Publié le 7 Novembre 2007


Le Petit Placide adresse au collège st Jean de Passy, ses sincères condoléances à la suite du décès de Coco, dont il a connu les bons et les loyaux services exemplaires pour le collège.

Que Dieu l'accueille dans sa béatitude...


et fidelium animae per misericordiam dei requiescant in pace.


st jean de passy.

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Publié le 7 Novembre 2007

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A
un certain point de vue, l'adoption dans la vie bénédictine est peut-être soumise à des conditions moins complexes que dans certaines formes modernes de vie religieuse: on peut devenir Jésuite, Dominicain, Franciscain, que moyennant des qualités très définies. Vous n'avez rien, je suppose, de ce qu'il faut pour être prédicateur, professeur, missionnaire; vous ne pouvez donc, sans témérité, entrer dans un Ordre qui est voué par définition aux missions, à l'enseignement, à la prédication. Sans doute, nul ne songera à se faire moine simplement parce que les autres portes lui sont fermées. Mais enfin, dans la vie bénédictine, on ne réclame guère de nous qu'une aptitude: la disposition intérieure à nous sanctifier.  Et cette aptitude existe lorsqu'on a une âme baptisée et qu'on est résolu à développer les énergies de son baptême.


Une santé très ordinaire peut suffire à notre tâche monastique. Mais ce qui importe de demander au candidat à la vie contemplative, c'est un certain équilibre de tempérament, qui n'est pas toujours très commun dans notre siècle d'impulsifs et de névrosés. Celui qui  se voue à la vie monastique avec une tête un peu faible et des tares intellectuelles y perdra tout ce qui lui reste, ou du moins deviendra un fardeau pour ses frères et un danger pour la communauté. Une préoccupation exagérée de la santé, du moi, de l'honneur et des attentions qu'il mérite, serait d'assez triste augure; l'hypertrophie du moi peut-être le premier indice de la folie. Au reste, il ne suffit pas, pour éliminer un candidat, de constater chez lui certains défauts légers et quelques tendances égoïstes, sinon personne ne serait élu.

Il n'est pas besoin d'être Platon ou Aristote pour faire oeuvre de contemplatif chrétien. Mais il y aurait certainement présomption à entrer aujourd'hui dans la vie contemplative, nous ne disons pas seulement sans culture préalable de l'intelligence, - ce qui est interdit par le Saint Siège - mais sans un goût réel des choses spirituelles. La vie contemplative ne consiste pas à rêver et à ne rien faire du tout. On doit même se défier de ceux qui négligent l'étude sous prétexte que nous ne sommes voués qu'à la contemplation pure, ou bien parce que, selon l'Apôtre:" la science gonfle". Il est notoire que le goût de la vraie et saine doctrine est, dans l'ensemble de notre vie, une garantie de persévérance, de dignité et de progrès, parfois plus assurée qu'une certaine forme de piété.

Il faut à celui qui se présente une disposition à prendre sa foi au sérieux, une disposition de vaillance. Au monastère, notre subsistance est assurée; nous n'avons pas l'aiguillon extérieur de la nécessité, ni cet encouragement que l'action porte avec elle. Si le contemplatif n'est pas aussi un courageux, il deviendra vite un traînard, un fuyard de la perfection, un inutile. On lui demande encore l'amour du calme, du silence, un certain éloignement pour le monde, pour la politique, pour l'action extérieure, pour un ministère qu'il a librement abandonné, même, ajouterions-nous volontiers, pour les affaires de sa famille; nous n'avons pas à assurer l'avenir de nos frères, de nos soeurs, de nos neveux ou nièces; notre prière et notre fidélité seront plus efficaces auprès de Dieu que des industries humaines pour lesquelles nous n'avons plus de compétence. Le candidat doit avoir aussi un bon caractère et une certaine jeunesse d'âme: les esprits critiques, grincheux, insociables, sont peu faits pour une Règle qui exige un contact perpétuel avec des frères et une soumission filiale envers l'Abbé.


Enfin, une excellente marque de vocation à la vie contemplative est décrite par ce passage de l'Ecclésiastique:" Ayant le souci de la beauté, ils mettaient de la paix et de l'ordre dans leur maison".

Le souci de la beauté n'implique pas forcément des goûts d'artiste et des aptitudes aux beaux-arts; mais il implique une tendance à ne rien faire à demi, à réaliser la pureté parfaite, une disposition délicate à ne laisser rentrer chez soi, sous aucune forme de déguisement, les petites passions d'un monde auquel on a renoncé.

