Publié le 27 Février 2008

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Dans les béatitudes, en Jésus, nous avons l'affirmation de Dieu comme Dieu, comme le seul unique nécessaire, comme le seul qui suffise et remplisse le cœur de l'homme, qui aime l'homme, qui mise sur lui, qui veut son bonheur et lui montre le chemin qui y conduit, qui veut qu’il vive et qui lui ouvre un grand avenir, qui le comble d’une espérance véritable. Inséparablement, Jésus, en Lui et sur le chemin qu’il nous indique, le sien, celui qu’Il a suivi, celui des béatitudes, nous montre la vérité de l'homme appelé au bonheur plénier et total, aimé de lui à un degré insoupçonnable, en lui faisant ainsi voir sa grandeur et sa dignité, ainsi que le but et la vocation auxquels il est appelé.

 Les béatitudes sont le chemin de réalisation de l'homme qui marche dans la vérité de l’être et qui vit comme étant de Dieu, en appartenant à Dieu, en s'appuyant sur Dieu, en se confiant en Lui ; elles nous montrent le chemin de la liberté, laquelle n'est pas dans l’avoir et dans l’accumulation mais dans l'être homme, créature de Dieu ; elles nous montrent le chemin de l’espérance : il y a un avenir pour l'homme, la vie a un sens. Dieu et l’homme, la vérité de Dieu et la vérité de l'homme, inséparables, l'union de Dieu et de l'homme chemin et objectif de bonheur, de liberté, d'amour, de miséricorde, de justice, de réconfort, de véritable richesse humaine, de paix, de pureté de vues et de vérité et de bonheur qui devient  éternel.

Là, dans les béatitudes, est le bonheur et la joie de l'homme.

C'est là la vocation à laquelle nous avons été appelés : nous avons été appelés par Dieu à être heureux. Ainsi, les béatitudes répondent au désir naturel du bonheur. Désir que Dieu a mis dans le cœur de l'homme afin de l’attirer à Lui, et que lui seul peut satisfaire. Les béatitudes découvrent le but de l'existence humaine, la fin ultime de nos actes humains : Dieu, par pur amour pur et par bienveillance infinie, par miséricorde éternelle, nous appelle à sa propre béatitude, à son bonheur et à sa joie sans mesure, à la félicité complète qui est en Lui, à l'amour où le cœur de tout homme trouve son repos et sa consolation.

Les béatitudes sont ainsi des promesses paradoxales qui soutiennent l’espérance au milieu des tribulations et qui annoncent les bénédictions et les récompenses déjà commencées par l'amour et la miséricorde insondables de Dieu le Père, manifestées en son Fils. Même si la souffrance et le désespoir paraissent remplir le monde, Dieu fait tout ce qu’il fait pour la vie et la joie de l'homme : Pour la vie et la joie de l'homme, Dieu a créé le monde, et nous a donné l'être. Et pour notre vie et notre joie, détruits par le péché, le Fils de Dieu est venu à notre chair, il se l’est unie, par un amour sponsal, et il la vivifie par son Esprit Saint, de sorte qu’elle puisse parcourir  la belle, joyeuse et bonne aventure que Lui-même a entreprise sur le chemin menant au Père.

Les paroles du Christ parlent de souffrance, de pauvreté, de faim, de persécution, de pleurs, de manque de paix et d'injustice, de mensonge et d'insultes. Elles parlent de la souffrance de l'homme dans sa vie temporelle. Mais elles ne s'arrêtent pas là. Elles parlent de bonheur, de joie ; elles proclament bénis et heureux, bienheureux, précisément, les pauvres, ceux qui souffrent, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim de justice, ceux qui sont persécutés, ceux qui œuvrent pour la paix, ceux qui sont simples et purs de cœur, ceux qui sont calomniés. Et elles nous parlent de la motivation, des raisons, du pourquoi de cette béatitude. Jusqu'à huit fois elles répètent ce “pourquoi”, en nous enseignant les raisons pour lesquelles ils sont heureux : “Parce que le Royaume des cieux est à eux”, parce que Dieu lui-même est à eux, amour sans limites, abîme sans fond de miséricorde, plénitude de vie et de grâce, de justice et de sainteté vraies, bonté suprême, paix, réconciliation et pardon pour tous, source de lumière.

