la Transfiguration de Jésus: nostalgie du ciel

Publié le 26 Février 2010

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De même que les trafiquants étalent aux yeux des acheteurs une partie des marchandises qu'ils cherchent à vendre, et même leur donnent à goûter celles qui sont susceptibles d'être goûtées, afin que, séduits et par la vue et par le goût, ils n'hésitent pas à payer le prix demandé; de même le Maître des cieux, dont le royaume, l'éternelle félicité est à vendre, en donne d'abord à goûter quelque chose en cette vie à ses élus, afin qu'amorcés par ces délices, ils s'empressent de fournir le travail exigé pour acquérir le ciel.

 

C'est dans cette vue que le Seigneur montre aujourd'hui à ses disciples cette gloire dont l'ineffable suavité les portait au mépris du monde.

 

Aussi, dès que Pierre y eut goûté, oubliant tous les intérêts d'ici-bas, il s'écria hors de lui : Seigneur, il fait bon être ici, restons-y, établissons nous-y , jouissons toujours de la contemplation de votre visage, nous n'avons besoin de rien autre chose. Il n'avait dégusté, dit saint Augustin, qu'une goutte de ces douceurs, et il prenait en dégoût tout le reste. Non seulement il le prenait en dégoût, mais cette joie pénétrant par tous les pores de son âme et en prenant pleine possession, il était transporté hors de lui-même, enivré du vin céleste, et ne savait ce qu'il disait, quand il demandait à construire trois tentes sur la montagne.

 

Cette sainte ivresse, par l'effet de laquelle un homme, dans l'extase, se remplit de l'Esprit divin, est produite par un ardent amour et par la grandeur de la suavité divine. Par l'amour, dit le même Augustin , l'âme se détache du corps et s'en isole ; sentant Dieu, elle ne se sent pas elle-même. Cela arrive lorsque l'âme, séduite par les ineffables douceurs de Dieu, se dérobe à elle-même, s'élance hors d'elle-même, se transporte d'enthousiasme pour jouir de Dieu à satiété. Rien ne serait si doux, si ce n'était si fugitif. L'amour familiarise avec Dieu ; la familiarité donne la confiance ; la confiance, le goût ; le goût, la faim ; et Pierre, sentant cette faim, voulait séjourner toujours sur cette montagne où il savait que la céleste ambroisie qu'il avait goûtée pouvait satisfaire sa faim.

 

Ces douceurs avaient été goûtées par l'Epouse du Cantique, quand elle disait à ses jeunes compagnes : « Le roi m'a fait entrer dans ses celliers ; nous nous réjouirons en vous, nous souvenant que vos mamelles sont meilleures que le vin. » Cant. 1, 3.

 

Ces celliers ce sont les mets exquis, les délices de l'éternel banquet, où elle se glorifie d'avoir été introduite par le céleste Epoux, lorsqu'elle goûta comme les prémices de la félicité éternelle ; ce qui devait la lui faire rechercher avec ardeur au prix des fatigues et des combats. Aussi ajoute-t-elle : « Nous nous réjouirons en vous, nous souvenant que vos mamelles sont plus douces que le vin. » Ces mamelles sont les torrents de lait de la consolation divine, que le Seigneur, dans Isaïe, présente à ses enfants spirituels , quand il dit : « Afin que vous suciez de ses mamelles le lait de ses consolations, et que vous en soyez rassasiés. » Isa. Lxvi ,11.

 

De même que le nouveau-né se repose tout entier sur les mamelles de sa mère , où il trouve sa nourriture, sa consolation et son refuge ; de même, l'âme fidèle a toutes ses consolations, tous ses trésors dans ces mamelles divines.

 

Quand l'Ecriture les qualifie de plus douces que le vin, elle donne à entendre que toute consolation, toute joie humaine, n'est nullement à comparer avec cette joie spirituelle.

