l'humilité de Marie.

Publié le 23 Mars 2010

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La belle parole « Voici la servante du Seigneur : Ecce ancilla Domini, » proférée par Marie, après la magnifique salutation de Gabriel, offrit un contraste surprenant, dit saint Bernard, digne de l'étonnement des hommes, de l'admiration des anges, des complaisances de Dieu !

Reconnue pleine de grâce, Marie ne considère que son néant ; comblée de dons, elle ne songe qu'à glorifier le Très-Haut ; et plus elle se voit élevée par grâce, plus elle s'abaisse par humilité. L'ange la salue, la proclame Mère de Dieu; et à peine ose-t-elle s'appeler sa servante : Mater Dei salutatur; et ancillam se nominat.

 C'est cependant le suprême degré de la grandeur de Marie, en qui tout d'ailleurs est grand, extraordinaire et singulier.

Grande est Marie, parce qu'elle est Vierge : Magnum quia Virgo; plus grande elle est encore, parce qu'elle est à la fois et Vierge et Mère : Majus quia Mater
et Virgo; très-grande elle est indubitablement, parce qu'elle est Mère du Dieu qu'elle adore : Maximum quia Mater Dei.

 

Or, serait-il possible de monter encore plus haut?


Oui, Marie s'élève encore au-dessus de cette grandeur; puisque, étant si grande aux yeux de Dieu, elle est moins que rien à ses propres yeux : elle est grande par la vertu des divins prodiges opérés en elle, elle est plus grande encore par le prodige de sa vertu : Sed longe maximum quod talis cum sit, putat se nihil esse.

 

Or, ce fut précisément par ce prodige de l'humilité de Marie que s'accomplit le mystère précieux de notre salut ; de même que le mystère fatal de notre ruine s'était accompli précisément par le prodige de l'orgueil d'Eve.


Marie, dit saint Bernard, en était arrivée au point de plaire au Verbe éternel par les charmes de sa pureté ; mais elle ne le conçut dans le temps que par la confession de son néant; ainsi que le Père céleste l'engendre dans l'éternité par la connaissance de sa propre excellence : Virginitate placuit humilitate concepit. Cette humilité si nouvelle, si singulière, si héroïque, si sublime, donna à la grande parole, articulée par Marie : « Qu'il Soit Fait, fiat, » l'efficacité de restaurer le monde qui avait été également créé par un Qu'il Soit Fait, fiât.

 

Oh ! sainte humilité, que ta force, que ton efficacité, que tes charmes sont grands! Mais que ta nécessité est grande aussi.


De même que le grand mystère de la réparation de l'homme a été accompli par l'humilité, de même aussi on ne saurait en éprouver les fruits que par l'humilité. L'orgueil de l'ancien Adam et de l'ancienne Eve nous avait ouvert l'enfer ; l'humilité du nouvel Adam et de la nouvelle Eve, de Jésus-Christ et de Marie nous a ouvert le ciel : mais comme ces portes bienheureuses ne nous ont été ouvertes que par les mains de l'humilité, ainsi n'y parviendra-t-on que par le sentier de l'humilité.


Jésus-Christ l'a dit : Si nous ne descendons jusqu'à la petitesse, jusqu'à la candeur, jusqu'à la simplicité des petits enfants, il nous sera interdit d'entrer dans le royaume des cieux : Nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum. (Matth. xvm.) 

Remarquez attentivement celte expression du Seigneur : « Si vous ne vous faites petits enfants, nisi conversi fueritis, » car elle veut dire : Que, comme la Mère de Dieu s'est faite servante; que, comme le Verbe de Dieu s'est fait homme, ainsi l'homme doit se faire petit enfant pour être sauvé.


