un patrimoine commun: la souffrance.: le bon samaritain

Publié le 29 Août 2014

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12ème dimanche après la Pentecôte

 

" Un homme s'en allait de Jérusalem à Jéricho et il tomba sur des voleurs; ceux-ci le dépouillèrent, le couvrirent de blessures, le laissèrent à demi-mort et s'en allèrent.."

 

 L'appel à la compassion

 

 

tellement trop rare à se demander si ça existe!

 


Il y a une grande différence entre la pure pitié et la compassion.

 

La pitié commence et finit avec notre propre moi. Et même si elle nous rend sensibles à la souffrance, elle reste fermée sur elle-même, car elle ne produit pas de fruits dans l'action. Le plus souvent, la pitié finit par un soupir ou un haussement d'épaules. La compassion, au contraire, nous pousse à sortir de nous-mêmes.

 

En effet, non seulement elle nous fait avoir pitié de ceux qui souffrent, mais elle nous fait aussi être avec ceux qui souffrent. Montrer de la compassion, c'est souffrir avec ceux qui sont blessés et qui sont éprouvés, c'est partager leur douleur et leurs angoisses. S'il est vrai que nous ne pouvons jamais entrer pleinement dans la douleur d'une autre personne et que le plus souvent nous demeurons à l'extérieur, tels des spectateurs silencieux du tourment des autres, la compassion nous aide, dans une certaine mesure, non seulement à souffrir avec celui qui souffre, mais aussi à ressentir quelque chose de sa souffrance.


C'est la façon dont Jésus, le Bon Samaritain par excellence, a montré sa compassion: il souffrait avec et dans les personnes auxquelles il vient en aide. Il partageait leur faim, Il éprouve leurs chagrins, Il comprenait leur douleur, Il avait de la compréhension pour les pécheurs et se montrait leur ami, Il était en contact avec les exclus. Jésus a aussi assumé un dos et des épaules pour éprouver la douleur d'être flagellé. «Car nous n'avons pas un grand-prêtre impuissant à compatir à nos faiblesses, lui qui a été éprouvé en tout, d'une manière semblable, à l'exception du péché» (Héb 4,15). Quelques siècles avant la naissance du Christ, le prophète Isaïe avait affirmé: «Ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé... Il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison» (Is 53, 4-5).


La compassion ne nous laisse pas indifférents ou insensibles à la douleur de l'autre, car elle appelle la solidarité avec ceux qui souffrent.

 

La solidarité «n'est donc pas un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun; c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun, parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous» .

 

Parfois, nous ressemblons étrangement au prêtre et au lévite qui virent l'homme blessé et passèrent outre, spectateurs silencieux par peur de nous impliquer et de nous salir les mains.


Nous pouvons facilement trouver des parallèles dans la culture contemporaine. Les médias visuels aujourd'hui portent directement dans nos maisons des scènes bouleversantes de guerre et de violence, de famine et de pauvreté, de maladie et de malaise, de catastrophes naturelles comme les inondations et les tremblements de terre. Nous courons le risque de nous endormir dans une culture de regard passif, sans rien faire. Au lieu d'être des acteurs, nous finissons par devenir des spectateurs oisifs.

 

La compassion nous pousse à nous libérer de nous-mêmes pour rejoindre les autres, ceux qui ont besoin de nous. Elle nous fait sortir de la coquille confortable où nous aimons nous dissimuler et nous pousse à aimer et à servir ceux qui comptent sur notre aide.


La santé ne se réduit pas strictement au bien-être physique ou corporel. Au sens symbolique, la notion de santé prend une signification beaucoup plus large. La réalité est simple et douloureuse: des sociétés, voire des cultures entières sont couchées «de l'autre côte de la route», «blessées», attaquées et appauvries par les contre-valeurs de la sociétés de consommation et du matérialisme, dépouillées de tout ce qu'il y a de meilleur et de plus beau dans la culture humaine. Privées de Dieu, elles Lui sont parfois hostiles, voire indifférentes.


Notre propre culture nous a tellement déshumanisés que nous avons perdu le sens de Dieu.

 

Au fil des ans, nous avons fait le lit de la non- croyance et nous l'avons nourrie, pour aboutir à une indifférence religieuse, pire que l'hostilité. L'ennemi reconnaît la présence de l'autre, au moins pour nourrir sa violence, mais la personne indifférente, au contraire, ignore l'autre et lui dénie l'existence.C'est bien là l'indifférence et l'insensibilité illustrées par le prêtre et le lévite qui passèrent outre, sans s'arrêter pour prendre soin du voyageur blessé et dévalisé. Telle est la réalité bien présente de notre anticulture de l'isolement et de la banalité, véritable antichambre d'inhumanité.


Mais notre plus grande perversion, c'est de nous exposer à perdre le sens de Dieu.

 

Car en perdant le sens de la paternité de Dieu, nous perdons nécessairement le sens de la fraternité de l'homme.

 

Mais, si l'on peut Le nier ou Lui être indifférent, ce qui nous comble d'expérance et d'optimisme, c'est que le Dieu des chrétiens est un Dieu qui ressuscite d'entre les morts, qui ranime et renouvelle, qui redonne l'espérance, car Il renaît glorifié, bien plus réellement que le phénix renaît de ses cendres. C'est précisément vers ces cultures marquées par l'athéisme ou l'indifférentisme religieux, engourdies et dévitalisées, que l'Église, à la suite de Jésus-Christ, Bon Samaritain, doit se tourner, pour leur venir en aide et leur annoncer la Bonne Nouvelle.