En disant que ceux qui pleurent seront consolés, le Christ indique, surtout, la consolation définitive au-delà de la mort. C’est ce qu’enseigne aussi la deuxième béatitude, “parce qu'ils hériteront la terre”, en se référant à la propriété au sens eschatologique, définitif et dernier : la nouvelle terre où habite la justice, Dieu pour toujours. De même, seront rassasiés ceux qui ont faim et soif de justice, parce que celle-ci sera leur héritage dans le Royaume des cieux. Ceux qui sont miséricordieux trouveront la miséricorde. Ceux qui sont purs de cœur contempleront Dieu face à face, ce qui, selon les enseignements du Nouveau Testament, est l'essence même du bonheur propre au Royaume de Dieu.

S’y réfère aussi la béatitude de ceux qui travaillent pour la paix, appelés fils de Dieu. Quand Jésus énonce le dernier groupe des bienheureux, en visant notamment ceux qui sont persécutés pour la justice, il répète ce qui a été dit aux premiers, les pauvres, les pécheurs, les déshérités : “Parce que le Royaume des cieux est à eux”. Le Christ résume les béatitudes en s’adressant à ceux qui, de quelque manière que ce soit, sont persécutés et faussement accusés, en les exhortant à la joie : “Soyez heureux, réjouissez-vous parce que votre récompense sera grande dans les cieux”.

Les béatitudes nous ouvrent un horizon nouveau par rapport à la vie et à la conduite humaines. Ils sont heureux, donc, ceux qui se laissent guider par l'esprit des béatitudes et qui, certainement, hériteront la terre, bien qu’ils aient achevé les jours de cette vie terrestre.

Leur victoire et leur bonheur est de prendre part à la victoire du Christ sur le péché et la mort, d’être associés à la gloire de sa passion et de sa résurrection. S’agit-il seulement d’une promesse pour le futur ? Les certitudes admirables que Jésus donne à ses disciples, se réfèrent-elles seulement à la vie éternelle, à un royaume des cieux au-delà de la mort ?

Nous savons bien, chers frères, que ce Royaume est proche. Parce qu'il a été inauguré avec la vie, la mort et la résurrection du Christ. Oui, il est proche, parce qu’en bonne partie il dépend de nous autres, disciples qui suivons Jésus. C’est nous, baptisés et confirmés dans le Christ, qui sommes appelés à avancer ce Royaume, à le rendre visible et actuel en ce monde, comme une préparation à son établissement définitif. Ceci se réalise par notre effort et notre conduite conforme aux préceptes du Seigneur, par notre fidélité à sa personne, par notre identification à Lui et notre marche à sa suite.

La béatitude promise nous place, ainsi, devant des options morales décisives. Elle nous invite à purifier notre cœur de ses mauvais instincts et à chercher l'amour de Dieu par dessus tout, à mettre en Lui une confiance totale, comme un enfant rassuré dans les bras de sa mère, à n’attendre de nul autre le salut et le bonheur définitif. La béatitude promise nous enseigne que le véritable bonheur, la joie authentique, ne résident pas dans la richesse ou le bien-être, ni dans la gloire humaine ou le pouvoir, ni dans aucune œuvre humaine, si utile soit-elle, comme les sciences, les techniques et les arts, ni dans aucune créature, ni dans aucun pouvoir, mais seulement en Dieu, source de tout bien et de tout amour, notre part et notre héritage.

Tel est le véritable bonheur, la joie authentique, la joie d'être dans l'amour de Dieu qui fait de nous ses enfants. La joie des enfants est une joie qui requiert une confiance totale dans le Père.

C'est la joie qui a son fondement non dans l’avoir mais dans l'être, non dans le pouvoir ou la domination, non dans la jouissance, l’intérêt individualiste ou le bien-être à tout prix, mais dans la générosité et le don de nous-mêmes, dans une préférence absolue donnée aux choses du Royaume. C'est la joie profonde et exigeante des béatitudes, celle des personnes qui vivent un don total à Dieu, celles pour lesquelles Dieu seul suffit. C'est le bonheur qui ne trouve qu’en Dieu sa pleine réalisation : la joie que personne ne peut ôter, celle qui est le fruit de l'amour et, par conséquent, de Dieu lui-même, en personne, qui est amour.

Les béatitudes, pour cette raison, ne sont pas réservées à quelques privilégiés. C’est l'enseignement moral adressé à tous ceux qui suivent Jésus-Christ, un enseignement, d’ailleurs, qui assume ce qu’affirme la raison humaine, en l’élevant et en l’élargissant. Les béatitudes ne sont pas un chemin conduisant au repli sur soi ; elles sont là pour être vues dans le monde et y être traduites dans les comportements humains. Elles sont comme l’autre face des dix commandements, exprimant avec eux la volonté de Dieu, le vouloir de Dieu et l’accomplissement de sa volonté. Rien n’est étranger à ce chemin.

