fête de Saint Joseph

Publié le 17 Mars 2010

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Il l'établit le seigneur et le maître de sa maison.
Constituit eum dominum domus suae.
Ps. 104



PANEGYRIQUE DE ST JOSEPH
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SANCTE JOSEPH ORA PRO NOBIS.
sainte fête au Saint Père.


Ces paroles ont été dites de l'ancien Joseph, figure du grand patriarche dont j'entreprends l'éloge.

 

Il y a une grandeur humaine qui consiste dans la possession des biens que ce monde recherche, les honneurs, les richesses, les fortunes éclatantes et tout ce qui peut satisfaire la cupidité : en vain chercherions-nous cette grandeur dans le glorieux saint Joseph.

Il est vrai qu'il est issu d'une longue suite d'aïeux qui ont porté le sceptre de Juda, et qu'il peut compter parmi ses ancêtres les premiers et les plus illustres rois du monde; mais sa famille est tombée dans la pauvreté et le mépris, et il peut dire par avance avec les apôtres : Nous sommes le rebut et la balayure du monde. Étant venu à Bethléem par l'ordre .de l'empereur pour s'y faire enregistrer, il ne trouve pas une maison pour se loger, chacun le rejette, il est forcé d'en emprunter une des bêtes et de se retirer dans une grotte déserte; il faut qu'il subsiste par le secours d'un art mécanique des plus vils et qu'il gagne son pain à la sueur de son front ; en un mot, on ne peut être plus dépourvu de tous les avantages et des qualités qui attirent la considération du monde. Mais il y a une grandeur divine qui consiste dans la possession des biens de la grâce et les marques de l'autorité, de Dieu.

Oh ! que Joseph est grand de cette espèce de grandeur, qu'il est puissant dans le royaume de Dieu, qu'il est riche en grâces et comblé de dons spirituels !

 

Que la foi de ce vrai enfant d'Abraham est vive, que son espérance est ferme, que sa charité est ardente, que son humilité est profonde, que son oraison est sublime, que sa chasteté est angélique, que son obéissance est parfaite et héroïque, et quel éclat de sainteté rejaillit du corps de toutes ses actions ! Mais pour vous marquer encore plus précisément le caractère de notre Saint, ce qui le distingue et l'élève beaucoup au-dessus des autres, considérez la part que le Père éternel lui a donnée dans l'économie de l'Incarnation, cette Œuvre par excellence où la Sagesse et la Toute-Puissance se sont comme épuisées, ce grand mystère caché en Dieu de toute éternité, et révélé dans la plénitude des temps ?

N'est-il pas cet homme privilégié qui a trouvé grâce devant le Seigneur pour être uni par le plus étroit de tous les nœuds à la plus pure, la plus sainte, la plus parfaite des créatures, en un mot à la divine Marie, car ce mot seul est un grand éloge, et renferme un monde entier de merveilles ; il se voit élevé sur les deux plus nobles et les plus sacrées têtes du monde; il transporte l'Arche de la nouvelle alliance selon les différents besoins, il tient en ses mains le dépôt du salut et de la rédemption des hommes, enfin il est appelé, et il est effectivement le père de Jésus, qualité qui l'élève d'autant plus au-dessus des anges, que le nom dont il est honoré est plus excellent que le leur, n'étant appelés que ses ministres.


Joseph a été jugé digne d'une gloire d'autant plus grande que celle de Moïse, que ce législateur n'a eu la conduite que du peuple de Dieu, Joseph est chargé de celle du Fils de Dieu même. Moïse n'a été que simple serviteur dans la maison de Dieu, Moïses in domo tanquam famulus : Joseph y a été établi maître avec une pleine autorité : Constituit eum dominum domus suœ.

Eh! quelles louanges ne seront pas infiniment au-dessous d'un ordre si élevé, et quelle éloquence ne se trouvera comme accablée par l'abondance et la richesse de la matière! Tâchons pourtant de nous renfermer dans les bornes ordinaires, et pour cet effet, après avoir supposé comme un principe incontestable, que Dieu n'appelle jamais à un rang et à un emploi, qu'il ne donne libéralement les grâces et les talents nécessaires pour s'en acquitter dignement, voyons de quelle façon le Père éternel, donnant à Joseph pouvoir et autorité sur son Fils, l'a revêtu de ses propriétés personnelles, ce sera le premier point; et comment en l'établissant chef de Marie, il l'a orné de ses plus rares vertus, ce sera le second, et tout le partage de ce panégyrique. Vierge sainte, vous y êtes intéressée, j'ai lieu de me promettre votre assistance.