 

Quand toutes les consolations de ce monde, dit Henri Herpius, seraient réunies ensemble, elles seraient loin d'égaler cette joie de l'esprit. Car quelle joie du monde est comparable à celle dont sç glorifie la même Epouse du Cantique, lorsqu'elle dit : « Sa gauche est sous ma tête, et sa droite m'embrasse? » Laeva ejus sub capite meo, et dextera illius amplexabitur me. Cant. vm, 3.

 

Le Seigneur met donc sa main gauche, comme un doux oreiller, sous l'âme aimante, afin qu'elle repose et dorme en paix sous sa tutelle. Bien plus, il se charge lui-même de veiller à ce qu'elle ne soit pas tirée de ce sommeil salutaire. Car il adjure toutes les créatures de ne pas oser troubler ce sommeil spirituel, où elle repose en Dieu seul, libre et dégagée de tous les soucis de cette vie mortelle.

 

Ici saint Bernard, qui connaissait ce sommeil et ces délices, s'écrie : « Quoi de plus doux, de plus suave que ces paroles ? Je ne me possède pas de joie, de voir cette majesté descendre à nous dans un si doux commerce, s'unir par des liens si étroits avec une âme exilée, et lui donner les preuves d'un si ardent amour. »

 

Que sera-ce donc dans le ciel? Quelquefois, telle est la force, tel le débordement de cette dilection, de cette douceur divine, que notre frêle corps, où afflue ^impétuosité de ce fleuve, peut à peine en supporter le choc. Aussi saint Ephrem, enivré et presque accablé de cette affluence de délices, s'écriait : «Seigneur, modérez les ondes de votre grâce; » et encore : « Seigneur, éloignez-vous de moi, parce que je ne puis porter l'intensité de votre douceur. »

 

Cela étant, faut-il croire que ces délices manquent à l'homme, ou l'homme à ces délices? Il n'y a qu'un vase frêle, qui ne puisse contenir le vin en fermentation. D'ailleurs, c'est non l'huile, mais les vases qui manquèrent à la veuve, dont Elisée secourut la pauvreté. IV Reg. 1v, 6. Si les vases n'avaient pas manqué, l'huile n'aurait jamais cessé de couler. Largesse, douceur admirable de notre Dieu, qui confère non pas seulement ce que peut porter la fragilité humaine, mais plus qu'elle ne peut porter ! De là ces mots de l'Apôtre : « Je suis rempli de consolation, dit-il, je surabonde de joie au milieu de toutes nos tribulations. » II Cor. v11 4. Quelle ne devait donc pas être, dans le repos et dans la paix, une joie qui surabondait même au milieu des afflictions !

 

On objectera peut-être : — Si telle est la force de cette douceur, d'où vient que nous, qui sommes fidèles, qui vénérons le glorieux nom de Jésus-Christ, qui de bouche et de cœur avons un commerce fréquent avec Dieu, nous n'avons jamais éprouvé aucune de ces jouissances?

 

Saint Augustin répond, — en appelant Notre-Seigneur l'aliment favori d'une âme purifiée ; aliment qui n'est agréable qu'à ceux qui ont le palais de l'âme purifié non-seulement des vices, mais encore des soins et des plaisirs de la terre. Aussi, où nous lisons : « J'attendrai mon salut de la force de votre nom, parce qu'il est la bonté même aux yeux de vos saints, » Ps. Li, 11, saint Augustin lit : « Parce qu'il est agréable aux yeux de vos saints. » Et en partant de ces paroles il montre en ces termes que cette douceur céleste est connue des justes et des saints : « Vous me dites que ce nom est agréable : donnez-moi un palais qui le trouve tel. Louez le miel autant que vous pouvez, et exagérez-en la douceur par toutes les expressions possibles : l'homme qui ne sait ce que c'est que le miel, ne vous comprend pas, tant qu'il ne l'a pas goûté. Aussi le psalmiste, faisant appel à l'expérience, dit-il : « Goûtez, et voyez combien est doux le Seigneur. » Ps. xxx111, 9. Goûtez, et voyez; quand vous aurez goûté, vous verrez.