La courtoisie, la disposition dans les relations avec le Seigneur comme avec les frères découlent aussi de ce culte pour la beauté; de même l'amour éclairé de l'Office divin, de ses rites et de ses chants.

dom Delatte: la vie bénédictine.

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Publié le 6 Novembre 2007

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A partir d'aujourd'hui, pour chaque abus liturgique perpétré,
nous abattrons froidement un châton.
Vous seul(e) pouvez faire cesser le massacre...
Boycottez les abus liturgiques, dès aujourd'hui !

association de défense des châtons de France.

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Publié le 6 Novembre 2007

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L
'oeuvre de Dieu dans sa forme achevée et parfaite, la louange divine dans son expression liturgique la plus accomplie et la plus large, telle est l'occupation centrale et première de la vie monastique; ce que saint Benoît appelle l'Oeuvre de Dieu. "lOpus Dei": l'Oeuvre qui a Dieu et Dieu seulement pour objet direct, l'Oeuvre qui signifie Dieu, l'Oeuvre qui réalise des choses divines, l'Oeuvre à laquelle Dieu s'intéresse uniquement, dont il est l'Agent principal, mais qu'il a bien voulu voir s'achever par des mains et sur des lèvres humaines.


Le Sacrifice Eucharistique est l'Oeuvre centrale du culte catholique, mais autour de ce Sacrifice, auquel les moines donnent un éclat et une solennité particulière, se groupent les diverses heures de la louange divine, célébrées elles aussi avec toute la splendeur des chants et des cérémonies de l'Eglise.

Alors que la vie chrétienne telle qu'elle est menée communément dans le monde, ne laisse à Dieu qu'une part peu considérable et des instants rapides, depuis surtout que la célébration solennelle des divins Offices a cessé presque partout dans l'Eglise et a été désertée par les âmes chrétiennes là même où elle existe encore, le moine appartient par toute sa vie, par toutes les heures du jour et de la nuit au culte divin, à la louange divine.: il veille constamment à ce que  de la terre vers le ciel s'élève ce concert des voix qui bénissent le nom de Dieu. Alors aussi que de la terre, ne se bornant plus à l'oubli, pousse jusqu'au blasphème et que tout ce qui lui rappelle Dieu lui est un lui est un pesant fardeau et une entrave odieuse, la vie monastique est le tribut prélevé par Dieu sur la race humaine; ce devoir essentiel du culte et de la religion, l'adoration, la louange, la prière et l'action de grâces, la voix de l'amour et la voix du repentir monteront sans cesse jusqu'au trône de Dieu. S'il est vrai que Dieu n'a pas pu en toutes choses chercher que sa gloire,  et le monde entier n'a d'autre fin que de la procurer, qui peut nier que là soit pleinement remplie l'intention divine où la vie chrétienne n'a d'autre but, d'autre dessein, d'autre fonction, d'autre emploi que d'être tout entière dépensée pour la gloire et pour l'honneur de Dieu.

Telle a été la pensée de saint Benoît. Aussi a-t-il consacré à la distribution et au règlement de l'office divin une portion considérable de sa Règle, et avant toute chose demande-t-il à celui qui vient au monastère l'attention et l'amour pour l'Office divin,

Le moine ne doit "rien préférer à l'Oeuvre de Dieu".
De fait, c'est à elle que se réfèrent tous les autres travaux monastiques; c'est elle qui détermine tout notre horaire, elle réclame presque toutes les oeuvres de notre journée et les meilleures. Nous sommes moines avant tout pour cela, nous avons à procurer la gloire de Dieu et à nous occuper de Lui, à lui rendre honneur, hommage et service selon les formes, les prières, les chants et les cétémonies instituées par l'Eglise. Nous devons ainsi associer notre voix à la voix des Anges et devancer les heures de l'éternité. Nous avons à dépenser la vie d'ici-bas auprès de Celui qui est uniquement intéressant, uniquement sympathique, uniquement attachant.


Il se trouve d'ailleurs que la prière de l'Eglise, célébrée avec intelligence et piété pour honorer Dieu, devient pour nous le moyen de notre sanctification. Rien n'assainit l'âme comme le contact avec Dieu; rien n'élève l'âme comme l'exercice de sa tendresse avec Dieu. Ainsi puisons-nous à la même source encore de la liturgie sainte et le moyen de rendre gloire à Dieu, et le procédé de notre sanctification. Même ces deux éléments réagissent l'un sur l'autre; le contact avec Dieu purifiant et élevant notre âme, et notre âme sanctifiée devenant plus capable d'offrir à Dieu une adoration digne de lui. A me- sure que s'élimine tout ce qui est de nous, nous entrons plus pleinement dans le Mystère et le Sacrifice du Seigneur, jusqu'à ce que le Christ soit tout en nous tous. N'est-ce pas là la plénitude de la vie chrétienne?

