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Publié le 6 Juin 2022

 

 

 

 

 

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PENTECÔTE
Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 5 juin 2022)


Audivimus eos loquentes nostris linguis magnalia Dei


Nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.

(Ac 2,11)

 


Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,


Saint Benoît achève le très court chapitre 19e de sa Règle, consacré à la manière de psalmodier, par un souhait : « Que notre esprit soit à l’unisson de notre voix ».
Après avoir rappelé avec le psalmiste le devoir des moines de chanter le Seigneur en présence des anges et avec crainte, il conclut : Considérons donc comment il faut être sous le regard de la divinité et de ses anges, et tenons-nous pour psalmodier de telle sorte que notre esprit soit à l’unisson de notre voix.


Ces lignes valent pour la tenue du moine au chœur. Elles valent pour toute sa vie et plus généralement pour toute vie humaine qui se déroule sous le regard de Dieu. Elles concernent évidemment toutes les dimensions de la vie: privées et publiques, familiales et professionnelles. Dans le domaine du travail, elles s’appliquent aussi à tous les hommes, et en particulier aux hommes politiques au service de la cité ; aux journalistes qui ont pour mission de porter à la connaissance de leurs concitoyens les événements marquants ; enfin aux hommes d’Église au service de l’œuvre de Dieu dans les âmes.


Vivre sous le regard de Dieu est exigeant, car Dieu ne se laisse pas éblouir par le paraître. Seul l’être profond l’intéresse. Saint Benoît fustige donc l’attitude hypocrite de celui qui dissimule sa véritable personnalité, affectant des sentiments, voire des vertus, qu’il n’a pas. L’homme qui, jour après jour, mène courageusement le combat de la droiture, de la loyauté, de la vérité, honore durant sa vie Dieu qui est la Vérité même et se sanctifie.


En ce matin de Pentecôte, le souhait de saint Benoît invite tout homme à examiner son propre cœur. Demandons les uns pour les autres, demandons pour les législateurs, demandons aussi pour nos familles, pour notre pays et pour le monde, la grâce d’une vie cohérente. « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » (Mt 5,37)
 

Les paroles du Seigneur rapportées par saint Jean et que nous venons d’entendre sont effrayantes : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. » (Jn 14,27)

Pourrait-il exister plusieurs paix ? L’hypocrite, de fait donne une fausse paix, et le monde est hypocrite. Celui qui donne une fausse paix ne souhaite que profiter de son semblant de don. Le Christ, lui, fait le don gratuit de sa paix. Donnant sa paix, il donne la vie. Dieu donne pour libérer et vivifier.
Mais comment recevoir ce don inestimable de la paix et de la vie de Dieu ?

Depuis l’Ascension et jusqu’au terme de l’octave de la Pentecôte, l’Église invite ses enfants à demander sans relâche le don de l’Esprit.


Lui, est l’unique dispensateur de tous dons, l’hôte très doux des âmes. De lui, nous implorons le repos dans le labeur, le réconfort dans les pleurs.

Qu’en ces jours, cette lumière bienheureuse remplisse jusqu’à l’intime de nos cœurs. Sans lui, il n’est rien dans aucun homme qui ne soit perverti. Par lui, le cœur souillé est lavé ; le cœur insensible devient vulnérable et généreux ; le cœur blessé est guéri. A sa chaleur, l’esprit raide s’assouplit, et dans sa lumière, la volonté tortueuse se rectifie. Vivre selon l’Esprit, c’est s’assurer le salut final et le don de la joie éternelle.
 

Mais ce n’est pas tout. Si nos bouches multiplient en ces jours les Veni, combien plus nos cœurs, à l’unisson de nos voix, doivent-ils aspirer eux aussi au don de l’Esprit.


Selon l’enseignement constant des pères du désert, ces premiers moines, la vertu qui plaît le plus à Dieu est la pureté du cœur. Un cœur pur est un cœur simple, sans duplicité ; un cœur qui ignore le murmure, un cœur doux et généreux ; un cœur libre qui, en tout, ne cherche et n’attend que Dieu. Cette pureté du cœur, qui est déjà un don de l’Esprit, appelle une nouvelle effusion de l’Esprit dans le cœur des fidèles.


Marie, la comblée de grâces, a reçu les dons de l’Esprit dans une mesure unique.


Ainsi parée, elle n’a pas eu besoin d’attendre le Ciel pour vivre déjà de joies éternelles. Sa vie n’a été que Magnificat, comme elle a aimé le chanter : un Magnificat pour le passé, un Magnificat pour le présent, et un Magnificat pour l’avenir. Oui, Dieu s’est penché sur son humble servante. Pour elle, il a fait des merveilles. Aussi en tout temps, son âme exalte le Seigneur et son esprit exulte en Dieu son Sauveur. Bien avant les Apôtres, Marie, emplie de l’Esprit-Saint, chante les merveilles de Dieu. Déjà, elle contemple les trésors de la miséricorde divine à l’œuvre dans la vie de ceux qui craignent Dieu.
Par son Fiat, à travers le don du Saint-Esprit qui l’a couverte de son ombre, Marie a reçu par anticipation le don de l’Esprit que les Apôtres ont reçu au jour de la Pentecôte. Voici en effet qu’un vent violent remplit la maison. Des langues semblables à du feu apparaissent, se partagent et se posent sur la tête de chacun des disciples. Fortifiés par le don de l’Esprit, les Apôtres annoncent sans crainte les merveilles de Dieu et tous, d’où qu’ils proviennent, comprennent dans leur propre langue.


Ces merveilles dont les Apôtres témoignent, c’est en premier lieu Dieu lui-même, c’est le mystère pascal aussi. Ces merveilles, ce sont aussi les fruits de l’Esprit que le Seigneur se plaît à faire germer dans le cœur de ses amis : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi.
Ceux qui, quelques jours plus tôt, se lamentaient de la mort de leur Maître, sont devenus dans le feu de l’Esprit les ardents et intrépides prédicateurs de l’Évangile.


Dieu n’est pas avare de ses dons. Jésus n’a eu de cesse de mettre le feu au monde ; mais seuls s’enflamment les cœurs purs.
Implorons à nouveau la venue de l’Esprit. Offrons à Dieu des vies sans droit de reprise. A la suite de Marie, des Apôtres, des premiers disciples et des premiers moines, devenons toujours plus, au sein de nos familles, de nos communautés, de la société et du monde, par la mise en pratique des fruits de l’Esprit à temps et à contre-temps, les prédicateurs crédibles de l’Évangile que tous attendent.
Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour !

Amen. Alleluia !

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Rédigé par Philippe

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Publié le 26 Mai 2022

 

 

 

 

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ASCENSION

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 26 mai 2022)

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

S’il n’est pas permis de douter que beaucoup, parmi nos contemporains, chrétiens ou non, voient dans la fête de l’Ascension le motif traditionnel d’un pont bien apprécié, il est tout aussi clair qu’à côté des solennités de Pâques et de la Pentecôte, l’Ascension semble tenir pour de nombreux chrétiens un rang second.

Dans la nuit pascale, nous avons célébré le triomphe de la vie sur la mort. Mais le Christ vainqueur du tombeau n’a pas gardé pour lui le trophée de sa victoire. A travers le baptême, il nous associe à sa résurrection. Vivant de sa vie, avec lui constamment, nous passons des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie.

