jeudi de Pâques (2 ).

Publié le 8 Avril 2010

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Comment le Sauveur se fit connaître de Marie-Madeleine.

 

La miséricorde du Seigneur ne se fit pas longtemps attendre, et l'épreuve arriva bientôt à sa fin.

De même que Joseph, après avoir caché son nom quelque temps à ses frères, quand ils vinrent en Egypte, se découvrit bientôt à eux, cédant en cela à sa générosité naturelle et à l'amour fraternel; de même ce généreux Seigneur, après être resté quelque temps inconnu, se fit connaître à Madeleine en l'appelant par son nom accoutumé : Marie.

Comment exprimer la joie, la dévotion, l'amour, l'étonnement el la frayeur qui saisirent en ce moment cette pieuse femme ! Ne trouvait-elle pas plus qu'elle ne désirait ?

Elle cherchait le cadavre de son Sauveur, et elle le trouva plein de vie et vainqueur de la mort. Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que Madeleine ait pu supporter le poids de tant de bonheur.

O mon Dieu, que votre puissance est grande! Que de joie vous pouvez, par une seule parole, répandre dans une âme! Mais est-il étonnant qu'une seule parole de votre bouche rappelle un cœur à la vie, quand elle a suffi pour créer le monde ! La présence du soleil ne dissipe pas plus promptement les ténèbres que la vertu de cette parole ne dissipa la tristesse de Marie. Mais si la tristesse disparut, les larmes restèrent; la cause seule en fut changée : les premières étaient des larmes de douleur ; celles- ci sont des larmes d'allégresse : les unes et les autres ont pour principe l'amour.

Le Sauveur, par cette parole, témoigna à sa servante beaucoup d'affection et de familiarité; mais le ton avec lequel il la prononça dut en témoigner bien davantage. L'Ëvangéliste n'en dit rien, parce que si une parole peut être écrite, l'expression avec laquelle elle est prononcée échappe au langage humain.

 

La parole par laquelle Marie répondit à la parole du Sauveur, ne fut pas moins significative. Jésus lui avait dit: « Marie! » Elle lui répondit : « Maître! » c'est-à-dire, « maître du ciel, maître du monde, maître de mon âme, maître des âmes humbles et douces. » Elle se borna à ce seul mot, parce que sa langue, enchaînée en quelque sorte par la vivacité de ses sentiments, n'en pouvait dire davantage, quoiqu'elle eût tant à dire sur ce changement admirable et sur cet ineffable mystère.

Mais le sentiment que les paroles ne pouvaient traduire se traduisit bientôt par ses actes. Elle se précipita à ses pieds, qu'elle connaissait dès longtemps, et devant lesquels elle avait recouvré tout son trésor. En les baignant de ses larmes, elle avait trouvé le pardon de ses péchés; en s'assayant auprès elle avait entendu la doctrine qui tombait de la bouche du divin Maître. C'est prosternée à ces mêmes pieds qu'elle avait imploré la résurrection de son frère. C'étaient ces pieds qu'elle avait de nouveau arrosés de parfums dans la maison de Simon le lépreux. Ce sont encore ces pieds qu'elle veut adorer en ce moment, et dont elle veut embrasser les glorieuses cicatrices.

Dans son humilité, et pour suivre le conseil du Sauveur, elle s'était assise à la dernière place du festin : il n'est donc pas étonnant qu'elle soit conduite à la place la plus honorable. C'est pourquoi, tandis qu'elle ne voulait pas s'éloigner de ses pieds, le Sauveur lui tend ses mains et la comble sans cesse de nouvelles faveurs.

