le besoin de chef dans l'humanité.

Publié le 16 Juin 2014

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C'est un fait. De partout on demande des chefs.

 

L'homme de notre temps connait toutes les souffrances.

 

Brisé dans des proportions gigantesques par la violence d'interminables luttes fratricides, déchiré par les séparations forcées de déplacements massifs, en proie aux mille désordres qu'entraînent l'anxiété, la misère et la haine,, abaissé par la veulerie et cette espèce de sombre désespoir où s'enfonce fatalement une humanité déçue de l'homme et lasse d'elle-même, notre pauvre monde fatigué aspire à être dominé, dirigé, élevé au-dessus de soi et par là délivré et rendu à soi-même.

 

Dans la mesure, en effet, où les foules sont assujetties à la force brutale, se trouve entravé le déploiement spontané des activités humaines: famille, travail, culture et jeu; d'instables et multiples décrets substituent une législation compliquée et tracassière à la Loi simple, tonique et raisonnable. En cette mesure,  exactement, l'humanité en ses masses, d'autant plus avides de plaisirs qu'elles sont sevrées de joie, d'autant plus éprises de liberté qu'elles étouffent sous l'oppression ou la contrainte, éprouve le besoin d'être conduite, entraînée, soulevée par le don de tous, ou du moins par le dévouement des meilleurs et de vastes ensembles au service de la grande cause que personnifie le Chef, l'homme capable de faire l'unité parce qu'il incarne l'espérance commune.

 

C'est que les foules ont besoin de chefs - et non de dictateurs - comme elles ont besoin de paix, d'amour et de respect.

 

Ce sont là autant d'aspirations profondes et universelles, dont la profondeur est telle qu'elles sont souvent inconscientes, comme demeure invisible le fond des grandes eaux. Il arrive même qu'elles se traduisent par l'expression de désirs contraires. Mais, qui ne sait que l'amour le plus ardent, blessé à vif, trompé et désabusé, explose en aversion et en horreur violentes et qu'il n'est pire inversion, haine plus implacable que l'amour retourné?

 

L'universalité de ces sentiments est hors de conteste et la dureté des temps ne peut que la rendre plus manifeste. Ces aspirations sont, en effet, de tous les âges et de toutes les conditions, ainsi qu'il en va de tout ce qui tient aux entrailles même de la nature humaine.

 

Voilà pourquoi, plus les divisions s'accusent, plus la souffrance s'accroît, plus monte la haine, plus s'énervent les courages, et s'amollissent les caractères, plus profonds aussi et plus universels se font les besoins de concorde, de joie, d'amour et de grandeur, alors même que consciemment on ne désire plus rien de tout cela, alors même qu'on semble ne désirer plus rien du tout.  Ne serait-ce pas pour avoir eu trop faim et avoir trop faim encore, qu'on se meurt de ne plus avoir d'appétit?

 

Naïf, qui penserait qu'il n'y a que les troupes guerrières qui demandent à être commandées, puis menées en ordre à la victoire, pour se reposer, enfin, dans l'honneur et la tranquillité de possessions méritées. Il y a tous les groupes humains en leurs tendances au bien qui les unit et les polarise, il y a chacun des hommes en ses inclinations les plus personnels à l'idéal qu'il poursuit; il y a l'homme en ses tendances instinctives au bien-être et au bonheur, tendances plus nécessaires que ne le sont les tendances élémentaires.

 

Au vrai, comme force de nature, comme individu autonome, comme membre d'un corps social, l'homme a vite fait l'expérience que la vie humaine en quête du bien, à la recherche du bonheur est un combat. Pour y goûter la paix et s'épanouir dans la joie de vivre, il ne faut point se laisser abattre mais vaincre les ennemis nombreux qui guettent les plus défavorisés, tout au long de leur carrière, soit qu'ils attaquent à découvert, soit qu'ils épient et tendent leurs pièges dans l'ombre qui les dissimule.

 

L'ennemi, pour l'homme le moins dégagé de l'animalité, c'est tout adversaire.

 

C'est cet autre homme qui, plus doué ou plus chanceux, vous dépasse et du coup paraît vous supplanter et vous faire concurrence. C'est en tout cas, la maladie et la souffrance qui, pour ne pas vous atteindre toujours effectivement, ne laissent pas d'apparaître possibles et sont toujours éventuelles. C'est la précarité des situations humaines les plus stables et, c'est pour tout consommer, le plus terrible des ennemis de l'homme en sa vie physique comme en sa vie d'affection: la mort, à qui nul n'échappe.

 

L'ennemi, pour l'homme le plus spiritualisé, ce sont encore tous les ennemis de la nature humaine, tout ce qui mord, corrode et brise la vie de l'homme en ses épanouissements radieux, depuis la santé du corps jusqu'à l'équilibre des puissances de l'âme, la haute élévation de l'esprit et du caractère; mais c'est avant tout, le mal moral.

 

C'est cette déchéance volontaire, ce refus à l'invitation et à l'amour de l'univers, de ses frères les hommes et du Père qui est aux cieux, dont on sait parfaitement qu'on est personnellement comptable.

 

C'est cette faute dont chacun sait bien que c'est son oeuvre, grâce à cette marque de propriété inaliénable, impartageable qui n'appartient qu'au péché. Car, pécher, c'est s'évader de la communion universelle en quittant la main paternelle de l'Amour divin.

 

" Mon péché est toujours contre moi", pleurait David.

 


 

 

R.P.  Humbert Bouësse O.P.

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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