Lors de la Pentecôte, l’Esprit, qui jadis sous la forme de langues de feu avait reposé sur chacun des disciples, vient aussi sur nous, pour établir en nous sa demeure.

Mais quel est le mystère qui couronne cette fête de l’Ascension ? Ne serait-elle que le souvenir de l’événement vécu par quelques disciples qui ont vu le Seigneur s’élever en son corps au Ciel ? Alors que le Seigneur siège avec son corps de gloire marqué par les stigmates de la Passion à la droite du Père, les apôtres, déjà privés du contact constant avec le Seigneur depuis le soir du Jeudi-Saint et l’arrestation au jardin des Oliviers, ne bénéficieront plus désormais des apparitions si aimables du Maître, commencées au jour de Pâques.

Les lectures de ce matin invitent pourtant à l’attention.

L’événement de ce jour y est rapporté dans des versets tirés du premier chapitre du livre des Actes des Apôtres et du dernier chapitre de l’Évangile selon saint Marc. Saint Luc fait égale- ment mention de cet événement à la fin de son Évangile, établissant ainsi une transition avec le premier chapitre du livre des Actes des Apôtres dont il est aussi l’auteur. Saint Matthieu, sans mentionner l’événement, le sous-entend.

L’Ascension apparaît comme un événement charnière, marquant le terme de la présence corporelle du Seigneur auprès de ses disciples, et ouvrant une nouvelle période de la vie de l’Église, objet du livre des Actes des Apôtres.

L’Évangile avait commencé par la bonne nouvelle de la naissance d’un enfant du nom de Jésus : Dieu sauve. Dieu se fait Emmanuel. Il vient chez nous. La fête de l’Ascension prend donc place dans l’histoire des rencontres de Dieu avec l’humanité. Le Fils est venu nous visiter en sa nature humaine et aujourd’hui, il remonte vers son Père.

Déjà, au paradis, Dieu se plaisait à venir à la rencontre de l’homme. L’homme, fait pour Dieu et ne trouvant son repos qu’en lui, était comblé par ces rencontres.

Chassée du paradis, la lignée humaine n’a pas porté long- temps la fierté de sa révolte. La haine et la guerre ont occupé, et occupent toujours nos horizons. Les conséquences de la blessure première demeurent, quand ce n’est pas la blessure elle- même. Le cœur humain est tiraillé entre l’amour pour l’auteur de toute vie, et le mépris envers celui qui prétendrait limiter une vie devenue folle. Et Dieu n’est pas le seul à limiter cette folie humaine : c’est l’autre, s’il est gênant ou vulnérable, c’est l’enfant dans le sein maternel, qui bien souvent est de trop, c’est la nature elle-même qui se rebelle.

Face au désastre, Dieu aurait pu abandonner l’homme, le détruire.

Non, il lui offre sa paix, leitmotiv des apparitions du Seigneur : « La paix soit avec vous. » Déjà saint Jean avait mentionné ce don inestimable dans le discours après la Cène :

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. (Jn 14,27)

La paix de Dieu est notre consolation. Elle devient notre paix. Ce don une fois communiqué et partagé, la présence du Seigneur n’était plus nécessaire. Sa mission était accomplie.

Désormais, c’est aux disciples que va revenir le rôle de répandre la paix venue du Ciel.

Remarquons que saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, ne se limitent pas à évoquer l’élévation au Ciel du Seigneur. Ils rappellent que l’Ascension a été pour le Seigneur l’occasion de deux actes : réprimander les disciples pour leur dureté de cœur, et les confirmer dans la mission de porter le message de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Le message de l’Ascension, ultime testament du Seigneur remis aux disciples, tient en deux mots : croire et transmettre.

Dans la lumière de ce saint jour, alors que nous nous souvenons de l’Ascension et que le cierge pascal déjà éteint va disparaître, nous avons à recevoir ce message du Seigneur, et à le faire nôtre : croire et transmettre.

Les dernières lignes de l’Évangile selon saint Marc attestent que les disciples ont mis en œuvre la mission reçue du Seigneur :

Ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » (Mc 16,20)

Ces lignes retraçant les premiers pas de l’Église témoignent aussi de la fidélité de Dieu : « Le Seigneur travaillait avec eux. » Dans son discours après la Cène, Jésus s’était adressé aux disciples dans des termes sans équivoques :

Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père, et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Quand vous me demanderez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai. Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous (Jn 14, 13-16)

La fête de l’Ascension n’est donc pas seulement le rappel amer d’un au revoir. Elle est au point de départ d’un nouveau mode de présence du Seigneur à ses disciples et à tout homme de bonne volonté.

Recevons la réprimande faite aux disciples quant à leur dureté de cœur. Combien est-il plus difficile pour nous de croire, alors que nous ne voyons pas !

Le Christ demeure fidèle. A la droite de Dieu, il prie le Père d’envoyer le Paraclet, l’Esprit-Saint, sur ses amis. En ces jours qui précèdent la fête de la Pentecôte, notre prière est appelée à rejoindre celle du Fils. Forts du don de l’Esprit, attentifs à mettre en œuvre les paroles du Seigneur, nous partirons en mission à la suite des disciples, nous vivrons en vrais croyants et rayonnerons notre foi à la plus grande gloire de Dieu.

Veni Sancte Spiritus !

 

Amen, Alleluia.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 17 Avril 2022

 

 

 

+ JOUR DE PÂQUES

Homélie du Très Révérend Père dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 17 avril 2022)

 

Jesum quæritis Nazarenum, crucifixum. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié.

(Mc 16,6)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Que de chemin parcouru depuis le dimanche des Rameaux !

Les machinations de ceux qui, faute de trouver des témoins véridiques, se sont satisfaits de menteurs, ont pu nous révolter. L’un des Douze a préféré à l’amour de son maître l’amour de l’argent et l’a livré pour 30 pièces d’argent. Depuis le jardin de l’Agonie, nous avons suivi le Seigneur dans les ruelles de Jérusalem, exhibé à la satisfaction des grands, et finalement abandonné par le faible Pilate au supplice de la croix en réponse aux cris de la foule.  Le cœur du mauvais est plein de détours et d’inquiétude. Ces heures en témoignent. Le cœur du simple est ouvert à la paix. Telle est cette paix que le Seigneur vient apporter ce matin à ses disciples, qu’il vient aussi nous apporter, et qu’il veut offrir au monde et en particulier aux habitants de la chère terre d’Ukraine.

Mais comment recevoir cette paix en plénitude ? Mettons-nous à l’école des disciples. Si le chemin de l’Agonie a été long pour Jésus, n’a-t-il pas paru plus long pour eux ? Celui qu’ils aimaient a été traîné de tribunal en tribunal, battu par les soldats, moqué par la foule. En ce matin du troisième jour demeure en eux le souvenir de leurs trahisons ; celle de Judas, qui désormais a rendu ses comptes à Dieu ; celle de Pierre, chef humilié d’un groupe de disciples désorientés et qui se cachent ; tous, en ce matin, devaient ressentir une honte plus ou moins profonde en considérant leurs comportements. Les cœurs n’étaient pas en paix. Ils étaient tourmentés. Les femmes non plus n’échappent pas à cette inquiétude. Elles avaient un dernier devoir à accomplir auprès du corps du Seigneur. Comment allaient-elles rouler la pierre qui leur interdisait l’accès auprès du corps ? Les soldats les laisseraient-ils passer ? Bien des questions, bien des problèmes qui ne pèseront pas lourds devant le plan de Dieu. L’évangile selon saint Matthieu, entendu cette nuit, nous a proposé le récit le plus détaillé de la course des saintes femmes. Alors qu’elles s’approchent du tombeau, un violent tremblement de terre ébranle la pierre qui fermait l’ouverture. Un ange descendu du ciel roule la pierre et demeure assis dessus. Les gardes près du tombeau qui représentaient le pouvoir des Juifs sur le corps du Christ, sont renversés, terrifiés, à terre. L’ange, au vêtement blanc comme neige, s’adresse aux femmes : « Ne soyez pas effrayées. » Comment ne l’auraient- elles pas été ? Lorsque que le ciel s’invite à visiter la terre et que les éléments se déchaînent, la peur envahit naturellement le cœur de l’homme : peur devant le mystère qui prend consistance comme au jour de l’Annonciation, peur aussi de la misère humaine confrontée à la sainteté de Dieu.