Il n'importe pas du tout que le monde ne comprenne rien à cette oeuvre de la prière et qu'il n'en apprécie point la portée, si ce n'est peut-être au point de vue esthétique: et encore, combien pénètrent la réelle et surnaturelle beauté des rites de l'Eglise et du chant sacré?

Nous croyons pourtant à la valeur apostolique et sociale de notre prière, et nous pensons atteindre directement par elle non seulement Dieu et nous, mais encore le prochain. Sans même parler de son influence secrète sur la marche providentielle des évènements, n'y a-t-il pas une prédication très efficace dans le spectacle d'un Office divin dignement célébré?

Depuis l'heure de la primitive Eglise, la liturgie catholique est un principe d'unité pour le peuple de Dieu, et la charité sociale a été créée par elle.

Faut-il espérer voir renaître la vraie et profonde solidarité du peuple chrétien en dehors de cette réunion de tous autour de Dieu, dans une même prière et la Communion à un même pain vivant?

Quoiqu'il en soit, nous consentons d'ailleurs à ne rien produire qui se voit et se palpe, et à n'avoir pas d'autre utilité que celle d'adorer Dieu.

Et joyeusement nous prenons notre parti de n'atteindre par l'Opus Dei que le but essentiel des choses, la fin de toute création intelligente, la fin même de l'Eglise.

dom Delatte: la vie monastique.

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Publié le 5 Novembre 2007


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La vie religieuse n'est pas distincte de la vie chrétienne; elle n'est pas quelque chose de nouveau et de surajouté au christiannisme; elle en est un état; la condition achevée et comme l'épanouissement. C'est l'"état de perfection", où la vie parfaite organisée. Car autre chose est la perfection, autre chose l'état de perfection. On peut être dans la perfection sans être dans l'état de perfection et inversement dans l'état de perfection sans être dans la perfection.

La perfection surnaturelle de l'homme réside essentiellement dans la charité, non pas initiale, mais dominante et souveraine; elle consiste dans un degré  éminent de charité, ou même dans l'ensemble complexe de tout ce qui nous unit à Dieu profondément, solidement, de façon stable et continue. Toute âme chrétienne est tenue à la perfection. C'est à l'ensemble de ses disciples, c'est à tous et à chacun de ceux qui sont à lui que le Seigneur a dit"Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait". (Mt. 5,48).  Le baptême nous a établis en union avec N.S. Jésus-Christ et portés dans sa vie. Avons-nous le droit d'échapper à notre baptême, de nous rendre volontairement inférieure à ce qu'il a fait de nous? Nous est-il loisible de nous éloigner de Dieu?

De cette affirmation que la perfection est un devoir universel pour les chrétiens, il ne suit pas du tout que tous doivent entrer dans la vie religieuse, ni que tous soient astreints au renoncement réel à tout ce qui n'est pas Dieu ni à l'exercice indiscret des conseils. Mais il reste que chacun est tenu à la perfection, c'est-à-dire à la charité, selon sa condition et son état, ce qui est compatible avec la variété des situations humaines. Ni la richesse, ni le mariage, ni la politique, ni l'action, ni la vie militaire  ne sont inconciliables avec la charité. Il suffit d'aimer Dieu par dessus toutes choses, sans rien  accueillir jamais dans son coeur qui soit contraire à l'amour de Dieu.

Mais cette perfection est rare dans les conditions de la vie commune. En vue de la réaliser plus intégralement et plus aisément, certaines âmes se déterminant librement à renoncer pour Dieu à tout  ce qui pourrait etre un embarras, une division ou une entrave à leur charité: ce renoncement étant non seulement intérieur et d'affection, mais encore extérieur et affectif. Tel est le but des trois voeux de pauvreté, chasteté, obéissance: assurer et garantir la liberté de la charité en immolant de façon définive et irrévocable les trois grandes convoitises: concupiscence des yeux, concupiscence de la chair, orgueil de la vie. La pauvreté soustrait aux tracas des richesses, la chasteté aux sollicitudes d'une famille, l'obéissance aux périls de la volonté propre.

