Vive Jésus, vive sa croix !

Publié le 19 Mars 2010

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La croix, qui fut d'abord la source de la grâce, en est jusqu'à la fin l'écoulement intarissable; elle produit et perpétue tout à la fois les biens et les avantages acquis par la mort de Jésus-Christ.

C'est par la croix que nous sont communiquées toutes les grâces nécessaires pour la conservation et l'accroissement de la justice qui nous unit à Dieu ; la croix et la grâce se réunissent partout. Aussi, dit saint Chrysostome, la croix entre-t-elle dans tout ce que la religion a de plus saint.


Si nous sommes régénérés dans les eaux du baptême, si nous recevons l'Esprit de force dans la confirmation, si nous sommes réconciliés à Dieu dans le tribunal de la pénitence; si nous participons au corps du Seigneur dans l'Eucharistie, on emploie le signe de la croix, pour nous marquer sans doute que toutes les grâces nous viennent de la croix, pour marquer que la croix donne à tous la vie et la sainteté, la fécondité; qu'elle est le lien indissoluble do notre union, de notre alliance avec Dieu ; que c'est le sceau mystérieux dont Dieu marque ses élus, pour les distinguer d'un peuple profane.

 

De là, mes frères, la vénération de tous les chrétiens pour la croix de Jésus Christ, l'image et l'abrégé de merveilles opérées pour notre salut.


Sa seule vue nous trace l'amour de Jésus-Christ et les bienfaits que nous en avons reçus.

Nous nous représentons, en la voyant, l'auteur de la vie qui l'a consacrée par sa mort ; nous nous représentons son sang adorable qui se répand sur nos consciences, pour les purifier des oeuvres mortes; nous nous souvenons qu'en portant Jésus elle nous a tous portés dans ses bras, que nous avo;is pris une nouvelle vie dans son sein, et que nous sommes devenus enfants  de Dieu, parce que nous sommes devenus enfants de la croix.

 

La reconnaissance n'est pas le seul motif de notre culte.


L'union étroite que Jésus-Christ contracte avec la croix nous porte à lui rendre des hommages solennels.

Ce Dieu fait victime ne s'est pas en effet contenté de la porter dans son cœur, et d'aller au-devant d'elle par ses désirs; il l'a gravée dans sa chair, il se l'est en quelque sorte incorporée; partout je vois la croix suivre les destinées de Jésus-Christ, naître avec lui, croître avec ses années, arrosée de son sang dans sa passion, couronnée de gloire dans son triomphe ; remplie de grâce dans son Eglise, destinée à lui servir de tribunal au grand jour de sa justice; en un mot, je ne trouve jamais ni Jésus-Christ sans la croix, ni la croix sans Jésus-Christ.

 


 

N'hésitons donc pas, mes frères, à nous prosterner devant ce bois sacré ; Jésus-Christ ne pourra désavouer nos adorations; il en sera l'objet, et les acceptera pour lui-même. Souvenons-nous, dit saint Augustin, que ce n'est que par un amour digne du sien que Jésus-Christ crucifié se trouve parfaitement adoré.


L'amour est le culte suprême, sans lequel on fléchit en vain les genoux; et l'amour pour Jésus-Christ est imparfait, si l'on ne le préfère à tout, si l'on ne souffre tout pour lui, comme il a tout souffert pour nous. J'avoue qu'il faut pour cela se renoncer soi-même, se refuser nux plus douces impressions du monde, se raidir contre ses penchants, réprimer ses passions, commander aux mouvements de son cœur, se préparer à des combats continuels, s'armer d'une force supérieure pour remporter tant de victoires : mais cette force victorieuse nous la trouvons dans la croix de Jésus-Christ, qui nous associe a ses triomphes.

 

Où sont en effet les tâches que l'exemple d'un Dieu ne soutienne pas?


Lorsqu'on le voit élevé sur une croix, et rassasié d'opprobres, non pour son intérêt, mais pour le nôtre, qui osera se plaindre de l'amertume de son calice? qui trouvera désormais le salut trop cher en comptant le prix que l'a payé Jésus-Christ? Qui pourra refuser le sacrifice du monde entier à celui qui ne nous refuse pas le sacrifice de sa propre vie?