La parole de l’Ange se fait alors consolante : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. » (Mt 28,5).

Voilà bien la seule condition pour recevoir une parole consolante de Dieu. Ces mots sont comme le condensé du message de l’évangile. Le plus grand pécheur reçoit consolation, pourvu qu’il cherche vraiment Dieu, qu’il cherche le Christ. Dans l’encyclique Dominum et Vivificantem, saint Jean-Paul II a réfléchi sur l’essence du péché

. Pour le pape polonais, le péché apparaît comme « le refus, ou au moins l'éloignement, de la vérité contenue dans la Parole de Dieu qui crée le monde. » (n°33)

Or cette Parole créatrice est le Verbe de Dieu lui-même ; messager de l’amour de Dieu, Père, Créateur du ciel et de la terre. Dans des lignes particulièrement fortes, le Pape enseignait : ...Nous nous trouvons ici au centre même de ce que l’on pourrait appeler l’« anti-Verbe », c’est-à-dire l’« antivérité ». Ainsi se trouve faussée la vérité de l’homme, à savoir : ce qu’est l’homme et quelles sont les limites infranchissables de son être et de sa liberté. Cette « antivérité » est possible car, en même temps, est complètement « faussée » la vérité sur ce qu’est Dieu. Le Dieu Créateur est mis en suspicion, et même en accusation, dans la conscience de la créature. Pour la première fois dans l’histoire de l’homme apparaît dans sa perversité le «génie du soupçon». (ibid. n°37) Rendu à ce point, l’homme ne peut voir en Dieu qu’« une limitation pour lui-même, et non la source de sa liberté et la plénitude du bien. » Portant alors son regard sur l’état de la société, le SaintPère concluait : L’idéologie de la « mort de Dieu » menace plutôt l’homme, comme le souligne Vatican II lorsque, se livrant à l'analyse de la question de l’« autonomie des réalités terrestres », il écrit: « La créature sans Créateur s’évanouit... Et même, l’oubli de Dieu rend opaque la créature elle-même. » (Gaudium et spes, n. 36). L’idéologie de la « mort de Dieu » montre aisément par ses effets, qu’elle est, sur le plan théorique comme sur le plan pratique, l’idéologie de la « mort de l'homme ». (ibid. n°38) Telle n’est pas la démarche des saintes femmes. Elles vont au tombeau pour rendre au corps d’un mort les derniers devoirs, mais demeurent pourtant ouvertes à la vie. L’Ange va les éclairer et leur confier une mission.

Nul en effet ne reçoit la lumière pour lui-même, mais bien pour la faire rayonner et la transmettre : Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? leur dit-il.

Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “ Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit. ” (Mc 16,6-7).

Pour les saintes femmes, pour les disciples, pour nous aussi, l’improbable s’est réalisé.

Le Christ mort est ressuscité, il est vivant. Notre chemin n’est pourtant pas achevé. Les apôtres ont été invités à se rendre en Galilée, pays paisible et idyllique qui leur rappelle le temps des premiers appels, le temps des échanges simples et libres avec le Maître. En ce matin de Pâques, le Seigneur nous appelle nous aussi à gagner notre Galilée, à nous rappeler la première visite du Seigneur au jour de notre baptême, à mettre tout en œuvre pour renouveler notre cœur à cœur avec le Seigneur.

En ce matin de Pâques, écoutons l’Ange de la Résurrection nous demander : Qui cherches-tu ? Qui cherches-tu vraiment ? Désires-tu recevoir la paix qui vient du ciel ? Que Marie notre Mère, celle qui a toujours cru, nous conduise au Christ ressuscité, vraiment ressuscité.

Regina cæli lætare, Amen, Alléluia.

 

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Publié le 17 Avril 2022

 

 

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VIGILE DE PÂQUES

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 17 avril 2022)

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

De façon inaccoutumée et abrupte, alors que le célébrant en chape violette porte encore les vêtements aux couleurs de la pénitence, la grande et sainte Vigile pascale s’ouvre par une oraison prononcée sur le feu nouveau :

Dieu, qui, par votre Fils qui est la pierre d’angle, avez apporté à vos fidèles le feu de votre splendeur ; sanctifiez ce feu nouveau tiré de la pierre pour notre usage ; et accordez-nous durant ces fêtes pascales d’être enflammés d’un si grand désir du ciel, que nous puissions parvenir l’âme pure aux fêtes de l’éternelle lumière.

Vivre en vérité le mystère pascal, c’est vivre un « passage » ; le passage de la mort à une vie en cohérence avec la foi que nous professons ; le passage d’une vie de foi toujours trop superficielle à une vie plus profonde de communion avec le Seigneur.

Mais pour vivre en vérité, il faut désirer. Celui qui ne désire pas, au mieux campe sur place, au pire, il recule. L’Église est donc fort lucide quand elle nous fait implorer de Dieu un cœur brûlant de désir. Déjà saint Benoît, au début du carême, avait invité ses frères « à attendre la sainte Pâque avec l’allégresse d’un désir tout spirituel. » (Règle de saint Benoît, c.49, De l’observance du Carême).

Il serait d’ailleurs bien pusillanime de n’espérer ce feu intérieur que durant les fêtes pascales. S’il est un lieu où il faut voir grand et ne pas ménager sa peine, s’il est un défi qu’il ne faut pas manquer, c’est bien celui de la rencontre face à face avec le Seigneur au jour de notre ultime passage, et qui sera pour tous, comme nous l’espérons, l’aube de la vraie vie, la vie qui n’aura pas de fin, la vie éternelle. Cette vie éternelle, saint Benoît recommande aussi à ses moines de la désirer de toute l'ardeur de leur âme (Cf. ibid., c.4, 46e instrument des bonnes œuvres).

Par la célébration du mystère pascal, nous communions à la mort et la résurrection du Christ. Le Christ, obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix, répand sur tout homme de bonne volonté l’eau qui lave et qui purifie, comme saint Paul l’enseigne aux Romains :

Si, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute- puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne (Rm 6,4-5).

Durant le temps de la Passion, nous avons cheminé aux accents du Vexilla Regis :

Aujourd’hui du grand Roi l’ étendard va marchant, Où l’Auteur de la chair vient sa chair attachant. Aujourd’hui de la Croix resplendit le mystère,
Où Dieu souffre la mort aux mortels salutaire.

Je te salue, ô Croix, seul espoir des vivants !
En ces jours douloureux de larmes s’ abreuvant, Augmente aux cœurs des bons l’immortelle justice, Et pardonne aux pécheurs leur mortelle malice...