Tel est l’enseignement de l'Église, que transmet maintes et maintes fois la hiérarchie de l'Église en Espagne, vos Évêques, que certains d’entre vous prétendent affronter ou dont ils veulent se séparer, sans qu’il y ait un jour où ils ne les critiquent (…).

Je ne puis oublier les mots de saint Paul aux Thessaloniciens dans lesquels il affirme qu’en dépit “des souffrances et des insultes, que vous connaissez, notre Dieu nous a accordé de prêcher en toute hardiesse devant vous l'Évangile de Dieu, au milieu d'une lutte pénible. En vous exhortant, nous ne nous inspirons ni de l'erreur ni de l'impureté, et nous ne tentons pas de ruser avec vous. Seulement, Dieu nous ayant confié l'Évangile après nous avoir éprouvés, nous prêchons en conséquence, cherchant à plaire non pas aux hommes mais à Dieu qui éprouve nos cœurs. Jamais non plus nous n'avons eu un mot de flatterie, vous le savez, ni une arrière-pensée de cupidité, Dieu en est témoin. Nous ne recherchons pas la gloire des hommes”.

+ Mgr ANTONIO CAÑIZARES LLOVERA, cardinal de Tolède (Espagne)
  3 février 2008
traduit de l'espagnol pour le Petit Placide Arnauld de Garro




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Publié le 27 Février 2008

 "Le carême est le temps propice pour se laisser changer par Dieu, en accueillant sa parole, en revenant à la lecture de la sainte Ecriture pour découvrir en elle Jésus-Christ, qui est celui qui nous a fait connaître le projet d’amour de Dieu sur l’homme.
C’est un temps propice au jeûne corporel pour Dieu, afin de nous libérer des égoïsmes qui nous emprisonnent, parce que l’homme ne vit pas que de pain.
C’est le temps de renoncer à la passion concupiscente des biens de ce monde, et de partager avec les nécessiteux.
C’est le temps, enfin, de la prière, à la recherche de Dieu et de sa volonté à accomplir."


     Almería, le 10 février 2008
    + Adolfo González Montes
    Evêque de Almería (Espagne)
hermas

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Publié le 27 Février 2008

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'La vie n'est qu'une nuit à passer dans une mauvaise auberge.'


ste thérèse d'Avila

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Publié le 27 Février 2008

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petite Anne.
solo tengo sed de ti.


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Publié le 27 Février 2008


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avec l'unique voile, l' "espérance-certitude",
pour aller jusqu'au bout de nos nuits.
miserere nostri domine, miserere nostri.

des mots gravés au fond de nos nuits. Un pacte signé., un jour,
dans le printemps de nos vies,
des certitudes certaines, convaincantes,  si évidentes qui nous ont  fait avancer,
rester, et être. "Cette force,  c'est Dieu."
dans un brouillard anglais si épais, si épais. Une aventure folle,
une poursuite étrange de deux amours qui se pourchassent.
Un jour l'un d'eux  cède, craque sans trop comprendre... enfin!

Ego autem in Domino sperabo
Pour moi, je m'en remets au Seigneur, je veux exulter, me réjouir de ta
miséricorde, car tu as regardé ma misère.

(introït de ce jour)





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Publié le 26 Février 2008


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« Là où il n'y a pas d'amour, mettez de l'amour et vous recueillerez de l'amour »,


St Jean de la Croix.

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Publié le 26 Février 2008

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"Voyez avec quelle tendresse le Seigneur nous indique la route de la vie!"


C'est Dieu lui-même qui, dans sa tendresse nous appelle à la vie et nous en montre le chemin. Allons, partons en pélerinage vers Dieu, marchons d'un pas alerte, la tunique retenue dans la ceinture, afin que ses plis flottants ne nous embarrassent pas et que nous gardions toute vigueur.

Notre ceinture, c'est la foi, et la foi pratique, c'est-à-dire l'observance et l'habitude des bonnes oeuvres.

Conduits et guidés par les préceptes évangéliques, franchissons jusqu'au bout les étapes de ce divin voyage, afin de mériter de voir dans son royaume celui qui nous a appelés.


dom Delatte: commentaire de la ste Règle.