Celui qui est riche et celui qui veut le devenir ont le coeur partagés: ils peuvent aimer Dieu, mais ils aiment autre chose que Dieu, quelque chose à côté de lui: ils sont moins libres de leur âme qui est attachée ailleurs. C'est pour cela que le Seigneur donne avant tout le conseil de la pauvreté à quiconque cherche la perfection: " Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres: puis viens et suis-moi".

Après la pauvreté, la chasteté: la pauvreté consitant dans le renoncement aux richesses pour assurer sur ce point le libre exercice de la charité envers Dieu, la chasteté perpétuelle consiste dans le renoncement au mariage pour assurer sur ce point le libre exercice de la charité. Rien en effet ne détourne de cette liberté, rien ne divise l'âme autant que le souci d'une femme, des enfants, d'une famille. Et comme la perfection du voeu de pauvreté consiste à n'être riche que de Dieu, la perfection du voeu de chasteté consiste à n'avoir d'affection que pour Dieu et selon lui. A ce titre la chasteté doit être aimée comme est aimée la charité. Elle ne sautait être considérée comme comme pis-aller, comme une loi nécessaire -"dura lex, sed lex"- Dans la vie religieuse pauvreté et chasteté sont toutes deux parfaitement aimables dans leur rapport avec Dieu  à qui elles nous attachent.

Mais le bien le plus réel, le plus inaperçu, le plus encombrant que nous portions en nous-mêmes, c'est notre propre volonté. Plus que tout, c'est là ce qui nous distrait, nous retient, nous empêche d'être à Dieu. Toutes les autres entraves n'existent que parce que celle-là existe. C'est de la volonté que tout dépend et c'est de la volonté propre que tout vient le mal. Le voeu d'obéissance nous y fait renoncer en nous livrant à la volonté d'un autre, d'un supérieur, afin d'apprendre de lui la charité, la perfection, l'art d'aller à Dieu.

Un religieux est donc un chrétien, un chrétien qui se donne à Dieu totalement par les voeux de religion. Tout chrétien est religieux dans un sens et dans une mesure, parce qu'il est attaché à Dieu et voué à son culte. Mais ce que le simple chrétien n'est qu'adjectivement et d'une façon partielle, accidentelle, momentanée, le religieux l'est substantiellement, absolument, totalement. Il est tout entier voué au culte et à l'honneur de Dieu: c'est comme l'enseigne la tradition chrétienne, un sacrifice complet, un holocauste, où la victime  passe toute aux mains de Dieu. La perfection est à lui, parce qu'il est uni à Dieu; la religion est à lui, parce qu'il s'est donné sans esprit de retour; l'holocauste existe, parce qu'il n'a rien excepté. C'est l'abandon complet, absolu de l'homme à Dieu pour li appartenir sans réserve. C'est l'achèvement de la créature et sa vraie gloire. Ainsi sont réalisés le but essentiel de la création, la fin de l'ordre surnaturel, l'honneur de Dieu et la sainteté.

C'est grâce à la vie religieuse que le Seigneur recueille de la gloire  "sur la terre comme au ciel" et que le but de l'Incarnation est vraiment atteint.

Croyez-vous que le Seigneur ait donné son sang pour obtenir ce que le monde lui donne?
Des âmes baptisées, allant de chute en chute, usant leur vie dans l'éloignement de Dieu, dans des efforts intermittants suivis de rechutes plus lourdes, jusqu'à ce qu'enfin, épuisées, brisées par leurs chutes, elles s'endorment avec l'absolution et l'Extrême-onction....
Croyez-vous que le Seigneur n'ait pensé qu'à celà et à cette fin prosaique?
Jugez-vous que cela soit suffisant pour répondre à l'Incarnation et à la Rédemption?

Nous n'avons pas été aimés à demi. Dieu n'a pas usé de limitations ni de réserves. Il a épuisé toutes les ressources de son amour et s'y est mis tout entier. Il a pris son coeur, le Fils de sa tendresse, et nous l'a donné. Il nous a tout donné lui-même dans son Fils. Il n'y a qu'une seule réponse suffisante, c'est la charité absolue, qui ne se réserve rien. Si Dieu se fut tenu à la parcimonie, à un amour mesuré, à une Rédemption accomplie au meilleur marché possible, la vie parfaite n'eût sans doute pas germé sur la terre. Mais elle ne pouvait y manquer dès que le Seigneur, après avoir créé la grâce, et l'Incarnation, et l'Eucharistie, nous donnait la promesse de l'Eternité. Il n'était pas possible que , dans une mesure et au moins chez quelques uns, il n'y eût effort pour répondre un peu dignement à ces libéralités de Dieu.

