que voulez-vous faire de moi?

Publié le 14 Octobre 2009



ste Thérèse d'Avila: la vie a du sens.



Je suis vôtre ; pour vous je suis née,
Que voulez-vous faire de moi ?
Souveraine Majesté,
Éternelle Sagesse,
Bonté qui vous répandez sur mon âme,
Dieu, Souveraineté, Être unique, Miséricorde,
Voyez combien est vil l'être
Qui aujourd'hui proclame votre amour en ces termes :
Que voulez-vous de moi, Seigneur ?
Je suis vôtre, puisque vous m'avez créée ;
Vôtre, puisque vous m'avez rachetée ;
Vôtre, puisque vous me supportez ;
Vôtre, puisque vous m'avez appelée ;
Vôtre, puisque vous m'avez attendue ;
Vôtre, puisque je ne me suis pas perdue.
Que voulez-vous faire de moi ?
Que commandez-vous donc, ô bon Maître,
Que fasse un si vil serviteur ?
Quelle mission avez-vous donnée
À ce pécheur esclave ?
Vous me voyez à vos pieds, ô mon tendre Amour,
Ô mon tendre Amour, vous me voyez à vos pieds ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Voici mon cour :
Je le remets entre vos mains.
Voici mon corps, ma vie et mon âme,
Mon amour et mon affection.
Ô doux époux, ô ma Rédemption,
Puisqu'à vous je me suis consacrée,
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi la mort ou la vie,
Donnez-moi la santé ou la maladie,
Donnez-moi la gloire ou le mépris,
Donnez-moi les combats ou la paix parfaite,
donnez à ma vie la faiblesse ou la force ;
À tout je dis oui ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi les richesses ou la pauvreté ;
Donnez-moi des consolations ou des
désolations ;
Donnez-moi de la joie ou de la tristesse ;
Donnez-moi l'enfer ou donnez-moi le ciel,
Ma douce vie, ô soleil sans nuage,
Puisque je me suis remise à vous tout entière,
Que voulez-vous faire de moi ?
Si vous le voulez, donnez-moi l'oraison,
Sinon, donnez-moi les sécheresses ;
Si vous le voulez, donnez-moi l'abondance de vos biens, et la dévotion,
Sinon, la disette
Ô souveraine Majesté,
Là seulement je trouve la paix,
Que voulez-vous faire de moi ?
Donnez-moi donc la sagesse,
Ou si vous ne le voulez pas, par amour pour vous, j'accepte l'ignorance ;
Donnez-moi des années d'abondance,
Ou de famine et de disette ;
Donnez-moi les ténèbres ou la clarté du jour ;
Retournez-moi ici ou là ;
Que voulez-vous faire de moi ?
Si vous me voulez dans la joie,
Par amour pour vous je veux me réjouir.
Si vous me commandez des travaux,
Je veux mourir à la peine.
Dites-moi seulement : où, comment, et quand ?
Parlez, ô doux Amour, parlez.
Que voulez-vous faire de moi ?


Deux disciples de Jésus s’en retournent de Jérusalem, tout déconfits. Leur maître vient de sombrer lamentablement et a été exécuté. C’est l’amertume, la désillusion, tous les espoirs se sont envolés. Or un inconnu les croisant va cheminer avec eux. Ce personnage va les aider à relire toute leur histoire et à y donner sens. Puis tout doucement, ils vont passer de la désillusion à la compréhension des événements qui se sont passés. Ils découvrent peu à peu la réalité et la profondeur de ce qui vient d’arriver et leur cœur commence à brûler. Avec l’espérance, c’est plus que la vie qui renaît, c’est une résurrection.

Le soir vient, c’est le temps de se séparer, mais les deux pèlerins invitent l’inconnu à leur table. Et là, oh surprise, à la fraction du pain, quelque chose se passe, ils reconnaissent l’inconnu, c’est le Christ. Alors même que l’inconnu prend visage, il disparaît à leurs yeux, laissant le pain rompu et la place au mystère. Jésus a disparu des regards mais pas de leur cœur. Il y a là, si on y réfléchit, toute l’aventure spirituelle superbement décrite. C’est d’abord l’expérience d’un cheminement sur une route, la route de notre vie.

Route avec ses espoirs, ses désillusions ; puis c’est le passage du cheminement à la rencontre d’un inconnu qui aidant à relire la vie passée permet de découvrir un nouveau sens à la vie, un sens plus profond. C’est pourquoi le cœur brûle. Non tout n’est pas absurde. La vie a un sens. De la route, on passe à l’auberge pour le partage du repas. C’est l’expression de l’amitié, le passage d’une rencontre fondamentale à l’approfondissement de cette rencontre : qui est Jésus ? Or cette rencontre prend peu à peu la forme d’un visage connu jusqu’à ce que ce visage se voit en plein jour, transfiguré et c’est la lumière du Christ qui apparaît. C’est alors que s’opère un autre passage. Jésus après s’être fait reconnaître, va nous emmener plus loin encore dans son intimité. Le pain qu’il rompt, c’est lui-même qui se donne à chacun. Ce qui veut dire que, plus loin que l’amitié, il y a, symbolisé par la manducation du pain le passage au fond de l’être, au fond du cœur. C’est pourquoi Jésus disparaît des regards. Pour se faire plus intime encore, pour se faire plus proche de chacun de nous encore.

C’est le passage de la rencontre sensible, à une rencontre plus profonde qui est hors de toute expérience sensible. C’est le passage de la vie quotidienne à la vie dans la foi.

