sermon de mgr Ravel évêque aux armées - aimer.

Publié le 12 Mai 2012

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"Tout le monde peut faire l'expérience d'être aimé !"

 

 

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1. Aime ! Avant toute chose, il nous est recommandé d'aimer. Davantage : il nous est commandé d'aimer : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. », ordonne le Seigneur. Les saints l'ont compris : « C'est du cœur que doit procéder l'aumône.

 

Tendre la main sans compatir est une action vaine. », Prêche saint Augustin (En.Ps 125, 5). Ainsi se dégage une règle pour vérifier notre action : aimons-nous ? Je ne parle pas à ceux qui se font servir mais à ceux qui se mettent au service des autres : aimons-nous ceux que nous servons ? Ou bien, sommes-nous en train de servir sans y mettre une sympathie profonde, sans y mettre la compassion dont parle Augustin ?

 

Examinons nos liens aux personnes, aux missions et aux choses : où mettons-nous un morceau de notre cœur ? Notre amour se dépose parfois plus facilement sur des choses que sur des personnes : où est notre trésor ? Car là où est notre trésor, là est notre cœur !

 

  Il peut y avoir des raisons, aux nobles apparences, pour servir sans mettre d'affection. Il me semble important d'en scruter certaines.

 

  Il y a d'abord cette illusion qu'il suffit de servir. Ce sont les actes qui comptent, pensons-nous. La bienfaisance sans bienveillance suffirait-elle ? Certainement pas. « Il suffit d'aimer », nous disent les saints et ils ajoutent comme le bienheureux Charles de Foucauld peu avant son assassinat : « on n'aime jamais assez. »

 

Bien entendu, personne ne niera l'importance de ces actes que nous posons, parfois immenses, souvent minuscules: « Dieu, dit saint Augustin, qui nous a donné l'être nous donne aussi d'être bons. » (En.Ps 103) Mais pour autant, « ce qui distingue les actes des hommes, c'est l'amour qui est à la racine. » rajoute le même (in 1 Jn 7,8).

 

 Il y a ensuite la méfiance à l'égard de l'affectivité : si elle est trop engagée, ne risque-t-elle pas de nous blesser ou de corrompre notre service ? Trop d'attachement à une personne peut nous faire chuter. Trop d'affectivité peut brouiller notre discernement de pasteur voire notre diagnostic de médecin.

Cette méfiance est parfois enseignée comme une prudence : les déviances existent : elles ne justifient pas une attitude en contradiction avec l'Evangile. « Il nous faut prendre et reprendre le risque d'aimer », nous disait le bienheureux Jean-Paul II. Viendrait-il à l'esprit de l'un d'entre nous de dénoncer trop d'amour chez une maman ? Nous pouvons mal aimer, certes, mais cela n'excuse rien puisque Jésus s'offre en modèle de notre amour : « comme je vous ai aimés... »

 

Il y a enfin la méconnaissance de l'amour. Tout le monde en a entendu parler mais certains n'en ont jamais goûté. Un peu comme certains plats très chers, le caviar par exemple. L'amour serait un plat pour « riches », pour ceux qui ont été aimés. Parce qu'ils n'ont pas connu l'expérience de l'amour, certains n'en dispensent pas. Non pas tant par mauvaise volonté que par inexpérience. Ils savent servir car on leur a expliqué qu'aimer c'était donner et se donner. Mais leur cœur ne brûle pas de charité. Ils la découvriront quand ils se connaîtront aimés par Dieu qui pend sur la croix et qu'ils s'écrieront : il m'a aimé jusque là !

 

  2. Aime et chante ! Pour nous assurer de notre amour, retenons ses deux caractéristiques soulignées par notre maître saint Augustin : l'aisance et la joie.

 

 

 

« Dieu ne demande rien d'impossible : tout est facile pour celui qui aime. » (De la nature et de la grâce), écrit-il.

 

Il y a ceux qui aiment en serrant les dents : ils se forcent à servir, c'est bien. Mais cet accouchement douloureux manifeste que l'amour n'est pas encore dans leur cœur.