 

Le Prophète sentant la douceur du nom de Dieu, voulant l'expliquer, et ne sachant à qui ( car aux saints il n'est pas besoin de l'expliquer, puisqu'ils la goûtent et la connaissent; quant aux impies, ils ne peuvent la sentir, puisqu'ils ne veulent pas la goûter), que va-t-il dire de la douceur du nom de Dieu? Il se détourne aussitôt de la foule des impies, et dit : « J'attendrai mon salut de la force de votre nom, parce qu'il est agréable aux yeux de vos saints. » Votre nom est agréable, mais non aux yeux des impies. Je sais combien il est doux, mais il l'est seulement pour ceux qui l'ont goûté. » De ces paroles de saint Augustin on peut conclure quel est le charme de cette douceur divine, et quels sont ceux qui la connaissent .

 

Je veux cependant faire un pas de plus, et répondre à ceux qui, parce qu'ils sont loin de cette pureté, de cette perfection des saints, s'imaginent qu'ils seront toujours sevrés de ce lait divin.

 

Nous les avertissons donc de renoncer à leurs vices, et de se tourner tout entiers vers le Seigneur par une vraie pénitence, opportune en ce saint temps, parce qu'eux aussi, comme nouveau-nés en Jésus-Christ, peuvent avoir part aux mamelles de la consolation divine. La divine Sagesse n'appelle-t-elle pas à elle tous les hommes par sa promesse? Car, après avoir dit : « Enfants, jusqu'à quand aimerez-vous l'enfance, jusqu'à quand, inconsidérés, désirerez-vous ce qui vous est funeste, et repousserez-vous la science?» elle ajoute: "Convertissez-vous, rendez-vous à mes remontrances; je répandrai sur vous mon Esprit, et vous ferai entendre ma voix. » Prov. 1, 22 et 23. La grandeur de cette suavité spirituelle nous est indiquée par un autre passage de l'Ecriture, où la même Sagesse nous crie : « Mon Esprit est plus doux que le miel, et mon héritage surpasse en douceur tout ce qu'il y a de plus parfumé. » Eccli. xxiv, 27.

 

A ces petits, que le Seigneur veut sevrer du lait des délices mondaines, il promet cet Esprit plus doux que le nectar le plus exquis. Les vrais pénitents ne sont donc pas exclus de ces douceurs. Car si les parfaits nagent dans l'affluence de ces pures voluptés, les petits trouvent aussi de merveilleuses jouissances dans' des biens qui leur sont nouveaux et inconnus. Ainsi le villageois qui est resté toute sa vie caché dans sa misérable chaumière, dès qu'il arrive dans la splendide cité de Venise, est saisi de stupeur et d'admiration, quand il aperçoit l'ensemble de la ville, et tant de magnifiques édifices, sortant du milieu de la mer : . merveilles qui cessent d'être des merveilles pour les habitants, accoutumés à ce spectacle. Oui, elles sont bien désirables les délices que goûtent ceux qui, sortis des épaisses ténèbres de l'Egypte, commencent à contempler de nouveaux cieux, de nouveaux horizons, une lumière nouvelle, des trésors nouveaux, et des voluptés qu'ils ignoraient. Nous lisons de saint Bernard, qu'au commencement de sa conversion, ébloui par la lumière nouvelle et par la contemplation des choses célestes, il perdit presque tout sentiment. Puissent, mes frères, vos cœurs s'embraser du saint désir d'accomplir ce qu'une tendre mère, l'Eglise, exige de vous en ce temps, où elle vous presse de vous convertir à Dieu de tout votre cœur par une vraie pénitence !

 

 

 

Nul doute que chacun de vous, après les pieux gémissements d'un cœur contrit, après des larmes amères, prévenu par les bénédictions du Seigneur, ne s'écriât avec le Prophète : « Combien est grande, Seigneur, cette bonté que vous tenez en réserve pour ceux qui vous craignent ! » Ps. xxx, 20.

 

LOUIS de GRENADE.

 







Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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