liturgie: l' Alleluia !

Publié le 8 Avril 2010

 

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Chez les Hébreux c'était une acclamation de reconnaissance ou de joie.

Saint Epiphane dit que le prophète Aggée chanta Alléluia 517 ans avant Jésus-Christ, pour exprimer son allégresse en voyant le temple se reconstruire.

On le trouve dans les Psaumes de David et dans le Livre de Tobie. Enfin saint Jean l'évangéliste rapporte dans l'Apocalypse qu'il entendit les légions d'anges qui chantaient Alléluia.

Halleiuh en hébreu signifie: Louez avec enthousiasme, avec effusion de coeur. Jah est un des noms de Dieu, celui même qui lui convient par excellence. Id quod est, ce qui est.?

 

Saint Jérôme donne cette interprétation: Alle cantate, Lu laudem, IA ad Dominum.

"Elevez vos Cantiques de louanges vers le Seigneur." Saint Augustin explique ce mot, comme il suit: AL salvum, LE me, LU fac JAH Domine. "Sauvez-moi Seigneur."

Le moyen âge est assez fécond en explications plus ou moins ingénieuses de ce mot. Pierre d'Auxerre en donne la suivante: AL altissimus, LE levatus est in cruce, LU lugebant apostoli, IA jam surrexit. Nous nous contentons de citer celle-ci qui n'a point pour elle le mérite de l'étymologie. "Le Très-Haut a été élevé sur la croix, les apôtres pleuraient, mais le voici déjà ressuscité."

Du culte de la loi mosaïque, Alleluia est passé dans la liturgie chrétienne. L'Eglise de Jérusalem le fit entendre dans ses premiers Offices, et si l'on avait loué avec enthousiasme le Dieu d'Israël qui promettait un Messie, pourquoi n'aurait-on pas chanté par le cantique ordinaire le Dieu qui venait d'accomplir sa promesse?

L'Eglise latine l'adopta dès les premiers siècles, mais seulement pour le jour de Pâques. On a attribué cette innovation au pape saint Damase, dans la seconde moitié du quatrième siècle; mais il est certain que sous son pontificat on chantait Alleluia en tout temps, même aux obsèques.

Saint Jérôme en fournit un témoignage irrécusable en parlant des funérailles de sa soeur Fabiola: " On y chantait, dit-il, des Psaumes, et les lambris dorés de l'église retentissaient de l'Alleluia." Ainsi donc lorsqu'on reprochait à saint Grégoire le Grand trop d'attachement pour les usages de l'Eglise Orientale, il dut répondre qu'il ne faisait que sanctionner la coutume établie sous saint Damase. Ce pape n'inaugura donc point l'Alleluia dans l'Eglise latine. Seulement on excepta des temps de l'année, où l'on était dans l'usage de le chanter, toute la période qui s'écoule de la Septuagésime au jour de Pâques. On le bannit également des Messes et de l'Office des morts; mais comme en certaines Eglises on bornait l'Alleluia au Temps pascal, l'usage en fut étendu à la longue période qui sépare la Pentecôte du retor de la Septuagésime suivante. L'uniformité s'est ainsi établie sur ce point dans toute l'Eglise Occidentale.

Chez les Grecs, l'Alleluia est chanté toute l'année même le Vendredi saint: les obsèques s'y font par le chant de plusieurs Psaumes accompagnés de l'Alleluia. Le Rit gallican observait aussi cette coutume.

L'invocation de toutes les heures de l'Office est suivie d'Alleluia, mais de la Septuagésime à Pâques, à sa place, l'Eglise a substitué les paroles: laus tibi Domine, rex aeternae gloriae, "Louange à vous, Seigneur roi de l'éternelle gloire."

Dans le temps pascal, les Antiennes, les grands Répons, les Répons brefs des petites Heures, les Introïts et les diverses Antiennes de la Messe ont toujours un ou plusieurs Alleluia. La Fête-Dieu quoique hors du temps pascal, entre dans la même catégorie. En tous les autres temps Alleluia est beaucoup moins fréquent. On conçoit que nous ne pouvons point entrer ici dans un détail minutieux à ce sujet. Mais l'Alleluia le plus solennel est celui qui suit le Graduel; il est redoublé au commencement du Verset qu'on nomme, pour cela, alleluia-tique et unique à la fin.

 

Le père Lebrun dit que depuis le septième ou huitième siècle on a ajouté à la dernière syllabe de cet Alleluia une suite de notes qu'on appelle Neume, c'est-à-dire air, souffle, chant sans paroles; il figure assez bien l'impuissance où se trouve l'homme de chanter dignement par des paroles le Dieu qui est ineffable.

Les anciens Ordres romains donnent à ce Neume le nom de Sequentia suite ou prolongation d'Alleluia.

Ne pourrait-on pas voir dans cette suite plus ou moins nombreuse d'a l'intention de retracer ce que nous lisons dans le premier chapitre de Jérémie? Au moment où le Seigneur déclare qu'il l'envoie prophétiser parmi les nations, Jérémie s'écrie: A a Domine Deus, ecce nescio loqui.

La pensée que l'Eglise attache à ce chant sans parole, s'accorde parfaitement avec ce passage. Nous pouvons ici dire avec saint Augustin:" A qui ce langage (celui du chant sans paroles) peut-il mieux convenir qu'au Dieu ineffable?" Le nom de Jubilus est donné aussi à cette série de notes.

Saint Bonaventure, cité par le cardinal Bona, donne la raison suivante de ce Neume dont Alleluia est suivi:" Nous avons coutume, dit-il de chanter longuement une note prolongée sur la syllabe A qui suit Alleluia, parce que la joie des saints dans les cieux n'a point de fin et ne peut se raconter."

Etienne d'Autun dit à son tour:" La modulation du chant alleluiatique exprime les louanges que les fidèles adressent à Dieu; elle retrace ces actions de grâces par lesquelles on soupire pour l'éternel bonheur. Le mot est court, mais il se prolonge par le Neume."

 

« La voix des vieillards s'unit à celle de toute « l'assemblée, et les brebis du bercail font entendre en chœur le cantique nouveau: « Alléluia. »

 

Les enfants apprenaient à délier leur langue en prononçant ce mot, et les cultivateurs soulageaient leurs labeurs en le répétant. Saint Jérôme dit que les moines étaient convoqués pour se réunir par la joyeuse acclamation : Alléluia.

 

Fortunal de Poitiers raconte dans la Vie de saint Germain de Paris que ce pontife éteignit un grand incendie en chantant Alléluia. Le prêtre Constantius rapporte, à son tour, dans la Vie de saint Germain d'Auxerre que ce prélat, se trouvant en Bretagne au moment où les Pictée et les Saxons avaient uni leurs forces contre les Anglais, ceux-ci implorèrent le secours de ce saint évêque.

Germain les conduisit dans une vallée environnée de hautes montagnes capables de multiplier les sons de la voix. Quand les ennemis vinrent pour les y attaquer, le saint évêque ordonna aux Anglais de crier tous à la fois et le plus haut qu'ils pourraient : Alléluia. Les ennemis furent tellement épouvantés de ces cris qu'ils se retirèrent sans essayer la moindre agression.

 

abbé J.B.E. Pascal

la liturgie catholique.



Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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