 

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PREMIER POINT

 

La plupart des justes qui ont précédé l'avènement de Jésus-Christ ont eu la gloire de figurer quelqu'une de ses actions ou de ses souffrances: vous n'avez pour en être convaincus qu'à jeter les yeux sur Abel égorgé par son frère et sur Joseph vendu par les siens, Melchisédech offrant du pain et du vin au Seigneur, Aaron lui immolant des victimes sanglantes ; regardez Isaac lié sur un bûcher, Jonas enfermé dans le ventre d'une baleine, Moïse faisant sortir les Israélites de l'Egypte, Josué les faisant entrer dans la terre promise, David persécuté et Salomon glorieux ; vous n'avez qu'à considérer ces hommes extraordinaires pour voir en chacun d'eux quelque trait particulier du Sauveur du monde, qui semble les avoir choisis pour faire par avance en leur personne comme un essai de ce qu'il devait lui-même accomplir dans la plénitude des temps.

Or, si ce choix a été si avantageux pour ces serviteurs de Dieu, qu'on ne voie rien en eux de plus auguste que cette glorieuse qualité de figure de Jésus-Christ, que faudra-t-il dire du grand saint Joseph, en qui se trouve non pas l'ombre et le rayon d'une chose qui ne devait arriver qu'après plusieurs siècles, mais la représentation, la figure d'une action présente et subsistante, non la figure d'un Dieu fait homme, c'est-à-dire revêtu de la forme d'esclave, et en cette qualité moindre que son Père, et même inférieur aux anges, avec qui par conséquent il n'est pas étrange que des hommes aient quelque rapport, mais la figure d'un Dieu toujours invisible, toujours impassible et glorieux; enfin, non-seulement quelques traits particuliers qu'il faudrait rassembler pour en pouvoir faire un portrait achevé, mais son image entière, pour ainsi dire, car il représente les propriétés personnelles du Père.

Cet avantage lui est si propre et si particulier qu'il ne peut le partager avec personne. Je m'arrête à trois ou quatre propriétés du Père éternel, dont saint Joseph a reçu une communication plus abondante : il est père et vierge; il met en son Fils toute son affection, il le conduit dans tous les moments et toutes les circonstances de sa vie avec une providence particulière ; enfin il a une puissance et une autorité singulière sur lui.

 

Le Sage, pour nous donner quelque idée de la génération éternelle du Verbe, dit qu'elle est l'effusion toute pure de la clarté du Tout-Puissant, l'éclat de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu ; telle est la génération du Verbe dans le temps. Bien loin d intéresser la pureté de Marie, elle la consacre, il y entre comme dans son temple pour se revêtir de notre chair ; il en sort comme la fleur de sa tige qui l'embellit, ou le rayon qui pénètre un cristal, et le rend tout lumineux.

Or, Joseph est revêtu de la pureté du Père éternel, il est établi le protecteur et le témoin de celle de Marie, il a gardé avec encore plus de fidélité et de respect l'Épouse de son Maître, que l'ancien Joseph n'en eut pour celle de Putiphar, dont il n'était que l'esclave; c'est pourquoi l'abbé Rupert, admirant ces chastes époux, les compare à ces lis mystérieux au milieu desquels l'Époux des Cantiques prend son repos et sa nourriture, si nous n'aimons mieux les comparer aux chérubins qui étendaient leurs ailes sur le Propitiatoire, et se regardaient mutuellement.

 

Et saint Augustin prouve très-solidement que le mariage de Joseph, tout extraordinaire qu'il est, ne laisse pas d'être un véritable mariage, puisque toutes les conditions nécessaires pour le rendre tel s'y rencontrent, jusqu'à la fécondité qui en est la fin et le but.


Il est vrai que Joseph n'a aucune part à cette fécondité, mais c'est cela même qui fait sa gloire, il n'en est pas pour cela un père moins tendre, moins empressé, et, si j'ose m'exprimer ainsi, moins amoureux et moins passionné. Renfermons-nous dans ce qu'en apprend l'Évangile. Faut-il porter l'Enfant Jésus en Egypte ? faut-il le ramener en Judée ? Joseph seul est chargé de cette glorieuse, mais périlleuse commission, toute la part qu'y prend saint Gabriel est d'en donner avis à Joseph. Joseph seul l'exécute ; cependant qu'y avait-il de plus facile à cet archange après l'exemple d'Élie, d'Énoc et d'Abacuc, que de transporter en un moment cette sainte Famille en Egypte, si cette gloire n'était réservée tout entière à Joseph, afin qu'il fît voir en cette rencontre que la tendresse qu'il avait pour son Fils allait jusqu'à le bannir de son pays et exposer sa vie à mille hasards ?