 

Le Sauveur lui répondit : « Ne me touchez pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. »

Ce n'est pas que Jésus-Christ ne voulût pas permettre à cette sainte femme de l'adorer et de lui baiser les pieds : il le permit bien aux femmes qui revenaient du monument, et avec lesquelles Madeleine était elle-même venue. Ce sens résulte des paroles suivantes : « Je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Madeleine pensait que le divin Maître était remonté au ciel, et qu'en retournant vers son Père, il avait accompli la parole qu'il avait répétée si souvent à ses disciples lorsqu'il les consolait de son absence prochaine. Or, dans cette persuasion qu'il était au ciel, et qu'elle ne le verrait plus sur cette terre, elle s'efforçait de jouir parfaitement de sa présence, et elle se jetait à ses pieds afin qu'il ne la quittât pas sitôt. En lui adressant les paroles précédentes, le Seigneur lui tenait à peu près ce langage : Ne me retenez pas, ne croyez pas que je m'en aille, et que vous me voyez pour la dernière fois. Je suis encore en ce monde et j'y resterai quelques jours, n'étant pas monté vers mon Père, comme voua l'imaginez.

 

Après ces paroles Jésus ajouta : « Allez trouver mes frères et dites-leur : voilà que je monte vers mon Père et votre Père, vers votre Dieu et mon Dieu. »

Quelles aimables paroles!  Quel admirable témoignage d'humilité et d'amour. L'Apôtre a bien raison d'exalter cette profonde humilité du Fils adorable de Dieu, lequel ne dédaigne pas d'appeler ses frères et fils du même père que lui, de pauvres pêcheurs, rebut du monde en quelque sorte, qui peu auparavant, par la plus déloyale des fuites et avec la plus grande lâcheté, l'avaient abandonné entre les mains de ses ennemis ; comme s'ils n'avaient pas été mille fois témoins des miracles accomplis par sa puissance. Hebr. II

On le voit bien, Seigneur, vous ne vous êtes pas dépouillé, depuis que vous avez quitté ce monde, des charmes avec lesquels vous lui étiez apparu. La douceur et la bonté que vous montriez naguère, vous les montrez encore. Vous traitez les vôtres, après les avoir laissés, comme vous les traitiez lorsque vous viviez auprès d'eux. C'est que votre cœur ne change pas suivant les lieux, il ne varie pas suivant les temps, et il ne subit aucune altération parce que votre corps est honoré d'une nouvelle dignité, et votre nom entouré d'une gloire nouvelle. Aussi vos serviteurs ont-ils grandement raison de se consoler, de se ranimer et de se glorifier en vous, puisqu'ils ont un tel frère et un tel père.

Quelle suavité et quel honneur pour nous dans ces mots : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers votre Dieu et mon Dieu. » Y a-t-il pour l'homme une dignité comparable à celle d'avoir pour père un Dieu? Et quel abaissement plus grand de la part du Fils de Dieu d'avoir pour son Dieu notre Dieu ? Pour laquelle de ces deux choses, Seigneur, vous devons-nous le plus de reconnaissance ? Est-ce parce que vous nous avez donné pour père votre Père, ou parce que vous avez accepté notre Dieu pour votre Dieu. S'il ne peut y avoir de plus grand honneur pour nous, il ne saurait y avoir pour vous de plus profonde humilité, et c'est à votre humilité que nous devons l'honneur dont nous sommes favorisés. En poussant l'humilité jusqu'à se faire Fils de l'homme, le Fils de Dieu a élevé le fils de l'homme à la dignité incomparable de fils de Dieu.

 

La principale leçon à retirer de ce charmant et pieux récit, est de comprendre avec quelle ferveur il faut chercher le Seigneur, et quels avantages en retirent ceux qui le cherchent de la sorte.

Incontestablement, de même que Dieu offre la pénitence de cette femme en modèle aux pécheurs ; de même il l'offre comme modèle aux justes qui désirent le trouver. Les premiers apprendront par son exemple, et la manière de faire pénitence, et les fruits qu'on en rapporte; les seconds y apprendront la diligence requise pour une telle entreprise, et la générosité avec laquelle ils en seront récompensés.

O vous donc, qui blessé par l'amour divin, aspirez à la perfection de la charité et de la sagesse divine où l'on possède Dieu, cherchez-la comme Madeleine a cherché son Sauveur. Cherchez-la avec amour, cherchez-la avec douleur, cherchez-la avec zèle, cherchez-la avec larmes, avec courage, et avant tout avec persévérance : cherchez-la de la sorte et soyez assuré que vous la trouverez.