La vraie façon d'aimer est d'aimer sans réserves: c'est la loi du christiannisme, et la vie religieuse n'en est que le corollaire attendu.

dom Delatte: la vie bénédictine.

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Publié le 5 Novembre 2007

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La vie bénédictine est essentiellement vie chrétienne et surnaturelle.  Comme l'a bien noté Bossuet en son panégérique de saint Benoît:" la vie du chrétien est un long et infini voyage durant le cours duquel, quelque plaisir qui nous attache, quelque compagnie qui nous arrête, quelque ennui qui nous prenne, quelque fatigue qui nous accable, une voix divine s'élève d'en-haut qui nous dit:"Egredere", sors, et nous ordonne de marcher plus outre.


Telle est la vie chrétienne, et telle est par conséquent la vie monastique. Car qu'est-ce qu'un moine véritable, un moine digne de ce nom, sinon un parfait chrétien?


Il nous est indispensable de reconnaître d'abord ce qu'est la vie chrétienne et en quoi proprement elle consiste, puisque là se trouve le fondement premier et l'essentielle condition de la vie monastique. Bien que la vie bénédictine possède, nous le verrons, sa physionomie distincte, elle n'exerce pourtant d'autres énergies surnaturelles que celles-là meme que le baptême a formé en nous.

"Voyez quel grand amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu et que nous le soyons en réalité! (St Jean 3,1'2)
Nous sommes enfants de Dieu par une communion réelle au Fils unique de Dieu, au Verbe Incarné, Notre-Seigneur Jésus Christ: La vie surnaturelle consiste essentiellement dans une participation et ressemblance au Seigneur:" A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu". (Jean 1,12)
Telle est la grâce sanctifiante: une réelle insertion vitale en Celui par qui nous sommes les enfants  de Dieu. La filiation divine n'est aucunement en nous une métaphore gracieuse, une fiction aimable, une dénomination extérieure. Elle répond à une transformation de notre être et à l'infusion d'une vie nouvelle. Le baptême a fait de nous un être tout neuf, une nouvelle créature. Auparavant notre âme n'était que le principe d'une vie naturelle et humaine. Désormais, par la grâce sanctifiante, elle est devenue en nous l'agent d'une vie supérieure, elle est établie dans une condition surnaturelle et divine.

Car c'est bien de vie divine qu'il s'agit. "Si la Vie qui était dans le Père s'est manifesté à nous, dit saint Jean, et si les apôtres l'ont annoncée au monde, c'est afin que nous entrions en société avec Dieu, avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. (1 Jean 1.3)
La Sainte Trinité vient habiter dans l'ame baptisée comme dans un temple. Dès ici-bas, sous le voile de la foi, nous possédons en nous toute la réalité de la vie de Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Cependant cette vie ne nous est pas toute donnée, tout venant de Dieu, toute passivement acceptée sans que nous eussions nous-même rien à faire.
Toute vie a des facultés qui lui sont propres, des activités qui sont à sa taille, des énergies qui lui sont proportionnées. La vie surnaturelle a ses organes, ses principes d'action correspondant à sa nature et à sa fin: ce sont surtout les vertus de foi, d'espérance et de charité; vertus théologales parce qu'elles ont Dieu pour objet, qu'elles nous unissent à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par lui et en lui à Dieu.

L'espérance est en nous le principe de vouloir la fin et les moyens que veut pour nous le Seigneur, elle donne notre vouloir à Dieu. La charité est en nous le principe qui nous fait aimer comme le Seigneur, elle donne notre coeur à Dieu.

Le Seigneur s'est vraiment emparé de toute notre vie. Ce  qui n'est pas  foi, espérance et charité peut et doit être informé par elles. La vie supérieure, c'est-à-dire  la vie de N.S.J.C. en nous embrasse notre être tout entier. C'est tout l'homme qui a été assumé par le Verbe de Dieu, c'est tout l'homme qui a été racheté par la Rédemption, sanctifié par les sacrements, c'est l'homme tout entier qui sera relevé et glorifié à la résurrection. Dieu ne fait rien à demi. Aucune de nos activités n'a donc de titre à se dérober à son influence. Il n'est pas un instant de sa vie où le baptisé ait le droit de déchoir, d'être naturel ou paien. Tout ce qui est soumis à notre raison et à notre volonté, doit être aussi soumis à Dieu et se rapporter à lui par la charité.