Je suis assuré, disait saint Paul, que ni le ciel, ni la terre, ni la vie, ni la mort, ne pourront me séparer de la charité de Jésus-Christ. (Rom, VIII.) Que la gloire du monde et ses plaisirs me sollicitent, je saurai les mépriser; que les persécutions et les périls me menacent, je suis prêt à les braver; je suis sur d'en triompher. Ainsi parlait cet Apôtre. Où puisait-il cette héroïque fermeté? C'était dans la croix de Jésus-Christ. Je triomphe de tout cela, disait-il, animé par celui qui nous a chéris, jusqu'à se livrer pour nous : Sed in his omnibus suptramut propter eum qui dilexit nos.


Le même objet inspirait le même courage aux martyrs.


Armés de celte pensée: Jésus-Christ a souffert pour nous sur la croix, ils attendaient constamment les supplices qui venaient trop tard à leur gré ; ils n'osaient s'accorder même en passant, des consolations que leur offrait une condition aisée. Le désir empressé de rendre à Jésus-Christ souffrance pour souffrance les dégoûtait de toutes les douceurs de la terre, et leur adoucissait toutes les amertumes d'une vie austère; les persécutions redoublaient leurs forces; les lois de l'humanité oubliées a leur égard, tous les éléments employés a les tourmenter les trouvaient également intrépides. Celte invincible fermeté, c'était Jésus-Christ crucifié, qui non-seulement la leur inspirait par son exemple, mais qui la leur donnait par sa grâce et la vertu de sa croix.


 

Par la croix en effet, Jésus-Christ a reçu le pouvoir de nous communiquer sa constance et de nous associer à ses victoires, II a passé, dit saint Paul, par de rigoureuses épreuves; c'est  pourquoi, conclut l'Apôtre, ii est puissant pour fortifier les siens dans les combats qu'ils ont à soutenir: in quo passus est eis qui tentantur auxiliari , (hebr., II)

 

Sur la même croix où Jésus Christ a pris le pouvoir de nous accorder les secours nécessaires à notre faiblesse, il a puisé les sentiments de compassion qui l'intéressent à nos maux, à nos combats, à nos périls.


Nous n'avons pas un pontife incapable de compatir à nos faiblesses, dit l'Apôtre [hebr , IV), il a voulu s'y soumettre lui-même pour s'en instruire immédiatement; sa propre expérience a pu l'attendrir sur nos douleurs. Les larmes qu'il a répandues lui font partager l'amertume de nos gémissements : en se mettant à notre place, il a jugé de la violence qu'il en coûte pour dompter les sens et la nature, il a mesuré les tentations avec nos forces; il a jugé la-dessus de la nécessité des secours qu'exige notre fragilité; il a préparé des remèdes proportionnés aux besoins; en sorte que nous savons qu'il n'est aucune grâce, aucune consolation, aucun secours, qui ne soit entre ses mains pour nous être distribués à propos ; en un mot, son pouvoir et son amour se sont réunis sur la croix, ils se perpétuent dans son cœur, ils se manifestent selon les circonstances; ils se diversifient selon les besoins, et avec de pareilles armes, la victoire ne nous est-elle pas assurée ?

 

Parcourez donc, mes frères, tous les malheurs qui peuvent vous abattre, tous les objets qui peuvent vous séduire, tous les périls qui peuvent vous alarmer avec Jésus-Christ crucifié, vous allez triompher de tout.

 

Vous êtes surchargés de peines, vous ne respirez que pour souffrir.


Chaque jour annonce quelque nouveau sujet de désolation ; tous les appuis vous sont ôtés et vous laissent seul avec votre douleur et votre accablement?

Mais si tout le reste vous manque les ressources de la croix ne vous manqueront pas; sur la croix , Jésus-Christ a fait une alliance particulière avec les âmes affligées; il s'est engagé à demeurer avec elles par préférence, les afflictions leur deviennent un titre pour l'invoquer avec succès et leur donnent un droit plus authentique aux effusions de sa tendresse et de sa grâce; il a d'ailleurs adouci la croix en la choisissant le premier.


Lorsqu'elle n'avait rien que d'horrible il l'a prise pour lui-même; après l'avoir décorée et consacrée, il vous en fait part comme à ses autres disciples et il s'engage à la porter avec vous.

