de la joie chrétienne.

Publié le 20 Novembre 2012

 

 

Quand le Seigneur est loin, ce n'est pas la joie qui peut sagement, en nous, s'établir et se fixer, c'est bien plutôt l'angoisse d'une destinée que toutes les âmes profondes ont jugée âpre et redoutable.

 

Les joies de ce monde ne se soutiennent que par l'illusion.

 

Un esprit clair a tôt fait de voir que la condition humaine est précaire, médiocre, instable, que nous campons sur des ruines, que des maux permanents pèsent sur nous, que nos objets ne sont que vanité, que la mort frappe sans cesse, que la cendre et le goût empoisonnent nos meilleurs succès, découragent nos projets, amoindrissent ou ensevelissent toutes nos espérances.

 

Quand le Seigneur est loin, c'est la tristesse et le désenchantement qui sont de règle, pour ne pas dire le désespoir. Au fond tous les hommes le sentent. Même dans la gaîté, même dans la prospérité et l'orgueil, même, s'il s'agit des sociétés, dans l'ivresse fanfaronne d'une fallacieuse civilisation, la joie vraie cède à des apparences qui ne peuvent tromper longtemps leurs victimes.

 

Toutes les périodes d'irréligion sont tristes; le pessimisme y fleurit comme une plante de terroir; l'inquiétude et le déséquilibre y sévissent; la neurasthénie y développe son cortège de misères morales et physiques; la folie est fréquente; le suicide s'y établit à l'état endémique et épidémique, et bientôt, si le remède ne vient, le monde n'apparait plus à ses citadins que comme une geôle, une chambre de torture ou un cabanon.

 

Cela se comprend, car notre vie sans Dieu est une vie désorientée, qui n'a plus de sens, qui ne sait plus ni d'où elle vient, ni où elle va, ni ce qu'elle doit faire d'elle-même; c'est la vie d'un rameau détaché de son arbre et qui se dessèche, qui jaunit lentement et ne donne une apparence de vie qu'en raison de la sève alanguie qui lui demeure.

 

Il en est qui nous parlent du pessimisme chrétien! Mais cette accusation de critiques sans gravité et sans vrai discernement est un pur paradoxe.

 

Au vrai, le christianisme, et, dans le christianisme, l'évangélisme le plus intime et le plus profond est la seule doctrine de la joie..

 

Tous nos naturalismes et nos humanismes sentent désespérément le cadavre. Au contraire, l'Ecriture, où il y  a toute la vie, où nulle trace d'illusion ne parait, où le divertissement à la Pascal est l'ennemi sans cesse dénoncé, où nulle pudeur factice ou enfantine ne distrait le regard des réalités de ce monde, l'Ecriture exhale, par tout son ensemble un parfum de joie.

 

Au-dessus de notre vide, le vrai chrétien sent s'établir la divine satiété, la "joie pleine" que le Christ avait promise. Nous ne sommes plus sur le sol ingrat, nous partons sur de grandes ailes, et le voyage que nous faisons est dominé, en dépit du froid de l'espace et des remous de l'air, par le vertige paisible des hauteurs et par le sentiment de l'envolée en plein éther, vers les astres.

 

Sophocle avait écrit:" Il n'y a que les grandes âmes qui sachent combien on est heureux quand on est bon": la toute bonté du Christ et la bonté supérieure du chrétien fidèle donne des joies plus vives.

 

Le fruit de l'Esprit qui nous fait de grandes âmes, est vraiment joie et paix, en même temps qu'amour et que rectitude (Galates V, 22)

 

Cette joie, qui est de droit, est aussi moralement une nécessité; c'est un devoir strict, parce que, en premier lieu, elle est le témoignage de la confiance filiale que notre Père des cieux est en droit d'attendre de nous; elle est une forme de notre reconnaissance; elle reflète les sentiments que doivent nous inspirer la grandeur de Dieu, sa perfection, sa béatitude. Ensuite, cette joie intime est un état d'esprit indispensable à l'accomplissement de nos autres devoirs.

 

La joie est une force, la tristesse brise nos énergies; la joie nous épanouit, déplie notre âme, l'ouvre aux souffles d'en haut, la féconde; la tristesse nous resserre et nous ronge, nous isole et nous stérilise La joie est donc utile à la vie morale et à la productivité, à la vie familiale et sociale, à tout ce qui dépend de notre santé spirituelle, voire de notre santé physique, et la tristesse leur est nuisible.

 

"Un saint triste, disait saint François de Sales, est un triste saint": on peut en dire autant de chaque homme.

 

Si l'on ne veut pas sombrer jusqu'au-dessous de soi-même, se voir débilité et paralysé en face des dangers, en face des devoirs, il faut goûter au tonique de la joie, il faut garder au coeur l'impression d'une douce fête, celle qu'évoque le saint Livre en disant que le coeur du juste est un festin perpétuel.

 

Père Sertillanges

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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