Tous nos actes doivent porter l'empreinte chrétienne. Mais il reste que seuls nos actes intérieurs de foi, d'espérance et de charité valent devant Dieu, que seuls ils nous grandissent, que nos oeuvres extérieures n'ont de prix que par eux.

Mon devoir et mon intérêt surnaturel me font donc une loi d'aller, au plus profond de ma vie, puiser en Dieu et en la substance surnaturelle que je porte en moi, le principe et la direction de toutes mes oeuvres. C'est de là, de cette région profonde, d'un concert établi entre Dieu et moi que mes actes seront produits et c'est à cette condition qu'ils seront à ma taille de chrétien et qu'ils obtiendront devant Dieu toute leur valeur.

L'imitation de Jésus-Christ qui est la loi essentielle du chrétien ne consiste pas dès lors simplement dans un effort d'assimilation à un exemplaire placé sous nos yeux, mais encore et surtout dans une déférence joyeuse, dans une souplesse de tous les instants à une souveraineté intérieure aimée, bénie, devant qui toute la vie s'incline.

C'est là que se trouve l'achèvement de la vie chrétienne: devenir aux mains de Dieu un instrument docile, un auxiliaire de toutes les heures, qui n'a de direction, d'application que dans sa docilité meme, dans la constance de son attachement à la vie du Seigneur.

Retenons que l'essence de la vie chrétienne, sa loi, sa fin, c'est l'union à Notre-Seigneur Jésus-Christ par la pensée, par la volonté, par l'amour.

Etre chrétien, c'est porter en soi la vie du  Seigneur par la foi, l'espérance et la charité, c'est penser, vouloir et aimer comme lui.


dom Delatte: la vie monastique.

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Publié le 5 Novembre 2007

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Fr. Philip Anderson, O.S.B.

Clear Creek Monastery
5804 W. Monastery Road
Hulbert, OK 74441-5698

Phone: (918) 772-2454
Fax: (918) 772-1044



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Publié le 2 Novembre 2007


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 Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon,
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon,
Voilà l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais,
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.
 
L'onde n'a plus le murmure
Dont elle enchantait les bois ;
Sous des rameaux sans verdure
Les oiseaux n'ont plus de voix ;
Le soir est près de l'aurore,
L'astre à peine vient d'éclore
Qu'il va terminer son tour,
Il jette par intervalle
Une heure de clarté pâle
Qu'on appelle encore un jour.
 
L'aube n'a plus de zéphire
Sous ses nuages dorés,
La pourpre du soir expire
Sur les flots décolorés,
La mer solitaire et vide
N'est plus qu'un désert aride
Où l'oeil cherche en vain l'esquif,
Et sur la grève plus sourde
La vague orageuse et lourde
N'a qu'un murmure plaintif.
 
La brebis sur les collines
Ne trouve plus le gazon,
Son agneau laisse aux épines
Les débris de sa toison,
La flûte aux accords champêtres
Ne réjouit plus les hêtres
Des airs de joie ou d'amour,
Toute herbe aux champs est glanée :
Ainsi finit une année,
Ainsi finissent nos jours !
 
C'est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents ;
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
À l'approche des hivers.
 
C'est alors que ma paupière
Vous vit pâlir et mourir,
Tendres fruits qu'à la lumière
Dieu n'a pas laissé mûrir !
Quoique jeune sur la terre,
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison,
Et quand je dis en moi-même :
Où sont ceux que ton coeur aime ?
Je regarde le gazon.
 
Leur tombe est sur la colline,
Mon pied la sait ; la voilà !
Mais leur essence divine,
Mais eux, Seigneur, sont-ils là ?
Jusqu'à l'indien rivage
Le ramier porte un message
Qu'il rapporte à nos climats ;
La voile passe et repasse,
Mais de son étroit espace
Leur âme ne revient pas.
 
Ah ! quand les vents de l'automne
Sifflent dans les rameaux morts,
Quand le brin d'herbe frissonne,
Quand le pin rend ses accords,
Quand la cloche des ténèbres
Balance ses glas funèbres,
La nuit, à travers les bois,
À chaque vent qui s'élève,
À chaque flot sur la grève,
Je dis : N'es-tu pas leur voix ?
 
Du moins si leur voix si pure
Est trop vague pour nos sens,
Leur âme en secret murmure
De plus intimes accents ;
Au fond des coeurs qui sommeillent,
Leurs souvenirs qui s'éveillent
Se pressent de tous côtés,
Comme d'arides feuillages
Que rapportent les orages
Au tronc qui les a portés !
 
