pour se préparer à l'Annonciation.

Publié le 23 Mars 2010

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Ave maria gratia plena .



Plusieurs interprètes prétendent que l'ange s'agenouilla en présence de la Vierge, inférieure à lui par nature, mais supérieure à lui en pureté, en grâce, en dignité; et que, dans cette attitude de respect pour celle qui allait devenir la reine des anges et la mère de Dieu, il prononça les paroles : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous : Ave, gratia plena ; Dominus tecum.


O paroles ! ô salutation ! qui ne sont pas un compliment humain, mais un augure divin, une révélation, une reconnaissance de ce qu'est effectivement Marie ; et tout à la fois une splendide prophétie de ce qu'elle sera dans peu !

 

 Premièrement le mot Ave, dit A. Lapide à la suite de beaucoup de Pères, est ici manifestement allusif au nom d'Eve; dixit Ave; ut alludat ad nomen Evae; car Eve, signifie vitale, vivifiante, madre de' viventi.

De prime abord, dit saint Épiphane, il peut sembler étrange qu'Adam ait donné à sa compagne, après le péché, un si magnifique nom, en l'appelant vivante et mère fortunée des vivants, elle qui déjà avait ouï la terrible sentence qui la condamnait, elle et ses descendants, à mourir, elle qui était devenue mère infortunée des morts : Eva Mater viventium vocata est postquàm audivit : Pulvis es; et mirum est, quod post transgressionem hoc magnum nomen habuerit.

 

Eh bien, non, rien d'étrange en cela, continue le saint docteur, la salutation d'Adam ne fut ni contradictoire, ni vaine, mais mystérieuse et prophétique.

En parlant de cette sorte à sa compagne, il eut en vue Marie ; à la faveur de la divine lumière il connut et prédit que Marie, dont Eve, encore vierge et épouse, était le type et la figure, serait la vraie Mère des vivants; Beata Mater Dei Mariae per Evam significabatur, quae per enigma accepit ut mater viventium diceretur.


Or, Marie ne commence à être la Mère des vivants qu'à l'instant qu'elle conçut l'auteur même de la vie. Ainsi donc l'ange, en disant à Marie : Tu vis, ô Marie! salut, ne lui dit autre chose que ceci : Tu es la vraie Eve. Celle-là fut pleine de crimes, et toi tu es pleine de grâce ; celle-là fut rebelle à Dieu, et toi tu lui es fidèle ; et, à cette heure-ci même, l'ancienne prophétie se vérifie en toi.

 

 Remarquez encore que le mot Ave, qui dans le latin dérive de l'hébreu, et a dans les deux langues la même signification, est le nom d'Eve retourné, ce qui signifie, dit saint Augustin, que la malédiction d'Eve s'est changée par Marie en bénédiction, qu'avec la grâce du Sauveur qu'elle vient nous apporter, et dont elle fut surabondamment remplie, elle effaça la faute d'Eve: Maria impleta est gratia, et Eva evacuatur culpâ. Maledictio Evae in benedictionem mutatur Mariae. (Serm. 18, de Sanct.)

 

C'est aussi pour cette raison que l'ange l'appelle la pleine de grâce par excellence, gratia plena; c'est-à-dire, ainsi que l'explique saint Bonaventure et Maldonat : La créature en qui toutes les grâces et tous les mérites, tous les priviléges et toutes les vertus qui résident en Jésus-Christ comme dans leur source, qui, dans les anges et dans les saints sont comme divisés en petits ruisseaux ; se trouvèrent réunis tous ensemble comme dans un fleuve plus près de sa source, comme dans un océan mystérieux; et dans la plus grande mesure dans laquelle il était possible à une pure créature d'en recevoir : Sicut omnia flumina intrant in mare; sic omnes gratixae quos habuerunt Angeli patriarchae, prophetae, apostoli, martyres, confessores, virgines, in Mariam fluxerunt. (Sanct. Bon., Spec, c. 2.)


Et saint Jérôme dit : « Oh qu'elle est dûment saluée pleine de grâce celle par l'intermédiaire de laquelle la pluie précieuse de la grâce de l'Esprit-Saint s'est répandue abondamment sur la création tout entière ! Bene gratia plena, per quam largo Spiritus Sancti imbre perfusa est omnis creatura. (Serm. de Assumpt.)

