saurions nous contenter du strapontin d'un critique qui regarde de loin ce qui se passe sur la scène.


Trop souvent, nous suivons des esprits qui ne sont pas des dons de Dieu, mais suggestions du Malin : esprit d'orgueil et de critique, esprit de contradiction et de discorde, esprit de commérage, d'amertume et de désunion.


Les fruits de tels esprits sont manifestes. D'où proviennent les guerres fratricides entretenues par la vente d'armes au Moyen-Orient, en Ukraine ou en Afrique ? D'où vient la mort donnée volontairement à l'enfant dans le sein maternel, qui interrompt une vie jaillie de la rencontre de la main de Dieu et de l'homme ? D'où naissent tant de brouilles, de conflits, au sein des familles ou des communautés, que le temps ne semble pas devoir apaiser ? D'où découlent les divisions au sein même de l'Église, fruits de la désobéissance ou de l'aveuglement ? Le cœur qui méprise le faible, le pauvre, le cœur qui ne donne pas place à la miséricorde et ne sait pas pardonner, le cœur qui agit avec suffisance et calcul, négligeant le bien de son prochain, n'est pas à l'école de l'Esprit et n'œuvre pas en réalité pour le bien total du corps, pour son avenir.


Aujourd'hui le Saint-Esprit nous invite à quitter les périphéries tranquilles. Il nous convoque au Cœur de l'Église.

Les mots, jaillis un jour du cœur de Thérèse de Lisieux, à la lecture de Saint Paul, trouveront-ils un écho dans notre cœur ?

:

« La Charité me donna la clé de ma vocation. Je compris que si l'Église avait un Corps, composé de différents membres, le plus nécessaire, le plus noble de tous ne lui manquait pas, je compris que l'Église avait un Cœur, et que ce Cœur était brûlant d'Amour. Je compris que l'Amour seul faisait agir les membres de l'Église, et que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang... Je compris que l'Amour renfermait toutes les vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux... En un mot, qu'il est Éternel... Alors, dans l'excès de ma joie délirante, je me suis écriée : Ô Jésus mon Amour... Ma vocation enfin je l'ai trouvée, ma vocation c'est l'Amour !... Dans le Cœur de l'Église, ma Mère, je serai l'Amour... ainsi je serai tout... » (Manuscrit B, folio 3 verso)

 

Unis à Marie, unis au Saint-Père, apôtre de paix qui se prépare à recevoir les chefs d'État israélien et palestinien pour une prière commune, unis aux pèlerins sur la route de Chartres, demandons les uns pour les autres une infusion renouvelée de l'Esprit, et la grâce de la docilité à ses inspirations.


Demandons-lui la grâce d'aimer vraiment l'Église. Dans nos communautés, dans nos familles, en nos cœurs, l'Église n'est pas assez aimée : là est la principale cause du manque de vocations. On ne s'engage pas pour quelqu'un qu'on n'aime pas.


Demandons-lui enfin de nous éclairer sur les conversions que le Seigneur attend de nous, afin d'être autour de nous d'authentiques artisans de paix et de mériter ainsi d'être en vérité des fils de Dieu : « Ceux qui sont mus par l'Esprit sont les fils de Dieu. » (Rm 8,14)

Amen, Alleluia.

 

 

 

 

 

Rédigé par dom Jean Pateau OSB

Publié dans #spiritualité

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