L’étendard du Roi vainqueur s’avance encore. Qu’adviendrait- il s’il n’était pas suivi ? La Croix se dresse au sommet du Calvaire, le Christ Ressuscité s’élève triomphant du tombeau... Qui se prosternera devant lui et devant sa croix ?

Pour beaucoup d’hommes et de femmes, Dieu est devenu l’étranger. Seuls quelques souvenirs d’un passé lointain occupent les recoins d’un cœur qui demeure assoiffé. Le pressentiment de le rencontrer un jour face à face ne les effleure pourtant plus. Dieu est absent de leur présent, et ce présent qui reçoit sa noblesse de sa présence est devenu profondément désespérant. Sans lui, la vie n’a plus de sens.

L’Église en cette sainte nuit nous rappelle à l’urgence de préparer notre propre rencontre. L’histoire de l’humanité, l’histoire aussi de chacune de nos vies, sont appelées à rencontrer le Christ vainqueur de la mort et du tombeau. Nous le chanterons demain : « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut : vivant, il règne. » (Séquence de Pâques : Victimae paschali).

Le Christ est vivant. Il règne. Telle est la clameur de victoire qui retentit. Elle ne se taira plus désormais. Les temps les plus sombres de l’histoire de l’humanité, de l’histoire aussi de nos vies, vibrent de son écho. Le présent du Dieu vainqueur vient à notre rencontre. Il est vivant. Il règne.

Au cœur du chaos primordial, la parole de Dieu a été prononcée : « Que la lumière soit. Et la lumière fut » (Gn 1,3). A nouveau, le jour de notre baptême, Dieu a prononcé sur notre vie une parole. Enfants d’une nature rebelle, nous portions le nom de fils de colère. Dieu nous a offert la réconciliation.

Aujourd’hui encore, Dieu veut faire briller sa lumière, lui donner une intensité plus vive et nous renouveler dans la foi. Ce que Dieu a créé sans nous, il veut le recréer avec nous. Si la parole de nos parents auprès des fonts baptismaux a demandé pour nous la grâce de la foi, il nous revient de demeurer fidèle à la parole de nos aïeux. Aujourd’hui en renouvelant les promesses de notre baptême, nous nous sommes placés derrière l’étendard du Christ pour rajeunir en chacun de nos cœurs un dialogue d’amour.

La parole de Dieu ne s’est pas épuisée. Dieu a encore beaucoup à nous dire, beaucoup à nous apprendre, pourvu que nous lui laissions la parole. L’élan si petit, si ténu, d’un être si faible, si pauvre, un murmure né au plus secret du cœur humain déchaînera des flots d’amour divin qui bousculeront, renverseront, purifieront. La sécheresse des cœurs rabougris s’évanouira au torrent du mystère.

Aujourd’hui s’avance le Roi de gloire, le Vainqueur du tombeau. Il s’avance vers son Père. Il s’avance vers les hommes, posant son regard sur chacune de nos vies. Auprès du tombeau de Lazare, le Seigneur s’est écrié : « Lazare, viens dehors. »

En cette nuit, le Christ nous invite à quitter nos propres tombeaux ; ceux que nous nous sommes construits et où nous avons l’illusion d’être bien, ceux qui nous oppriment et dont nous voudrions être débarrassés. Quels qu’ils soient, ils sont notre prison. Mourons à nos tombeaux pour ressusciter au Christ.

Aujourd’hui s’avance le Roi de Gloire vers sa Mère. Cette Mère qui, au soir du cruel vendredi, était toute douloureuse ; cette Mère à qui l’espérance n’a jamais manqué ; cette Mère qui se réjouit et qui prie pour nous. Qu’elle nous obtienne des cœurs enflammés de célestes désirs.

Regina cæli, laetare. Amen, Alléluia.

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 3 Mars 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

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MERCREDI DES CENDRES

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 2 mars 2022)

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Voici que débute le temps de la sainte quarantaine. Depuis la fête de l’Épiphanie et jusqu’à hier, beaucoup se sont livrés aux réjouissances du temps de carnaval. Peu se souvenaient, sans aucun doute, que ce terme vient des deux mots latins : carnis et levare – enlever la chair. Aux temps de chrétienté, le carême était marqué, en plus du jeûne, par l’abstinence de viande, d’œufs et de laitage. Avant d’entrer en ce temps, il fallait consommer les réserves et cela donnait lieu à de grandes fêtes aux fréquents débordements.

Aujourd’hui la pratique du Carême s’est bien assouplie. Même chez les chrétiens, l’idée de faire pénitence disparaît des horizons comme un usage suranné, dépassé dans un monde qui a évolué. Peut- être n’est-il pas inutile de rappeler la loi de l’Église en ce domaine.

Le Livre IV du Code de Droit canonique consacré à La fonction de sanctification de l’Église s’arrête au Titre 2 sur Les temps sacrés, et au chapitre 2, plus particulièrement sur Les jours de pénitence en cinq canons ou encore lois :

Can. 1249 — Tous les fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence chacun à sa façon ; mais pour que tous soient unis en quelque observance commune de la pénitence, sont prescrits des jours de pénitence durant lesquels les fidèles s’adonneront d’une manière spéciale à la prière et pratiqueront des œuvres de piété et de charité, se renonceront à eux-mêmes en remplissant plus fidèlement leurs obligations propres, et surtout en observant le jeûne et l’abstinence selon les canons suivants.

Can. 1250 — Les jours et temps de pénitence pour l’Église tout entière sont chaque vendredi de toute l’année et le temps du Carême.

Can. 1251 — L’abstinence de viande ou d’une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l’année, à moins qu’il ne tombe l’un des jours marqués comme solennité ; mais l’abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ.

Can. 1252 — Sont tenus par la loi de l’abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu’à la soixantième année commencée. Les pasteurs d’âmes et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés de la loi du jeûne et de l’abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence.

Can. 1253 — La conférence des Évêques peut préciser davantage les modalités d’observance du jeûne et de l’abstinence, ainsi que les autres formes de pénitence, surtout les œuvres de charité et les exercices de piété qui peuvent tenir lieu en tout ou en partie de l’abstinence et du jeûne.

La Conférence des évêques de France précise cependant, par décret de 1989, que :

- Tous les vendredis de l’année, les catholiques doivent manifester [un] esprit de pénitence par des actes concrets : soit en s’abstenant de viande, ou d’alcool, ou de tabac..., soit en s’imposant une pratique plus intense de la prière et du partage.

- Pendant le temps du Carême, tous les vendredis ils doivent s’abstenir de viande s’ils le peuvent, et le mercredi des Cendres ainsi que le Vendredi-Saint, ils s’abstiennent de viande, ils jeûnent en se privant substantiellement de nourriture selon leur âge et leurs forces, et réservent un temps notable pour la prière.

La prière, le jeûne et l’aumône seront donc les trois piliers du temps du carême.

Revenons aux lectures de la Messe de ce matin. Le Seigneur, qui connaît le cœur de l’homme, sait la promptitude de ce dernier à trouver des compensations pour ses renoncements. Fuyons donc en ces saints jours, l’hypocrisie de ceux qui, jeûnant, offrent des visages marqués par la tristesse, se plaignent des conséquences de leur peu de pénitence. Au dedans, ils n’espèrent que flatteries, confisquant en quelque sorte le cœur de leur prochain à leur profit.

