l'ascèse de l'abandon.

Publié le 29 Novembre 2013

 

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Enfant, si dans un absolu et aveugle abandon, tu laissais le Seigneur te chercher et bouleverser ta maison autant qu'il le voudrait, et de manière qu'il le voudrait, la drachme serait trouvée d'une façon qui dépasse tout ce que l'homme peut immaginer ou comprendre.

 

Ah ! mes enfants, si on se laissait bouleverser ainsi, cela nous mènerait plus loin que tous les projets, toutes les oeuvres et tous les procédés particuliers que le monde entier peut réaliser extérieurement, sous des formes et dans des oeuvres sensibles. Notre-Seigneur nous l'atteste, quand il dit: " Que celui qui veut venir à moi se renonce lui-même et me suive." C'est ainsi que l'homme doit renoncer soi-même et ne jamais retenir ce qui est pour lui un obstacle au vrai progrès.

 

Mais quand les hommes rebelles à l'abandon tombent dans de fortes épreuves, et qu'ils sont rabotés avec un dur et rude balai, il leur parait que tout est perdu, et ils tombent en grande et forte tentation, dans le doute et dans une crainte effrayante.

 

" Non, Seigneur, disent-ils, tout est perdu. Je suis privé de toute lumière et de toute grâce."

 

Si tu étais un homme bien ordonné et bien abandonné jamais il n'en irait si bien pour toi, et tu ne serais jamais mieux qu'au temps où le Seigneur voudrait te chercher; cela te suffirait, tu éprouverais la vraie paix. Qu'il te veuille dans l'aveuglement, l'obscurité ou la froideur, qu'il te veuille fervent ou qu'il te veuille pauvre selon ce qui lui plait, en toute manirèe, dans l'avoir ou dans la privation, quel que soit le moyen qu'il prenne pour te chercher, tu te laisserais trouver.

 

Ah! mes enfants, celui qui suivrait ce chemin et se livrerait intérieurement et extérieurement, comment pensez-vous que Dieu en agirait avec lui? Ah! il l'élèverait si délicieusement au-dessus de toute chose.

 

 

Tauler

 

 

Seigneur je ne vous demande pas de souffrances, je ne voudrais pas non plus être la cause de ces souffrances, mais je me résigne à tout et c'est le désir de mon coeur, pour coopérer à votre louange éternelle: de moi-même, jamais je n'ai pu me résigner assez complètement.

 

Seigneur, si vous permettez que je sois l'homme le plus méprisé, je voudrais souffrir le mépris par amour pour vous et pour contribuer à votre gloire.

 

Seigneur, je me mets aujourd'hui entièrement entre vos mains, et si on m'accusait des crimes les plus grands qu'un homme ait jamais commis de telle sorte qu'en me voyant on me crache au visage en signe de mépris, Seigneur, si seulement je savais qu'à vos yeux je suis innocent, je souffrirais tout cela avec plaisir pour votre gloire.

 

 

Si j'étais coupable, je le souffrirais aussi pour la gloire de votre justice, dont l'honneur m'est mille fois plus cher que mon honneur propre; et à chaque parole de mépris, je voudrais vous louer et vous dire, comme le larron sur la Croix:" Seigneur, je souffre justement, mais vous, qu'avez-vous fait? Seigneur, souvenez-vous de moi dans votre royaume."

 

Et si vous vouliez que je meure maintenant et que ce fût pour votre gloire, je regarderais pas derrière moi pour demander un sursis.

 

Si je devais vivre aussi vieux que Mathusalem, je désirerais que pendant chaque année de cette longue existence, pendant chaque semaine de l'année, chaque jour, chaque instant de chaque heure, je vous loue aussi parfaitement que vous loua un bienheureux dans la véritable splendeur des saints; je désirerais vous louer autant de fois qu'on aperçoit de grains de poussière dans un rayon de soleil, je désirerais que tous ces grains de poussière vous louent pour réaliser mon désir comme si moi-même je l'avais réalisé dans cette vie.

 

C'est pourquoi, Seigneur, appelez-moi quand vous voudrez, bientôt ou dans un temps plus éloigné, mon coeur consent à tout."

 

 

 

Bienheureux Henri Suso.

