la tentation de Jésus au désert. (retraite)

Publié le 19 Février 2010



http://freechristimages.org/images_Christ_life/Temptation_of_Christ_Ary_Scheffer_1854.jpg


ALORS JÉSUS FUT EMMENÉ PAR L'ESPRIT DANS LE DÉSERT POUR ÊTRE TENTÉ PAR LE DÉMON



« Alors » : qu'est-ce à dire ? c'est-à-dire, après la descente du Saint-Esprit sur Jésus, après que cette voix divine se fut fait entendre du ciel : " C'est là mon fils bien-aimé « dans lequel j'ai mis toute mon affection. »

 

Qui n'admirera, mes frères, que l'Esprit de Dieu ait conduit Jésus-Christ dans le désert, afin d'y être tenté par le démon ? Car c'est le Saint-Esprit lui-même qui l'y a conduit. Comme Jésus-Christ était venu au monde pour nous servir de modèle, et avait résolu pour cela de tout faire et de tout souffrir, il veut bien se laisser aussi conduire dans le désert, et lutter contre le démon ; afin que les nouveaux baptisés se voyant pressés de quelques grandes tentations après le baptême, n'entrent point dans le trouble et le découragement, comme s'il leur était arrivé quelque chose contre leur attente, mais qu'ils souffrent cette épreuve avec constance, comme une suite nécessaire de la profession qu'ils ont embrassée.

 

Vous avez reçu des armes, non pour demeurer dans un lâche repos, mais pour combattre.

 

Si Dieu n'arrête point les tentations dont vous êtes attaqués, il le fait pour plusieurs raisons qui vous sont avantageuses.

 

Car premièrement il veut que vous reconnaissiez par expérience que vous êtes devenu plus fort. Il veut encore que vous conserviez la modestie, et que la grandeur des grâces reçues ne vous enfle pas d'orgueil, vous qui êtes encore exposés à l'épreuve des tentations. Dieu permet aussi que vous soyez tentés; afin que le démon qui doute toujours si c'est sincèrement que vous avez renoncé à lui, s'assure par votre patience que ce renoncement est véritable.

 

De plus le dessein de Dieu est que votre âme se fortifie par la tentation, et qu'elle devienne aussi plus ferme que le fer. Enfin Dieu permet que l'ennemi vous attaque, afin que vous conceviez par là combien est grand et précieux le trésor qui vous a été confié. Car le démon ne vous attaquerait point avec tant de violence, s'il ne vous voyait élevés en un état plus glorieux que vous n'étiez auparavant. C'est ce qui l'irrita autrefois contre Adam, lorsqu'il le vit dans une si grande gloire. C'est encore ce qui l'irrita contre Job de voir que Dieu même lui donnait tant de louanges.

 

Mais d'où vient donc, me direz-vous, que Jésus-Christ nous a dit : " Priez afin que vous n'entriez point dans la tentation ? » (Matth. xxvi, 30.)

 

Je vous réponds que cette parole s'accorde parfaitement avec ce que nous disons puisqu'il est marqué dans notre Evangile que Jésus-Christ n'alla pas de lui-même dans le désert, mais qu'il y fut conduit par l'Esprit. Ce qui nous montre admirablement que nous ne devons pas nous jeter de nous-mêmes dans les tentations, mais seulement les souffrir avec courage, lorsqu'elles nous arrivent.

 

Et remarquez, je vous prie, où le Saint-Esprit mène le Sauveur. Ce n'est point dans une ville, ni dans une place publique, mais dans le désert. Comme il voulait attirer le démon à ce combat, il ne lui en donne pas seulement l'occasion par la faim et par le jeûne ; mais encore par la solitude.

 

Car le démon attaque bien davantage les hommes lorsqu'il les voit seuls et séparés de tous les autres.

 

Ce fut ainsi qu'il attaqua Eve autrefois, lorsqu'il la vit seule et séparée d'Adam. Quand il nous voit unis avec d'autres, il n'a pas la même hardiesse. Et c'est pour cette raison que nous devons nous trouver le plus souvent que nous pouvons dans la compagnie des gens de bien, afin de n'être pas si exposés aux attaques de notre ennemi.

 

Ainsi le diable va trouver Jésus-Christ dans le fond d'un désert inaccessible, ce que saint Marc fait assez voir lorsqu'il dit : « Qu'il était « avec les bêtes. » (Marc, 1, 13.) Et considérez avec quelle malice il l'attaque, et comme il sait prendre son temps.

