le pouvoir du service.

Publié le 19 Octobre 2009

 

"Le Christ dans l'Évangile nous redit que le Fils de l'homme est venu pour servir. Notre fidélité au Christ ne doit pas nous conduire à rechercher les honneurs, la notoriété, la célébrité, mais elle nous convie à comprendre et à faire comprendre que la vraie grandeur se trouve dans le service et dans l'amour du prochain !"

 

Benoit XVI

 

 

 

 


Ces temps-ci, nous avons été une fois encore, les tristes spectateurs de pratiques peu apologétiques du pouvoir. Népotisme, scandale, délit d’initié, affairismes en tout genre, bref, la sauce habituelle dont nous abreuve la presse!

 

Nous constatons quotidiennement que les « grands » de ce monde pratiquent le pouvoir d’une manière affligeante, encore plus scandaleuse lorsqu’ils en font profiter indument leur fils. Surtout quand ces « fils » suivent « LES PAS DE » (!) leur père ! (je laisse aux âmes élevées et ajournées le soin de saisir cette allégorie médiatique).

 

Et dans l’Evangile d’aujourd’hui, de ce dimanche, il s’agit aussi de « fils » et de « pouvoir ». De « fils de Madame et Monsieur Zébédée » des notables de la Palestine ; et de « pouvoir » de siéger, curieusement ! et de « Jean » de surcroît ! Curieux non ?

Ce n’est pas un « hasard ». Dieu a de l’humour. Beaucoup d’humour pour nous mettre sous les yeux, herméneutiquement, un Evangile dont la teneur est d’une criante actualité.

 

La Liturgie de ce XXIXème dimanche du temps ordinaire, vient une fois de plus à point nommé, illustrer ce qui se passe dans notre « bas » (mais très « bas ») monde.

Des gens qui sont prêts à tout, pour avoir du pouvoir, siéger sur un trône de Gloire, devenir président d’une société…Les fils de Monsieur et Madame Zébédée sont là, avec les autres apôtres, et eux aussi veulent du pouvoir, ils veulent gouverner, régir, dominer, commander.

 

Dans la vie voyagère du Divin Maître, ils suivaient et se rendaient bien compte qu’ils avaient acquis un certain pouvoir eux aussi, de la notoriété, ah ! et puis ils chassaient « eux aussi » les démons, ils guérissaient surtout, et ça, ça donne du pouvoir sur les autres. Enfin ils avaient finis par être « connus » eux aussi, comme quand on sort de la Star’Ac ou quand on passe à la télé, et on parlait d’eux dans la chronique mondaine, dans les gazettes locales, ils faisaient l’objet des discussions de comptoirs, on les reconnaissait sur leur passage, bref, ils devenaient « puissants » à leur tour. Être connu, c’est avoir du pouvoir ! Et comment !

Alors à ce compte-là, pourquoi ne pas demander une augmentation, et pourquoi pas : un poste au conseil d’administration ?

Car le pouvoir entraîne le pouvoir… C’est connu.

 

Le pouvoir appelle le pouvoir ; et ces fils de Monsieur et Madame Zébédée – qui susciteront l’indignation de leurs coreligionnaires – ne s’en arrêtent pas là. Ils demandent, encore et encore.

En soi « demander » est plutôt louable, car au fond le Divin Maître le leur avait enseigné : « demandez et vous recevrez… » avait-il dit !

 

Mais là, les fils de Monsieur et Madame Zébédée, demandent « autre chose ». Est-ce leur père ou leur mère qui les y a poussés ? Ce serait humain, naturel, car les parents souhaitent toujours que leurs fils « fassent carrière », ils visent toujours très haut pour leurs fils, trop haut parfois ! Est-ce le fruit d’une entente cordiale entre ces deux frères ? Car au fond, l’on sait très bien que si l’on est plusieurs à présenter une requête, la pétition aura plus de chance d’être reçue… ! Enfin que demandent-ils sinon le pouvoir. Ils veulent « siéger » à côté du Maître… ! Rien que ça !

 

Néanmoins, ce que demandent Jacques et Jean, fils de Zébédée est-il vraiment nouveau ? Non, c’est une recherche – souvent subtile et sournoise – récurrente dans l’histoire de l’humanité. Siéger, c’est commander, c’est assiéger, c’est maîtriser, c’est gouverner.

