dimanche de la ste Trinité.

Publié le 28 Mai 2010

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"Cette fête des Trois est bien la mienne, écrit-elle à sa sœur, pour moi il n'en est pas une semblable…c'est une fête de silence et d'adoration…Je t'ai donnée aux Trois, ma Guite, tu vois comme je dispose de toi ! Oui, c'est dans ce grand mystère que je te donne rendez-vous. Qu'il soit notre Centre, notre Demeure."

 


soeur Elisabeth de la Trinité.

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ANDRÉ ROUBLEV


 

C’est au XIVe siècle qu’un moine russe pieux, André Roublev, a écrit l’icône de la Trinité, telle qu’elle est connue. Un concile de l’Église orthodoxe russe, le Concile des Cent Chapitres de 1551, qui s’est penché sur la question des icônes, en finalisant les canons iconographiques, a reconnu en cette icône le modèle même de l’icône. L’icône de Roublev est un modèle, pas uniquement au niveau de la technique, quoique ce soit une icône parfaite au niveau de la technique, mais un modèle au niveau des doctrines, car c’est une icône, qui, d’une manière extraordinaire, sert justement l’objet de l’icône ; elle est donc une catéchèse sur Dieu, sans le représenter. Quand nous sommes devant cette icône, nous ne sommes pas devant une représentation de Dieu mais devant une catéchèse sur Dieu, et la piété de ceux qui vénèrent l’icône vénère, bien sûr, le mystère trinitaire. Ainsi, nous sommes en présence de Dieu, sans le voir, sans le comprendre. Dans notre langage humain, nous allons essayer de voir ce que la tradition théologique véhicule par rapport à notre conception chrétienne de Dieu. Les chrétiens sont les seuls, parmi les trois religions monothéistes, à croire en la Trinité. Les juifs et les musulmans n’acceptent pas ce mystère ; pour eux, les chrétiens sont des polythéistes, des idolâtres, qui adorent plusieurs dieux. Mais que la tradition chrétienne affirme l’unicité de Dieu, à l’intérieur d’une Trinité de personnes. La théologie nous dit que ces trois personnes sont coéternelles et consubstantielles : comment alors représenter cette Trinité ?


 

L’HOSPITALITÉ D’ABRAHAM

 

Et voilà, l’inspiration géniale est venue à saint André Roublev (1360? - 1430?), qui, après avoir jeûné et prié pendant presque quarante jours, se met devant son chevalet, et une idée lui vient, l’histoire d’Abraham. Abraham, un nomade à qui Dieu promet depuis longtemps qu’il aura une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel (Genèse 15, 5). Mais Abraham vieillit, et sa femme aussi, puis il devient impensable de croire qu’ils auront un enfant. Alors Abraham utilisera la Loi ; il va vers Agar, la servante de sa femme, et Ismaël naît de cette union (Genèse 16, 1-15). Abraham s’imagine que Dieu a accompli sa promesse, jusqu’au jour où trois personnages se présentent devant sa tente, trois personnages qui lui disent : Dans un an voici que Sara ta femme aura un fils (Genèse 18, 10). Sara, qui prépare le repas à l’entrée de la tente, et qui tend l’oreille pour savoir ce que les hommes sont en train de raconter, « pouffe de rire » en entendant ceci. Elle arrive avec son plat et un des trois dit, Pourquoi ce rire de Sara ? Sara nie en disant : Je n’ai pas ri. À sa naissance, on appellera le petit : « j’ai ri », car Isaac veut dire « j’ai ri ». Il porte ainsi le contexte de son histoire.

 

Dieu est celui qui réalise sa promesse. Paradoxalement, dans le texte biblique, parfois Abraham s’adresse aux trois visiteurs au singulier, parfois au pluriel. Les Pères de l’Église ont vu là une prémonition ou une « pré-révélation » du mystère trinitaire. Trois personnages viennent donc chez Abraham et quand ils sont partis, Abraham constate qu’il a vu le Seigneur. C’est l’expression que les Évangélistes reprennent après la Résurrection. Jésus apparaît aux disciples ; au début on ne sait pas trop qui il est, on n’est pas en mesure de le nommer, mais on le reconnaîtra comme le Seigneur. L’Évangile de Jean nous raconte l’histoire de la pêche miraculeuse sur les bords de la mer de Tibériade (Jean 21, 1-13). Jésus est sur les bords du lac et leur demande : Eh, les enfants, n’avez-vous pas un peu de poisson ? Les Apôtres répondent Non ; ils étaient restés là toute la nuit sans rien prendre. Jésus leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez. Les disciples recommencent la pêche ; ils prennent 153 gros poissons et Pierre ramène le filet à terre. Jésus leur demande de venir manger, et Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » sachant que c’était le Seigneur. Comme Abraham, les disciples ont la certitude de la présence du Seigneur.

 

Comme d’autres iconographes avant lui, Roublev décide donc de se servir, comme inspiration de son icône, de l’histoire de la rencontre d’Abraham avec les trois étrangers au chêne de Mambré, lieu identifié comme celui de l’expérience. Une expérience spirituelle est portée par un lieu, par des personnes, par des mots : « spirituelle » ne veut pas dire en dehors du réel. Comme toute expérience d’amour, il y a des noms, un lieu, des événements, qui nous permettent d’identifier ce que nous ne sommes pas capables de dire - qu’est-ce c’est qu’« aimer ? » On souhaiterait le savoir : on parlera de quelqu’un, d’un lieu, d’événements, d’une rencontre... Voilà, on est ensemble, c’est le résultat, mais nous ne disons pas plus pour autant ce que c’est qu’« aimer ». L’expérience spirituelle est une expérience intérieure qui est aussi difficile à dire que de dire Dieu, parce que l’expérience et l’objet de l’expérience vont ensemble. Dieu se révèle au chêne de Mambré et le récit historique de la Genèse prend une tout autre dimension dans l’icône, parce qu’une icône n’est pas une représentation historique, mais d’abord et avant tout une théologie.


 

 


Rédigé par hiéromoine Cyrille

Publié dans #spiritualité

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