Titi et gros minet. 3ème dimanche de carême

Publié le 23 Mars 2014

 

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Mes Frères, il fut un temps où, au cinéma, avant la séance principale, à la place de toutes les publicités indécentes qui précèdent maintenant les films, nous avions droit à des dessins animés…

   Et que ce soit Bugs Bunny le lapin, Titi le canari ou Bip-bip le géocoucou, ils avaient tous un ennemi : Elmer le chasseur, Gros-Minet le méchant matou ou bien le vil coyote. L’ennemi employait tous les moyens possibles pour tenter de capturer, tuer et manger le héros qui s’en tirait à chaque fois bien sûr, mais l’ennemi, criblé de balles, écrasé par une enclume ou tombé au fond d’un ravin, ressuscitait toujours et revenait à l’assaut, sans fin.

 

 

Mes Frères, l’évangile d’aujourd’hui [1] me fait replonger chaque année dans mon enfance et repenser à ces dessins animés car la scène est vraiment très facile à imaginer.

  « Quand l’esprit impur est sorti d’un homme, il parcourt les lieux arides, en quête de repos ; et n’en trouvant pas, il dit : ‘Je retournerai dans ma maison, d’où j’étais sorti’. Quand il arrive, il la trouve nettoyée et ornée. Alors il s’en va, il prend avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui ; ils entrent et ils y demeurent. Et finalement, pour cet homme, les choses sont pires qu’avant »[2].

 

  Et ici, Mes Frères, j’imagine bien l’ennemi, un démon cornu avec sa fourche, chassé par le héros, c’est-à-dire en l’occurrence nous-mêmes : une fois de plus le bien a triomphé !

  Et heureux de nous être débarrassés de notre ennemi, nous nous reposons sur nos lauriers, héros fatigués affalés dans un transat avec un cocktail à la main, tellement contents de nous que nous en laissons notre maison, notre âme, sans défense.

 

  Mais l’ennemi comme un lion, rôde [3], et il vient observer par la fenêtre s’il peut à nouveau entrer pour nous tendre un piège, et il constate, en se frottant les mains et avec un sourire diabolique, que rien ne l’en empêche puisque que nous sommes trop occupés par notre paresse. Alors il va chercher ses complices pour mener l’assaut final et, comme prédit Notre-Seigneur, « les choses seront pires qu’avant ».

  Nous ne sommes pas des personnages de dessin animé, et le diable non plus. Et à la différence des dessins animés, nous sommes bien moins intelligents que les héros, et les démons infiniment plus rusés que nous, et dans notre vie spirituelle, le récit de Notre-Seigneur est bien plus proche de la réalité que ne l’est un dessin animé.

 

  La Messe d’aujourd’hui, Mes Frères, est un appel au secours que l’âme lance à Dieu dans sa lutte contre le diable. Dans l’introït, nous chantons : « le Seigneur libérera mes pieds du piège du chasseur »[4] ; à l’oraison, nous prions : « Pour notre défense, étendez le bras de votre majesté »[5] ; au graduel, nous disons : « Levez-Vous, Seigneur, que l’ennemi ne triomphe pas : faites-le reculer… il périra devant vous »[6] et à la fin de la Messe, nous prions à nouveau : « Libérez-nous de tous les dangers, Seigneur »[7].

  Et il est vraiment nécessaire de prier le Seigneur face aux périls que le démon met sur notre route, car seuls, nous ne pouvons rien faire : ce n’est pas du fatalisme, Mes Frères, c’est un constat car tout l’Évangile de Notre-Seigneur est une mise en garde contre le démon.

 

Seulement, si nous nous contentons de prier en attendant que des chérubins mignons et potelés descendent terrasser les diables fourchus qui nous assaillent, le résultat sera sans appel : nous serons vaincus.  Non pas parce que Dieu n’aura pas exaucé nos prières, car Dieu nous donne toujours, sans cesse, son aide pour faire notre salut et remporter la victoire contre le diable, mais parce que nous n’aurons pas fait ce que Dieu attend de nous : collaborer avec Lui.

  Il y a un psaume qui dit : « Si le Seigneur ne garde la cité, c’est en vain que veille celui qui la garde »[8] : si nous ne prions pas Dieu, le combat est perdu, mais le psaume dit bien qu’il y a quand même un veilleur pour la cité.

