simon de Cyrène.

Publié le 13 Avril 2014

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joignons-nous donc au funeste cortège, aussi près que possible de la céleste Victime, pour ne rien perdre des incidents de son agonie, rien non plus des enseignements qui en découlent.

 

Un centurion a pris la tête, conformément aux prescriptions de la loi romaine: il doit présider à l'exécution et maintenir le bon ordre dans l'assistance, avec l'aide de sa compagnie qui fait la haie autour du condamné. A côté de lui marche un héraut portant l'inscription écrite par ordre de Pilate, et sonnant de la trompette pour ouvrir le passage. La foule s'écarte devant eux, plus attentive à la croix dont on va charger le Galliléen qu'à la tablette où se lit le motif de sa condamnation.

 

Un cri d'horreur et de colère salue l'apparition de Jésus sous le grand arc de l'Antonia. Au sommet de la pente, bien en vue de toute la place, il semble déjà dominer l'univers, du haut de ces nuées, d'où il jugera les vivants et les morts, la croix entre ses bras comme un instrument de règne.  D'un regard plein de douceur et de majesté, il parcourt la multitude. Des larmes se mêlent sur ses joues au sang qui coule de son front; double appel au repentir, qu'ils ne peuvent plus entendre, mais auquel se complait son amour. Puis soulevant le bois infâme, il descend lentement, poussé plutôt que soutenu par les bourreaux, appuyant à son épaule gauche le fardeau qu'il doit trainer jusqu'au Calvaire.

 

La coutume romaine le voulait ainsi. Une sinistre plaisanterie de Plaute nous l'apprend:" Qu'il porte sa croix par la ville", fait-il dire à l'un de ses personnages; " et puis, qu'il y soit attaché". ! Jésus y avait fait souvent allusion devant ses disciples quand il leur parlait de prendre leur croix et de la porter après lui. Ce genre de supplice n'était pas ordinaire parmi les Juifs; mais les Romains la pratiquaient et, depuis l'annexion, les exemples n'en n'étaient pas plus rares dans la Judée qu'ils ne l'étaient dans les autres parties de l'empire. Les prophètes avaient vu le Messie s'avancer ainsi chargé du bois de son sacrifice, et peut-être se trouva-t-il alors quelqu'un pour s'en souvenir.

....

 

Cependant Jésus suivait la pente vers Acra, s'épuisant rapidement dans l'effort que lui demandait sa charge plus lourde d'instant en instant. Il chancelait, au milieu des rires et des moqueries, harcelé par les satellites qui le poussaient avec leurs bâtons, et par la foule qui lui jetait de la poussière et des cailloux. Les légionnaires avaient peine à le protéger contre ces violences, qui sont dans le goût de toutes les populaces, mais plus spécialement des tourbes orientales, véritables meutes altérées de sang et hurlant autour de ceux qui vont à la mort.

 

Au bas de la pente, il y avait, tout récemment encore, un ressaut de terrain assez élevé pour devenir un obstacle à celui qui montait, un danger à celui qui descendait, s'il n'avait pas la liberté de ses mouvements. En existait-il un semblable au temps de Notre-Seigneur? Qui sait? En tous cas, c'est ici que la tradition fixe la première chute de Jésus: un faux pas le jeta par terre, et, quand il se releva tout meurtri, les forces lui manquèrent pour reprendre son fardeau.

 

A ce moment arrivait des champs, par la rue qui vient de la porte de Damas, un homme, heureux entre tous, puisque l'honneur lui était réservé de porter la croix du Maître, à sa place et à ses côtés. C'était un étranger, nommé Simon, venu de Cyrène avec ses deux fils Alexandre et Rufus - païen au dire de plusieurs, ou tout au plus prosélyte. Il n'avait pris aucune part aux folies qui avaient déshonnoré cette matinée, et, quand il vit tomber Jésus, il ne put retenir un mouvement de commisération, peut-être même une protestation contre la rudesse des gardes. C'en fut assez pour le désigner à leurs sévices: on lui mit la main sur l'épaule, et on le requit de porter la croix de son client de rencontre. S'y refusa-t-il d'abord? Nous n'en savons rien et nous aimons mieux croire qu'il obéit de bonne grâce: c'était du reste ce qu'il avait de mieux à faire, ne pouvant résister sans danger.

 

Les Romains avaient l'habitude de ces réquisitions arbitraires: :" Si un soldat t'impose une corvée, dit Arrien, garde-toi bien de résister ou simplement de murmurer. Tu recevrais des coups et on t'enlèverait ton âne par-dessus le marché.

 

 

Il prit donc la croix sur son épaule et suivit Jésus dont la marche devint plus facile et plus rapide, sur un terrain plus égal et dans un air moins étouffé. Il y avait là, en effet, une sorte de carrefour, où le soleil d'avril jetait ses rayons attiédis par la brume, mais d'autant plus bienfaisants au martyr; dans ses veines épuisées et refroidies cette chaleur ramenait un peu de vie, et devant ses yeux voilés de sang la lumière ravivait les formes et les couleurs. C'est ainsi qu'il put reconnaître, à quelques pas de là, dans un groupe d'amis trop peu nombreux, sa mère soutenue par Madeleine et le disciple bien-aimé.

 


 


Rédigé par r.p. Ollivier OP

Publié dans #spiritualité

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