Marie Madeleine, modèle de pénitence.

Publié le 26 Février 2010

http://4.bp.blogspot.com/_gZKgFHP8wvM/Smc3LbO1hlI/AAAAAAAAAZw/yvzLQvMoJ7U/s1600/Santa%2BMar%C3%ADa%2BMagdalena.jpg

screenshot_02.jpg

Le véritable amour ne compte rien pour dur, pour amer, pour pénible, pour mortel. Quel glaive, quelles blessures, quels supplices, quelles morts peuvent séparer un amour parfait? L'amour est une cuirasse impénétrable ; elle renvoie les traits, fait briser l'épée, insulte aux dangers, se rit de la mort : s'il est amour, il triomphe de tout.

Pierre De Ravenne

Ëvangiïe selon saint Luc, VII, 36.

 

Un pharisien ayant prié Jésus de manger chez lui, il entra dans sa maison et se mit à table. Voici qu'en même temps une femme de la ville, qui vivait dans le péché, ayant vu qu'il était à table chez le pharisien, apporta un vase d'albâtre rempli d'une huile parfumée, et se tenant derrière lui à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec ses cheveux, les baisait et les oignait de ce parfum. Ce que voyant, le pharisien qui l'avait invité dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait qui est celle qui le touche, et qu'elle est une pécheresse. Alors Jésus prenant la parole lui dit : Simon, j'ai quelque chose à vous dire : Dites, Maître, répondit Simon. Un créancier avait deux débiteurs : l'un lui devait cent deniers et l'autre cinquante, mais comme ils n'avaient pas de quoi les lui rendre, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera le plus? Simon répondit : J'estime que ce sera celui auquel il a remis davantage. Vous avez bien jugé, lui dit Jésus. Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez-vous cette femme? Je suis entré dans votre maison, vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds, et elle, au contraire, les a arrosés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné le baiser de paix; mais elle, depuis qu'elle est entrée, n'a point cessé de baiser mes pieds. Vous n'avez point répandu d'huile sur ma tête, et elle a répandu son parfum sur mes pieds. C'est pourquoi je vous le dis : beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais celui auquel on remet moins aime moins. Alors il dit à la femme : Vos péchés vous sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui remet même les péchés? Mais Jésus dit encore à cette femme : Votre foi vous a sauvée ; allez en paix.

 

 





L'histoire de Marie Madeleine est un des faits les plus touchants et les plus caractéristiques de l'Évangile.


Elle est comme le complément de la parabole de l'Enfant prodigue ; et elle frappe peut-être encore plus vivement, parce qu'elle est une réalité qui se trouve mêlée à la vie et à la mort du Sauveur.

Madeleine, en effet, depuis sa conversion ne l'a plus quitté ; elle a consacré tout le reste de sa vie à le servir, elle l'a suivi jusqu'au pied de la croix, jusqu'au tombeau.

Elle a été la première à l'y chercher après sa mort, et la première aussi, elle a été le témoin de sa résurrection. Elle a reçu la première parole de Jésus ressuscité, et cette pécheresse, que le pharisien n'aurait pas voulu toucher, est maintenant au ciel dans la gloire de son divin Maître, entourée des anges et des saints. Elle a dû tant de gloire après tant d'ignominie à sa foi, à son amour; et elle, qui s'était souillée par l'impureté, a été lavée jusqu'au fond de son âme par la miséricorde divine, au point de rester unie à Celui qui est la pureté même, et de le suivre partout en compagnie de la Vierge mère, modèle de la vertu sans tache.

Ainsi s'est accomplie la parole du prophète : Quand votre cœur serait rouge comme l'écarlate à cause de vos péchés, par la pénitence et par la grâce il deviendra blanc comme la neige (Isaie, I, 18}.

 

Madeleine a pu subsister à côté de Marie et vivre avec elle, c'est tout dire pour sa gloire.

