le silence de St Joseph.

Publié le 2 Mars 2010

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Saint Joseph, à ce qu'il semble , était très merveilleusement instruit dans la pratique du silence.

 

L'Évangile nous rapporte les paroles de Jésus-Christ, de Marie, des Apôtres, de Jean-Baptiste, des Juifs, de Pilate et de beaucoup d'autres ; mais il ne contient pas une parole, pas une seule parole, prononcée par saint Joseph. Pendant ces pénibles angoisses, que fait naître dans l'âme du saint Patriarche la grossesse de sa chaste Épouse, ne pouvait-il pas, d'un seul mot, éclaircir tous ses doutes et savoir la vérité ?

 

Lorsque l'Ange se montre à lui, pour lui révéler des mystères si sublimes, saint Joseph n'avait-il pas mille explications à demander sur le sujet le plus cher à son cœur, sur la venue du Messie, et sur toutes les splendeurs qui devaient l'environner? Lorsque Siméon fait entendre à Marie, dans le Temple de Jérusalem , des prédictions si douloureuses, Joseph n'avait-il pas tout naturellement l'occasion de manifester au saint vieillard qu'il n'était point ignorant des destinées de cet Enfant, nouvellement présenté dans le Temple? Lorsque, par deux fois, l'Ange du Seigneur se présente à notre Saint, pour lui dire de quitter la Judée et de partir pour la terre d'Égypte, et ensuite de quitter la terre d'Egypte pour revenir dans la Judée, Joseph n'avait-il pas mille renseignements à demander sur les motifs, les circonstances et les résultats des longs voyages qu'il recevait le commandement d'entreprendre et d'accomplir? Enfin, lorsque l'Enfant Jésus, dans sa douzième année, se dérobe à ses Parents, pour être retrouvé dans le Temple, Joseph n'avait-il pas à s'enquérir auprès de lui des motifs d'une conduite si nouvelle? n'avait-il point à lui témoigner par ses paroles toute la joie que lui causait son heureux recouvrement?

 

Mais dans toutes ces circonstances, notre Saint garde le plus religieux silence; autant du moins qu'il nous est permis d'en juger par le récit Evangélique, dans lequel tous les divers personnages ont coutume de prendre bien souvent la parole, pour former, non point une froide histoire, mais une narration très animée, et comme un tableau vivant.

 

Il y a même dans le silence habituel de Joseph quelque chose de merveilleux, si nous considérons les grands Mystères que le saint Patriarche tint, pendant si longtemps, environnés d'un secret impénétrable.

 

Joseph, après les paroles de l'Ange envoyé par le Seigneur pour l'instruire, savait que le Fils de Marie était véritablement ce Messie attendu depuis quarante siècles par la terre tout entière, et qui devait sauver le peuple juif de ses péchés . Ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum (Matth 1)

 

Il savait que Marie, sa chaste Épouse, avait conçu miraculeusement, par l'opération du Saint-Esprit, le Fruit très précieux qu'elle portait dans ses entrailles.

 

Pour un Chrétien vulgaire, privé de cette profonde humilité qui fait les Saints, quelle immense tentation de rompre le silence, et de publier partout des priviléges si sublimes ! Quelle tentation de se poser soi - même comme le dépositaire des plus ineffables Mystères, comme l'Époux d'une Vierge miraculeusement féconde, comme le Père nourricier du Fils de Dieu ! Quelle tentation de s'attribuer, aux yeux des Juifs tout pleins de l'attente du Messie, les prérogatives et les honneurs qui devaient convenir au Chef d'une pareille Famille, au Père de l'Emmanuel, dont la venue tenait en suspens tout Israël !

 

Cependant saint Joseph ne dit pas un seul mot qui puisse faire soupçonner, même de loin, ces grands prodiges, que Dieu veut voir encore environnés de mystère. Il garde ce précieux dépôt avec une discrétion sans exemple. Il se conforme à cette difficile discipline du silence, non point seulement pendant un mois ou une année, mais pendant trente années, au milieu de la pauvreté, du travail et de la persécution; sans essayer d'échapper à ses souffrances, par une révélation prématurée du secret de l'Éternel. Il s'y conforme avec une si merveilleuse exactitude, que le moment de la mort n'est point capable d'ouvrir ses lèvres, scellées par le sceau divin. Il emporte avec lui son secret dans la tombe : il meurt comme il a vécu, dans l'humilité d'une totale obscurité; et même après sa mort, les Juifs, ignorants encore de la dignité de Jésus-Christ, se demandent les uns aux autres : N'est-ce point là cet artisan, fils d'artisan? N'est-ce point ce fils de Marie, le frère de Jacques, de Joseph, de Jude et de Simon? Et ses sœurs ne sont-elles point au milieu de nous ?

 

Le silence, même quand il n'est point accompagné des circonstances héroïques qui distinguent celui de notre saint Patriarche, le silence habituel, a lui seul, peut être considéré comme une bonne preuve d'une véritable humilité.

 

Celui qui s'estime lui-même,  qui se croit quelque chose, qui s'admire dans sa capacité, sa science ou ses vertus; celui là se renfermera difficilement dans l'obscurité du silence. Il pensera, d'une manière plus ou moins explicite, que ceux qui sont autour de lui ont grandement à profiter dans ses conversations très aimables et très utiles. Il aura soin de les tenir pour ignorants; et par conséquent il se fera comme un devoir de les instruire de mille vérités qu'ils ne connaissent pas encore. Il sera convaincu qu'il est beaucoup plus habile et plus prudent, pour résoudre les diverses difficultés que l'homme trouve sur le chemin de cette vie; aussi ne pourra-t-il s'empêcher de diriger et de conduire, par ses avis, ses préceptes et ses réprimandes, tous ceux qui voudront bien les entendre et les supporter.

Continuellement mêlé de la sorte aux affaires de tous ceux qui l'approchent, l'homme vain, l'homme orgueilleux, se rendra tout à fait impossible un silence qui ne convient qu'aux âmes humbles, toujours prêtes, non pas à donner, mais à recevoir volontiers la lumière et la direction, dont elles croient avoir besoin.


Nous pouvons donc, avec raison, dire que le très-long silence de saint Joseph est une grande preuve de l'humilité dont son âme était remplie. Mais combien cet argument ne devient-il pas plus efficace et plus pressant, si nous considérons que le saint Patriarche, miraculeusement choisi pour être l'Époux de Marie, devait posséder toute la lumière qui convient au Directeur de la Vierge très-prudente! si nous considérons que le Père de Jésus-Christ ne pouvait manquer d'avoir en lui des trésors de science, susceptibles d'éclairer le monde entier! si nous considérons enfin que tous ces dons semblaient conférer à saint Joseph le droit de parler comme un oracle, et de donner des conseils et des préceptes aux plus sages en Israël !

 

R.P. Ambroise Poutton

O.P.

 

 

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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