Au fond, nous avons trois conversions à opérer. Trois étapes à franchir.

La première, je dirai la conversion de l'intelligence. L'approche du Seigneur, par l'étude, par la doctrine et le catéchisme. Nous ne pouvons aller à Dieu que si nous le connaissons. "Notre ceinture c'est la foi".. nourrie par la Parole sacrement, que nous ruminons avec intelligence... sans cesse, par l'étude, la lecture,  la lectio divina par une attention aux psaumes que nous lisons et relisons  dans l'office divin.

"Viens, et tu verras”, cette invitation est adressée par Philippe à Nathanaël, alors que celui-ci se montre sceptique devant les déclarations du disciple concernant l’identité de Jésus. Par cette réponse, Philippe ne se contente pas d’annoncer le Christ, il invite son interlocuteur à faire lui-même une expérience personnelle de ce qui est annoncé.
Il semble aussi s’adresser à nous, nous appelant à connaître le Christ en personne, à découvrir son humanité et sa divinité, son mystère, sa beauté."
Benoît XVI



La deuxième étape, la foi et la mise en pratique. Le Christ connu, reste à l'imiter, à mettre en branle tout l'enseignement évangélique: les vertus morales naturelles. A quoi nous servirait l'étude du Christ si cela ne nous servait pas à aller vers l'autre.

Dans cette étape, de grandes purifications. Les illusions, les rêves, les chimères. Tout ce qui a rapport avec la vie sensitive et qui nous fait souffrir, la vie relationnelle, la vie sociale, la vie humaine. On ne peut séparer le Christ de sa vie humaine.  Toutes les séparations humaines que cela impose...
L'on aurait tendance à supprimer cette étape pour aller directement de l'enseignement doctrinal à la contemplation. Et l'on se plante sérieusement. Les modernes s'arrêtent à la seconde étape sans commencer par la première, la doctrine, l''enseignement de l'Eglise. Et nous le voyons comme tout cela fait des ravages.
Dans cette étape, nous y avons sans doute nos modèles contemporrains  comme le pape Jean Paul 2 ou comme mère Térésa, des filles comme Anne-Lorraine,  "guidés par les préceptes évangéliques..."
Brûler cette étape est une profonde méconnaissance du Christ et du message de l'Evangile. Ce qui nous amène à des bondieuseries multiples sous diverses formes, à l'orgueil spirituel, à l'hypocrisie. L'habit ne fait pas le moine.


Les deux réunies nous amènent au but de nos désirs: la troisième étape, la vie unitive. Le Christ connu, aimé,  et vécu par la pratique qui aboutit à la contemplation.  Que d'ascèse. Comme le chemin nous parait long et difficile. Que de renoncements, d'agnégations.
Cette vie unitive qui n'aura son plein épanouissement  que dans la béatitude, qui commence dès ici-bas avec le ciel dans la foi,  avec l'"espérance-certitude". Très beau comme expression. qui nous ouvre tant d'horisons et nous fait marcher d'un pas alerte vers notre seule patrie et nos seules aspirations, novices de l'éternité.

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Publié le 26 Février 2008




"Je peux toujours encore espérer, même si apparemment pour ma vie ou pour le moment historique que je suis en train de vivre, je n'ai plus rien à espérer. Seule la grande espérance-certitude que, malgré tous les échecs, ma vie personnelle et l'histoire dans son ensemble sont gardées dans le pouvoir indestructible de l'Amour et qui, grâce à lui, ont pour lui un sens et une importance, seule une telle espérance peut dans ce cas donner encore le courage d'agir et de poursuivre."


Benoît XVI

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Publié le 26 Février 2008



"La fin s'approche, ô mon âme ! elle est tout près, et tu ne t'inquiètes pas ? tu ne te prépares pas ?  Le temps presse, lève-toi : le juge est a la porte. La vie passe comme un songe, se flétrit comme une fleur : pourquoi donc nos vaines agitations ?

Rentre en toi-même, ô mon âme ! repasse tes œuvres, remets-les devant tes yeux, verse d'abondantes larmes.
Raconte au Christ tes actions et tes pensées, et deviens juste."

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Publié le 25 Février 2008


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Parlant de ce passage de l’Évangile, on dit souvent : « C’est la parabole de l’enfant prodigue ». Mieux vaudrait dire : la parabole du père qui avait deux fils, car c’est l’attitude du père que Jésus a voulu mettre en relief.
 