 

Il existe des hommes superbes, orgueilleux, enthousiastes de leur propre opinion, qui ne supportent qu'en frémissant d'impatience les réprimandes de la censure, le frein de l'autorité ; qui estiment se suffire à eux-mêmes, n'avoir besoin que d'eux-mêmes; qui, tandis qu'ils censurent tout dans les autres, tiennent à être flattés, applaudis, idolâtrés dans tout ce qu'ils disent et font eux-mêmes ; qui se croient et prétendent se faire croire par tous, les seuls savants qui savent tout, les seuls habiles qui remédient à tout, les seuls clairvoyants qui prévoient tout; les seuls infaillibles qui décident parfaitement de tout; eh bien, ces hommes-là, quoique sous les dehors d'une vie régulière et chrétienne, ont une secrète affinité, une sorte de parenté avec Lucifer, père de l'orgueil ; ils ont au fond du cœur d'infernales sympathies pour le vice et l'erreur; ils ont ce levain funeste qui résiste à l'action secrète de la grâce, et qui, corrompant lentement l'intelligence, finit par corrompre aussi le cœur.

 

Et n'est-ce pas là la cause de ces chutes que ne rappelle qu'avec horreur l'histoire ecclésiastique, de tant de martyrs qui, après avoir rendu hommage à la foi de Jésus-Christ par la générosité de leur confession, l'ont ensuite déshonoré par le scandale de leur apostasie ; de tant de sages qui, après avoir défendu l'Église par la splendeur de leur doctrine, ont fini par l'attaquer par les blasphèmes de leurs erreurs : de tant de saints qui, après avoir édifié le peuple chrétien par l'héroïsme de leur vertu, ont fini par l'affliger par la turpitude de leurs vices.

 

 Au contraire, les hommes dociles, humbles, qui, pensant bassement d'eux-mêmes et se défiant de leur propre esprit, de leurs propres lumières, de leurs propres forces, cherchent en dehors d'eux-mêmes la vérité qui les instruise, la force qui les soutienne, le conseil qui les guide, et qui aiment mieux croire que disputer, écouter que discourir, obéir que commander; ces hommes-là, dis-je, quoi qu'il arrive, soit qu'ils tombent dans l'erreur ou dans le vice, finissent enfin par venir à résipiscence et à secouer le linceul de leur mort spirituelle.

 

Au milieu même de leurs désordres, ils appartiennent encore, par une affinité secrète, par un fil imperceptible, à Jésus-Christ, le maître et le modèle de l'humilité ; ils ont des sympathies célestes pour la vérité et la vertu; ils conservent libre le sentier, ouverte la porte du cœur, le sentier, la porte de l'humilité par où peut toujours s'introduire et par où s'introduit effectivement la grâce, qui le convertit, le transforme et s'en rend maîtresse.

 

Et n'est-ce pas là la cause cachée de ces changements, éclatants que rappelle avec admiration et complaisance l'histoire ecclésiastique, de tant de satellites de la persécution idolâtrique, devenus ensuite martyrs de la foi : de tant de partisans de l'erreur, devenus ensuite docteurs de la vérité catholique ; de tant de pécheurs, devenus ensuite des saints.

 

Ah! descendons de la hauteur de notre ambition, des prétentions de notre vanité, de la présomption de notre orgueil ; défions-nous de nous-mêmes, humilions notre esprit et notre cœur devant Dieu et devant les hommes.


C'est le plus beau moyen d'honorer le mystère de ce jour, le mystère par excellence de l'humilité du Fils de Dieu et de la Mère de Dieu. C'est le moyen le plus sûr de conserver la grâce de Dieu si nous l'avons acquise, et de la recouvrer si nous l'avons perdue. C'est la pratique la plus sûre pour vivre en vrais chrétiens ou pour le devenir au plus tôt.


C'est l'escalier royal pour monter au ciel.


Car s'accomplit non-seulement dans le temps, mais encore dans l'éternité, l'oracle de Jésus-Christ : que quiconque s'exalte sera humilié, et que quiconque s'humilie sera exalté : Omnis qui se exaltat hitmiliabitur, et qui se humiliat exaltabitur. (Luc, xiv.)

 

PÈRE VENTURA.

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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