Elle est devenue le type de l'innocence reconquise par le repentir, comme Marie est celui de la vertu immaculée, et ces deux modèles, que nous contemplons aux côtés de Jésus, la Sainteté même, sont offerts par lui à toutes les âmes ; aux âmes pures, pour devenir plus pures encore; à celles qui ont toujours aimé Dieu par-dessus tout, pour augmenter et soutenir leur amour ; aux autres qui ont eu le malheur de s'en éloigner par le péché, par l'attachement aux créatures, pour leur montrer le chemin 'du retour, et comment elles peuvent recouvrer le bien suprême qu'elles ont perdu, la gloire et le bonheur dont elles sont déchues. t

 

Ainsi personne, pas même les plus grands criminels, n'est exclu du salut apporté au monde par Jésus-Christ.


La grâce divine, dont il est le foyer, se répand avec sa parole comme la lumière, et comme la lumière aussi, elle pénètre et porte la vie là où elle trouve accès et réaction.


Jésus a dit, qu'il est venu surtout pour les pauvres; et les plus pauvres, à coup sûr, sont les âmes dépouillées des biens du ciel, des dons de l'esprit et du cœur, les ignorants et les coupables. Madeleine, aveuglée par les vanités du monde, entraînée par ses passions, avait méconnu le véritable bien. Elle l'avait cherché vainement dans le désordre, et n'y avait trouvé que le vide et la honte.

Mais dès qu'elle a entendu la parole de Jésus, dès qu'elle l'a vu si digne, si majestueux, en même temps si bon, si miséricordieux, si indulgent pour les petits et les faibles, le sentiment du vrai, du beau, du bien se réveille en son âme. Elle a désormais devant les yeux un modèle qu'elle compare à tout ce qui l'entoure, à ce qu'elle est elle-même , et dès lors le dégoût la saisit et du monde et d'elle ; elle prend en dédain tout ce qu'elle a aimé jusque-là, et n'aspire qu'à le quitter. Elle se fait horreur à elle-même, et le remords brûle son cœur. Elle éprouve le besoin de rompre publiquement avec le mal dont elle déteste le joug, et il lui faut un éclat qui brise sa chaîne.

Comme elle est femme, et femme de cœur, elle suit son cœur plus que sa raison, et va se jeter aux pieds de celui qu'elle regarde comme son Sauveur au milieu d'un festin où elle n'était pas conviée, et où sa présence inattendue est un scandale.

Heureux scandale, qui prouve la sincérité de sa foi, et l'ardeur de son amour !

Car, quelle foi ne lui a-t-il pas fallu pour aller ainsi à Jésus-Christ, au premier endroit où elle espère le trouver en public, malgré son passé connu de tous, et en dépit de tout ce qui pouvait l'arrêter ! Elle n'écoute rien que l'instinct divin de son salut ou le souffle de la grâce qui la pousse. Elle brave toutes les convenances humaines pour arriver jusqu'au médecin de son âme, et elle y arrive.

 

Une fois aux pieds de Jésus, son amour éclate avec la douleur de son repentir. Elle est heureuse et honteuse tout à la fois de pouvoir le toucher.

Sa honte déborde par les larmes dont elle arrose ses pieds, son bonheur par les baisers dont elle les couvre, par ses cheveux dont elle les essuie, et l'amour céleste qui la remplit se répand avec ce précieux parfum qu'elle apporte avec elle, et dont elle lui fait hommage, symbole de son âme qu'elle met à ses pieds et à son service.

 

Certes, il est impossible de faire plus abnégation de soi-même, de s'humilier davantage, et de se livrer corps et âme avec plus d'abandon. L'amour de Jésus-Christ est donc déjà bien ardent dans son cœur, puisqu'elle lui sacrifie tout, et ne veut plus vivre que par lui, brisant avec son passé et n'attendant son avenir que de sa miséricorde.


Elle a une telle confiance en sa puissance et en sa bonté, qu'elle remet complétement son sort entre ses mains. Oh!  oui, elle a beaucoup aimé, Madeleine, puisque déjà elle donne sa vie pour ce qu'elle aime!


Mais c'est Jésus-Christ qu'elle aime de la sorte, c'està-dire la vérité qu'elle commence à comprendre, la justice dont il est le modèle, la vertu sans tache réalisée en sa personne, la bonté infinie dont il est l'image parmi les hommes.


Voilà ce qu'elle aime beaucoup à cette heure, et voilà aussi pourquoi beaucoup de péchés lui seront pardonnés. Tel est le sens profond de la parole du Sauveur.


