Montagnes Pyréné ées, vous êtes mes amours!

Publié le 3 Mars 2010

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"L'Ecriture divine, frères, nous enseigne cette parole:" Quiconque s'exhalte sera humilié,  et qui s'humilie sera exhalté".

règle de st Benoît


La vue des montagnes nourrit la piété du chrétien en lui rappelant les faits les plus importants de la religion.

 

Après le déluge, l'arche de Noë s'arrête sur une montagne d'Arménie. Dieu donne sa loi sur le mont Sinaï. Le prophète Elie doit gravir Horeb pour entendre la voix du Seigneur. Jésus Christ prêcher pour la première fois sur une montagne ; il se transfigure sur le Thabor; il se prépare à sa Passion sur le mont des Oliviers ; il meurt sur le Calvaire, et, près de retourner vers son Père, il prend congé de ses apôtres et leur donne leur mission sur une montagne de Galilée.

 

Toutes ces montagnes sont la figure de l'Eglise que Jésus-Christ lui-même compare à une cite placée sur une haute montagne. ' C'est avec raison, dit saint Augustin, que l'Eglise est assimilée à une montagne, à cause de son élévation et de sa solidité. »

 

L'Eglise est, en effet, la Cité de Dieu ; elle avoisine le ciel, et de sa cime l'exemple et la parole se répandent sur tout l'univers. Elle est la dispensatrice des grâces et des trésors célestes ; elle nous nourrit et nous éclaire ; c'est à son flambeau que tous les peuples doivent marcher pour atteindre leur fin. Levons donc les yeux vers cette sainte montagne, car c'est d'elle que nous viendra le secours. Levavi oculos meos ad montes, unde veniet auxilium mihi. In Ps. II,5

 

L'aspect des montagnes produit sur nous deux sortes d'impressions qui semblent contradictoires: il nous écrase et nous élève.

 

N'est-ce point peut-être par un effet de la miséricordieuse industrie de notre Dieu, qui se sert des moyens les plus naturels et les plus communs pour nous faire rentrer en nous-mêmes et nous élever jusqu'à lui?

 

Si nous considérons, en effet, cette masse énorme, et que nous reportions les yeux sur nous; si nous apercevons un de nos semblables sur un point élevé de ce gigantesque colosse, nous sommes contraints de nous écrier: Mon Dieu! que l'homme est faible et petit!

 

Cependant cette montagne n'est qu'un grain de sable comparé à notre globe; et notre globe, à son tour, qu'est-il parmi ces myriades de soleils qui roulent dans l'espace?

 Pauvre petit être humain! qu'est-tu donc au milieu des mondes et de l'espace immense? qu'es-tu sous la main de Celui qui a créé tous ces mondes, qui les dirige à son gré et qui peut en un instant les réduire en poussière.

 Merci, mon Dieu! de me faire sentir ainsi ma faiblesse et mon néant! Oui, je le dirai avec le Roi-prophète:" C'est pour mon bien que vous m'avez humilié". psaume CXVII car je n'en éprouve que plus vivement le besoin de m'appuyer sur vous. C'est pourquoi je me tourne de nouveau vers la montagne, et, à mesure que mon regard la suit au milieu des nuées, mon âme s'élève plus encore; portée sur les ailes de la prière, elle va jusqu'au pied du trône de Dieu confesser sa faiblesse et demander les grâces dont elle a besoin.

 " Dieu résiste aux superbes, et il donne sa grâce aux humbles. Ep de s Pierre V, 5

 " Dieu est haut; si vous vous élevez, il s'enfuit de vous; si vous vous abaissez, il descend jusqu'à vous." st Augustin

 " Plus en effet, dit saint Grégoire, le Seigneur nous tient abaissés dans la tristesse et dans l'humilité, plus il nous porte vers lui sur les hauteurs de la contemplation.

 

Soyons humbles, et Dieu nous élèvera; c'est lui-même qui l'a dit:" Quiconque s'abaisse sera élevé;" et sur les cimes où il nous placera, nous le louerons et nous le bénirons, car "il fait surgir les montagnes et descendre les plaines au lieu qu'il a choisi."

 

Je lèverai donc mes yeux vers les montagnes terrestres pour que mon âme gravite jusqu'à ces collines éternelles dont parle la sainte Ecriture; montagnes mystérieuses et sacrées d'où nous vient le secours: Levavi oculos meos ad montes unde veniet auxilium mihi.

