les deux cités.

Publié le 15 Mars 2010


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Le livre de l'Ecclésiastique parle ainsi de la liberté:" Dieu a fait l'homme au commencement, et il l'a laissé dans la main de son propre conseil. Il lui a toute fois donné des commandements et des préceptes. Si tu veux garder la loi, à son tour elle te gardera. Tu as devant toi l'eau et le feu; étend la main et choisis. Devant l'homme se tiennent la vie et la mort, le bien et le mal; ce qu'il veut, il l'aura". Eccl. XV,14

 

La venue du Christ n'a rien changé à cette consititution primitive et essentielle de l'homme. Elle a seulement multiplié pour lui les moyens de connaître le bien, de le vouloir et de le faire; mais, après comme avant la croix, l'homme reste libre d'accepter ou de rejeter le don divin.

Sans cette liberté, ce n'est pas le mal seulement qui disparait, c'est aussi la vertu; ce ne sont pas seulement les pervers qui se trouvent désarmés, ce sont les saints.

Or, dans le plan divin, "tout est fait en vue des saints, omnia propter electos ."

La liberté aussi est faite pour eux, pour leur grandeur morale et l'accroissement de leurs mérites. Si les aveugles et les méchants se servent de ce pouvoir radical pour aller au mal, c'est leur trahison et leur malignité qu'il faut accuser, et non la sagesse de Dieu qui maintient l'homme, dans la liberté, le point de départ nécessaire de la perfection.

 

Aussi longtemps que la conscience humaine sera libre de choisir sur la terre entre le bien et le mal, aussi longtemps durera la distinction des deux cités dont parle saint Augustin, celle qui bâtit l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi-même, et celle que bâtit l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu.

La première se servira de la liberté pour grandir en Dieu, et accepter de plus en plus la sainteté de l'Evangile; la seconde s'armera de la même liberté contre son auteur, et s'enfuira loin de lui, loin de son Evangile, loin de sa croix, loin de sa grâce et de son Eglise, dans la colère, dans la volupté, dans la négation.

C'est dire qu'aussi longtemps durera le paganisme dans le monde; car qu'est-ce que le paganisme, si ce n'est la liberté humaine entraînée par la concupiscnce du mal et résistant à l'attrait de Dieu?

Dès lors pourquoi vous étonnez-vous de ne pas voir changer le monde en un jour après la venue du Sauveur? Dieu ne se joue pas de la liberté humaine, il ne la violente pas. Ces coups soudains et violents où les hommes croient reconnaître et admirer la force sont trop indignes de la Sagesse éternelle. Rien de tyrannique ni d'imposé ne se montre dans l'oeuvre du Rédempteur.

La liberté de l'homme n'a rien à redouter de lui. Elle est cette fille de Sion à laquelle le prophète annonce que son roi vient, mais dans la douceur et la mansuétude:" Dicite filiae Sion: ecce rex tuus venit tibi mansuetus." Matth. XXI,5

 

Jésus-Christ, Verbe de Dieu, lumière éternelle, source de toute sainteté, vient ajouter au trésor dilapidé des vérités et des vertus naturelles de l'homme, un trésor nouveau et supérieur de lumières et de forces. Mais ce trésor, il le propose au monde, il ne l'impose pas. Il connait l'homme, puisqu'il l'a fait; " Il sait, dit l'Evangile, ce qu'il y a dans l'homme: ipse autem sciebat quid esset in homine" Jo.II,25 , il y voit, construit de sa propre main, ce que Fénelon appelle 'les retranchements de la liberté d'un coeur;" il s'approche donc de lui sans violence, et il lui dit, avec une douceur et un respect dignes de Celui qui est la toute-puissancee infinie:" C'est moi qui suis la voie, la vérité et la vie: Ego sum via, veritas et vita. JO. XIV,6.


Il ne néglige rien, il n'épargne rien pour persuader le monde et le convertir, il ne lui refuse ni les prédictions accomplies de ses prophètes, ni l'incomparable beauté de sa parole, ni l'éclat attesté de ses miracles, ni la sainteté de sa vie et de sa mort, ni les merveilles de sa prédication apostolique, ni le sang de ses martyrs, ni le prodige de la conquête du monde par douze pauvres, ni le prodige continué de la survivance immortelle de son Eglise. Mais enfin il ne fait jamais par là que solliciter la liberté de l'homme par la lumière et par l'amour, c'est-à-dire par la grâce: jamais il ne la contraint ni ne la force.


Les conséquences de ce mode d'action sont faciles à prévoir; un double courant se manifeste et se maintient dans le monde: l'un dans le sens de la libre acceptation de l'Evangile, l'autre dans le sens de la libre résistance à l'Evangile.


On ne peut tracer aucune règle à ces mouvements contraires; chaque conscience est souverainement maîtresse de son choix. On verra la jeunesse se plier au joug de l'Evangile, et la vieillesse le déclarer trop lourd et trop insupportable; on verra des esclaves déclarer le christiannisme trop indigne d'eux, et des rois se glorifier de porter la croix sur leurs couronnes.

On verra le génie d'un Origène, d'un Augustin, d'un Bossuet s'étonner de la grandeur de la doctrine chrétienne et s'en avouer accablés, et dans le même temps l'ignorance et l'idiotisme déclarer qu'ils méprisent cette doctrine et qu'ils ne s'abaisseront pas à l'accepter. C'est la conséquence de la loyauté divine dans le respect de la liberté. Pour ma part, quand je veux me faire une idée de ce respect divin, frère de la sagesse, de la puissance et de la patience éternelles, je considère ces étranges mépris de l'imbécillité pour la science chrétienne. Quel témoignage ils rendent au respect de Dieu pour la liberté de l'homme! et quelle preuve ils apportent à cette vérité: que chaque âme, même la plus chétive, est toute une province indépendante et maîtresse chez soi, que Dieu s'est réservé de gagner par des moyens en harmonie avec l'inviolable constitution humaine, dont il est l'auteur !

On peut dire en ce sens que l'oeuvre du salut recommence pour chacun des hommes. Chaque âme est tout un monde dans lequel et pour lequel doivent recommencer les mystères de la Rédemption. En chacune d'elles se trouve un paganisme, ou tout au moins des restes païens que le soleil évangélique et la grâce de Dieu doivent détruire.


C'est dans ce sens peut-être que le savant Thomassin disait:" Le Christ vient toujours; Christus venit semper."


C'est-à-dire que la destruction du vieil homme païen et la rédemption du monde s'opèrent tous les jours: mais tous les jours aussi se maintient et se défend, par l'abus de la liberté, le paganisme doctrinal, moral et social que le Christ vient toujours détruire.


Ce n'est donc pas la paix après la victoire, c'est la lutte qui doit se voir maintenant et se prolonger sur la terre entre l'homme du mal et l'homme de Dieu.

" Non veni pacem mittere sed gladium. Matt. X 34

 

Mr. l'abbé Henri Perreyre

l'Eglise catholique/.

 

 

 

 

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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