Celui qui jeûne en vérité ne cherche pas l’admiration ; il souhaite par la pénitence, se donner plus généreusement et plus librement à Dieu et venir en aide à son prochain. Libre par rapport aux biens de la terre, il peut alors s’amasser un trésor dans le Ciel.

Durant le temps du carême résonne un appel : Convertimini ad me in toto corde vestro – Revenez à moi de tout votre cœur. Un cœur qui se tourne comme à regret, un cœur partagé, ne marche pas vers le Seigneur. Il demeure prisonnier de lui-même.

C’est pour cela que le prophète Joël, au nom du Seigneur, incite le peuple d’Israël à revenir à Dieu en concrétisant en quelque sorte cet appel à la conversion : « Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements. »

Déchirer ses vêtements, c’est déchirer ce qu’on ne fait que porter. Le cœur, quant à lui, demeure intact. Perdure en lui tout ce qui est bas, tout ce qui est lourd... Déchirer son cœur, c’est déchirer ce qu’on est, déchirer sa vie pour la mettre sous la lumière miséricor- dieuse et bienfaisante de Dieu, et par là la libérer. Déchirer son cœur, c’est s’accepter comme pécheur et offrir à sa vie une cure de jouvence, une nouvelle jeunesse. Déchirer son cœur, c’est l’ouvrir à la grâce.

Péguy avait bien compris cela, alors qu’il se demandait pourquoi la grâce « remportant des victoires inespérées dans l'âme des plus grands pécheurs... reste souvent inopérante auprès des plus honnêtes gens. » :

Ceux qu'on nomme-tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défauts eux-mêmes dans l’armure... Leur peau de morale constamment intacte leur fait un cuir et une cuirasse sans faute. Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure..., une invisible arrière anxiété..., une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent point cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché. Parce qu'ils ne sont pas blessés, ils ne sont plus vulnérables. Parce qu'ils ne manquent de rien on ne leur apporte rien. Parce qu'ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n'a pas de plaies.

Voici donc que se dessine le chemin de notre carême, aux accents du trait de ce matin :

« Aide-nous, Dieu notre Sauveur, pour la gloire de ton nom ! Délivre-nous, efface nos fautes, pour la cause de ton nom ! » (Ps 78, 9)

Alors que nous cheminerons plus résolument vers le Seigneur, alors que les choses vaines et caduques de ce monde n’occuperont plus notre cœur, alors que notre charité se fera plus vive et concrète, notre visage ne pourra que rayonner la joie. Non, il n’est pas hypocrite celui qui, lorsqu’il jeûne, se parfume la tête et se lave le visage.

Au seuil de ce carême, Marie invite ses enfants à de vraies réjouissances. Usons notre chapelet et frappons sans relâche à la porte du Ciel. Le monde, nos communautés, nos familles, nos proches et nous-mêmes en avons tant besoin.

Ayez pitié de nous, Seigneur !

Saint et joyeux Carême.

Amen.

 

 

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Publié le 7 Janvier 2022

 

 

+ ÉPIPHANIE

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 6 janvier 2022)

Per aliam viam. Par un autre chemin. (Mt 2,12)

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Plus de neuf mois avant la naissance de l’Enfant Dieu à Bethléem, les signes du Ciel annonçant l’ouverture de temps nouveaux se sont multipliés.

 L’Ange Gabriel porta d’abord l’annonce à Zacharie qui officiait dans le Temple à l’heure de l’offrande du soir. Le Temple est la maison de Dieu, le lieu où, d’une manière particulière, il s’adresse au cœur de l’homme, lequel est venu en ce lieu attiré par sa présence pour l’adorer.

Quelle est donc cette annonce ? Sa femme, Élisabeth, allait concevoir un fils dont la vocation serait de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. Un peu plus tard, le même messager angélique se rendit auprès d’une vierge du nom de Marie, dans la cité de Nazareth en Galilée. A nouveau, il annonce la naissance d’un enfant qui sera appelé Fils de Dieu et dont le nom sera Jésus, c’est-à-dire « Dieu sauve ».

Un peu plus tard encore, un pas est à nouveau franchi au moment de la naissance de Jésus.

Les cohortes des anges de la Nativité annoncent à des bergers la venue au monde du Sauveur, le Christ, le Seigneur. L’humilité, la simplicité de ces solitaires, gardiens de troupeaux, font que la nouvelle de la naissance, tout en commençant à se répandre, est demeurée assez confidentielle. Du moins, elle ne semble pas avoir engendré de mouvements particuliers dans la vie sociale du pays. Ce ne fut pas le cas de l’arrivée des Mages venus d’Orient à Jérusalem en quête du « roi des Juifs qui vient de naître » qui, elle, ne passa pas inaperçue.

La ville entière est prise d’inquiétude, d’Hérode jusqu’au dernier de ses sujets. De façon paradoxale, alors qu’aucun être surnaturel ne semble s’être manifesté, ni pour guider les Mages, ni pour avertir Hérode de leur venue, l’arrivée de ces hommes et de leur caravane suscite un profond trouble dans la ville pourtant habituée à voir grouiller en tous sens des étrangers au milieu des Juifs.

De nos jours, en nos crèches, ces personnages, d’abord éloignés puis s’approchant de jour en jour, tranchent avec les autres santons dont le sort semble comme fixé pour l’éternité. Eux, ils marchent.

L’Église a reconnu dans la venue des Mages à la crèche un premier appel adressé aux gentils.

Pour eux aussi, cet enfant est né, bien qu’ils ne connaissent pas Dieu comme les Juifs, qu’ils n’aient pas à leur disposition les livres sacrés et les souvenirs de la tradition d’Israël.

Qui étaient ces Mages ?

Des membres de la caste sacerdotale perse, des philosophes, des détenteurs d’un savoir et d’un pouvoir surnaturel, des astronomes, des magiciens ? Compte tenu de la qualité de ces hommes, le motif si incertain, si futile, de leur déplacement semble difficilement conciliable avec la possession orgueilleuse d’un savoir ou l’exercice d’une domination sur leur prochain : suivre une étoile, abandonner pour un temps son pays, ses travaux, à cause d’une simple étoile.

Le fait est là, et il nous révèle sans aucun doute une qualité du cœur de ces hommes : la simplicité.

Celle-ci s’unissait à une inquiétude du cœur qui les poussait à chercher la vérité sur Dieu, et Dieu lui-même.

Ces hommes avaient acquis la conviction que la contemplation et la méditation des choses de la terre ouvraient un chemin vers le Ciel.

Remarquons que selon leurs dires, il ne s’agit pas de n’importe quel astre. « Nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » (Mt 2,2)

Ils avaient vu une étoile, une étoile peut-être étonnamment brillante, une étoile dont la course inhabituelle pouvait interroger ces spécialistes de l’astrologie, une étoile dont ils savaient par une voix intérieure qu’elle était celle du roi des Juifs. Plus que toute explication matérielle, c’est cette voix qu’ils ont suivie. Comme l’étoile, l’enfant qui va naître sera la « vraie lumière… qui éclaire tout homme » (Jn 1,9), qui « brille dans les ténèbres. » (v.5)

Mais le chemin des Mages n’est pas de tout repos.