Le pouvoir a toujours été objet de convoitise, depuis les origines du genre humain. Cette « volonté de pouvoir » se trouve déjà chez le premier homme (et la première femme !)

Déjà Adam et Eve voulaient du pouvoir, ils voulaient « connaître », car « connaître et savoir confère du pouvoir ». L’arbre de la connaissance, le fruit défendu, la seule chose que Dieu avait interdite au jardin de l’Eden, devint objet de désir, parce que ce savoir, cette connaissance conférait du pouvoir.

Alors si l’Homme dans sa première heure de la création veut le pouvoir, cela restera gravé dans ses gènes au cours de son histoire… !

Les hommes institueront ensuite le « pouvoir » qu’ils termineront toujours par ce petit suffixe grec de …-cratie ! ploutocratie, autocratie, démocratie etc…

Toutes les « -craties » seront alors objet de convoitise : le pouvoir des riches, le pouvoir de décider, le pouvoir de marché (sur les eaux, et sur les autres aussi !), le pouvoir de l’argent, le pouvoir du sexe, le pouvoir politique, le pouvoir religieux (même chose), le pouvoir intellectuel, le pouvoir sur l’autre et même… j’ajouterai le pouvoir « de faire rire ». Tout pouvoir est désirable.

 

Les fils de Monsieur et Madame Zébédée veulent un siège : c’est la siégeocratie…. Pouvoir « siéger »… à droite ou à gauche, comme au Parlement !

 

Mais Jésus Christ, après avoir expliqué aux apôtres (qui n’y comprennent rien, comme d’habitude) qu’il ne lui appartient pas de dire qui pourra siéger à ses côtés, renverse la logique. Jésus prend le contre-pied de la définition du pouvoir mondain. De la même manière qu’il annonce la grandeur dans la petitesse : « vous serez grands que dans la mesure où vous serez petits », il nous dit aussi « celui qui veut gouverner, qu’il commence par servir ».

Et Jésus vient accomplir la loi, là aussi. Il la remplit de son Amour, de cette charité christique qui donne une couleur à toute chose. Il accomplit la loi du commandement, en lui donnant sa véritable signification. Commander, c’est servir. Le pouvoir c’est un service. Gouverner, régir, commander, c’est servir, mais servir c’est aussi commander. Le service de l’autorité. L’autorité qui est au service des frères. Il faut une autorité, une institution, un gouvernement, mais c’est dans le but du service d’autrui.

 

Le Divin Crucifié dit : « le fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir ». Voilà le sens du pouvoir, de l’autorité, du commandement : le SERVICE.

 

Et les saints l’ont compris, à la suite du Divin Maître. Ils ont servi, jusqu’au sang parfois, mais ils ont servi. Ils ont servi l’Eglise, leurs frères, leurs supérieurs, les âmes, des nations, des institutions, mais ils ont toujours servi. Les Saints sont Serviteurs d’abord.

Et ce sens du service est exemplaire chez la Très Sainte Vierge Marie, dont la puissance est hors de doute, en raison de son « service ». « Me voici, la Servante du Seigneur », « ecce Ancilla Domini ». Cet exemple ancillaire et mariale devrait nous servir de modèle à nous, qui voulons commander, régir et gouverner.

Imitons la Très Sainte Vierge Marie, en ce mois du Saint Rosaire, qui fut la première des servantes, la première à servir Dieu, dans son dessein ineffable de Rédemption « Ecce Ancilla Domini ». Dieu premier servi. Dieu le veult. Deus lo voult.

 

Servons, et ne cessons pas de servir, et ainsi nous aurons du « pouvoir sur le Cœur de Dieu »…


Servons et aimons servir.

 

 


 

 

Mgr Lantheaume

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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le petit Placide 18/10/2009 21:11


merci j'ai encore bien rigolé !


bongo 18/10/2009 21:02


Oui...
ils sont très nombreux - à commencer par celui qui est à la tête - à avoir oublié que l'étymologie du mot "ministre" est minister(ium), qui signifie "service" / "serviteur"...