 

" Oh! qu'ils sont beaux, dit l'Esprit-Saint, qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds de ceux qui évangélisent la paix, qui annoncent le salut!" Qu'ils sont beaux les prédicateurs de l'Evangile, ministres du Dieu de paix, lorsque, du haut de la sainte montagne qui est l'Eglise, ils enseignent aux hommes leurs frères le chemin du salut; lorsque, semblables à une lampe ardente, ils projettent au loin leur lumière pour éclairer nos voies !

 

Mais qu'aperçois-je encore sur les montagnes?

 

Une Reine pleine de douceur et de majesté. Elle est belle comme la lune, comme l'aurore qui se lève, éclatante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille; c'est la Reine du ciel et de la terre, c'est la Mère de Dieu, c'est Marie qui vient nous donner d'éclatants témoignages de sa puissance et de sa bonté; c'est notre Mère qui nous appelle et qui nous tend les bras. Notre-Dame du Mont Carmel! Notre Dame de Fourvières! Notre-Dame du Puy, Notre Dame de la Salette! mes yeux et mon coeur s'élèvent vers vous; daignez abaisser sur votre enfant un regard favorable. Et vous, montagnes saintes! je vous salue comme les trônes de grâce de notre auguste Mère.

 

J'accours vers vous, ô Marie! comme votre Bien-aimé, "sautant sur les montagnes, passant par dessus les collines." Ecce iste venit, saliens in montibus, transliens colles 1 Cant. II,8

 

Je viens au pied de cette autre montagne que vous avez ennoblie par votre visite. C'est bien ici "la montagne de la myrrhe et de l'encens. I.Cant. IV,6, vous l'avez embaumée de vos célestes parfums; leur suave odeur nous attire. "In odorem curremus unguentorum tuorum. Ib I,3

 

Considérez notre humilité et notre bassesse dont la myrrhe est aussi la figure et que notre prière monte vers vous comme l'encens.

 

"L'encens est pur, ô Marie, et belles sont les fleures que la main des vierges effeuille sur le pavé de vos chapelles; mais la voix de toute heure, mais la sainte poésie qui se sent à l'étroit sur cette terre, qui a le pressentiment d'un monde plus beau, qui veut respirer l'infini, qui renferme au fond de tous ses chants une prière cachée, monte plus haut que le parfum des fleurs et de l'encens. Elle arrive jusque là où vous êtes, là d'où vous voyez sous vos pieds les étoile germer, comme des fleurs de lumière dans les champs illimités, et la création se balancer comme un encensoir éternel."Mgr Gerbet Livre des saints.

 

Mes yeux se lèvent, et j'aperçois le creux du rocher où vous daignâtes apparaitre. C'est bien de vous que l'Esprit-Saint a dit:" Vous êtes ma colombe qui se retire dans le creux de la pierre, dans les enfoncements de la muraille." Il me semble vous y voir encore, les mains pleines de grâces pour les répandre sur nous. Mes yeux s'attachent à ce lieu béni, car c'est de là que me viendra le secours.

 

Néanmoins je les élève de nouveau, et j'aperçois le sanctuaire édifié par vos ordres. Et pourquoi la sainte Mère de Dieu a-t-elle voulu qu'on lui élevât ici une maison de prière, si ce n'est pour y convoquer ses enfants et leur dispenser ses bienfaits? Pourquoi? si ce n'est pour s'y retrouver auprès de son divin Fils, prisonnier d'amour dans le saint tabernacle; pour lui exposer nos besoins, pour lui transmettre nos voeux?

 

C'est dans ce saint asile qu'est annoncée la parole de Dieu, que la Victime sainte est immolée,  que les pécheurs sont réconciliés, que le pauvre pèlerin de la vie reçoit le pain des forts, que les grâces de toutes sortes sont largement distribuées.

 O sainte montagne! que vous m'êtes chère et précieuse!

Oui je vous contemple avec respect et avec joie. Je lève vers vous des regards pleins d'espérance, car c'est de là que me viendra le secours:

Levavi oculos meos ad montes, unde veniet auxilium mihi....

 

Abbé Eugène Boyer.

1868

 

 

 

 

 

 





Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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