C'est une mère ravie
À ses enfants dispersés,
Qui leur tend de l'autre vie
Ces bras qui les ont bercés ;
Des baisers sont sur sa bouche,
Sur ce sein qui fut leur couche
Son coeur les rappelle à soi ;
Des pleurs voilent son sourire,
Et son regard semble dire :
Vous aime-t-on comme moi ?
 
C'est une jeune fiancée
Qui, le front ceint du bandeau,
N'emporta qu'une pensée
De sa jeunesse au tombeau ;
Triste, hélas ! dans le ciel même,
Pour revoir celui qu'elle aime
Elle revient sur ses pas,
Et lui dit : Ma tombe est verte !
Sur cette terre déserte
Qu'attends-tu ? Je n'y suis pas !
 
C'est un ami de l'enfance,
Qu'aux jours sombres du malheur
Nous prêta la Providence
Pour appuyer notre coeur ;
Il n'est plus ; notre âme est veuve,
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié :
Ami, si ton âme est pleine,
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié ?
 
C'est l'ombre pâle d'un père
Qui mourut en nous nommant ;
C'est une soeur, c'est un frère,
Qui nous devance un moment ;
Sous notre heureuse demeure,
Avec celui qui les pleure,
Hélas ! ils dormaient hier !
Et notre coeur doute encore,
Que le ver déjà dévore
Cette chair de notre chair !
 
L'enfant dont la mort cruelle
Vient de vider le berceau,
Qui tomba de la mamelle
Au lit glacé du tombeau ;
Tout ceux enfin dont la vie
Un jour ou l'autre ravie,
Emporte une part de nous,
Murmurent sous la poussière :
Vous qui voyez la lumière,
Vous souvenez-vous de nous ?
 

Ah! vous pleurer est le bonheur suprême,
Mânes chéris de quiconque a des pleurs!
Vous oublier c'est s'oublier soi-même :
N'êtes-vous pas un débris de nos coeurs?

En avançant dans notre obscur voyage,
Du doux passé l'horizon est plus beau,
En deux moitiés notre âme se partage,
Et la meilleure appartient au tombeau!

Dieu du pardon! leur Dieu! Dieu de leurs pères!
Toi que leur bouche a si souvent nommé!
Entends pour eux les larmes de leurs frères!
Prions pour eux, nous qu'ils ont tant aimés!

Ils t'ont prié pendant leur courte vie,
Ils ont souri quand tu les as frappés!
Ils ont crié : Que ta main soit bénie!
Dieu, tout espoir! les aurais-tu trompés?

Et cependant pourquoi ce long silence?
Nous auraient-ils oubliés sans retour?
N'aiment-ils plus? Ah! ce doute t'offense!
Et toi, mon Dieu, n'es-tu pas tout amour?

Mais, s'ils parlaient à l'ami qui les pleure,
S'ils nous disaient comment ils sont heureux,
De tes desseins nous devancerions l'heure,
Avant ton jour nous volerions vers eux.

Où vivent-ils? Quel astre, à leur paupière
Répand un jour plus durable et plus doux?
Vont-ils peupler ces îles de lumière?
Ou planent-ils entre le ciel et nous?

Sont-ils noyés dans l'éternelle flamme?
Ont-ils perdu ces doux noms d'ici-bas,
Ces noms de soeur et d'amante et de femme?
A ces appels ne répondront-ils pas?

Non, non, mon Dieu, si la céleste gloire
Leur eût ravi tout souvenir humain,
Tu nous aurais enlevé leur mémoire;
Nos pleurs sur eux couleraient-ils en vain?

Ah! dans ton sein que leur âme se noie!
Mais garde-nous nos places dans leur coeur;
Eux qui jadis ont goûté notre joie,
Pouvons-nous être heureux sans leur bonheur?

Etends sur eux la main de ta clémence,
Ils ont péché; mais le ciel est un don!
Ils ont souffert; c'est une autre innocence!
Ils ont aimé; c'est le sceau du pardon!

 
Ils furent ce que nous sommes,
Poussière, jouet du vent !
Fragiles comme des hommes,
Faibles comme le néant !
Si leurs pieds souvent glissèrent,
Si leurs lèvres transgressèrent
Quelque lettre de ta loi,
Ô Père ! ô Juge suprême !
Ah ! ne les vois pas eux-même,
Ne regarde en eux que toi!
Si tu scrutes la poussière,
Elle s'enfuit à ta voix!
Si tu touches la lumière,
Elle ternira tes doigts!
Si ton oeil divin les sonde,
Les colonnes de ce monde
Et des cieux chancelleront :
Si tu dis à l'innocence :
Monte et plaide en ma présence!
Tes vertus se voileront.