 

L’homme fort en armes perd face à un ennemi plus fort [9], car il se fie à ses armes, et il ne fait pas confiance en son Seigneur, mais il est quand même en armes. Et si le Christ nous a constitués soldats par la confirmation, ce n’est pas seulement pour défendre l’Église sur terre, c’est aussi, et peut-être surtout, pour défendre notre âme, qui est une pierre vivante de cette Église, notre âme pour laquelle le Christ s’est livré en sacrifice [10].

 

Grâce à notre prière, Mes Frères, le Seigneur nous donne tous les moyens nécessaires pour mene notre combat ici-bas. Saint Paul, dans les versets qui suivent l’Épître d’aujourd’hui, les décrit : « cuirasse de la justice, bouclier de la foi, casque du salut, glaive de l’Esprit »[11], il dit aussi : « revêtez l’armure de Dieu afin que vous puissiez tenir devant les ruses du diable… que vous puissiez résister et tenir au jour mauvais en luttant jusqu’au bout »[12]. Dieu nous donne tout, Mes Frères, mais il nous faut donc aussi lutter. Saint Pierre le confirme : « Soyez sobres et veillez ; car votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui il pourra dévorer. Résistez-lui, demeurant fermes dans la foi ».[13]

 

  Soyons sobres comme dit saint Pierre, Mes Frères, c'est-à-dire luttons contre nous-mêmes, c’est ce qu’enseigne Notre-Seigneur : « Tout royaume divisé contre lui-même va à sa ruine »[14]. Lutter contre nous-mêmes, c’est essayer d’éteindre en nous tout ce qui nous détourne de Dieu, ces ténèbres qui nous divisent intérieurement et nous transforment en associés des fils de rébellion[15], en complices du démon. Car il ne sert à rien de vouloir battre le diable si consciemment ou non, nous gardons des liens avec lui.

 

   Nous le disons au baptême, à la profession de foi, à la vigile pascale : « Nous renonçons à Satan et à toutes ses œuvres ». Les enfants de lumière [16] que nous sommes doivent, avec les armes que Dieu nous donne, éliminer toute trace des ténèbres en eux.

 

 Veillons comme dit saint Pierre, Mes Frères : luttons dans notre vie contre toutes les tentations, qui sont la fenêtre par où le diable regarde dans notre âme. Dieu nous y aide, par sa grâce, les sacrements, nos anges gardiens, nos saints, mais les actes concrets contre les tentations, c’est nous qui devons les poser dans notre vie.

 

 

Enfin, il faut que le diable, lorsqu’il vient jeter un coup d’œil chez nous, y voie une maison nettoyée et ornée par la grâce de Dieu, mais surtout une maison habitée par Dieu : car une maison habitée par Dieu est la maison de Dieu, une âme habitée par Dieu est un autel où nous offrons à Dieu toute notre vie.

 

Nous le chanterons à la communion dans une des plus belles antiennes de l’année, une antienne qui résume le résultat de la victoire sur le démon que nous demandons pendant cette Messe : « Le passereau se trouve une maison, et la tourterelle un nid pour y placer ses petits : ce sont vos autels, mon Roi et mon Dieu ! Heureux ceux qui habitent dans votre maison ; ils Vous loueront dans les siècles des siècles »[17].

 

 

 

Ce n’est pas seulement une heureuse description du paradis, Mes Frères, car cela peut aussi être notre âme dès aujourd’hui si nous le voulons bien : maison de Dieu et autel offert au Seigneur. Et là, soyons en sûrs, jamais le diable ne pourra entrer.

 

  [1] Matth. 12, 43-45.

  [2] Luc. 11, 24-26 : évangile.

  [3] Cf. I Pet. 5,8.

  [4] Ps. 24, 15 : introït.

  [5] « Ad defensiónem nostram, déxteram tuæ maiestátis exténde » : collecte.

  [6] Cf. Ps. 9, 20 & 4, « homo » interprété par « ennemi ». v. 4 mis au singulier.

  [7] « A cunctis nos, quǽsumus, Dómine, reátibus et perículis propitiátus absólve » : postcommunion.

  [8] Ps. 126, 1.

  [9] Luc. 11, 21-22.

  [10] Ephes. 5, 2 : épître.

  [11] Ephes. 6, 14-17.

  [12] Ephes. 6, 11 & 13.

  [13] I Pet. 5, 8-9.

  [14] Luc. 11, 17.

  [15] Ephes. 5, 6-8.

  [16] Ibid. v. 9.

  [17] Ps. 83, 4-5 : communion.

 

Chapellenie Bhx Charles de Lorraine - Nancy

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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