de la joie chrétienne (2)

Publié le 20 Novembre 2012

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Il se peut bien que ce Seigneur aux desseins de mystère se cache quelquefois, et que la source de joie soit ainsi dérobée à nos yeux sensibles, mais sachant qu'il est là pourtant, la joie essentielle nous demeure. Cette joie n'est pas ressentie: mais ressentir n'est pas tout; il faut parfois se contenter de savoir, préférer la confiance à l'expérience actuelle et rendre aux certitudes de la foi cet hommage de ne pas substituer de futiles impressions.

 

Il n'y a qu'une chose qui puisse nous arracher la joie, c'est cela même que nous poursuivons si souvent comme sa cause: le mal.

 

Le mal qui nous sépare de Dieu, qui s'oppose au règne de Dieu et par suite, puisque notre salut en vient, à notre propre règne sur nous-mêmes, à notre épanouissement supérieur, à notre vraie vie, haute et durable: tel est l'ennemi de la joie.

 

Et comme, spontanément, nous nous livrons au mal et aux passions pécheresses; comme nous ne pouvons écarter le mal qu'en nous quittant nous-mêmes dans ce qui nous est, maintenant, naturel autant que le souffle et autant que le désir, le secret de la joie parfaite, c'est le renoncement, c'est l'oubli de soi pour Dieu, c'est l'acceptation, au lieu de nos propres volontés injustes ou ignorantes, de la volonté qui nous guide et de l'amour mystérieux qui oriente nos destins.

 

La joie, Jésus en donne la description paradoxale, mais fidèle quand il dit, en même temps que l'immense espoir qu'il apporte aux âmes, la condition qu'il y met, ou pour mieux dire qui s'y attache d'elle-même:" Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et me suive."

 

Eh quoi! serait-ce donc vrai? La croix serait-elle l'instrument du bonheur? Une procession de crucifiés en serait-elle l'image?

 

Oui, la croix bien chargée, bien portée à la suite du Maître, la croix, c'est-à-dire le renoncement , l'acceptation, la souffrance éventuelle adoptée, le devoir assumé, l'oubli de soi pour autrui et pour Dieu, l'abandon à la conduite et à l'amour de Dieu, c'est la joie.

 

 

 

La croix change tout en joie, parce qu'elle change tout en service de Dieu, en confiance appuyée sur Dieu, en amour qui s'écoule en Dieu, qui attire à nous Dieu; parce qu'elle est le conducteur des grâces, et qu'elle contient les secrets, les pouvoirs et les privilèges de la Toute-Puissance.

 

Qui donc l'admet, elle, la croix, qui l'adore et qui s'y soumet sous les formes que Dieu décide, celui-là a la joie de Dieu; celui-là est à l'abri des troubles et des agitations pessimistes; il ne sera pas délivré des épreuves, ni exempt de douleur; mais il ignorera la tristesse de fond, celle qui est soeur cadette et associée de la désespérance.

 

En veillant aux vertus, en nous quittant nous-mêmes pas à pas pour avancer vers Celui qui nous accueille et se fait notre vie, en éliminant le mal quand nous ne pouvons le détruire tout à fait et en le reniant avec une énergie victorieuse des faiblesses qui nous y enchaînent, nous méritons la joie essentielle et accroissons en nous ses trésors.

 

Qu'il me sera donc facile, mon Dieu, d'être en joie!

Il suffit de vous aimer; il suffit de cette chose en elle-même si simple, si obligée de toute façon et si délectable.  Vous aimer, et par amour rester dans vos commandements, c'est là tout.

 

A cette seule condition, tout est à mon service, parce tout est au vôtre et que l'amour communique ses biens. Ma joie ne dépend d'aucun hasard, d'aucun évènement du dehors ou du dedans, sauf ceci que je vous sois fidèle, car en vous elle se tient, vous seul en êtes la source, et cette source, c'est l'amour qui la fait couler.

 

Que je vous aime donc, mon Dieu, et que la joie brille en moi, que beaucoup d'autres vous aiment et que la joie embrase tous ces anciens ou nouveaux serviteurs.

 

Flamme au milieu de nos cendres, lumière dans notre nuit, sublimité paisible et féconde au cours de nos agitations et de nos tourments, faites de la joie chrétienne la consolation de cette heure grave, de ce lendemain de deuil et de cette aurore d'un avenir que nous ne discernons pas

 

Père Sertillanges.

 


 

 


Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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