 

C'est là la véritable culture qui, silencieusement, fait appel à notre engagement actif. Quand l'Église, et avec elle la foi chrétienne, entre dans le vif de la culture, le mystère de l'Incarnation se renouvelle. Le Verbe se fait chair et il habite parmi nous. Il devient semblable à nous en toutes choses, excepté le péché. «Sans incarnation point de salut: le Christ n'est pas né dans le néant. Il s'est incarné dans le sein de Marie. Sa vie s'est intégrée au tissu social et culturel qui prévalait en son temps. Comme Verbe de Dieu, Il parlait une langue humaine, une langue spécifique avec un héritage culturel déterminé. Par analogie, les cultures ont été comparées à l'humanité du Christ. Par le mystère de l'Incarnation, c'est de l'intérieur qu'Il a pénétré la culture, il l'a purifiée et réorientée vers Dieu, pour qu'il fût adoré en esprit et en vérité». De même que le Bon Samaritain a rejoint dans sa condition l'homme étendu à terre, blessé et à demi-mort, pour le secourir, ainsi l'Église doit pénétrer ces cultures blessées et malades pour les revitaliser en leur annonçant l'Évangile de la vie.

 

Le monde dans lequel nous vivons est un océan de souffrance. Je pense aux millions de personnes qui souffrent dans les hôpitaux, dans les hospices et dans les cliniques pour malades en phase terminale. Je me souviens de tout petits enfants, trop petits pour comprendre le mystère de la souffrance, mais assez grands pour en faire (déjà , oh que oui ! )  l'expérience.

 

Je me souviens de jeunes gens pourtant forts, qui criaient à cause de la douleur insupportable; de personnes âgées très affaiblies luttant et se débattant dans leurs derniers souffles de vie. Je pense aux maladies mentales que bien des gens éprouvent, à la solitude des couples séparés, à l'isolement des orphelins qui n'ont jamais connu la chaleur d'une maison ni les caresses d'une mère ou d'un père, au tourment du drogué, à l'angoisse de ceux qui pleurent la mort d'un être cher, à la souffrance de ceux qui sont seuls.

 

La souffrance, c'est vraiment notre patrimoine commun.

 

Mais a-t-elle un sens? Quel est le sens chrétien de la souffrance? 

 

Paul Claudel l'a dit avec concision: «Dieu n'est pas venu pour éliminer la souffrance, mais pour la remplir de sa présence». Jesus n'a pas éliminé la souffrance, il l'a élevée, transfigurée.


Quelle devrait être notre attitude à l'égard de ceux qui souffrent?

 

«La parabole du bon Samaritain appartient à l'Évangile de la souffrance. Elle indique, en effet, quelle doit être la relation de chacun d'entre nous avec le prochain en état de souffrance.

 

Il nous est interdit de "passer outre",(   ah bon?) avec indifférence, mais nous devons "nous arrêter" auprès de lui.

 

Le bon Samaritain, c'est toute personne qui s'arrête auprès de la souffrance d'un autre homme, quelle qu'elle soit. S'arrêter ainsi, cela n'est pas faire preuve de curiosité, mais de disponibilité». Bref, notre compassion, qui nous engage à agir pour venir en aide à ceux qui souffrent, s'accomplit dans la communion, lorsque tout homme et toute femme qui souffrent deviennent mon frère et ma sœur.


Chose étrange et pourtant vraie: la souffrance unit.

 

Elle nous conduit plus près de ceux qui souffrent, et peut-être plus près aussi de nous-mêmes!

 

Quand nous sommes abattus, faibles, avec un sentiment d'impuissance, nous percevons avec plus d'acuité, non seulement notre condition de créatures devant Dieu, mais aussi notre solidarité avec l'ensemble de l'humanité.

 

Nous pouvons oublier ceux avec qui nous avons ri, mais nous n'oublierons jamais ceux avec qui nous avons pleuré!

 

C'est ce lien qui conduit à la communion. «Il y a quelque chose de la clairvoyance dans l'amour: une capacité de deviner ce qui est caché, de comprendre ce qui n'est pas encore présent, de discerner ce qui doit arriver» .

 

Mais il est encore une autre Personne avec qui nous entrons en communion chaque fois que nous nous tournons vers les malades et ceux qui souffrent pour les servir. Cette personne n'est nul autre que Jésus-Christ Lui-même. Il nous le dit sans demi- mots: «En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait» (Matt 25, 40). Nous aimons et nous servons le Seigneur, dans la mesure où nous aimons et servons notre prochain, celui qui a besoin de nous.

En dernière analyse, c'est l'amour seul qui compte. Saint Jean de la Croix l'a bien résumé par ces mots décisifs:

 

«Au soir de la vie, vous serez jugés sur l'amour».

 


Compassion, engagement et communion récapitulent le message de la parabole du bon Samaritain. C'est la compassion qui nous fait souffrir avec ceux qui souffrent. C'est une entente qui nous conduit à nous engager dans l'amour et le service en faveur des indigents; c'est cet engagement qui suscite une communion d'amour, non seulement avec ceux qui souffrent et auxquels nous venons en aide, mais aussi avec Dieu Lui-même.

 

 

cardinal Poupard.

 

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Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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