 

Lorsqu'il le perdit au temple de Jérusalem à l'âge de douze ans, oh ! quelle douleur ne sentit-il pas ! que d'alarmes et de pleurs! combien ses entrailles furent-elles émues et déchirées ! de quels traits son cœur ne fut-il pas percé ! Enfin, faut-il nourrir et faire subsister Jésus dans son enfance, et dans un âge plus avancé, Joseph a encore le privilége d'entretenir une si précieuse vie du .travail de ses mains et de la sueur de son front; ses bras ont fourni à tout ce qui était nécessaire à la subsistance du Verbe fait chair : Ad omnia quae opus erant ministrtaverunt manus istae. Heureux travail, fonction sacrée, noble et divine occupation, préférable infiniment à l'action infatigable de l'ange qui fait tourner le soleil : non, il n'y en a pas un dans le ciel qui n'envie votre bonheur et ne soit jaloux de vos sueurs, n'ayant eu cet avantage qu'une seule fois après le jeûne miraculeux du désert.

 

0 Père trop heureux ! qui ne pouvez excéder dans l'amour que vous portez a votre Fils, puisqu'il a un Dieu pour objet, un Dieu, dis-je, qu'il faut aimer avec excès et sans mesure pour le bien aimer : réjouissez-vous de ce que les droits de la nature et de la grâce, de la raison et de la religion se trouvent ici réunis et confondus; abandonnez-vous librement à tous les mouvements et les transports qu'ils vous inspirent, vous n'avez pas à craindre cette funeste division de cœur presque inévitable aux pères selon la chair, qui aiment d'ordinaire leurs enfants d'un amour tout profane et tout païen, et qu'une fausse tendresse aveugle si fort, qu'ils aiment souvent en eux ce qui fait l'aversion et le mépris du reste du monde, qui n'a pas la complaisance de les regarder avec les mêmes yeux. Saint Joseph a travaillé pour Dieu en travaillant pour son Fils, et il s'est amassé par là un trésor incorruptible.

 

Il nous reste à considérer comment la providence du Père éternel se repose sur Joseph de la conduite de son Fils, et comment il le revêt de son autorité sur lui.


Quoique Dieu étant la Sagesse même n'ait plus besoin de celle des hommes pour former ses desseins, et encore moins de leur puissance pour les exécuter, il ne dédaigne pourtant pas de se les associer quelquefois pour être ses coopérateurs dans ses plus grandes entreprises, c'est dans cette vue qu'il a prédestiné saint Joseph !

Vous avez déjà pu remarquer, dans ce que nous avons dit, la vigilance plus que paternelle avec laquelle ce glorieux patriarche s'est appliqué à conserver le précieux trésor de notre éternité , je veux dire à garantir le divin Enfant de ses persécuteurs et a le pourvoir de tous ses besoins : ses yeux sont toujours ouverts pour la conservation de ce dépôt céleste, son cœur est toujours préparé pour exécuter les ordres d'en haut : semblable à ces animaux mystérieux d'Ézéchiel, il ne fait pas un pas et la moindre démarche que par le mouvement de l'Esprit divin, et dans les moments que le Père éternel lui prescrit.

 


 Mais c'est peu que la Providence se décharge sur Joseph du soin de Jésus, voici quelque chose de bien plus surprenant : tout pouvoir lui est donné sur le Tout-Puissant !

Ah ! c'est ici que les expressions me manquent ; eh quoi ! Seigneur, n'avez-vous pas protesté solennellement que vous ne donneriez jamais votre gloire à un autre ? comment donc déposez-vous votre autorité sur votre Fils, ce qui est toute votre gloire, entre les mains de Joseph?

On a regardé comme un grand prodige que le soleil se soit une seule fois, et en une seule occasion, arrêté à la voix d'un homme, et que cet astre soit demeuré immobile à la parole de Josué, et voici le Créateur du soleil et le maître de Josué, qui, durant trente ans, a obéi à Joseph! On admire encore que le patriarche Joseph ait passé de la prison au comble des honneurs, et que l'Egypte entière se soit vouée et soumise à ses lois; mais qu'est-ce qu'une semblable autorité en comparaison de celle que le second Joseph exerce sur le Maître du monde et le Roi des rois?