 

 Les paroles : Le Seigneur est avec vous, Dominus tecum, signifient que, bien que le Seigneur, par son immensité et sa puissance, soit avec toutes les créatures; que, par sa grâce actuelle qui éclaire l'esprit et excite les cœurs, il soit souvent aussi avec les pécheurs; que, par sa grâce sanctifiante, il soit avec les justes; et que, par  une protection spéciale, il soit avec tous les élus; dans Marie et avec Marie, Dieu est non-seulement de toutes ces manières, mais qu'il y est, en outre, d'une manière plus noble et plus intime.


Ce fut donc, selon saint Augustin, comme si l'Ange lui eût dit : O Marie! le Seigneur est avec vous d'une façon beaucoup plus parfaite qu'en moi ; Dominus tecum magis quam mecum ; puisque vous êtes pleine de grâce, vous êtes pleine de Dieu ; Dieu est en vous et vous êtes en Dieu et avec Dieu ; vous appartenez à Dieu ; vous êtes investie, possédée entièrement de Dieu ; vous êtes toute de Dieu ; aussi est-ce pour cela que vous êtes la créature par excellence à laquelle Dieu est le plus intimement uni, Dominus tecum; et que vous êtes, comme il est dit dans les cantiques, la vraie, la grande, l'unique amie de Dieu: Una est amica mea, una est. (Cant. Iv.)

 

 L'ange, évangéliste des grandeurs et des gloires de Marie, ne s'en tient pas là : mais, après l'avoir proclamée unique devant Dieu, il la proclame unique entre tous les hommes, lui disant : Vous êtes la femme bénie parmi toutes les femmes, Benedicta tu in mulieribus; dans le sens substantif, absolu dans lequel elle avait été appelée la Vierge, la mère des vivants, la femme pleine de grâce, la mère de Dieu, c'est-à-dire, la femme prince, la femme modèle, la femme honneur et gloire de toutes les femmes; qui réunit en elle toutes les vertus, tous les mérites, toutes les qualités, toutes les distinctions de la femme dans ses divers états, et qui ne sauraient se trouver associées dans la même personne ; savoir : la liberté d'esprit de la veuve, le bonheur de la société conjugale, la pureté de la vierge et la fécondité de la mère.

 

Marie a encore été la femme, bénie entre toutes les femmes, parce qu'elle a été la seule qui ait apporté au monde la bénédiction par le moyen du fruit béni de son chaste sein, dans lequel se sont réunies toutes les bénédictions, et en qui devaient être bénies toutes les nations de la terre. (Sen. xxvi.)

 

 Or, que fait Marie en entendant un pareil discours, que répond Marie?


Ah! la nouvelle Eve, choisie pour apporter le remède à la faute primitive, se comporte avec Gabriel tout autrement que ne l'avait fait l'ancienne Eve avec Satan.

Le discours du démon à Eve supposa et exalta dans cette femme imprudente une indépendance de Dieu, un mérite, une excellence qu'elle n'avait pas : Cur praecepit vobis Deus, ut non comederetis de omni ligno paradisi. (Genèse, m.)

Le discours de Gabriel à Marie annonça, dans cette fortunée jeune fille, une grandeur extraordinaire aux yeux de Dieu, un mérite, une excellence réelle, une possession parfaite de la grâce et la plus intime union avec Dieu : Ave gratia, plena : Dominus tecum.

 

Cependant, le langage du mensonge et de l'imposture, au lieu de troubler l'esprit d'Eve, l'enivre d'une stupide complaisance pour elle-même et la remplit d'un orgueil démesuré qui la pousse jusqu'à mettre en doute la véracité des divines menaces, ne forte moriamur.

Au contraire, le langage de la sincérité et de la vérité, qui semblait devoir rassurer Marie et la rendre satisfaite d'elle-même, la trouble, la déconcerte, la fait trembler. Marie se cherche en elle-même et ne s'y retrouve plus.


L'orgueil fit qu'Eve prit un ange des ténèbres, un serpent, pour l'ange de la lumière. L'humilité fit craindre à Marie de rencontrer, dans l'ange véritable de la lumière, l'ange des ténèbres, bien qu'elle fût accoutumée à la vue des anges et à leur société.


Marie se croyait indigne de mériter une si belle et si magnifique salutation, articulée avec un si profond respect.

Au lieu donc de s'y complaire, elle s'épouvante; et ne pouvant comprendre pourquoi elle lui est adressée, ni où elle doit aboutir, elle demeure muette, pensive, agitée : Quae cum audisset, turbata est in sermons ejus; et cogitabat qualis esset ista salutatio. (Luc, 29.)


