Marie-Madeleine.

Publié le 10 Avril 2014

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"Celle que la vie du péché avait laissé froide, avait senti s'allumer dans son coeur purifié la flamme puissante de l'amour."

 

saint Grégoire. 

 

 

Parmi les affections que nous aimons à constater dans la vie du Maître, celle qu'il a daigné témoigner à Madeleine tient-elle en réalité la première place, ou la cède-t-elle à l'amitié qu'il portait à ses Apôtres, en particulier à Pierre et aux fils de Zébédée?

 

La réponse n'est pas facile ou plutôt elle est impossible, parce que ces affections sont de nature différente, et que leur dignité intrinsèque ne saurait nous permettre de préciser leur intensité relative. Mais, à quelque mesure que nous étendions l'une et l'autre, il nous faut le reconnaître, - sans contestation possible - Madeleine a pris dans le coeur de Jésus une place telle que nous en sommes justement étonnés et ravis.

 

   Tant de miséricorde et de tendresse nous confondent; et pourtant nous sentons qu'il en devait être ainsi, puisque le Verbe divin s'est fait homme pour se rapprocher des pécheurs, les subjuguer par le charme de sa grâce, et les unir plus étroitement à son coeur, comme les témoins par excellence de sa victoire sur le péché.

 

   En incarnant, pour ainsi dire, la faiblesse et le désordre, Madeleine était prédestinée à montrer, - dans sa conversion, toutes les ingéniosités de l'amour en quête des âmes, - et, après son retour, toutes les félicités de l'union rétablie entre l'enfant prodigue et le père auquel il est revenu.

 

   Le Maître fut bon pour tous les pécheurs, et plusieurs de ceux qu'il convertit devinrent ses compagnons comme Mathhieu, Zachée, Cédoine, pour ne parler que des plus connus. Cependant il n'eut pour eux aucune tendresse particulière, à en juger du moins par l'Evangile: leur part fut celle des autres disciples, sans rien de la prédilection qui met hors de pair Simon et les fils de Salomé. Pourquoi donc Madeleine jouit-elle d'un privilège refusé à d'autres qui paraissent l'avoir mérité autant qu'elle?

 

C'est qu'il y a un abîme entre Madeleine et les autres convertis du Sauveur. Sa chute a été plus lamentable, - son déshonneur plus profond, - son relèvement plus merveilleux. Plus elle avait eu d'influence pour le mal, plus son retour pouvait avoir d'heureux résultats; et cette âme nous semble naturellement une proie que se disputaient, avec une égale ardeur, le ciel et l'enfer. Sa conquête a dû coûter davantage, - par conséquent rapporter plus de gloire et causer plus de joie à Celui qui l'a ramenée; et, puisque les choses valent à nos yeux le prix dont elles ont été payées, -surtout si leur prix est fait de nos larmes et de notre sang, - quelle âme pouvait valoir davantage aux yeux du Maître?

 

   Toute ruine est douloureuse à voir, surtout dans l'ordre moral; mais combien plus la ruine de ce qu'il y a de plus exquis, c'est-à-dire d'un être doué des dons les plus propres à charmer les yeux et l'esprit, - beauté, candeur, intelligence, - avec l'inexprimable séduction de la jeunesse à son premier épanouissement! Quelle pitié s'éveille dans un coeur généreux à la vue de ces fleurs uniquement destinées, semblait-il, à parfumer les autels, et foulées aux pieds du passant indifférent ou moqueur!

 

   Quelle pitié plus profonde encore à la pensée de ce que peut désormais pour le mal l'ange tombé des hauteurs du ciel en cette fange où il attirera tant d'autres ? Hélas! il n'a rien perdu de la puissance qu'il avait d'éblouir les regards et de surprendre les coeurs; combien viendront se brûler au rayon perfide qui jaillit de son front découronné d'honneur, mais non de grâce altière et provocante! Milton nous a bien montré Lucifer dans la redoutable séduction de sa déchéance, et le p. Lacordaire avait bien raison de prémunir la jeunesse contre ce qu'il osait appeler 'l'ineffable beauté du péché. "

 

   Comme il est facile de comprendre le mouvement d'un grand coeur vers cette ruine!

 

Mouvement de pitié, de dévouement, de sacrifice, dont la raison est de sauver cette âme, c'est-à-dire de lui donner, fût-ce au prix de sa propre vie, la vérité dans la foi, la vertu dans la grâce, la paix dans la rédemption, Dieu enfin -  Dieu connu, Dieu aimé, Dieu servi."

 

Et après, "quand on a été près d'une pauvre créature déchue l'instrument de la lumière qui lui révèle sa chute et qui lui rend son élévation, cette cure sublime d'une mort qui devait être éternelle, inspire quelquefois aux deux âmes, un indéfinissable attrait né du bonheur donné et du bonheur reçu.

 

Et, si la sympathie naturelle s'ajoute encore à ce mouvement qui vient de plus haut, il se forme de tous ces hasards divins tombés dans de mêmes coeurs un attachement qui n'aurait pas de nom sur la terre si Jésus-Christ lui-même n'avait pas dit à ses disciples:" Je vous ai appelés mes amis...

 

C'est l'amitié telle que Dieu fait homme et mort pour ses amis pouvait la concevoir. Oui, c'est l'amitié, mais avec la nuance de prédilection que suppose le rachat d'une âme plus précieuse, plus malade, plus complètement reconquise, et - pour continuer à parler avec Lacordaire, -" le sommet, en ce monde, des affections humaines et divines. Rien n'y avait préparé le monde, et le monde n'en reverra jamais qu'une image obscure dans les plus saintes et les plus célestes amitiés. "

 


Rédigé par r.p. Ollivier OP

Publié dans #spiritualité

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