Quand on aime, on fait les choses avec aisance même dans la difficulté. C'est là notre expérience commune : la souffrance pour l'objet de son amour se vit sans son poids habituel.

 

Je pense au montagnard qui, par goût de la montagne, consent des sacrifices importants. Mais combien de médecins veillent comme des mères pour sauver leur patient ou leur fils. Et combien de nos soldats et policiers risquent leur vie comme si la chose était « naturelle » : ils se donnent par passion pour leur mission, par amour pour leur patrie, par fraternité pour leur camarade.

 

Quelle aisance est la nôtre ? Là où elle commence à manquer, où est notre amour ?

  « Fais tout ce que tu peux... Fais le bien avec un cœur joyeux, alors seulement tu pourras adresser ta prière à Dieu avec confiance. » (sermon 58, 10) « Interroge ton cœur, si tu y trouves l'amour de ton frère, sois en paix. » (In 1 Jn) Dans l'amour, la paix avance avec la joie. Et c'est elle qui fait chanter le cœur : « mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt ! Je veux chanter, jouer des hymnes ! », dit le psaume 58 que nous avons lu. « Chanter est le propre de celui qui aime. Et la voix de celui qui chante ce cantique est la ferveur d'un amour saint. » (sermon 336,1).

 

La ferveur est donc la voix audible du chant intérieur produit par l'amour joyeux. Quelle joie est la nôtre et quelle ferveur porte cette joie à l'extérieur ?

 

 

 3. Aime, chante et soigne le pauvre ! Notre amour va d'abord vers le pauvre. Jésus l'enseigne par sa pratique et la doctrine de l'Eglise le répète : « la charité est un amour préférentiel pour les pauvres ». Oui, il y a une préférence dans l'amour qui vient de Dieu : une pente naturelle vers le pauvre.

 

Quels sont les pauvres ? L'Evangile parle des affamés, des opprimés, des aveugles, des prisonniers, des malades... La liste est terriblement longue. Mais dans cette masse immense des pauvres, quels sont nos pauvres à nous, ceux qui sont particulièrement confiés au diocèse aux armées ? Je ne veux exclure aucun homme mais je sais qu'à force de parler de tout le monde, on finit par ne s'occuper de personne.

  Nos pauvres proviennent de nos missions : d'abord nos blessés, blessés en service et blessés au combat. Marqués dans leur chair pour toujours. Ensuite nos traumatisés, traumatisés reconnus et traumatisés ignorés : marqués dans leur psychisme pour toujours. Puis nos fragilisés, fragilisés par leur famille et fragilisés par la solitude : marqués dans leur esprit pour longtemps.

 

Nous avons notre place en tant que chrétiens à côté d'eux : nul ne nous la prendra. Mais nul ne nous remplacera. Dans les Misérables, Victor Hugo fait parler Monseigneur Myriel, évêque d'une petite ville de province : « Est-ce que je ne suis pas médecin comme eux ? Moi aussi j'ai mes malades. D'abord, j'ai les leurs qu'ils appellent les malades et puis, j'ai les miens que j'appelle les malheureux. »  

 

En répondant à ces malheureux par un amour porteur de bonheur, nous plantons l'amour divin sur la terre arrosée de pleurs.

 

  Il est temps de mettre l'amour en œuvre auprès d'eux.

 

Il est temps que nous mettions le meilleur de nos forces à revenir auprès de ceux-là qui nous sont confiés parce que nous sommes militaires et qu'ils le sont aussi. N'allons pas au bout du monde chercher celui que Dieu veut aimer à travers nous : il est là sur son lit d'hôpital, il est là sur notre base ou notre régiment. Il est là reparti dans le civil, là quelque part où le monde risque d'oublier la tendresse qu'il lui doit.

 

Sentons-nous cet appel ?

Rédigé par philippe

Publié dans #videos

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P
<br /> très beau. Au moins un qui a tout compris, même si ça ne m'a pas servi à grand chose !<br />
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P
<br /> <br /> On a pris le risque puis voilà....  <br /> <br /> <br /> <br />