ste Marie-Madeleine.

Publié le 20 Juillet 2014

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Peu de pages de l'Evangile ont  laissé au coeur des hommes un trait aussi pénétrant, et sans doute aucune amitié n'a comme sur la terre comme celle-ci.

 

Du sein de l'abjection la plus profonde où puisse tomber son sexe, une femme lève les yeux vers la pureté divine et ne désespère pas de la beauté de son âme. Pècheresse encore, elle a reconnu Dieu dans la chair du Fils de l'homme, et, toute couverte de sa honte, elle conçoit la pensée d'arriver jusqu'à lui. Elle prend dans un vase d'albâtre, symbole de lumiière, un parfum précieux. Peut-être était-ce le vase où elle avait puisé jusque-là le relief de ses criminels attraits, et ce parfum qu'elle emporte pour un autre usage, peut-être y avait-elle cherché pour elle-même un accroissement de ses honteux plaisirs. Elle avait tout profané, et elle ne pouvait présenter à Dieu que des ruines.

 

Aussi elle entre sans prononcer une parole, et elle sortira de même. Repentante, elle ne s'accusera pas devant Celui qui sait tout; pardonnée, elle n'exprimera aucun sentiment de gratitude. Tout le mystère est dans son coeur et son silence, qui est un acte de foi et d'humilité, est aussi le dernier effort d'une âme qui surabonde et ne peut rien de plus.

 

Jamais, depuis le commencement du monde, de telles larmes n'étaient tombées sur les pieds de l'homme. On avait pu les adorer par crainte ou par amour; on avait pu les laver dans des eaux embaumées, et des filles de rois n'avaient pas dédaigné, aux siècles de l'hospitalité primitive, cet hommage rendu aux fatigues de l'étranger: mais c'était la première fois que le repentir s'asseyait en silence aux pieds de l'homme, et y versait des larmes capables de racheter une vie.

 

Tout en pleurant et sans attendre une parole qui l'encourage et qui n'est pas dite, Marie laisse tomber ses cheveux autour de sa tête, et, faisant de leurs tresses magnifiques un instrument de pénitence, elle essuie de leur soie humiliée les larmes qu'elle répand. C'était aussi la première fois qu'une femme condamnait ou plutôt consacrait sa chevelure à ce ministère de tendresse et d'expiation. C'était cette Marie qui oignit le Seigneur d'un parfum et qui en essuya les pieds avec ses cheveux.

 

Cela fait, la pècheresse s'enhardit. Elle approche des pieds du Seigneur ses lèvres déshonorées, et les couvre de baisers qui effacent l'impression de tous ceux qu'elle a donnés et qu'elle a reçus. Au contact de cette chair plus que virginale, les dernières fumées des vieux souvenirs s'évanouissent; les flétrissures inexpiables disparaissent, et cette bouche transfigurée ne respire plus que l'air vivant de la sainteté.

 

Alors seulement, et pour consommer tout le mystère de la pénitence par l'amour, elle ouvre l'albâtre, qui contient le parfum les suaves images de l'immortalité, elle le répand sur les pieds du Sauveur, par-dessus les larmes et les baisers dont elle les a couverts; ses mains purifiées ne craignent plus de toucher et d'oindre le Fils de Dieu, et la maison se remplit de la vertu qui sort du vase fragile et du vase immortel, de l'albâtre et du coeur.

 

Lacordaire.

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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