Leur route nous interroge : Pourquoi ce passage par Jérusalem ? Pourquoi ne pas avoir suivi l’étoile jusqu’à la crèche ? L’évangile se montre discret. L’étoile aurait-elle disparu à l’approche de la ville ? Dieu aurait-il abandonné les mages ? Ceux-ci, pratiquement arrivés au but, auraient-ils douté et jugé plus prudent de se faire renseigner par Hérode ? Auraient-ils renoncé à suivre l’étoile qui semblait les égarer puisque le roi de Juifs ne pouvait naître que dans un palais et à Jérusalem ?

Forts des lumières reçues des grands prêtres et des scribes du peuple, et tirées des saints livres, les Mages reprennent le chemin de Bethléem, et aperçoivent à nouveau l’étoile qui les précède pour finalement s’arrêter au-dessus de la maison où se trouve l’Enfant. La joie renaît dans les cœurs et vient préluder à la rencontre du nouveau-né et de sa Mère. Mais l’intervention de Dieu ne s’arrête pas là. Les Mages doivent repartir dans leur pays. Ils se souviennent de la mission donnée par Hérode : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » (Mt 2,8)

C’est là qu’une nouvelle intervention de Dieu, un songe, les avertit de s’en retourner chez eux par un autre chemin.

Une nouvelle fois, les Mages suivent avec simplicité ce qu’ils ont reçu dans le cœur.

A l’école des Mages, retrouvons la jeunesse de la foi qui nous rappelle au devoir de poursuivre sans relâche le chemin vers Dieu.

A l’audience d’avant Noël, le Pape François citait cette prière d’un bénédictin, saint Anselme (1033-1109) : Seigneur, apprends-moi à te chercher. Montre-toi, quand je te cherche. Je ne peux pas te chercher si tu ne m'enseignes pas, ni te trouver si tu ne te montres pas. Que je te cherche en te désirant et te désire en te cherchant ! Que je puisse te trouver en te cherchant et t'aimer en te trouvant ! (Proslogion, 1)

Recevons par leur intercession une grâce de simplicité, d’enfance, d’accueil de l’instant présent, quel qu’il soit, comme le lieu d’un rappel au devoir pressant que reçoit tout homme d’y chercher Dieu, et ce, dans le chaos du monde et de nos vies si distraites, si gaspillées par l’addiction aux médias et aux blogs.

Sur le chemin des Mages, lumières et ténèbres, joies et inquiétudes, alternent. Mais l’étoile a comme recueilli leurs cœurs. Ils ont abandonné les vanités du temps qui passe, et ils l’ont suivie.

Renonçons donc aux nouvelles pour chercher la vraie nouvelle. A l’école des Mages, avançons vers la maison de Bethléem pour adorer. Avançons vers la patrie céleste. Là, nous retrouverons Jésus et Marie, là, nous trouverons Dieu.

Amen.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 25 Décembre 2021

 

 

 

 

 

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NOËL

MESSE DE MINUIT

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 25 décembre 2021)

 

Apparuit gratia Dei

La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2,11)

​​​​​​

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

En communion avec les millions de chrétiens répandus sur la terre entière, nous voici réunis au cœur de l’hiver et au milieu de la nuit pour nous souvenir d’une naissance. Cette naissance, nous ne l’avons pas connue par les registres de l’état civil ; c’est un autre livre qui l’atteste et qui s’appelle l’Évangile, un mot d’origine grecque et qui veut dire Bonne nouvelle.

De fait, toute naissance est une bonne nouvelle.

Mais cette naissance l’est d’une manière particulière, puisqu’il s’agit de la naissance d’un sauveur. La bonne nouvelle rapportée par l’Évangile, c’est qu’aujourd’hui est né celui qui va opérer la réconciliation de l’homme avec Dieu : Dieu fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu, c’est-à-dire vivre de la vie de Dieu, vivre en communion avec Dieu. La bonne nouvelle de l’Évangile, ce n’est pas seulement la nouvelle d’une naissance, c’est la nouvelle que le temps de l’accomplissement du salut de l’humanité, le temps de la victoire du bien sur le mal est désormais ouvert. Une vierge vient de mettre au monde un fils. Elle lui a donné le nom de Jésus, c’est-à-dire Sauveur.

Cette bonne nouvelle nous vient d’une pauvre étable, isolée, ignorée au cœur de la nuit. Dans trente-trois ans, elle sera offerte à nouveau au monde du sommet d’une croix, où celui qui naît à la lumière de la terre aujourd’hui fera le don de sa vie comme preuve d’amour pour les hommes. Né seul auprès de Marie, sa Mère, et de Joseph, il mourra seul auprès de sa Mère et du disciple qu’il aimait.

Peut-on alors vraiment parler d’une bonne nouvelle ? Un Dieu se fait homme et meurt sur une croix... Mauvaise nouvelle pour Dieu. Mauvaise nouvelle pour l’homme.

Mais Dieu n’a pas dit son dernier mot. Voici que celui que la mort avait semblé rendre captif, en l’enserrant dans les linges où le corps du supplicié avait été enseveli après la toilette funèbre, et en le retenant derrière la pierre roulée d’un tombeau désormais clos, voici que le Christ brise les barrières du séjour des morts. Désormais c’est la mort qui est captive. Celui qui est la Vie a triomphé de la mort.

A la lumière de la Résurrection, la Croix et l’Incarnation deviennent parties intégrantes de l’unique bonne nouvelle du salut. Comme l’écrivait saint Paul à l’un de ses fils spirituels, Tite :

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. (Tt 2,11-14)

Oui, cette nuit, la grâce de Dieu s’est manifestée par la naissance d’un enfant. Elle se manifestera dans le triomphe du tombeau au matin de Pâques.

Mais cette grâce qui resplendit sur l’humanité demande à être accueillie, en écoutant l’enseignement qu’elle apporte et en le mettant en pratique.

Déjà, le récit des journées et des heures précédant la naissance du Sauveur n’est pas sans laisser craindre un mauvais présage quant à cet accueil.

L’édit de l’empereur Auguste, qui demandait que l’on se fasse recenser dans sa ville d’origine, avait contraint Marie et Joseph à quitter la riante Galilée pour les terres désertiques de la Judée, alors que la jeune épouse arrivait au terme de sa grossesse.

Arrivés à Bethléem, les pauvres époux ne purent trouver de logement : les hôtelleries probablement trop chères, leur étaient interdites, et la salle commune était déjà comble. Dieu est venu chez les siens, et les siens ne l’ont ni reconnu, ni même reçu. C’est dans une étable que naîtra l’enfant, et dans une mangeoire qu’il trouvera son premier repos.

Il n’est donc pas si facile de recevoir la bonne nouvelle de la naissance d’un sauveur, de reconnaître et d’accueillir la grâce de Dieu qui frappe à la porte. Le mal a obscurci les yeux de l’homme et a fermé la porte de son cœur, en blessant profondément le lien entre la création et le Créateur. L’homme est devenu sourd à l’hymne de la création. En tant qu’être intelligent, il avait pour devoir propre d’en rendre grâces à Dieu. Il s’est fait étranger à ce devoir.

Blessé dans le regard qu’il porte sur la création, l’homme est aussi blessé dans le regard qu’il porte sur les autres hommes. Les récentes révélations de l’actualité le confirment. Relevons que l’évangile de cette nuit offre deux regards sur l’homme.

