La mort.

Publié le 5 Novembre 2013

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La mort est une nécessité de nature.

 

Si nous n'en comprenons pas le mystère, il faut bien en reconnaître le fait.

 

Mais si la mort est une chose naturelle, pourquoi n'en prenons-nous pas tranquillement notre parti? Pourquoi nous fait-elle peur?

 

Mon âme, pourquoi es-tu triste et troublée à son approche, comme à l'approche d'un ennemi? Pourquoi le nécessaire et simple accomplissement d'une loi de la nature prend-il à tes yeux les proportions d'une catastrophe?

 

Ce serait à n'y rien comprendre, si la lumière surnaturelle qui éclaire ce fait lugubre ne nous y montrait une nécessité de justice.

 

Bien que notre corps fût composé d'éléments capables de se dissoudre et de se soustraire à l'acte vital de l'âme, nous n'êtions pas faits pour mourir.

 

Créateur infiniment libéral, Dieu n'épargna rien, lorsqu'il fit l'homme à son image et ressemblance; et ne pouvant le faire participer à son immense et indivisible éternité, il voulut au moins qu'il fut immortel.

 

La grâce, dont il le remplit, pénétrait son âme et lui communiquait, avec toutes les vertus, une puissance créatrice qui s'emparait des éléments corruptibles de la matière et corrigeait leur tendance native  la dispersion. Non seulement elle avait le pouvoir de retenir, l'une auprès de l'autre, toutes et chacune des parties du corps qui lui était uni, et de le configurer à sa propre incorruptibilité, maîtresse de la nature entière, elle n'y prenait que des éléments de vie qui tous concourraient à la perpétuelle jeunesse d'une chair indestructible.

 

Mais, près de cette glorieuse puissance, il y avait une menace: " Si tu pèches, avait dit le Seigneur, tu mourras de mort." 1 Genes. cap . II , 17

 

Et l'homme a péché; vous avez entendu de ma bouche le triste récit de sa chute.  Puisqu'il se séparait de Dieu, il était juste que Dieu se séparât de lui et l'abandonnât aux impuissances de sa nature.

 

Le déchirement qui se fait dans notre être n'est que la conséquence normale et la légitime vengeance du déchirement qui s'est fait entre nous et Dieu par la prévarication du père de notre race. La mort est entrée dans le monde par le péché: per peccatum mors; elle en est le cruel salaire: stipendia peccati mors.

 

Pendant que le philosophe et le savant interrogent la nature, sans pouvoir lui faire dire son dernier mot, le chrétien est déjà fixé sur la cause prochaine et immédiate du sinistre dans lequel sombre la vie humaine. Il confesse avec nos saints docteurs, "que la mort n'est point une loi de la nature telle que Dieu l'a faite à l'origine du monde, mais le juste châtiment du péché; que c'est pour venger le péché que Dieu a dit au premier homme en qui nous tous êtions: Tu es terre et tu retourneras en terre: en un mot que le péché est la racine de la mort. "

 

Hélas! l'oracle divin - Morte morieris - s'est trop bien accompli. Non seulement la mort a frappé le premier des prévaricateurs, mais chaque jour elle s'en prend à ses tristes enfants; remplissant avec une désespérante fidélité, son impitoyable mission.

 

C'est à peine s'il vient de terminer le récit de la génèse du monde que l'historien sacré nous montre les générations humaines se poussant et se renversant l'une l'autre: la première foulée aux pieds par la seconde, la seconde par la troisième, et toutes chantant ce lamentable refrain: Et mortuus est. C'est la première ballade de la mort; elle est pleine d'une sombre éloquence.

 

Ce ne sont point des visites intermittentes que nous fait l'ennemie de notre vie; elle est en nous.

" A partir du jour où il a été condamné, dit saint Augustin, l'homme a commencé à mourir."

 

En concurrence avec le travail de la vie, un autre s'accomplit, sourd et mystérieux, sur  tous les points de notre nature: c'est le travail de la mort. Il ne se cache que pour marcher plus sûrement et plus vite; rien ne l'arrête, et c'est quand tout parait prospère qu'il est en pleine activité; si bien que le sage a cru pouvoir dire:" vivre c'est mourir continuellement"; et un savant physiologiste: " la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort."

 

" Nous ne tombons pas tout à coup dans les bras de la mort, dit un représentant de la sagesse antique; mais, pas à pas, nous allons vers elle, ou plutôt nous marchons avec elle. Chaque jour s'en va un morceau de notre vie, et cet aujourd'hui dans lequel nous vivons, nous le partageons avec la mort."

 

Partout elle rencontre des complices de son implacable travail et des auxiliaires empressés de la servir. L'homme innocent tenait la nature en respect et lui envoyait, du haut de sa royale majesté, comme un reflet de sa perfection. Mais la déchéance de son maître a rendu la nature insolente. " Comme si elle était envieuse du bien qu'elle nous a fait, dit Bossuet, elle nous déclare souvent qu'elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu'elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains, et qui doit être éternellement dans le commerce; elle en a besoin pour d'autres formes, elle le redemande pour d'autres ouvrages. "

 

Amoindrie et misérable par notre faute, trahie dans ses espérances , elle se venge par ses trahisons. Chacun des éléments qu'elle fournit à notre vie cache un subtil venin qui l'abrège. Les gaz, les fluides, l'air, la lumière, la nourriture même, autant de choses qui usent nos organes et font en nous la mort, tout en accomplissant le décret de la Providence qui veut que nous vivions ici-bas comme en passant.

 

Et cette lutte intestine se poursuit jusqu'au moment où, se sentant vaincue, l'âme angoissée tente un dernier effort pour retenir le corps qu'une main ennemie lui enlève. Mais elle a beau faite, l'agonie, combat suprême de la nature et dernière protestation de l'amour d'union qui tient enchainés l'un à l'autre l'esprit et la matière, l'agonie ne fait que rendre plus éclatant le triomphe de la mort.

 

Tout est fini.

 

Substances amies séparez-vous; par ici notre âme, par là notre corps; la justice le veut ainsi!

 

L'homme pécheur avait dit à Dieu, principe de sa vie surnaturelle: - séparons-nous. - Ne fallait-il pas que le tragique évènement qui le finit en ce monde portât l'empreinte de sa faute?  Et voyez comme cette empreinte est vigoureuse et profonde! Le pécheur ne se retire de Dieu que pour s'attacher par une injuste préférence aux créatures. Il faut qu'on les lui arrache avec la vie.

 

Beauté, richesses, honneurs, plaisirs, amours: tout devient la proie de la mort.

 

Le pécheur ne se retire de Dieu que pour s'établir dans une sacrilège indépendance.

 

Pour le punir, Dieu se reprend et se cantonne en quelque sorte dans son souverain arbitraire. Non content d'abréger les jours de sa créature déchue, il entoure sa fin de mystère et se réserve l'heure de ses suprêmes décisions.

 

L'homme immortel était maître du temps; après sa chute, le temps le possède et le trahit; à chaque instant il peut être surpris.

 

Et voilà ce que c'est que la mort fille du péché: une universelle et complète séparation en même temps que la plus horrible des surprises......

 

R.P. Monsabré OP.

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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