 
Tout commence par une histoire lamentable : la déchéance d’un jeune. Le fils cadet revendique des droits, d’une manière qui a dû sembler odieuse à son père, puisqu’il lui déclare en quelque sorte : « Tu m’as mis au monde, et maintenant, paye-moi ! » Pris entre la fidélité à son père et la pression de la bande des copains, il choisit la bande, et fait la fête. Très vite la vie se charge de le dégriser, et en expérimentant la misère des pauvres et des exclus, il commence à mesurer la chance qu’il avait et le gâchis qu’il en a fait. Confronté au réel avec ses seules forces, il lâche toute arrogance et décide de reprendre la route de la maison.
 
Son histoire est celle de tous les naufrages spirituels : on commence par gaspiller l’héritage du Père ; puis on a faim ; alors on devient esclave. Mais ce destin du prodigue est surtout un magnifique exemple de ce que doit être le retour vers Dieu. Quand vient le moment de vérité, du fond de la misère on se tourne vers Dieu, et l’on revient au Père, source de l’amour et de la paix.
 
Et c’est là toute la différence entre le dépit et la contrition. Tant que le croyant, aux prises avec son péché, en reste au stade du dépit, il demeure courbé sur lui-même, et il stagne sur place, prostré dans son impuissance, désespéré d’avoir gâché l’image qu’il se faisait de lui-même. Quand vient au contraire la vraie contrition, non seulement on rentre en soi-même, mais on se lève, on se met en marche vers le Père, sûr d’avance qu’on sera écouté, compris, pardonné, parce qu’on est certain d’être aimé. On ne se désole plus tellement d’avoir écorné l’image de soi-même que d’avoir terni en soi l’image de Dieu et d’avoir blessé l’amour d’un Père qui nous a voulus libres. Et c’est cela qui bouleverse le cœur de Dieu : de voir ses enfants malheureux croire plus à son amour qu’à leur propre misère.
 
 

Mais le fils aîné, le sage, est-il moins aimé parce qu’il est moins misérable ? On l’imagine parfois, mais c’est mal comprendre les paroles du père. Certes l’aîné a un grand tort, malgré sa fidélité : c’est de n’avoir pas compris comment réagit le cœur d’un père, et d’être resté bloqué sur les fautes de son frère alors que le père, depuis longtemps, avait ouvert les bras. Mais le père, à lui non plus, ne fait aucun reproche, car en un sens il a raison. Au plan où il situe, celui de la justice stricte, l’aîné raisonne juste, et son réflexe est compréhensible. Il parle de droit, de faiblesse paternelle, de manque d’autorité. Le père, lui, ne répond pas à ce niveau, qui ne débouche pas sur la vie. Il reprend, paisiblement, les mots tout simples et sublimes de l’amour et de la réciprocité : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ! Tu as mon amour, tu as tout ! Tu es dans mon amour : tu as plus que toutes les fortunes, toutes les fêtes et toutes les aventures ! Je suis là avec toi, que chercherais-tu ailleurs ? »

 
 
Le tort du fils aîné, c’est de se sentir frustré parce que son père fait miséricorde, de mésestimer le prix de son intimité et de sa confiance, et de brouiller par sa jalousie l’œuvre du père, qui n’est que générosité et pardon.
 
Dans la pensée de Jésus, c’est bien le père qui est au centre de la parabole. Il laisse faire le plus jeune et fait droit à ses revendications, sans savoir jusqu’où il ira dans sa soif de plaisir. Le cadet est poussé par un besoin d’autonomie, et son père lui en laisse le risque : il ne veut pas être libre à la place de son fils. Mais il ne cesse pas d’attendre, parce qu’il ne cesse pas d’aimer. Ne plus l’avoir près de lui, c’est comme s’il était mort.
 
 

Quand son fils, revenu, lui saute au cou, le père ne veut même pas écouter toute sa confession : l’attitude de son enfant lui parle plus que des paroles. Et le père organise une fête, disproportionnée selon nos vues égalitaires, mais tout à fait proportionnée à son amour de père, qui n’est mesuré par rien : « Il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! »

 
 
Pourquoi le pardon serait-il moins puissant dans le cœur d’un frère que dans celui d’un père ? Pourquoi parlerions-nous obstinément de justice et de sévérité, quand Dieu veut nous inculquer son parti pris de miséricorde ? Pourquoi fermerions-nous notre cœur au frère qui revient, alors que son retour fait toute la joie de Dieu ?

Fr. Jean-Christian Lévêque, o.c.d.

carmel.

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