Mais toi, Seigneur, tu possèdes
Ta propre immortalité!
Tout le bonheur que tu cèdes
Accroît ta félicité!
Tu dis au soleil d'éclore,
Et le jour ruisselle encore!
Tu dis au temps d'enfanter,
Et l'éternité docile,
Jetant les siècles par mille,
Les répand sans les compter!

Les mondes que tu répares
Devant toi vont rajeunir,
Et jamais tu ne sépares
Le passé de l'avenir;
Tu vis! et tu vis! les âges,
Inégaux pour tes ouvrages,
Sont tous égaux sous ta main;
Et jamais ta voix ne nomme,
Hélas! ces trois mots de l'homme :
Hier, aujourd'hui, demain!

Ô Père de la nature,
Source, abîme de tout bien,
Rien à toi ne se mesure,
Ah! ne te mesure à rien!
Mets, à divine clémence,
Mets ton poids dans la balance,
Si tu pèses le néant!
Triomphe, ô vertu suprême!
En te contemplant toi-même,
Triomphe en nous pardonnant!

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Rédigé par philippe

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Publié le 1 Novembre 2007

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Notre dame du bien mourir, priez pour nous. 
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2007. mamie Thomas.

"Etends sur eux la main de ta clémence,
Ils ont péché, mais le ciel est un don!
Ils ont souffert, c'est une autre innocence!
Ils ont aimé, c'est le sceau du pardon!"




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Rédigé par philippe

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Publié le 1 Novembre 2007

fontgombault-copie-1.jpgphoto gaud


Travailler en cherchant Dieu seul
 

"Hier, je me trouvais dans la chambre d’un bon prêtre et là, mon regard est tombé sur ces paroles: Dieu seul!

 

Mon regard à ce moment-là était rempli de fatigues et de douleurs, mon esprit repensait à tant de journées d’anxiété comme celles d’hier, et, sur le tourbillon de tant d’angoisses, sur le ton confus de tant de soupirs, cela me semblait être la bonne voix aimable de mon ange: Dieu seul !, âme desolée, Dieu seul!

 

Sur une fenêtre, il y avait un cyclamen; plus en avant, un couloir où quelques prêtres méditaient pieusement et, encore au-delà, un crucifix, un cher et vénéré crucifix qui me rappelait de belles années inoubliables, et c’est là que s’arrêta mon regard rempli de larmes, aux pieds du Seigneur. Et il me semblait que l’âme se reprenait, et qu’une voix paisible et confortante descendait de ce coeur transpercé et m’invitait à m’élever, à confier mes douleurs à Dieu et à prier.

 

Quel doux silence plein de paix...! et dans le silence Dieu Seul!

Je continuais à me répéter Dieu seul! 

 

Il me semblait percevoir une atmosphère bénéfique et calme entourant mon âme!... Je vis alors derrière moi la raison de mes peines présentes: au lieu de chercher à plaire à Dieu seul! dans mon travail, cela faisait des années que je mendiais la louange des hommes, et j’étais dans une recherche continuelle, dans l’angoisse de trouver quelqu’un qui puisse me voir, m’apprécier, m’applaudir. Je conclus au-dedans de moi: ici aussi, il faut commencer une vie nouvelle: travailler en cherchant Dieu seul! 

 

Le regard de Dieu est comme une rosée qui fortifie, comme un rayon lumineux qui féconde et dilate: travaillons donc sans vacarme et sans trêve, travaillons sous le regard de Dieu, de Dieu seul! 

 

Le regard humain est comme un rayon brûlant qui fait pâlir les couleurs, même les plus résistantes: ce serait dans notre cas comme un souffle de vent gelé qui plie, courbe, endommage la tige encore tendre de cette pauvre petite plante.

 

Chaque action faite pour faire du tapage et pour être vu, perd sa fraîcheur aux yeux du Seigneur: elle est comme une fleur passée de main en main et qui est à peine présentable. (...) 

 

Dieu Seul! Oh, comme il est utile et consolant de vouloir Dieu seul pour témoin! Dieu seul est la sainteté au degré le plus élevé! Dieu seul est la certitude la plus fondée d’entrer un jour au ciel. 

Dieu seul, mes enfants, Dieu seul!

De “L’oeuvre de la Divine Providence” du Bienheureux Luigi Orione (1872-1940) (3 septembre 1899).

 vatican

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Rédigé par philippe

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