Ce qui veut dire, pour l'instruction des gens du monde qui blasphèment cette parole, en l'appliquant niaisement ou avec dérision aux excès de la passion humaine, que l'amour divin, quand il embrase une âme, absorbe tous les autres amours, les purifie dans son foyer céleste, et concentrant toute la puissance d'aimer sur celui qui en est seul le digne objet, rend le cœur qu'il anime capable de tous les sacrifices, pour s'unir par-dessus tous les attachements de la terre au principe même de l'amour.


Voilà comment on aime beaucoup et bien, et cet amour-là se prouve par le renoncement à soi-même jusqu'à la mort. Et maintenant, ô hommes du monde, apprenez à aimer de cette manière ; aimez la vérité, la justice, le bien jusqu'à donner votre vie pour les confesser et les soutenir, et alors beaucoup de péchés vous seront aussi remis! Aimez comme Madeleine pénitente, et votre âme renouvelée par la foi en la parole de Jésus-Christ qui la relevera, deviendra pure et glorieuse comme la sienne.

 

La figure si touchante, si belle de repentir et d'abandon de Madeleine, ressort ici admirablement par le contraste du pharisien rempli de sa justice propre et qui ne jugeant que par l'apparence, coudamne déjà dans son esprit et cette femme déboutée qui vient audacieusement troubler son i'eslin, et celui qu'il a invité sans doute pour le surprendre dans ses paroles au milieu de l'abandon du repas.


Il l'accuse de n'être point un prophète, puisqu'il se laisse toucher par une pareille créature. Cependant ce prétendu juste, qui se croit bien au-dessus de cette pauvre femme, parce qu'il observe à la lettre toutes les prescriptions de la loi et les traditions des anciens, n'a pas même songé à accomplir les devoirs de l'hospitalité. Il n'a point offert à son hôte de l'eau pour laver ses pieds, il ne lui a point donné le baiser de paix en le recevant, il n'a pas répandu d'huile sur sa tête ; et elle, qui n'avait pas ces obligations à remplir, a fait pour Jésus plus que tout cela, avec amour et non pour accomplir une simple convenance. Jésus le reproche aux pharisiens avec calme, avec dignité, en opposant la conduite de Madeleine à la sienne.

Mais auparavant, par la question qu'il lui pose sur les deux débiteurs auxquels le créancier remet leur dette, en lui faisant dire que celui-là l'aimera le plus auquel il aura remis davantage, il cherche dans sa bonté à ouvrir les yeux de cet aveugle par le souvenir du créancier céleste, dont nous sommes tous les débiteurs insolvables, afia qu'il comprenne la miséricorde attirée par le repentir de Madeleine, et qu'au lieu d'en être scandalisé, il ne soit touché dans son cœur et l'implore à son tour. Il ne paraît pas que Simon ni ses convives aient profité du don de Dieu qui leur était offert, au moins à en juger par ce qu'ils disent : Quel est celui-ci qui prétend remettre les péchés?

 

Du reste on peut remarquer qu'en nous racontant l'histoire de Madeleine, l'Évangile nous offre l'exemple d'une confession parfaite, telle que l'Église l'exige aujourd'hui et l'a demandée dans tous les temps, pour que les péchés soient remis effectivement an coupable.


Il y a l'aveu de la faute avec tous les signes du repentir et de la détestation du mal. Il y a tous les témoignages de la contrition la plus sincère, s'exprimant avec la plus profonde humilité par le renoncement de la volonté criminelle. Il y a le détachement de tout ce qui a pu amener le péché, l'invocation du secours aussi vive qu'il est possible, l'imploration du pardon, et enfin dans les paroles du Sauveur, qui remet les péchés à la pénitente, l'absolution est formellement exprimée. Le prêtre qui absout aujourd'hui les pécheurs repentants au nom de Jésus-Christ ne fait exactement que ce que le Seigneur a fait lui-même pour Madeleine, et ce qu'il a donné à son Église le pouvoir de faire jusqu'à la consommation des siècles en son nom et par la vertu de sa présence en elle.

 

 mr l'abbé Beautin.

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article