 

Votre cœur agité par les passions, ne vous laisse aucun repos et ne vous promet de douceur que dans le crime; une tentation ne se dissipe que pour faire place à une autre, et tant d'assauts qui se succèdent ne peuvent après tout aboutir qu'à une défaite humiliante?


Ne la croyez pas, chrétiens, et que Jésus-Christ crucifié dissipe vos alarmes. Ayez confiance, disait-il à ses disciples, parce que j'ai vaincu le monde.

 

Sur la croix il a vaincu le monde pour vous et pour lui comme son ennemi et comme le vôtre; il a mis en vous une force secrète pour clouer à la croix l'amour-propre et la volupté, les plaisirs et les passions ; profitez de vos avantages, consentez à combattre à l'ombre de la croix et soyez assuré de la victoire.


Vos chutes réitérées ont éteint en vous la grâce du Seigneur et fortifié les liens de vos habitudes criminelles; le péché vous est devenu comme nécessaire et toute voie de retour vous est fermée; mais souvenez-vous de ce que vous dit saint Paul, que par sa seule oblation sur la croix Jésus-Christ a tout consommé pour les justes et pour les pécheurs; qu'il a mérité pour vous les prix d'adoption et de liberté; qu'il a rendu sa prière efficace pour les plus indignes, pour les plus inexcusables, pour les plus éloignés du royaume de Dieu ! que l'effet de cette prière s'étend à vous en particulier et proportionnément à vos malheurs.


Faites-le seulement souvenir de son amour.

Souvenez-vous-en vous-même; que la reconnaissance et la foi vous les rendent présents et vous verrez tomber vos chaînes et les voies de la justice s'aplaniront devant vous.


Les crimes que vous retrace votre vie passée sont d'une nature à vous ôter toute espérance ; vous avez à vous reprocher des horreurs qui révoltent et des noirceurs inouïes pour qui l'enfer semble être fait? Comparez-les cependant à Jésus-Christ attaché sur la croix, renferment-ils plus d'énormité que Jésus-Christ n'a de mérite? Est-il d'iniquité sur la terre qu'il n'ait pas noyée dans son sang et qui soit échappée au déluge de grâce sorti de son côté percé?


L'entrée de son cœur est encore libre pour vous; l'amour qui l'a ouvert ne peut consentir à se renfermer : un repentir sincère vous y fera trouver un asile assuré; cherchez-y votre refuge et vous l'y trouverez, si vous le cherchez sincèrement.


Qu'opposerez-vous encore, que la croix de Jésus-Christ ne puisse surmonter?


Sera-ce votre faiblesse et votre fragilité naturelle? Si l'on vous disait de compter sur vous-mêmes, vous auriez raison de trembler; mais si la force de Jésus-Christ est la vôtre, s'il vous l'a transmise par sa croix, si pour en être revêtu, vous n'avez qu'à l'invoquer avec foi, comment pourrez-vous justifier vos alarmes? Or saint Paul vous apprend qu'incapable de tout par vous-même, vous pouvez tout en celui qui vous fortifie, qui est Jésus-Christ.


Serait-ce les esprits de ténèbres?


Eh! que peuvent-ils contre vous après que Jésus-Christ les a publiquement attachés à sa croix? Comment oseront-ils vous attaquer, si vous leur opposez la croix de Jésus-Christ? Non seulement la vertu de la croix les a domptés, mais l'image, le signe seul de la croix les déconcerte et les disperse. En l'imprimant sur notre front, nous nous rendons redoutables à ces ennemis obstinés, nous leur montrons celui qui les a vaincus et le trophée de sa victoire, nous attirons sur nous la protection et la grâce dont sa croix est la source : connaissez-en donc les biens et les avantages.


Sachez donc, mes frères, estimer comme il faut tout ce que vous possédez dans Jésus-Christ crucifié ; connaissez l'abondance et la sûreté des ressources qui vous y sont offertes; recourez-y dans vos peines, dans vos perplexités, dans vos désolations et dans toutes les différentes épreuves qui peuvent affliger votre vie et menacer votre innocence.


Tenez-vous au pied de la croix, réclamez-y Jésus-Christ sans vous lasser, sans vous décourager, sans jamais l'oublier.