 

Il le tente non durant son jeûne, mais lorsqu'il est ensuite pressé de la faim ; afin que nous apprenions quel grand bien c'est que le jeûne;

 

que c'est l'arme la plus forte que nous ayons pour combattre le démon, et qu'après le baptême un chrétien ne doit plus s'adonner à la bonne chère, aux délices des festins, mais aux jeûnes et à l'abstinence.

 

C'est pour cela que Jésus-Christ jeûne; non qu'il eût aucun besoin de jeûner, mais pour nous instruire de notre devoir. Comme les péchés que nous avions commis avant le baptême avaient pour cause l'intempérance dont nous étions les esclaves, Jésus-Christ nous commande de jeûner après le baptême. Et il fait en cela comme un sage médecin, qui, après avoir guéri un malade, lui ordonne de s'abstenir de ce qui lui avait causé son mal.

 

Considérez, je vous prie, combien l'intempérance a produit de maux. C'est elle qui a chassé Adam du Paradis; qui a répandu sur la terre les eaux du déluge, et qui a fait tomber sur Sodome les foudres du ciel. Si ce fut le péché de luxure qui, dans ces deux derniers exemples, attira directement la punition, l'intempérance néanmoins en fut la racine, selon qu'Ezéchiel le remarque par ces paroles : " Le péché de Sodome a été l'orgueil, l'abondance de pain, et les délices de la table. » Ainsi les Juifs sont tombés souvent dans les plus grands crimes par l'amour du vin et de la bonne chère.

 

 C'est pour cette raison que Jésus-Christ jeûne quarante jours, pour nous apprendre à chercher dans l'abstinence les remèdes de notre salut.

 

Il ne jeûne pas plus de quarante jours, de peur que l'excès du miracle n'empêchât de croire à la vérité de l'incarnation. Car Moïse et Elie soutenus de la force de Dieu ont jeûné aussi quarante jours. Mais si le jeûne du Seigneur eût été plus long, plusieurs auraient pu douter qu'il eût véritablement pris notre chair.

 

" Et ayant jeûné quarante jours et quarante a nuits, il eut faim ensuite . »

 

Jésus-Christ souffre la faim pour donner sujet au démon de le tenter : il lutte le premier, pour apprendre aux autres la manière de surmonter et de vaincre l'ennemi.

 

C'est ce que les athlètes font . tous les jours, lorsqu'ils veulent instruire leurs disciples à surmonter leur adversaire. Ils combattent eux - mêmes en leur présence, afin qu'ils remarquent dans le mouvement de leurs corps, ce qu'ils doivent faire pour terrasser leur antagoniste.

 

C'est ainsi que Jésus-Christ se rend notre chef et notre modèle.

Il attire le démon au combat. Il lui fait remarquer la faim qu'il endure ; et il ne le rejette pas lorsqu'il approche : mais après qu'il s'est laissé attaquer, il le terrasse par trois diverses fois avec une facilité toute-puissante.

 

Mais de peur qu'en passant légèrement sur ces trois victoires, je ne vous prive d'une instruction très-importante, nous examinerons chaque tentation en particulier, et nous commencerons par la première. »

 

" Et le tentateur s'approchant de lui, lui « dit : Si vous êtes Fils de Dieu, dites que ces « pierres deviennent des pains . »

 

Cet Esprit de malice ayant entendu la voix du ciel, qui disait clairement ; « Voilà mon fils bien« aimé, » et les témoignages si illustres de saint Jean qui assuraient la même chose, se trouvait dans une étrange perplexité en voyant aussitôt après Jésus-Christ pressé de la faim. D'une part la voix du ciel lui persuadait que Jésus-Christ n'était pas un homme ; et de l'autre cette faim qu'il souffrait l'empêchait de croire qu'il fût Fils de Dieu.

 

C'est pourquoi dans ce doute et dans cette incertitude il parle à Jésus-Christ d'une manière qui témoignait assez l'agitation de ses pensées.

 

Autrefois pour tenter Eve et Adam il feignit ce qui n'était pas, pour savoir ce qui était; il suit encore ici la même conduite : et ne sachant pas au vrai le mystère ineffable de l'incarnation, il use d'un artifice qui lui paraît propre pour en découvrir le secret. « Si, » dit-il, « vous a êtes le Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent du pain. »

 

Il ne lui dit pas, " puisque vous avez faim : » mais " si vous êtes le « Fils de Dieu, » espérant le piquer de vainc gloire et le gagner par ces louanges. Il ne lui parle pas même du besoin de manger où il était, de peur qu'en le lui représentant il ne parut lui faire quelque reproche.

