la conséquence de la perfection, c'est la béatitude

Publié le 25 Octobre 2013

 

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Regina sanctorum omnium, ora pro nobis.

 

 

L'amour sans la vertu n'est qu' une faiblesse et un désordre; par la vertu, il devient l'accomplissement de tous les devoirs, le lien qui nous unit à Dieu d'abord, puis à toutes les créatures de Dieu; il devient justice et charité, deux choses qui n'en font qu'une, et qui nous furent donnés au jour de notre création, pour être après la vérité le second moyen de répondre à notre destinée en atteignant notre fin.

 

Sans cette divine justice de l'amour, l'homme est séparé de Dieu, même en le connaissant; et séparé de lui, il ne peut que descendre vers la misère et la mort, dans la route directement opposée à celle où le convie l'ordre de sa création.

 

Selon cet ordre, il a reçu Dieu pour terme, la vérité pour guide, la charité pour moteur. S'il s'égare, ce ne sont pas les moyens qui lui manquent, mais la volonté.

 

A la fin des temps, la nature extérieure et matérielle ne sera point détruite, mais transformée; mais de même que le corps des saints subira une transfiguration glorieuse, la nature universelle subira une transformation analogue.

 

" Toute créature, dit saint Paul, attend le jour de la révélation des enfants de Dieu: car la créature a été soumise à la vanité présente, non par son propre choix, mais à cause de celui qui l'y a soumise avec l'espérance d'en sortir.

 

Toute créature, en effet, sera délivrée de la servitude de la corruption pour servir à la liberté de la gloire des enfants de Dieu.  .

 

Ce qui veut dire que l'univers actuel, approprié aux besoin présents de l'homme, sera un jour transformé pour être approprié à ses besoins futurs..

 

 

Le ciel est un lieu formé par la matière à son plus haut point de perfection; il est le séjour de toutes les âmes unies à un corps, qui ont mérité de voir Dieu. Dieu s'y manifeste à elles en une manière que nous ne pouvons pas comprendre, ainsi que les anges, les archanges, et tous les esprits purs; lesquels tous ensemble, Dieu, âmes et esprits, forment la cité éternelle, la Jérusalem d'en haut, le séjour de la béatitude éternelle.

 

Le ciel alors sera partout où s'étendra l'univers nouveau, sauf la partie réservée aux âmes perdues par leur faute, et qui constituera une région à part, séparée de l'autre par d'infranchissables barrières.

 

 

 


 

 

Dieu est infiment heureux, parce qu'il est infiment parfait.

 

Ayant donc appelé le monde à jouir de sa perfection, il a dû l'appeler aussi à jouir de sa béatitude; et la béatitude terminant tout en Dieu, elle est aussi nécessairement le terme final de la création, pour tout être qui n'aura pas démérité sa destinée.

 

Vous me demandez pourquoi Dieu n'a pas donné la béatitude sans condition de mérite...

 

Si, en effet, Dieu a voulu communiquer au monde tous ses biens, il a dû les lui communiquer dans l'ordre où il les possède lui-même et dans le seul ordre où il lui fut possible de les communiquer tous.

 

Or les biens divins se réduisent à la perfection et à la béatitude, à la perfection, cause de la béatitude, et à la béatitude, effet de la perfection.

 

Si Dieu eut changé l'ordre, en nous plongeant, par l'acte seul de notre naissance, dans la possession de lui-même; d'où nait sa félicité, il nous eût ravi le premier de ses biens qui est la perfection.

 

Car, le libre arbitre en est un élément nécessaire, que la vue directe et béatifique de Dieu ne nous eût pas permis de posséder même un seul instant. Perdus aussitôt que nés dans l'abîme d'une attraction infinie, nous n'eussions offert à la bonté divine aucune représentation de sa propre liberté, aucune vertu, aucun mérite, aucun retour digne de sa gratuite et libérale dispensation à notre égard. Dieu nous devait donc et se devait à lui-même de retarder notre béatitude au profit de notre perfection. Mais la retarder, c'était se cacher pour un temps aux êtres créés; c'était s'envelopper à leurs yeux dans le voile des choses finies, afin que le choix étant possible, l'épreuve le fût avec le choix, et que de l'épreuve naquit en eux une justice digne d'éloge, une bonté digne d'amour.

