Mort et résurrection à l’abbaye Saint-Paul de Wisques

Publié le 11 Octobre 2013

 

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Pour l’abbaye bénédictine Saint-Paul de Wisques (Pas-de-Calais), le choix était simple. Disparaître ou accueillir du sang neuf. Jeudi 10 octobre, le relais a été officiellement passé aux moines de Fontgombault.

Zoom Baiser de paix le 10 octobre. Devant l’autel, Mgr Jaeger, évêque d’Arras. De gauche à droite, Dom Dupont, Dom Pateau, Dom Forgeot, abbé émérite de Fontgombault et Frère Armand, ancien administrateur de Saint-Paul de Wisques.

 

 

Ce 10 octobre, l’église de briques de l’abbaye Saint-Paul de Wisques est pleine. Comme Hervé, tatoué des pieds à la tête, venu depuis le port de Calais où il travaille pour « dire au revoir aux moines grâce à qui [il] a retrouvé la foi », les fidèles du diocèse et de la Belgique voisine sont venus dire leur amitié aux partants, et saluer les arrivants. Mgr Jean-Paul Jaeger, évêque d’Arras, est présent. Dans son homélie, il remercie les moines qui ont « touché beaucoup de cœurs » et ceux de Fontgombault qui prennent le relais : « nous leur en sommes infiniment reconnaissants ». Et d’analyser en profondeur cet événement : « Il y a un aspect de mort et de résurrection. » Liturgie célébrée selon la forme extraordinaire du rite, fin de la concélébration : les changements qui accompagnent l’arrivée de Fontgombault sont difficiles pour certains, « mais, explique l’évêque, il faut dépasser nos propres réticences et réserves pour accéder au trésor que Dieu veut nous offrir. C’est pourquoi, nous sommes heureux, malgré les difficultés des départs et de l’installation. »

 

Treize arrivent, et huit s’en vont

 

À l’issue des vêpres, l’installation du nouvel administrateur de Saint-Paul de Wisques, Dom Jean Pateau, a lieu en salle capitulaire, sous la présidence de Dom Philippe Dupont, abbé de Solesmes, en présence de Mgr Jaeger.

 

Dans l’immédiat, l’arrivée des treize frères de Fontgombault s’accompagne du départ de huit moines sur quatorze de Saint-Paul de Wisques dans plusieurs monastères de la famille de Solesmes – à Ligugé dans la Vienne, Saint-Wandrille et Croixrault en Normandie, La Source à Paris, Keur Moussa au Sénégal ou Solesmes même, dans la Sarthe.

 

À 91 ans, le doyen des moines, le Père Pierre Dutrieux, fait partie de ceux qui ont choisi de rester : « Je suis entré ici en 1945 et ce n’est pas à mon âge que je vais m’en aller. Bien sûr, il y a des difficultés, mais on ne peut pas attendre d’un choix humain qu’il vous satisfasse en tous points. Il faut savoir discerner l’essentiel de ce qui est second : même si l’ancien rite n’est pas ma tasse de thé, le fond est que la vie monastique continue. »

 

« Un acte de charité entre deux filles de Solesmes »

 

Frère Armand, qui administrait le monastère jusque-là, « remercie le Seigneur qui a tout arrangé. L’abbaye était destinée à disparaître : nous n’avons pas eu de novices depuis vingt-cinq ans. L’abbé de Fontgombault s’est providentiellement fait connaître il y a quelques mois et a manifesté qu’il était prêt. C’est une grâce insigne. »

 

Cette formule de reprise en douceur a été choisie sous le parrainage de Dom Dupont, abbé de Solesmes : « C’est un acte de charité entre les deux filles de Solesmes. Il y a une belle générosité de Fontgombault qui vient aider Wisques, comme dans une famille on prend en charge des parents âgés. » Il complète en filant une métaphore médicale : « Je ne veux pas pratiquer d’euthanasie monastique. Il ne s’agit même pas des soins palliatifs, mais plutôt d’une transfusion. Pour que la greffe prenne, j’ai confiance dans le nouveau prieur de Saint-Paul de Wisques, Philippe de Montauzan, et en Dom Jean Pateau. »

 

Dom Jean Pateau, abbé de Notre-Dame de Fontgombault qui est désormais administrateur de Saint-Paul de Wisques, revient sur cette histoire : « Tout d’abord, nous reprenons Wisques pour obéir aux signes de la providence. Je crois que cette reprise est la volonté de Dieu. La vie monastique est implantée depuis l’an 630 dans l’Audomarois et de saints moines tels que Omer, Bertin ont marqué l’histoire de cette terre. Leur prière n’est pas étrangère à cette reprise. Comme celle de tous les moines, morts ou vivants, qui ont vécu à Wisques, de nos Sœurs moniales de Notre-Dame, des prêtres, des habitants de la région à commencer par leur évêque, qui ont obtenu de Dieu cette grâce. Ensuite, l’abbaye Saint-Paul a une place importante dans la congrégation de Solesmes. Voir mourir ce monastère ne pouvait laisser indifférents les moines de Fontgombault, abbaye dont le fondateur, Dom Édouard Roux était un novice de Dom Augustin Savaton, deuxième abbé de Wisques. La vie monastique doit perdurer à Saint-Paul, Dieu le veut ! Que sa volonté soit faite. »

Même joie chez l’évêque d’Arras, Mgr Jaeger : « Les communautés monastiques sont indispensables à la vie de notre diocèse. C’est un poumon spirituel vital. Il y a quelques mois, j’ai dû fermer le monastère de cisterciennes de Belval et je ne voulais pas recommencer avec Saint-Paul de Wisques. Je suis heureux que les moines plus âgés puissent être soutenus par de plus jeunes. C’est pourquoi je souhaite de tout cœur la bienvenue aux frères venus de Fontgombault. »

 

Jean-Claude Bésida

 

link famille chrétienne.

Rédigé par Jean-Claude Bésida

Publié dans #spiritualité

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