Il y a celui de l’empereur Auguste, qui désire connaître le nombre de ses sujets. Les connaître ne l’intéresse pas, ce qu’il veut, c’est un nombre. A l’opposé, les Anges de la Nativité viennent annoncer à des pauvres, des bergers des environs, une grande nouvelle : « Dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » Et ils ajoutent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de sa bienveillance. »

Le message de Noël, cette bonne nouvelle, c’est l’annonce de la paix venue du ciel et offerte à tout homme. En Jésus-Christ, Dieu révèle le regard posé sur chacun d’entre nous.

Mais alors pourquoi la paix est-elle si étrangère à notre temps ? Partout la guerre fait rage, parfois visible, souvent invisible, dissimulée derrière des accords économiques et prenant pour victimes des peuples entiers. La mort, provoquée par des mains qui ne devraient que guérir, rôde toujours plus oppressante auprès du sein maternel, ou des lits d’hôpitaux. En promouvant la théorie du genre, la société invite désormais l’homme à la guerre contre son propre corps.

En cette nuit de Noël, Dieu nous fait en abondance le cadeau de sa paix. En cette nuit de Noël, beaucoup de cadeaux vont s’échanger dans le monde. Le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos proches, c’est de porter sur eux un peu de ce regard de paix que Dieu, de toute éternité, porte sur nous.

Contemplons pour finir, les yeux de Marie regardant son Enfant posé dans la mangeoire, regard de la toute pure sur le Dieu trois fois saint. Dans la glorieuse espérance du retour du Seigneur dans sa gloire, puisons dans ce regard la force de porter un juste regard sur notre prochain, d’y découvrir la présence de Dieu caché, avant de contempler un jour et pour l’éternité, Dieu dans sa gloire et notre prochain dans le rejaillissement de cette même gloire. Saint et joyeux Noël.

Amen

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NOËL

MESSE DU JOUR

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 25 décembre 2021)

 

Et lux in tenebris lucet.

Et la lumière brille dans les ténèbres (Jn 1,5 )

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

Après nous être retrouvés cette nuit et aux aurores pour chanter les saints mystères de la naissance de notre Sauveur, l’Église convie ses enfants une troisième fois au Saint Sacrifice de la Messe.

Durant ces heures, elle nous a invités à méditer la triple naissance du Christ : sa naissance éternelle du sein du Père, par exemple lorsque nous chantions dans l’introït de la Messe de la nuit : « Le Seigneur m'a dit : tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » (Ps 2, 7) ; sa naissance selon la chair du sein de la Vierge Marie, objet propre de la fête de ce jour ; sa naissance enfin dans les âmes par laquelle le Christ « se lève dans nos cœurs tel l'étoile du matin » (2 P 1, 19), comme on le chante à la Messe de l’aurore dans l'introït : « La lumière brillera aujourd'hui sur nous. » (Is 9, 2)

Le prologue de l’Évangile selon saint Jean reprend ces trois naissances. Dans le mystère de l’Incarnation le ciel et la terre se donnent la main, comme le traduit de façon admirable une antienne de la solennité de Marie, Mère de Dieu, ou octave de la Nativité :

O admirable échange ! Le Créateur du genre humain prenant un corps et une âme, a daigné naître d’une Vierge ; et entrant dans l’humanité, sans le concours de l’homme, il nous a donné part à sa divinité. (1ère de Laudes)

Pourtant, il ne semble pas si immédiat de prendre part à cette divinité que nous offre l’Enfant de Bethléem, de laisser se lever dans nos cœurs son étoile. Voyez les hôteliers de Bethléem, et tant d’autres. Peu ont reconnu le Christ. Le Prologue de saint Jean nous le rappelle dans trois versets lourds de sens :

Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. (v. 9-11)

Le début du Prologue affirmait que le Verbe était Dieu, consubstantiel au Père comme le chante le Credo. Le Verbe, Parole éternelle du Père et seconde personne de la Trinité, est aussi la vraie Lumière ; celle qui a présidé aux premiers instants du monde et à la création de l’homme, en particulier à travers le don de la vie. Dans les ténèbres du chaos, la lumière a brillé et elle brille encore. Les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.

Malgré cela, l’évangéliste s’émeut : la lumière a lui, mais elle n’a pas été reconnue. Le Verbe est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu.

Pour quelle raison ? Probablement ce penchant de l’être humain à ne considérer que l’aspect matériel et palpable des choses. L’actualité récente montre que la tentation demeure, et qu’elle s’exprime dans le regard porté sur l’Église. Rappelons les premières lignes de la Constitution dogmatique sur l’Église du concile Vatican II, intitulée Lumen gentium, Lumière des peuples :

Le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l'Esprit- Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l'Evangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église (cf. Mc 16,15).

Cette nuit, les anges ont loué Dieu en chantant : « Gloire à Dieu et paix sur la terre aux hommes de sa bienveillance. » La lumière et la paix de l’Incarnation se sont répandues sur des bergers partis vers la crèche à l’invitation des Anges. Un jour, sur le mont Thabor, cette lumière baignera la face des apôtres Pierre, Jacques et Jean. Elle brillera aussi sur les Douze et les disciples après la résurrection. Cette paix et cette lumière venues du ciel se feront aussi consolatrices de tant d’hommes et de femmes de Palestine souffrant dans leur âme ou leur corps.

Mais, il faut le reconnaître, l’Enfant de la crèche sera la première victime de son message d’amour. Parmi ses disciples, la lumière ne sera pas toujours reçue. Pierre trahira son maître ; quant à Judas, il le livrera.

Aujourd’hui, la lumière et la paix de Noël veulent toujours se répandre. Telle est la mission de l’Église, par le ministère de tant de prêtres, par la vie offerte de religieux et de religieuses apostoliques qui, de jour comme de nuit, demeurent serviteurs de leurs frères dans la peine. La lumière et la paix de Noël luisent aussi de la prière cachée de tant de moines et de moniales, de religieuses, retirés derrière les murs des cloîtres. Elles se répandent enfin grâce à tant de fidèles qui témoignent généreusement de leur foi, tant au sein de leur famille que de la société.

Mais le mal a profondément marqué le cœur de l’homme et de la société. Si l’Église est un mystère à la fois invisible et visible, si l’Église est sainte, elle est composée d’hommes et de femmes qui parfois peuvent être de grands pécheurs. Les événements de ces derniers mois le rappellent douloureusement. Les actes posés, les silences plus ou moins complices pratiquement imposés dans un monde qui se faisait une gloire d’interdire d’interdire, ont fait et font encore de nombreuses victimes.

En ce matin de Noël, nous confions à l’Enfant de la crèche toutes les victimes qui ont souffert et souffrent plus particulière- ment par le fait des membres de l’Église. Qu’il fasse briller sur eux sa face. Qu’il leur offre sa paix.

Nous prions aussi pour tous les prêtres, religieux et reli- gieuses indignes par leurs actes de paraître devant le Maître qui s’est fait serviteur, se revêtant de la chair même de leurs victimes. Que l’Enfant de la crèche ouvre leur cœur à une prise de conscience de la gravité de leurs actes et les conduise à demander le pardon après une réelle pénitence.

Enfin, prions pour l’Église. Que le difficile moment qu’elle traverse, que beaucoup ressentent comme une traversée des ténèbres, ne soit pas confisqué par ceux qui n’ont de cesse de faire triompher des idéologies à la mode et à la remorque de la société. Qu’il débouche sur une renaissance, un matin de Pâques.

Aujourd’hui un Enfant nous est né. Au milieu des ténèbres et des ombres de la mort, l’espérance renaît. Entre Marie et Joseph, un Enfant repose dans une mangeoire. Dieu est avec nous, Emmanuel, qui pourra être contre nous ?