Joseph commande, Jésus obéit; Joseph donne des ordres, Jésus les exécute.

0 merveille incompréhensible ! cieux et terre, n'avez-vous pas été mille fois étonnés d'un tel prodige? Celui qui, pour me servir des termes de saint Paul, n'a pas cru commettre une usurpation en se disant égal à Dieu, daigne pourtant bien se soumettre à un homme, et se rendre à ses volontés ! En quoi, dit saint Bernard, je ne sais ce que nous devons le plus admirer, ou la soumission de Jésus, ou l'autorité de Joseph; dans l'un j'aperçois une humilité sans exemple, et dans l'autre une puissance sans bornes.

Mais vous n'avez encore considéré qu'une partie de ce grand tableau, c'est l'autorité que Joseph a reçue du Père éternel sur Jésus ; voyons celle qu'il a exercée sur Marie, dont il a été établi le chef, et dont en cette qualité il a reçu une communication abondante de grâces et de vertus. C'est mon second point.

 

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SECOND POINT

 

Nous lisons, au commencement de la Genèse, que Dieu ayant créé le premier homme, et appliqué ses mains, son esprit, ses yeux à former ce chef-d'œuvre: II n'est pas bon, dit-il, que l'homme soit seul, faisons lui une compagne semblable à lui pour l'aider; la même chose se passe dans la réparation de l'homme, excepté que la femme est formée la première. Dieu ayant résolu dans son conseil éternel de revêtir son Fils d'un corps mortel dans le sein d'une pure Vierge, et ce mystère devant être caché aux Juifs et aux démons jusqu'à ce que le salut des hommes eût été opéré sur la croix, Marie est choisie entre toutes les femmes pour être Mère du Verbe fait chair, et Joseph lui est associé pour être son époux et couvrir sous le voile du mariage cette œuvre par excellence : Faciamus ei adjutorium simile sibi.

Oh ! que ces paroles sont glorieuses à Joseph, et l'élèvent non-seulement au-dessus de tous les hommes, mais encore de tous les anges !

Je sais bien que, selon l'ordre établi dans le monde, l'épouse reçoit sa noblesse et sa grandeur de son époux ; mais dans l'ordre établi de Dieu pour ce mariage, arrêté dans le conseil d'en haut, l'époux reçoit tout de l'Épouse ; le chef, de Celle qui lui est soumise ; c'est par le canal et le ministère de Marie que les grâces sont communiquées à Joseph, c'est sur ce beau modèle qu'il se forme et se perfectionne, c'est de cette union qu'il tire toute son excellence, son amour ardent pour Jésus, son zèle infatigable pour le servir, son esprit de prière et de retraite, sa modestie, son recueillement, en un mot toutes ses inclinations divines! Quel mariage fut jamais mieux assorti, et quel époux a jamais été plus favorisé du ciel ?

 

Je n'ai pu vous le représenter revêtu des propriétés du Père éternel, sans faire briller à vos yeux plusieurs traits de ses rares vertus, dont il est redevable à la qualité d'époux de Marie; parcourons les principales qui nous restent, car ce champ est trop vaste et d'une trop grande étendue.

 

Si Marie a plu par la virginité, c'est par son humilité qu'elle a mérité de concevoir.

 

La virginité de la Virginité même a été comme un nard et un parfum précieux qui a fait monter son odeur jusqu'au tronc du Très-Haut, et l'a attiré en ses chastes entrailles; elle éclate de même dans Joseph, et s'y fait distinguer parmi toutes les autres. II effaçait de son souvenir cette longue suite de patriarches, de juges, de rois dont il était issu, ponr ne se regarder que comme un vil artisan, comme un homme de la lie du peuple, ou plutôt le dernier des hommes. Content de sa condition obscure et méprisable qui eut paru insupportable à tout autre, il n'eût pas échangé les instruments de son art avec des sceptres et des couronnes ; mais ce qui est bien plus admirable, il effaçait de sa pensée tant d'actions saintes, tant de vertus dont il était orné, el les richesses spirituelles dont il était comblé, qui le rendaient aux yeux de Dieu et de ses anges plus grand que Salomon,  pour ne s'occuper que de son néant.

