miserere mei Deus.

Publié le 21 Février 2010



Tristesse de Jésus-Christ.

 

Il fallait que la tristesse de Jésus-Christ fût extrême, puisqu'elle arracha de sa bouche cette plainte douloureuse : Mon âme est triste jusqu'à la mort. En effet, comment cet adorable Sauveur ne serait-il pas accablé de tristesse dans le Jardin des Oliviers , puisqu'il se voit dans la plus chagrinante dans la plus déplorable solitude, dans le plus fâcheux et le plus universel délaissement qui fut jamais ?

Tout ce qui est au-dessus de lui , tout ce qui est autour de lui, et tout ce qui est au-dedans de lui-même, concourt à augmenter sa peine , et à la rendre insupportable à tout autre qu'à un Dieu. Au-dessus de lui, il a un Père qu'il aime infiniment, et dont il est aimé de même ; mais il ne l'écoute point et il l'abandonne à la fureur de ses ennemis , quoique ce Fils souffrant le prie avec des larmes de sang.

 

Autour de lui il a des disciples ; mais ce sont des lâches, qui dorment quand il faut le consoler, qui fuient quand il faut le défendre, ou qui le trahissent indignement. Au dedans de lui, il a un cœur , mais il est ingénieux à augmenter sa tristesse; il s'y abandonne lui-même ; et par un ménagement qui vient de l'excès de son amour pour nous , il ne se laisse de force qu'autant qu'il lui en faut, pour ne pas succomber à son excessive tristesse.

 

Car en effet, si les tourments extérieurs affligent le corps , et lui ôtent enfin la vie, quand ils sont extrêmes ; la tristesse en fait de même sur l'esprit , sur le cœur et sur l'âme toute entière, et sur le corps même par réflexion : elle glace le sang dans les veines , elle lui ôte son mouvement , elle resserre extrêmement le cœur , et Le fait bientôt tomber en défaillance ; ce que le Sage avait bien connu , quand il disait, que la tristesse amenait bientôt la mort après elle : A tristitia festinat mors.

 

De là ces yeux languissants , éteints et abattus ; de là cette couleur pâle et morne sur le visage ; de là ce frissonnement, et ce froid glaçant de tout le corps : de là enfin , cette faiblesse accablante , qui fait tomber le corps, et qui lui ôte enfin la vie , s'il n'est soutenu par une puissance supérieure, qui le console et qui le délivre de sa peine. Voilà le triste portrait de Jésus-Christ dans le Jardin des Oliviers ; et il ne faut pas s'étonner s'il s'en plaint amèrement ; et s'il dit ces paroles : Mon âme est triste jusqu'à la mort.

 

Mon Dieu , vous êtes triste jusqu'à la mort ! C'est peut-être, dit saint. Augustin , parce qu'étant homme comme nous , vous donnez le cours aux plus justes sentiments de la nature, qui ne peut sentir une mort violente et prochaine , sans s'alarmer de cette cruelle séparation : Propter metum mortis* ( D. Aug. in Joan. )

 

Vous êtes triste jusqu'à la mort ! N'est-ce point , dit le dévot saint Bernard, parce que votre cœur , plein d'une tendresse excessive pour nous, est agité des mouvemens d'une sainte impatience de souffrir pour nous délivrer plutôt ; et que cette mort, toute prochaine qu'elle est, ne vient point assez tôt pour votre amour et pour notre bonheur , et que ce délai vous cause cette tristesse ! Propter dilectionem mortis. ( D. Bern. Serm. )

 

Vous êtes triste jusqu'à la mort! mais je crois plutôt que par cette expression si touchante , qu'une extrême tristesse tire de votre bouche , vous voulez nous faire comprendre , dit saint Jérome, que votre tristesse est si grande, que tout généreux que vous êtes, si vous n'êtiez soutenu par une force divine , elle ne manquerait pas de vous causer la mort ; et que vous expireriez avant que d'aller souffrir de nouveaux supplices sur le Calvaire : Quia posset causare mortem. 

 

Entrons dans les sentiments de cette tristesse ; nous y sommes intéressés , puisque nos péchés et notre bonheur en sont la cause, Attristons-nous avec Jésus souffrant , pour mériter de participer un jour à la joie de Jésus glorieux.

Convertissez-nous efficacement, ô mon Dieu ! dans ce saint Temps , vous qui êtes notre Sauveur, l'Auteur des grâces, et le Dieu des miséricordes. Pénétrez nos cœurs d'une juste crainte , et par elle conduisez-nous au véritable amour, qui est l'heureux partage de tous vos Elus.

Instruisez-nous, éclairez-nous , donnez-nous vos célestes et divines leçons, puisque vous êtes la voie , la vérité et la vie; afin que les abstinences et les jeûnes de cette sainte Quarantaine , que nous pratiquons , nous servent d'une sauve-garde assurée contre votre redoutable Jugement , .et que nous méritions alors d'être mis à votre droite, et de posséder votre Royaume éternel. Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ votre Fils et notre Seigneur.


  R.P. Avrillon.


 

Rédigé par philippe

Publié dans #videos

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article