 

Ne comprenant pas la grandeur de cet abaissement si divin de Jésus-Christ, il s'imaginait que cet état lui était honteux. Il aime donc mieux le flatter avec adresse et ne lui représenter que sa grandeur et sa dignité. Que fait Jésus-Christ ? Il réprime cet orgueilleux, et pour montrer que l'état où il était n'était ni honteux ni indigne de sa sagesse, il découvre lui-même ce que le démon avait caché pour le flatter.

 

Mais Jésus lui répondit : II est écrit : " L'homme ne vit pas de pain seul, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu . »

 

Jésus-Christ ne rougit point de marquer par ces premières paroles la nécessité de manger, qui lui était commune avec tous les autres hommes. Mais considérez ici la malice et l'adresse du démon, par où il commence le combat, et comme il n'a pas oublié ses anciens artifices. Il avait déjà vaincu le premier homme par l'intempérance, il l'avait engagé ainsi dans une infinité de maux, et il voulait encore tendre ici le même piége pour y prendre Jésus-Christ.

 

Nous voyons plusieurs personnes insensées qui déclament contre la nécessité du manger, et qui la regardent comme la source de tous les maux. Mais Jésus-Christ nous fait bien voir aujourd'hui que cette nécessité même, quoique si violente , n'oblige jamais une personne vraiment vertueuse à rien faire qui soit indigne d'elle.

 

Car il a faim , et néanmoins il ne fait rien de ce que le démon lui suggère, pour nous apprendre que nous ne devons jamais rien croire de ce que nous conseille cet ennemi. Comme c'est par là qu'Adam a offensé Dieu, et violé sa loi ; Jésus-Christ nous fait voir ici qu'il ne faudrait pas écouter le démon, quand même il ne nous porterait point à désobéir à Dieu.

 

Mais que dis-je à désobéir à Dieu? L'exemple de Jésus - Christ vous fait voir que quand les démons vous diraient même quelque chose de véritable, vous ne devez point les croire. II fit taire les démons qui publiaient qu'il était le Fils de Dieu, saint Paul de même leur imposa silence un jour, quoique ce qu'ils publiaient alors fût très-véritable : il les méprise et les humilie surabondamment et pour mieux dissiper les piéges qu'ils nous pourraient tendre pour nous perdre, il les fait taire lors même qu'ils publiaient les dogmes salutaires de la vérité ; il leur ferme la bouche, et il ne leur permet pas de parler.

 

C'est pour la même raison que Jésus-Christ n'écoute rien ici de ce que le démon lui propose, mais il lui répond simplement: " L'homme ne vit pas de pain « seul, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ; » comme s'il eût dit : Dieu peut d'une seule parole remédier à la faim de l'homme et le nourrir. Et il cite un passage de l'Ancien Testament, afin de nous apprendre que ni la faim, ni la soif, ni aucune souffrance ne doivent jamais nous porter à nous séparer de Dieu.

 

 Que si quelqu'un dit que Jésus-Christ devait faire le miracle que le démon lui demandait, je lui demanderai pour quelle raison et pourquoi ?

 

Si le démon faisait cette demande, ce n'était pas qu'il voulût croire lui-même, mais c'était qu'il espérait convaincre Jésus-Christ d'incrédulité.

 

Ce n'est pas autrement qu'il trompa nos premiers parents, et qu'il fit voir leur infidélité envers Dieu. Il leur fit des promesses contraires aux affirmations de Dieu, les enfla de vaines espérances, les rendit infidèles , et leur fit perdre les grands biens dont ils jouissaient. Mais Jésus-Christ refuse ici au démon, et ensuite aux Juifs, qui étaient poussés par cet esprit de malice, de faire les miracles qu'ils lui demandaient, toujours pour nous apprendre, que quand même nous pourrions faire des miracles, nous n'en devrions point faire inutilement, ni sans grande nécessité, et que nous ne devons point céder au démon dans quelque extrémité que nous nous trouvions réduits.

 

Que fait donc le méchant lorsqu'il se voit vaincu, et qu'il ne peut persuader ce qu'il voudrait à Jésus-Christ lors même qu'il est pressé d'une si extrême faim ? Il a recours à un autre artifice.

 

"Alors le démon le transporta dans la ville sainte,

 

ST Jean Chrysostome.




Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

alex 19/02/2010 23:54


merci beaucoup très beau . bon carême .