 

Oh ! qu'il était petit et vil à ses propres yeux ! qu'il était pénétré de son indignité! Hé! combien de fois, Seigneur, avez-vous vu ce Saint incomparable s'abîmer devant votre majesté souveraine, en vous protestant avec Abraham qu'il n'était que poussière et que cendre, et avec David qu'il n'était qu'un néant et moins qu'un néant devant vous !

Ne fut-ce pas par un effet de ces sentiments dont il était tout pénétré, qu'il voulut se séparer de Marie et quitter une condition qu'il ne pouvait regarder qu'en tremblant (c'est l'opinion d'Origène et de saint Bernard). Il fut tout près de se retirer d'Elle dans la même disposition que saint Pierre conjura depuis Jésus-Christ de s'éloigner de lui, parce qu'il n'était qu'un pécheur, il fallut qu'un ange vînt le rassurer et lui dire : Fils de David, ne craignez point de demeurer avec Marie votre épouse.

Qu'il est fidèle à suivre Jésus dans son exil, ses persécutions, sa vie cachée et inconnue, et peu empressé à prendre la moindre part à la gloire de ses miracles et de ses actions publiques et éclatantes ! qu'il était éloigné de le presser de se manifester au monde avant le temps, à l'exemple de ses autres parents selon la chair, afin de s'attirer de la considération, ou de lui demander une des premières places pour lui ou pour les siens, ainsi que la mère des Zébédées ; il ne se glorifie uniquement que dans les opprobres de Jésus-Christ

 

L'amour de la pauvreté et de l'obéissance, fille de l'humilité, ne se font pas moins remarquer dans tout le cours de sa vie ; il souffre non-seulement avec patience, mais encore avec joie, toutes les incommodités inséparables de son état; bien loin de se croire misérable dans le sein même de la misère, il s'estimait trop heureux de n'avoir pas où reposer sa tête, et bénissait Dieu sans cesse de pouvoir honorer la pauvreté de Jésus, qui, jouissant dans le ciel de toutes les richesses de la gloire, s'est fait pauvre s. pour notre amour.

 

Ne fit-il pas de même à l'exemple de ce Dieu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix? sa nourriture et ses délices furent de faire en toutes choses la volonté du Père céleste. Hésitera-t-il jamais un seul moment d'exécuter ses ordres quoique très sévères et très-rigoureux, comme quand il fallut se lever au milieu de la nuit, passer à travers les satellites d'Hérode, et s'enfuir dans une terre étrangère et idolâtre? que de répliques n'eût pas faites un esprit peu soumis? comment s'en aller sans provision, sans équipage, sans aucuns moyens, chez un peuple harbare, dans la plus rude saison de l'année, avec une vierge faible et un enfant nouveau-né?

 

La même obéissance le lit retourner ensuite en Judée, malgré la crainte qu'il avait d'Archélaûs, fils du tyran, aussi cruel que son père, et aussi prêt à sacrifier toutes choses a son ambition.

0 prompte et parfaite obéissance ! que vous condamnerez un jour nos résistances aux ordres de Dieu, nos murmures et tous les vains prétextes dont nous nous servons pour couvrir notre lâcheté et colorer nos prévarications !

0 divine vertu qui nous pourriez élever, aussi bien que Joseph, à la sublime alliance de Jésus, puisqu'il nous assure dans l'Évangile que quiconque fait la volonté de son Père céleste, celui-là est son père, sa mère, son frère et sa sœur, pourquoi ne faisons-nous pas plus d'efforts pour vous acquérir?

 

Que dirai-je a présent de la grandeur de sa foi ?


elle mériterait seule un panégyrique. Si sainte Elisabeth félicite Marie d'avoir cru : Beata quœ credidisti, n'ai-je pas autant de raison de m'écricr : O Joseph ! que votre foi est grande, vous êtes bien heureux d'avoir cru comme votre Épouse aux paroles de l'ange, d'avoir étouffé tous les soupçons qui pouvaient être injurieux à la pudeur de cette incomparable Vierge.

 

Mais que cette foi me paraît héroïque, lorsque le même ange vint l'avertir de prendre la Mère et l'Enfant, et de s'enfuir sans délai en Égypte ! S'il eût consulté les lumières de l'esprit humain, que n'eût-il pas opposé pour ne pas exécuter un ordre qui paraissait si étrange? Quoi ! Seigneur, eût dit un autre à sa place, cet Enfant miraculeux vient pour sauver les hommes, et il faut qu'on le sauve lui-même ! puisque vous avez tout pouvoir, que n'exterminez-vous ce tyran qui ose s'attaquer à votre Fils ? que ne faites-vous descendre le feu du ciel pour le consumer? que ne le foudroyez-vous du souffle de votre bouche, ou du moins, puisque le cœur des rois est en vos mains, que ne changez-vous le sien en lui inspirant des sentiments de piété et de religion?