Essayez-le ; et si vous n'êtes pas secourus, si rous n'êtes pas soutenus de sa force, si vous ne triomphez pas de tout, dites que nous en imposons a votre crédulité, à moins que votre coeur ne désavoue vos prières et que votre conduite ne démente votre conscience. Car nous ne promettons rien ni à l'obstination ni à l'hypocrisie, nous ne leur promettons ni la victoire dans le temps, ni la gloire dans l'éternité quoique selon les desseins de Jésus-Christ, sa croix nous associe  à ses récompenses et nous introduise dans sa gloire.

 

Jésus-Christ, souverain pontife des biens à venir, dit saint Paul , nous ayant acquis une rédemption éternelle, s'est ouvert à lui-même et à tous les siens l'entrée du sanctuaire véritable, non par un sang étranger, mais par son propre sang. (Hebr., IX.) .


Sa mort est notre bonheur éternel, l'effusion de son sang et l'acquisition de sa propre gloire sont donc pour nous une même chose, et Jésus-Christ les rend inséparables, lorsque la veille de sa mort, il dit qu'il va livrer sa vie pour nous, il va nous donner la vie éternelle. Avant de consommer son sacrifice, il adresse à son Père ses dernières demandes ; et il nous signifie ses dernières volontés; il fait avec son Père et avec nous un traité solennel; il y met les conditions et il les signe de son sang. L'heure est venue où votre Fils va vous glorifier par la croix, daignez le glorifier et sanctifier, et faites que mes disciples et ceux qui m'appartiennent, participent à ma gloire.

Voilà les paroles que Jésus-Christ adresse à son Père, et son Père y souscrit en acceptant son sacrifice.

Ainsi nous pouvons dire qu'il est aussi certain que la gloire de Jésus-Christ nous est acquise par la croix qu'il est vrai que Jésus-Christ est mort pour nous, puisqu'il n'est mort qu'à cette condition.


I! ne s'agit plus, pour obtenir la gloire que Jésus-Christ nous a méritée, que d'observer les conditions qu'il nous a prescrites.


Quiconque veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix, qu'il la porte tous les jours, et qu'il me suive.

Voilà le prix auquel Jésus-Chist a mis sa gloire. Tout acquise qu'elle nous est déjà par son sang, il nous traite comme il s'est traité lui-même : il veut que tout soit commun entre nous et lui, et que la croix soit notre partage sur la terre, comme !a gloire sera notre héritage dans le ciel. Nous ne saurions changer les conditions du traité qu'il a fait avec nous : elles sont immuables, le temps ni la coutume ne peuvent nous en dispenser : Jésus-Christ lui-même ne peut ni rétracter ses lois, ni désavouer son exemple, ni ouvrir une autre voie que celle qu'il a suivie.

 

Qui que vous soyez, mes frères, quelque titre qui vous distingue aux yeux des hommes, quelques avantages que vous offre le monde, si vous voulez arriver au terme de la gloire, marchez donc dans le chemin de la croix.


Hélas! sans recourir rnême aux austérités du la pénitence, si nécessaires d'ailleurs à votre fragilité; sans vous prescrire ces mortifications sévères, si fréquentes dans les premiers siècles, et si recommandées dans la vie chrétienne ; vous trouvez des croix à chaque pas, et nous ne demandons presque de votre religion que de les sanctifier par la patience, de les unir à celle de Jésus-Christ, de les offrir en expiation de vos offenses, de les faire valoir comme le prix de votre rédemption qu'on vous met en main.


Dieu les ménage à votre sanctification, n'en perdez pas le fruit.


Si vous n'avez pas lu courage de les choisir vous-même, ayez au moins la soumission de les accepter lorsque Dieu les choisit pour vous.


Que la croix de Jésus adoucisse la vôtre, que son exemple soutienne votre constance, que sa gloire anime vos espérances. Songez que du haut de son trône il est spectateur de vos combats ; que la couronne à la main il voit couler vos larmes qu'il compte vos soupirs, qu'il met les tribulations que vous souffrez pour lui en dépôt dans ses tabernacles éternels, et qu'il ne vous marque aujourd'hui du caractère de ses disciples, que pour vous associer à ses élus dans l'éternité bienheureuse.



Ainsi soil-il.

dom Sensaric.


 

 

 

 

 

Rédigé par philippe

Publié dans #spiritualité

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