 

Votre fin et votre principe ne différent pas; c'est Dieu qui est votre père, et c'est lui qui est votre but. Il est l'alpha et l'oméga de votre destinée; vous ne pouvez regarder plus bas sans vous perdre, aller moins haut sans périr..

 

Si vous refusez la perfection, parce qu'elle vous coûte, vous refusez en même temps la béatitude, qui en est la conséquence. Cet ordre ne dépend pas de Dieu; il est sa propre et rigoureuse nature; la nature même de la bonté dont la justice n'est que la sanction.

...


 

Quand les saints entrent dans le ciel vainqueurs de la mort et de la vie, ils n'y entrent pas dépouillés de leur existence antérieure, comme des êtres sans passé, sans avenir, sans habitudes conquises; ils y entrent, au contraire, dans la pleine possession d'une personnalité laborieusement perfectionnée, avec toute leur âme et toutes leurs oeuvres, selon cette belle prophétie de l'apôtre saint Jean qui, assistant par l'esprit de Dieu aux derniers jours du monde, entendit d'en haut une voix qui disait: Bienheureux les morts qui meurent dans le Seigneur.. car leurs oeuvres les suivent.  

 

Leurs oeuvres les suivent, parce qu'elles sont vivantes comme eux et en eux, vivantes dans l'amour qui en a été le fruit, et qui monte avec les saints dans le ciel, non pas pour y perdre son caractère primitif de choix et de dévouement, mais pour l'y conser à jamais dans l'immortalité de la vision béatifique.

 

Les saints n'ont pas dans le ciel un autre coeur que celui qu'ils avaient sur la terre; le but même de leur pèlerinagé était de former en eux, au moyen de l'épreuve, un amour qui méritât de plaire à Dieu et de subsister éternellement en face de lui.

 

Loin que cet amour change de nature, c'est sa nature même, c'est son degré acquis dans le libre exercice de la volonté qui détermine la mesure de la béatitude en chaque élu de la grâce et du jugement. Selon que l'homme apporte à Dieu une affection plus ardente, il puise dans la vision de l'essence divine une extase plus profonde, une félicitée plus accomplie.

 

C'est le mouvement de son coeur, tel que la mort l'a saisi, qui règle sa place au sein de la vie, et c'est la persévérance inaltérable de ce mouvement, causée par la vue de Dieu, qui seule distingue l'amour du temps de l'amour de l'éternité.

 

 

 

Dieu reconnait dans ses saints les apôtres, les martyrs, les vierges, les docteurs, les solitaires, les hospitaliers, qui l'ont autrefois confessé et servi dans les tribulations du monde;  les saints à leur tour reconnaissent en Dieu celui qu'ils ont aimé sans partage au temps de leurs angoisses et de leur liberté.

 

Rien ne leur est étranger dans le sentiment qu'ils éprouvent, rien n'est nouveau pour eux dans leur coeur. Ils aiment celui qu'ils avaient choisi; ils jouissent de celui auquel ils s'étaient donnés; ils étreignent celui qu'ils possédaient déjà; leur amour s'épanouit dans la certitude et la joie d'une inamissible union, mais il n'est point séparé de la tige où il naquit.

 

Dieu le cueille sans le couper; il le couronne sans le changer.

 

"Oui, dès ici-bas pour nous tous, Dieu est notre perspective, il est notre aliment; même quand nous l'avons chassé, il habite encore en nous plaintif et consolateur,  comme ces vents inconnus qui passent le voir au sommet dévasté des hautes montagnes et y remuent doucement quelque plante perdue que n'a jamais touchée la pieuse main du voyageur.

 

" Dieu est notre avenir, nous,  nous n'avons pas d'avenir; nous tomberons dans sa vie, ou nous tomberons dans la mort: c'est l'un ou l'autre. L'immortalité sans l'union intime avec Dieu est le rêve abstrait de la béatification, ou bien c'est le rêve adultère d'un matérialisme infini.

 


 

Jouir de Dieu, être en Dieu et avec Dieu, plongés dans son sein comme nous le sommes dans la nature, voilà la vocation de l'homme, et cette vocation ne peut nous avoir été donnée sans une force correspondante qui nous prépare, dès ce monde à notre état final.

 

 

LACORDAIRE.

 

 

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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