Joseph est bien éloigné de former de pareilles pensées et d'écouter de semblables raisonnements, sa foi vive et éclairée lui fait comprendre en un moment ce que plus de trois ans de conversations et d'instructions n'avaient pu faire concevoir aux apôtres mêmes, prévenus comme les Juifs des idées d'un Messie qui viendrait dans la pompe et la magnificence des siècles. Joseph savait que son royaume n'était pas de ce monde, qu'il ne délivrerait son peuple que de la servitude du péché et de ses ennemis invisibles, qui sont les démons; que la voie qu'il tiendrait pour accomplir ce grand ouvrage serait celle des humiliations, de la pauvreté, de la souffrance ; malgré la répugnance des sens et la révolte de la raison, il perce et découvre, à travers les plus profonds abaissements, toute la grandeur et la majesté d'un Dieu.


Que dirons-nous de la mort de Joseph, qui n'est pas moins admirable que sa vie, et où toutes ses vertus semblent briller d'un nouvel éclat?


Cette mort n'a rien de triste et d'affreux, cette nuit n'a rien de sombre et d'obscur, c'est un pilote qui, après une heureuse navigation, baisse peu à peu les voiles de son vaisseau et entre dans le port; regardez-le expirant sans effort entre les bras de Jésus et de Marie, remettant au Père éternel son âme, qu'il lui avait offerte mille fois en sacrilice, et s'endormant du sommeil des justes.


Oh ! que cette mort est précieuse, et quelle ferme dignement le cours d'une si belle vie!

ô mort douce et tranquille, mort charmante et délicieuse! où sont tes horreurs, tes frayeurs, tes alarmes et tes convulsions? n'est-ce pas là mourir plus véritablement que Moïse, in osculo Domini, dans le baiser du Seigneur?

Mais que faites-vous, grand Saint, quand vous mourez de si bonne heure? que pouvcz-vous trouver de plus grand dans le ciel quand il vous serait ouvert immédiatement, que ce que vous laissez sur la terre? quoi! nous avons tant de peine à quitter des parents et des amis qui ne sont que des hommes et des pécheurs comme nous, et vous quittez un Dieu et la Mère d'un Dieu sans regret et sans violence ; en un mot, vous laissez avec joie en ce monde ce que nous allons chercher en l'autre!


Ah! je vois bien ce que c'est, mes frères, et quand je dis que Joseph meurt in osculo Domini, je né dois pas oublier qu'au lieu de ces mots, la Vulgate porte : Jubente Domino, par l'ordre du Seigneur.

En effet, c'est par l'ordre du Père éternel dont il est venu tenir la place pour gouverner sa Famille qu'il quitte le monde ; il y est demeuré autant qu'il a été nécessaire pour sauver la vie du Fils et l'honneur de la Mère, il n'y pouvait rien faire de plus grand que d'être le protecteur d'une telle Vierge et le sauveur du Sauveur des hommes, il peut dire comme lui au Père éternel : J'ai consommé l'œuvre que vous m'avez donnée a faire.

 

Seigneur, que je meure de la mort de ce juste, mais faites auparavant, par votre grande miséricorde, que je vive de la vie de ce juste, c'est-à-dire de la vie de Jésus, car Jésus était sa vie, et il pouvait dire avec autant de fondement que saint Paul : Je vis, non pas moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi ; rendez-nous de parfaits imitateurs de Joseph, comme il a été lui-même un parfait imitateur de Marie, surtout de sa profonde humilité et de son amour pour la vie cachée et inconnue ; que toute notre étude soit de former, de nourrir, de faire croître Jésus-Christ dans nos cœurs et dans le cœur de nos frères, de le garantir de ses persécuteurs par nos prières, nos paroles, nos bons exemples, afin que lorsque nous serons arrivés à ce terrible moment qui décidera de notre éternité, nous nous trouvions remplis de confiance comme saint Joseph, et méritions d'avoir quelque part à la gloire dont il jouit dans l'éternité bienheureuse.

 

Père Bernard Bourrée, prêtre de l'Oratoire.

 

 

 










Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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