Ne craignez rien, ô Marie! reprit l'ange, en l'appelant par son nom, pour lui inspirer plus de confiance; vous avez trouvé grâce devant Dieu : Ne timeas, 'Maria, invenisti enim gratiam apud Deum (Luc, 30) ; c'est-à-dire, comme l'explique saint Bernard : « Vous, qui n'avez jamais cherché d'autre mérite, d'autre honneur, d'autre gloire que de plaire à Dieu, vous avez donc trouvé ce que vous avez sans cesse cherché. Vous êtes plus gracieuse, plus chère, plus agréable à son regard divin que tous les saints qui vous ont précédée, que toutes les plus nobles créatures, réunies ensemble. Invenisti quod quaerebas, quod ante te nemo potuit invenire. (Serm. ni, Sup. Miss.)


O riche trésor! ô pierre précieuse que Marie! prévenant l'Évangile, a acheté par l'offrande, par la consécration de tout son être à Dieu : Dedit omnia sua et comparavit eam (Mat.,XXXI), c'est-à-dire qu'elle a obtenu tant de grâce et tant de vertu qu'elle a mérité, comme l'enseignent les scolastiques avec Suarez et Vasquez, la maternité divine, sinon au titre d'une rigoureuse dignité (de condigno), au moins à celui d'une parfaite convenance (de congruo), et pour preuve de cela : « Voici, lui ajoute l'ange, que vous concevrez dans votre sein et enfanterez un fils : Ecce concipies in utero, et paries filium. » (Luc, I, 31.)

 

Avant tout, rappelons ici le grand et magnifique oracle d'Isaïe : « Dieu lui-même vous donnera un prodige : Voici que là Vierge concevra et enfantera un fils : Dabit Dominus ipse vobis signum : Ecce Virgo concipiet et pariet Filium. »

Or l'ange ayant dit à Marie (la Vierge) (ad Virginem) : « Voici que vous concevrez et enfanterez un fils : Ecce concipies et paries filium; » lui ayant répété les paroles mêmes d'Isaïe, ce fut lui dire : « Vous êtes, ô Marie! la Vierge dont a parlé le prophète ; et voici que le grand prodige, jadis promis de Dieu, de la conception et de l'enfantement de la Vierge, s'accomplit aujourd'hui en vous. »

 


L'ange continua encore à dire à Marie : Vous donnerez à votre fils le nom de Jésus. Il sera le Grand, et s'appellera le Fils du Très-Haut : Et vocabis nomen ejus Jesum. Hic erit magnus et Filius Altissimi vocabitur. (Luc-, 31, 32.) Isaïe, lui aussi, avait dit: Il sera appelé Emmanuel : Et vocabitur nomen ejus Emmanuel.

L'ange n'a donc fait encore ici que répéter et expliquer plus clairement les paroles du prophète ; à la différence qu'il s'est servi, dans ce but, de plusieurs mots, tandis que le prophète avait tout dit en un seul. Car Emmanuel signifie Dieu avec nous, ou Homme-Dieu; c'est-à-dire Fils de Dieu et à la fois Fils de l'Homme ; signifie Jésus ou Sauveur des hommes; puisque le Messie n'est Jésus ou Sauveur, et par cela même, le Grand en puissance et en bonté qu'en tant qu'il est Emmanuel, ou Homme-Dieu, ou Dieu avec nous. (Ita A. Lapide, In Isaïam.)

 

L'ange ajouta encore : « Dieu donnera à votre le fils trône de David son père ! Il régnera dans la maison de ]acob, et son règne n'aura d'autres limites que l'univers, d'autre durée que l'éternité : Dabit illi Duminus sedem David patris ejus ; et regnabit in domo Jacob in aeternum, et regni ejus non erit finis » (Luc, 32.)


Ces paroles sont aussi celles qu'a dites Isaïe : Il s'assiéra sur le trône de David, aujourd'hui et pour l'éternité ; et son règne pacifique n'aura pas de fin. Le Seigneur a envoyé son Verbe en Jacob, et il fut recueilli en Israël : Et pacis ejus non erit finis. Super solium David, et regnum ejus sedebit a modo usque in sempiternum. Verbum misit Dominus in Jacob, et cecidit in Israël. (Isaïe, IX.)


O ange saint! quelles obligations ne vous-avons-nous pas! Qu'il est beau pour nous fidèles, d'entendre de votre bouche céleste l'application et l'interprétation de cette magnifique prophétie, fondement et preuve de notre foi !

 

 père Gioacchino Ventura

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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