la psychologie de la conversion .

Publié le 17 Février 2013

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On parle plus volontiers et non sans raison de la nécessité de se convertir, des moyens et du besoin de la grâce que de l'explication psychologique de la conversion. Le converti et le convertisseur, trop heureux d'un changement ou d'une conquête, s'abandonnent sur le fait accompli.

 

D'ailleurs, ne peut-on pas convertir et se convertir, tout comme on peut vivre et marcher sans aucune théorie. A vouloir expliquer une activité ne risque-t-on pas d'en troubler le mécanisme?  Témoin ce mille-pattes qui vécut heureux jusqu'au jour où un crapaud lui demanda dans quel ordre il mouvait ses innombrables pattes. A cette question, le pauvre insecte fut si troublé qu'il resta hébété dans le fossé, à se demander comment faire dorénavant pour courir.

 

S'il est vrai que le travail de conversion s'opère sans s'embarasser de définitions, il existe néanmoins une chose qui s'appelle l'honnêteté intellectuelle. On ne peut être en règle avec celle-ci, qu'à la condition de se poser certaines questions et d'y répondre loyalement. Tant qu'il y aura des êtres qui pensent, un "pourquoi" et un "comment" séduiront plus fortement qu'un signe de piastre.

 

Quelle réalité, plus que la conversion, mérite nos réflexions?


On n'exagère rien en disant que la rénovation du monde en dépend, puisque la réforme des individus doit procéder et rendre possible celle des peuples.

 

A convertir, des milliers d'apôtres sont voués par vocation; à se convertir, chacun est obligé, sous peine de damnation: " Si vous ne vous convertissez pas.. vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux", disait le Maître.

 

 

En fait, nombreux sont les penseurs qui, à la suite de l'Ecriture, ont tenté d'expliquer la nature de la conversion. Plus nombreux encore sont les convertis, qui ont analysé et liivré au public leur expérience, tellement que la littérature du vingtième siècle s'est enrichie d'une section spéciale qu'on peut appeler "la littérature des convertis".

 

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" en enfants nouveau-nés"

 

Pour la meilleure réponse à la question: Qu'est-ce que la conversion? c'est cette "nuée de témoins' qu'il nous faut interroger.

 

La sainte Ecriture désigne la conversion par des expressions aussi imagées que variées.

 

Tantôt, elle la représente comme un renouvellement de l'esprit et tantôt comme une vie nouvelle. Saint Paul parle de "nouvelle créature", "créés dans le Christ Jésus". GaL., VI, 15; Eph., II,10; Saint Jean s'exprime en termes de naissance:" nés de Dieu" et "renés non d'une semence corruptible mais incorruptible". Jean I,13; Sous des mots divers, naissance, nouveauté de vie, création, on reconnait facilement l'idée d'un changement profond réalisé dans l'âme et ses facultés par une puissance surnaturelle.

 

Après réflexion sur le donné révélé, saint Thomas d'Aquin définit la conversion: le passage de l'état de péché à l'état de justice ou de grâce. Il s'agirait d'une transformation intérieure, destructrice du péché, comme l'arrivée de la chaleur dans un objet en chasse nécessairement le froid".

 

Il va de soi qu'un tel retournement de l'âme vers Dieu, dû aux mystérieuses influcences de la grâce présuppose un détournement.

 

En effet, se convertir n'est pas autre chose de se détourner du créé pour se tourner vers l'incréé; se détacher de certains biens inférieurs pour s'attacher à d'autres biens supérieurs: dire "non" à la terre pour pouvoir dire "oui" au ciel.

 

Considéré d'un point de vue psychologique, le langage de l'Ecriture et de la théologie exprime donc l'idée d'un passage, c'est-à-dire d'un dégagement du terrestre pour un engagement vis-àvis du céleste.

 

Se convertit qui s'oublie soi-même et les idoles chères à ses instincts pour s'attacher à la vérité, au devoir, à Dieu.

 

Que la conversion soit le passage de la multiplicité à l'unité, des soins multiples au souci unique, les témoignages des convertis le crient hautement. Partout et toujours, on sent que les convertis eurent à lutter pour centrer leur vie, pour fixer sur "l'unique nécessaire" un coeur et un esprit jusque-là amalgamés à toutes les bagatelles. Comme l'écrit Fortunat Strowski, tous accomplirent "un puissant effort qui absorbe, qui concentre tout l'être humain dans une pensée unique, d'où tout le reste désormais dépendra".  

 

Quand ils parlent du temps antérieur à leur conversion, les convertis le décrivent génralement comme une période d'éparpillement, de dissipation, d'intérêts futiles et nombreux. Ils déclarent avoir erré pendant tout ce temps hors de l'unique voie, battu de nombreux sentiers et bu à toutes les sources. Au terme de la crise qui les jette en Dieu, les convertis ne parlent plus qu'en termes d'unité: un être, un but, un amour, une pensée uniques.

 

Dans la nuit terrible qui le rapproche de son Seigneur, Pascal prend la résolution suivante:" Oubli du monde et de tout, hormis Dieu."

Le comte Schouvaloff, devenu religieux barnabite, écrit de lui-même :" Du jour de ma conversion, l'idée de l'infini, de la perfection de Dieu ne m'a plus quitté".

 

Une fois convertie, Angèle de Foligno n'a plus qu'une passion :

 

" Tout ce que je fais, dit-elle à Dieu, je le fais pour vous trouver. Vous trouverai-je?

- Que veux-tu?

Ni or, ni argent, ni le monde entier: Vous seul".

 

Paul Claudel voit toute sa vie fixée sur Dieu grâce à cette simple intuition qui le transforme:" Dieu existe, il est là, il est quelqu'un, c'est un être aussi personnel que moi".

 

En toutes ces affirmations dont la sincérité ne peut être mise en doute, rien n'est plus évident que la "pensée unique, d'où tout le reste désormais dépendra".

 


 


Rédigé par Henrie marie Bradet O.P.

Publié dans #spiritualité

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