(je pense le passage le plus dur pour nous êtres sensibles et affectifs.  Il en faut des années, avant d'accepter, résigné, enfin d'y rentrer...

Quelqu'un quelque part disait qu'en général,  une passion ne dure que deux ans. La mienne aura duré quand même plus. On s'attache à tout à des prêtres, à des soutanes, à une liturgie, on confond moyens et fins pour n'avoir au bout que des déceptions ou ne plus rien avoir. ... que des châteaux en Espagne. La messe tradi c'est un appartement dans le 16ème ! bon pour les gens riches...

On s'attache à la jeunesse, ah c'est beau des séminaristes en soutane,  mais chacun suit son chemin, au bout de 10 ans on ne se souvient plus de vous...aux jeunes moines à la vie communautaire,
à la jeunesse tout court parce qu'elle est belle et pétillante, on se retrouve au travers elle; on idéalise tout  très vite. mais à la fin on se retrouve si seul et bien seul..! On espère quelqu'un, on en attend trop.. la vie purgative.

 "Il faut des réalités qui durent" dit saint Exupéry.

 Ah notre jeunesse pleine d'enthousiasmes, de délires, de passions, de rêves, où es- tu ?

10 ans ! mais c'est trop rapide. 10 ans.. il y a dix ans la mort du père Léon ou presque.. 1994, depuis tant de novices sont rentrés.. demain ils seront  déjà prêtres moines.  J'ai vieilli très vite depuis, trop vite, cela a été une étape tellement importante. Quelque chose s'est passé à ce moment là, je ne saurai dire quoi. J'ai pu aller le remercier au cimetière. Oui quelque chose a basculé. Il y a ceux aussi qu'on ne revoit plus et qui vieillissent par la force des choses.

Les stalles sont presque à nouveau pleines. C'est vrai 10 ans sont passés. Je revoyais un petit gris au mois d'Août .. dix ans que je ne l'avais pas revu, et on se rappelait les bons souvenirs d'hôtes à l'époque du père Henry !!! 10 ans de fondation déjà de Clear Creek ! ...Mon Dieu j'ai pris un sacré coup de vieux.

Quel vertige ! Je ne me suis pas rendu compte que tout a passé trop vite... Adieu veaux vaches, cochons.. ! Où sont tous ceux qui m'ont apporté la semence ? .. tellement loin derrière. Où sont tous nos amis sur lesquels on comptait, il n'y en a plus guère.  L'apostasie n'est pas loin et qui nous guette constament;...s'il avait fallu compter sur le clergé local... on devient vite Job sur son tas de fumier. Leur liturgie en a la même odeur, repoussante, insignifiante, de purin, de cet engrais que l'on étale sur les champs...
L'abandon vous guette, la corde prête à lâcher, le poids des ans, les ras le bol réitérés, la fatigue usant.

L' arche qui m'a sauvé du déluge, c'est bien l'oblature. S'il n'y avait eu un appui invisible mais vrai et constant des moines...! l'intelligence de la foi ! la voilà je crois. C'est cela l'oblature. S'il n'y avait eu pour moi Fontgombault - je ne présume de rien - mais j'aurais certainement tout lâché.. Et puis ces petits clins d'oeil, les délicatesses du Seigneur, des mercis qui vous tombent alors que vous ne donnez rien, le vent de la bonté du Bon Dieu qui vous pousse malgré vous au large.

L'oblature, on vous éduque à cette école de la vie de foi. D'abord on se trompe, on se plante, et puis on comprend vite. Il en faut des erreurs dans la vie.  On s'est tellement trompé tant que l'on a  cette chance de pouvoir rattrapper nos erreurs. On a tellement aussi été abusé. On a encore le temps de se corriger.
 Tant qu'on l'a. On grandit dans l'épreuve, dans ses propres échecs, "je me glorifie dans mes faiblesses" dit l'Apôtre. Sans le Christ on serait où?


Alors on apprend malgré soi la distance et le rapprochement, .. on préserve, tout cela qui se fait dans la douleur parfois, dans les larmes et l'abandon souvent , on ne comprend pas; humiliant de reconnaître que l'on est redevable, de ce que l'on est, de ce que l'on a..

mais au bout de nos nuits l'oblature illumine notre route et montre dans le sillage de saint Benoît oui que la vie vaut la peine d'être vécue et que tout a un sens: j'ai vu et j'ai cru.





Nos deux pèlerins ont vu et ils ont cru. Mais c’est le pain qui est resté et une expérience au fond du cœur, l’expérience d’une relation retrouvée à un niveau plus fondamental, dans la foi. La vie de prière dans le christianisme, c’est cela. C’est cette reprise à notre propre compte de l’expérience des pèlerins d’Emmaüs. Ce passage de la vie quotidienne avec ses joies et ses déceptions ; de cet extérieur de notre être, vers une dimension plus intérieure, plus intime de notre être où Dieu nous attend avant de nous renvoyer, mais différents, vers nos frères. C’est cet itinéraire que Thérèse d’Avila va nous aider à parcourir, ayant fait elle-même le chemin.


Il faut faire de plus en plus de choses le plus vite possible. Notre vie s’étale et se considère au nombre de choses que l’on a fait. On gagne en surface, mais on oublie que notre vie a une profondeur. Peut être même fuit-on cette profondeur. Jésus est là et nous attend au bord du chemin, le chemin de nos vies, le chemin de nos cœurs, pour faire route avec nous, s’inviter à notre table, partager son amitié et plus encore si nous le voulons. Voulez-vous vous engager sur ce chemin avec Thérèse de Jésus ?


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Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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