Et ne soyez pas étonné de la réunion de ces conditions. Le Seigneur disposant avec suavité toutes choses, veut qu'il y ait proportion entre les moyens et la fin : par suite, il exige qu'un semblable trésor soit cherché avec tant de sollicitude.

Ne vous effrayez ni des difficultés du voyage, ni des horreurs de la nuit, ni des assauts probables des démons, ni du souvenir de vos péchés passés. Rien de tout cela ne parvint à décourager celte sainte pécheresse; rien ne put la détourner de son pieux dessein; et c'est pour cela qu'elle mérita de voir avant tous les autres le soleil de justice dans les splendeurs et dans la gloire de sa résurrection.

 

Quel encouragement pour les pécheurs !

Quelle consolation pour les âmes qui cherchent le Seigneur ! Une femme de laquelle la Fils de Dieu avait chassé sept démons. c'est-à-dire, selon l'explication de saint Grégoire, l'universalité des péchés, desquels on ne citerait les noms que difficilement et la rougeur sur le front, parce qu'elle cherche le corps du Sauveur avec auxiété, avec larmes, sans être arrêtée par la pensée de l'abîme où elle avait été si longtemps plongée, et avec persévérance, cette femme mérite d'être visitée du Seigneur avant les apôtres, avant le prince des apôtres, avant même le disciple de prédilection.

Avec combien d'éclat brillent ici la bonté de Dieu, sa générosité, le désir qu'il a d'attirer à lui les pécheurs et de consoler ceux qui le cherchent de toute leur âme !

Les faveurs, le traitement, l'accueil qu'il accorde aux personnes qui se tournent vers lui prouvent bien la vérité de cette parole d'un prophète : « Si vous cherchez le Seigneur, vous le trouverez quand vous le chercherez de tout votre cœur et dans l'affliction de votre âme ; Jerem. XXIX,13: c'est-à-dire comme le cherchait Madeleine.

Seulement, à son exemple, il faut y joindre la persévérance ; car si elle a trouvé, c'est parce qu'elle a persévéré.

Dans les sacrifices de l'ancienne loi Dieu ne se souciait pas qu'on lui offrît des victimes privées d'oreilles et de queue ; pour vous donner à entendre qu'il tient avant tout à l'obéissance et à la persévérance. Levit.XXII.

Ces deux vertus sont les deux parties dont se compose la robe de la justice qui couvre l'homme de la tête aux pieds. La robe que Jacob donna à son fils Joseph en était la figure; par ses couleurs diverses et par sa longueur elle représentait le vêtement de justice, qui est formé de plusieurs vertus, et qui par le don de persévérance, dure jusqu'à la fin de la vie. Génes. XXXVII

Que l'âme occupée à chercher Dieu, ne cède point au découragement, si elle ne voit pas ses désirs s'accomplir à son gré. Le but de ce retard est d'accroître la vivacité de ses sentiments, en lui donnant occasion de déployer plus de diligence, d'augmenter ses mérites.

Un désir semblable est certainement un don de Dieu, et c'est de ce désir que parle le Sage, lorsqu'il dit que Dieu enflamme les justes d'un profond amour pour la sagesse. Sap VI et VIII.

 

Apprenez-donc ô homme pécheur, apprenez de cette femme pècheresse à pleurer l'absence du Seigneur et à désirer sa présence. Apprenez à aimer Jésus, à chercher Jésus, à ne redouter aucune adversité, à ne recevoir de consolation que de Jésus. Cherchez-le dans le sépulcre de votre coeur, et ôtez la dure pierre qui en ferme l'entrée. Regardez ensuite si Jésus y est, et s'il n'y est pas, cherchez, persévérez, pleurez, courbez la tête, abaissez-vous, humiliez-vous jusque dans la poussière de la terre et regardez encore une seconde fois.

 

Tenez pour certain qu'en le cherchant avec cette foi dans ce monument, avec cette persévérance, avec cette humilité, et en rejetant comme Marie toute autre consolation, vous finirez par le trouver; et en le trouvant, vous trouverez, même dans cette vallée de larmes, des trésors et des consolations dont vous ne sauriez avoir l'idée.

 



 louis de Grenade.



Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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