l'abbé Odilon et la commémoration des défunts.

Publié le 12 Novembre 2009







Les écrits des Pères et les anciennes liturgies nous montrent l’Eglise catholique adressant, dès les premiers temps, des prières pour les morts, suppliant Dieu de les tirer où ils expient les fautes commises ici-bas, et de les admettre dans le bonheur éternel. Mais ces prières avaient un caractère tout individuel. La veille de l’inhumation, le corps du défunt était porté dans l’église, et la nuit se passait à réciter auprès de lui des psaumes et des hymnes. Le lendemain, on célébrait le sacrifice de la messe, puis on confiait la dépouille mortelle à la terre.


Vers 827, Amalric, diacre de l’église de Metz, inséra, dans un Traité de fêtes ecclésiastiques, un office spécial pour les morts ; mais il ne fut mis en usage que pour les particuliers. Dans la plupart des congrégations religieuses, on avait l’habitude, à certains jours de l’année, de commémorer les défunts inscrits au nécrologe, c'est-à-dire de lire leurs noms et de réciter pour eux des prières, en recommandant leur souvenir à leurs frères. Cette commémoration avait lieu, à Cluny, le second jour après la fête de la Trinité et à Saint-Germain d’Auxerre, le 10 des calendes de février. En Espagne, saint Isidore de Seville, au VIIème siècle, recommanda de célébrer chaque année, le lendemain de la Pentecôte, une messe à l’intention des défunts. Mais ces prières ne s’appliquaient qu’aux membres d’une communauté, d’une église particulière, à ceux qui s’y rattachaient par une association de prières, des bienfaits ou par un tout autre lien. Personne n’avait encore eu la pensée de consacrer une fête spécialement destinée à implorer, pour tous les défunts, la miséricorde divine. C’est l’abbé Odilon qui décida, qu’à un jour donné, tous les moines, dans toutes les maisons de Cluny, prient afin d’appeler le pardon sur les fidèles, connus ou inconnus, religieux ou séculiers, décédés dans tous les lieux et à toutes les époques. Il fixa ce « jour des morts » au lendemain de la fête de tous les saints.

 

 

Odilon adressa à ses monastères le décret suivant : « Il a été décrété par Odilon, à la prière et du consentement de tous les frères, que, de même que dans toutes les églises de la chrétienté on célèbre au premier novembre la fête de tous les saints, de même on célèbrera, dans nos maisons, la fête commémorative de tous les fidèles défunts, depuis le commencement du monde jusqu’à la fin, de la manière suivante : le jour susdit, après le chapitre, le doyen et le cellerier feront à tous les pauvres qui se présenteront une aumône de pain et de vin, ainsi qu’on a coutume de le faire le Jeudi saint. Tout ce qui restera du dîner des frères, à l’exception du pain et du vin, qui seront mis en réserve pour le souper, sera donné à l’aumônier. Le soir, toutes les cloches sonneront, et on chantera les vêpres por les défunts. Le lendemain, après matines, toutes les cloches sonneront de nouveau, et l’on dira l’office pour eux. La messe du matin sera célébrée de manière solennelle ; toutes les cloches sonneront ; le trait sera chanté par deux frères. Tous les frères doivent offrir en particulier et célébrer publiquement la messe pour le repos de l’âme de tous les fidèles. On donnera la réfection à douze pauvres. Afin que ce décret reste perpétuellement en vigueur, nous voulons et ordonnons qu’il soit observé, tant dans ce lieu que dans tous ceux qui lui appartiennent ; et si quelque autre prend exemple sur notre pieuse institution, qu’il devienne par là même participant à toutes les prières adressées à Dieu (particeps omnium bonorum votorum). De même que la mémoire de tous les chrétiens sera rappelée une fois l’an, de même nous ordonnons et tenons pour convenable de prier pour tous nos frères qui militent au service de Dieu, sous la règle de saint Benoît, afin que, par la miséricorde de Diei, nous fassions chaque jour de nouveaux progrès. » Venait ensuite l’indication des prières et des psaumes que l’on devait chanter dans les offices de cette fête ( Acta Ord. S. Bened. seac. VII, Elogium Odilonis, cap. IX).

 

 


 

 

 

« Dans la conscience des peuples de l'Europe grandissait ainsi ce processus de longue gestation, qui allait conduire à la reconnaissance, de manière toujours plus claire, de deux éléments fondamentaux pour la construction de la société : la valeur de la personne humaine et le bien premier de la paix », a expliqué Benoît XVI dans sa catéchèse en italien sur le mouvement clunisien.

 

Benoît XVI a souligné en outre la contribution de Cluny - et des moines en général - au développement matériel de l'Europe : « Comme ce fut le cas pour d'autres fondations monastiques, les monastères clunisiens disposaient de vastes propriétés qui, exploitées avec diligence, contribuèrent au développement de l'économie ».

 

Il a également relevé l'impact culturel et éducatif des centres monastiques : « A côté du travail manuel, ne manquèrent pas certaines activités culturelles typiques du monachisme médiéval comme les écoles pour les enfants, la constitution de bibliothèques, les scriptoria pour la transcription des livres ».

 

Par conséquent, Benoît XVI souligne la « contribution importante et précieuse » - « y a mille ans, alors que la formation de l'identité européenne était en plein développement » - de cette « expérience clunisienne, diffusée dans de vastes régions du continent européen ».

 

Le pape souligne l'équilibre du rapport entre Dieu et l'homme, indissolublement liés, apporté par cette « expérience » : à la fois parce qu'elle « a rappelé le primat des biens de l'esprit » et qu'elle « a tenu en éveil la tension vers les choses de Dieu » et parce qu'elle a « inspiré et favorisé des initiatives et des institutions pour la promotion des valeurs humaines » et qu'elle « a éduqué à un esprit de paix ».

L'avenir de l'Europe

 

Benoît XVI souligne l'actualité de cette œuvre clunisienne pour l'Europe de demain en invitant à prier pour que « tous ceux qui ont à cœur un authentique humanisme et l'avenir de l'Europe sachent redécouvrir, apprécier et défendre le riche patrimoine culturel et religieux de ces siècles ».

 

Le pape avait tout d'abord insisté - il l'a résumé ainsi en français - sur la spiritualité profonde de Cluny, ancrée dans le silence et la liturgie : « Au début du douzième siècle, l'Ordre de Cluny, en revitalisant la Règle de saint Benoît, a contribué à un profond renouvellement de la vie monastique, garantissant le rôle central que la Liturgie occupe dans la vie chrétienne et accentuant l'importance du silence pour protéger et alimenter le climat de prière ».

 

Or Cluny fit école dans toute l'Europe : « De nombreux monastères se lièrent à Cluny, esquissant ainsi une Europe de l'esprit. Le succès de cet Ordre est dû à sa haute spiritualité, mais aussi à l'encouragement des Papes aux idéaux qu'il poursuivait pour la purification et le réveil de la vie monastique ».

 

En cette Année sacerdotale - à l'occasion du 150e anniversaire de la mort du saint curé d'Ars - le pape souligne les bienfaits de cette réforme spécialement « pour le renouveau de la vie sacerdotale dans l'Eglise ».

 

Il souligne aussi le développement d'une culture de la charité concrète et de la paix : « Elle permit un développement des œuvres de charité et, dans un monde fortement marqué par la violence, elle institua ‘la trêve de Dieu' et ‘la paix de Dieu'. »

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Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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