 

Que dois-tu donc souffrir? Tu dois souffrir tout ce que t'apportent les jugements et les décrets providentiels de Dieu, au lieu et dans les circonstances où cela tombe sur toi, d'où que cela vienne, directement de Dieu ou des hommes.

 

La mort te prend-elle tes amis? ou bien perds-tu ton bien, ton honneur, la consolation intérieure ou extérieure, celle qui vient de Dieu ou des créatures? Voilà les fardeaux que tu dois porter allègrement, et puis aussi tes propres défauts qui t'affligent et que tu ne parvients pourtant pas à vaincre. Place-toi sous le fardeau, pour souffrir selon la volonté de Dieu, et remets tout à Dieu.

 

Veux-tu devenir et être une petite brebis?

Etablis-toi dans une vraie paix, toujours égale, en tout ce qui peut arriver, de quelque façon que ce soit. Quand tu as fait ce qui te regarde, sois en paix, et sans crainte en toutes choses, de quelque façon qu'elles arrivent. Confie tout à Dieu, et abandonne-toi complètement à lui, même dans tes fautes, non pas d'une manière sensible, mais selon la raison, c'est-à-dire en te détournant d'eux, en ayant de l'aversion. Dans ce sens, on ne s'abandonnera jamais trop.

 

 

.....

 

 

 

C'est la myrrhe que Dieu nous donne sous forme de souffrances de quelque genre qu'elles soient, intérieures ou extérieures.

 

Celui qui accepterait cette myrrhe en charité, sous la même impulsion foncière qui nous la fait donner donner par Dieu, quelle vie délicieuse ne sentirait-il pas naître dans son âme! quelle joie, quelle paix, et quelle noble chose ce serait.

 

Oui, la plus petite comme la plus grande souffrance que Dieu laisse tomber sur toi vient du fond de son ineffable amour; oui d'un amour tout aussi grand que les dons les meilleurs et les plus sublimes qu'il puisse te donner ou qu'il t'ait jamais donnés.

 

Si seulement tu voulais les accepter, tout cela te serait utile, oui, toute souffrance, même le plus petit cheveu qui tombe de ta tête sans que tu y fasses attention, car Notre-Seigneur a dit: il n'est pas un seul cheveu qui ne soit compté. (Matth.: X,30)

 

Oui, il ne peut jamais y avoir de souffrance, si petite soit-elle, qui tombe sur toi sans que Dieu l'ait prévue de toute éternité, l'ait voulue et désirée, et c'est pourquoi elle s'abat sur toi.

 

As-tu mal au doigt? mal à la tête? as-tu froid aux pieds? as-tu faim? soif? t'afflige-t-on en paroles ou en actions? quoi qu'il puisse t'arriver de fâcheux, tout cela te prépare et sert à ta vie de noble joie. Il a été ordonné par Dieu que tout cela t'arrive. C'est mesuré, pesé, compté, et rien de moins,, rien d'autre ne peut arriver.

 

Que mon oeil ait sa place en ma tête, voilà ce qui a été ordonné de toute éternité par Dieu le Père qui est dans les cieux; qu'il me soit arraché et que je devienne aveugle ou sourd, le Père qui habite dans les cieux a encore prévu éternellement qu'il devait en être ainsi; il avait pour cela, de toute éternité, un dessein éternel, et c'est ainsi, de toute éternité, qu'en Dieu j'ai perdu la vue. Ne dois-je pas alors ouvrir l'oeil ou l'oreille de mon coeur, et remercier Dieu de ce que son éternel dessein s'est accompli en moi? Devrais-je en souffrir? Je devrais, au contraire, y trouver un admirable sujet d'action de grâces.

 

Il en va de même pour la perte de tes amis, de ton bien, de ton honneur, de ta consolation et pour tout ce que Dieu t'envoie: tout cela, si tu peux l'accepter, te prépare et te dispose à la vraie paix.

 

Il y a des gens qui disent:" Maître, je vais bien mal et je souffre beaucoup." Et quand je leur réponds que c'est très bon pour eux ils reprennent :" Non, Maître, j'ai mérité cette souffrance, j'ai nourri en moi une image mauvaise."

 

Ne t'inquiète pas, cher enfant, si la souffrance est méritée ou non méritée; prends-là comme venant de Dieu, et remercie Dieu: livre-toi et soumets-toi.

 


 

Tauler.

 


 


 

 

 


 

 

 


 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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