Le Christ-Roi (2)

Publié le 27 Novembre 2009

 





4.- La véritable écologie consiste à être en communion avec cette loi profonde de l’univers, inscrite par le Christ. Au sens propre du terme, elle est l’intelligence de celui qui connaît en quelle demeure il réside. L’homme est appelé, toujours par le même don, à communier à la loi de cette demeure, selon son mode – c'est-à-dire par un choix délibéré l’ouvrant aux desseins de Dieu.

 

La vie est alors reçue par ceux qui l’accueillent, et avec elle la lumière, et la fécondité et la joie des saints. Mais il y a ceux qui ne « reconnaissent » pas le Verbe-lumière, qui ne « saisissent » pas la vérité inscrite au cœur du monde, et qui se tiennent hors son rayonnement, dans ce qui, par la force des choses, est « ténèbres ». Le Pape Pie XI pouvait dès lors écrire que le « débordement de maux sur l'univers provient de ce que la plupart des hommes ont écarté Jésus-Christ et sa loi très sainte des habitudes de leur vie individuelle aussi bien que de leur vie familiale et de leur vie publique » (n. 1). Ce n’était pas un simple mot “pieux”, ni une façon de parler, mais l’expression exacte de ce qu’il n’y pas place dans l’univers pour le bonheur ou le bien là où le principe même de l’univers est rejeté.

 

 

5.- Pie XI signalait également ainsi les cercles concentriques où se rencontre le don, en lesquels la Voie doit être empruntée, la Vérité reçue et la Vie partagée. Pour l’homme, écrit-il, il s’agit de la vie individuelle, de la vie familiale, de la vie publique. En chacun de ces cercles « la lumière véritable » nous éclaire, éclaire le jugement de notre conscience et de notre prudence. En chacun il nous appartient d’ouvrir ou de fermer la porte, pour laisser entrer la lumière ou en priver ce que nous sommes et ce que nous faisons, pour féconder ou nous condamner à la stérilité et à la mort. Nous sommes ainsi responsables de la diffusion de la lumière, et de l’extension du Royaume.

 

L’énumération de ces cercles est à l’évidence exhaustive. Elle recouvre tout le champ de l’activité humaine, de celui de l’imagination et de l’amour à celui de la création artistique, de l’écriture à l’éducation, du vote électoral au devoir d’état, du jeu à la religion, de la stratégie d’entreprise à la conduite automobile, du commerce au sport, des rapports de travail à la gouvernance des nations. « Il n’y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats », précise Pie XI, « car les hommes ne sont pas moins soumis à l’autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée » (n. 13).

 

Partout, en tout ce qu’il pense, en tout ce qu’il fait, l’être humain, qui porte en lui-même la loi de l'unité, est appelé à vivre selon sa raison droite, mesurée par la loi naturelle dont le Christ est législateur, et à demeurer sous le soleil de Dieu. C'est pourquoi, comme la petite Thérèse en a eu l'intuition, il n'est pas de chose, si petite qu'elle soit, qui ne puisse être rapportée à la gloire du Très-Haut.  L'homme doit d'agir ainsi à sa nature même, parce qu’il est homme. Il le doit aussi et surtout parce que le Verbe a lui-même pris chair, s’est uni par l'Incarnation à l’humanité entière qu’il est venu habiter. Etre homme, au fond, c’est vivre avec le Christ. Chacun perd ou gagne en humanité à proportion qu’il s’écarte ou se rapproche de Lui.

 

 

6.- Parce qu’il n’y a pas deux mondes, ni deux univers, ni deux principes radicaux, il n’y a pas davantage, à proprement parler, deux camps hétérogènes qui sépareraient les hommes. Dans nos vies, certes, nous sommes invités à opérer un choix définitif d’ouverture à la Vérité et à sa lumière, et saint Thomas n’a pas manqué de souligner, à l’inverse, que le premier acte de la raison consciente peut être un péché mortel, un acte de rejet de cette Vérité. Ces choix ne créent cependant pas des mondes imperméables l'un à l'autre.

 

Même pour celui qui a fait choix de la Voie, de la Vérité et de la Vie, chaque jour et chaque heure doivent être disputés aux ténèbres, parce qu’en toutes les circonstances qui les émaillent il est appelé à juger ou à prendre des décisions, par rapport à sa conduite, son conjoint, ses enfants, ses parents, son travail, par rapport au puissant ou au pauvre qu’il croise, aux idéologies qui menacent son âme, décisions qui doivent le maintenir ou l’écarter de la lumière. A l'inverse, il n'y a pas lieu de désespérer jamais, tant qu'il lui reste un souffle de vie, de qui, vivant à l'ombre de la mort, peut encore être atteint par la lumière du salut.

 

Pie XI ne se borne pas, dans le texte précité, à imputer les maux qu’il décrit à de mauvais choix des hommes. Il les attribue à la perte de référence au Christ dans « les habitudes de leurs vies ». Cette précision est d’un importance capitale. Elle signifie que nos actes, tous ceux qui se réalisent dans les cercles concentriques évoqués, ont besoin d’être habitués. L’habitude crée une seconde nature, une disposition stable à l’action. Elle imprime plus ou moins fortement le pli qui a été donné dès nos premiers choix. L’habitude joue ainsi le rôle d’une quille, qui leste notre démarche dans la voie du bien ou dans son refus, qui la rend prompte et facile, pour le meilleur ou pour le pire, qui conforte ou dévoie jusqu'au sens commun lui-même.

 

Or l’habitude a besoin de répétition, et la répétition ordonnée a besoin d’éducation. Cela signifie que l’homme a constamment besoin d’être éduqué et de se rectifier soi-même pour demeurer ouvert à la Voie, à la Vérité et à la Vie.En un mot : pour garder l’habitude du Christ. Et ce dans les mêmes cercles concentriques de la vie individuelle, familiale et politique. La répétition des actes bons crée l’habitude bonne, l’orientation juste, le sens stable des choses.

[A suivre]


Publié dans #spiritualité

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