Saint et joyeux Noël !

Amen, Alleluia.

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 3 Décembre 2021

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Publié le 28 Novembre 2021

 

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PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 28 novembre 2021)

 

Appropinquat Redemptio vestra Votre délivrance est proche (Lc 21,28)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Quel n’est pas notre étonnement en ce matin du premier dimanche de l’Avent, jour d’ouverture de l’année liturgique, d’entendre comme lecture de l’évangile, un passage tiré de la fin de l’évangile selon saint Luc ! Pourquoi l’Église ne nous propose-t-elle pas en ce jour, de méditer plutôt sur les évangiles du temps de l’attente de l’Enfant Dieu ? Pourquoi ne puise-t-elle pas aux nombreux textes de l’Ancien Testament qui annoncent un Messie ?

Le thème lui-même du passage retenu surprend. Au terme de sa vie publique, alors que la montée vers Jérusalem va se conclure par son arrestation, son jugement et sa condamnation au supplice de la Croix, Jésus annonce la ruine du Temple et la venue du Fils de l’Homme.

Un tel discours avait de quoi étonner les disciples. Ceux-ci pressentaient la résolution de plus en plus ferme des prêtres et des pharisiens de faire mourir le Seigneur... En face de cela, Jésus affirmait la ruine à venir du Temple, et par là même, la fin du sacerdoce tel qu’il était alors exercé.

A l’heure qu’il est, les disciples n’ont pas compris que la mort du Seigneur n’est qu’un passage, choisi et assumé pour témoigner qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Le discours du Christ n’est pas passé inaperçu. Matthieu et Marc le rapportent également. Chez saint Luc comme chez saint Marc, c’est la vue d’une pauvre veuve déposant deux piécettes dans le tronc du Trésor du Temple, ainsi que l’émerveillement des disciples devant l’éclat, la beauté et la richesse de ce lieu, qui suscitent ce discours. Chez saint Matthieu, le contexte est un peu différent. Des malédictions adressées aux scribes et aux pharisiens précèdent en effet les paroles du Seigneur :

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le royaume des Cieux devant les hommes ; vous... n’y entrez pas, et vous ne laissez pas entrer ceux qui veulent entrer !...

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous parcourez la mer et la terre pour faire un seul converti, et quand c’est arrivé, vous faites de lui un homme voué à la géhenne, deux fois pire que vous !...

Malheureux êtes-vous, guides aveugles...

Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité.... Vous purifiez l’extérieur de la coupe et de l’assiette, mais l’intérieur est rempli de cupidité et d’intempérance !... Vous ressemblez à des sépulcres blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures... (cf. Mt 23,13-36)

et Jésus de conclure :

Voici que votre temple vous est laissé : il est désert.

En effet, je vous le déclare : vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mt 23,38-39)

Au fond, si l’Église propose ces textes ce matin, c’est qu’il y a un préalable à l’attente authentique du Seigneur. En ce premier dimanche de l’Avent, l’Église invite ses enfants à disposer en eux un cœur accueillant, face au mystère qui va s’accomplir.

Au seuil de l’année liturgique, une question doit occuper notre cœur : qu’est-ce qui plaît le plus à Dieu, la pauvre veuve versant tout ce qu’elle a dans le tronc du Temple, ou ce même Temple serti d’or et de pierres précieuses ? Où ce peuple met-il sa fierté ?

La pauvre veuve donne tout ce qu’elle a. En remettant au Trésor ce qui est nécessaire à sa vie, elle offre en son cœur sa vie à Dieu. Elle est l’image du Christ qui la reconnaît comme telle. Les riches qui mettaient leur don au Trésor se bornaient à prendre sur leur superflu pour accomplir un précepte de la Loi. Leur cœur n’était pas au rendez-vous.

Aux yeux des disciples, la femme passait inaperçue. Eux, admiraient l’édifice de pierre qui n’est pourtant qu’un lieu, qu’un moyen pour conduire à Dieu. Peut-être admiraient-ils aussi les grands qui passaient devant eux. Dieu, lui, sonde les reins et les cœurs.

Ne traitons pas de manière identique les choses de Dieu et les intérêts matériels et caducs. Il est bon de nous en souvenir au seuil d’une année liturgique. Trop souvent, le temps aidant, nos repères deviennent flous, disparaissent même, le paraître ou l’avoir prennent la place de l’être, tant en nous-mêmes que dans le regard que nous portons sur le prochain.

Occasion nous est offerte aujourd’hui, de reconsidérer notre vie à la lumière du regard du Christ sur le Temple et sur ceux qui déposent leurs dons dans le Trésor. Lui donnons-nous tout, comme la misérable veuve, ou ne concédons-nous comme à regret que notre superflu ? Au fond, jusqu’où sommes-nous disponibles sur le chemin de notre conversion ?

Recherchons toujours la cohérence dans notre vie. Si nous voyons, agirons-nous ? « L’heure est déjà venue de sortir du sommeil. Car le salut est plus près de nous... La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière... Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ ». (cf. Rm 13 11-14)

En ce matin, c’est à l’espérance que nous invite l’Église. L’espérance est l’âme de tout recommencement. Cette espérance ne se fonde pas sur n’importe quoi ou n’importe qui. Celui qui en est le fondement, en est aussi l’objet, c’est le Seigneur, comme nous l’avons chanté au début de cette cérémonie : « Vers vous j’ai élevé mon âme, mon Dieu en vous j’ai mis ma confiance. »

L’objet de notre espérance, c’est aussi un enfant. A l’approche d’une naissance, toute famille se prépare ; alors que quelques semaines nous séparent de la fête de Noël, il est temps aussi de nous préparer. Si le Christ doit revenir à la fin des temps, il doit aussi revenir dès aujourd’hui au cœur de notre vie. Comment ne pas accueillir un enfant ? Que peut-on craindre d’un enfant ? Que Dieu vienne à nous sous les traits d’un enfant, est déjà un signe de son amour.

Remarquons pour finir, que le temps de l’Avent est un temps marial. Marie, en attendant son Enfant, le porte déjà en son coeur. Avançons à sa suite. Ce qui plaît à Dieu, c’est un cœur offert, un cœur donné, un cœur qui dit « Oui » pour vivre de la vie que Dieu vient nous offrir, sa propre vie.

 

Amen

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Rédigé par Philippe

Publié dans #homélies

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Publié le 4 Novembre 2021

 

 

saint Francisco Garcia

Martyr

Octobre 2021 

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+ TOUSSAINT

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

Fontgombault, le 1er novembre 2021

Beati estis Heureux êtes-vous

(Mt 5, 11) 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

La fête de la Toussaint est la fête de tous les saints, la fête de la sainteté.

La foule de l’Apocalypse, composée de membres de tous les peuples, races, nations et langues que nul ne peut dénombrer, a grandi des premiers jours de la Création jusqu’à nos jours. Les temps à venir contribueront encore à son accroissement jusqu’à la fin du monde. L Cette foule, rapporte l’auteur de l’Apocalypse, proclame sans fin la gloire de Dieu : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »

Ainsi s’écoulera l’éternité dans la contemplation de ce qu’il y a de plus beau, de meilleur et de plus vrai. L’esprit humain ne saurait épuiser la nouveauté de Dieu.

Bien loin de s’endormir ou de se lasser, il sera constamment tenu en éveil, attendant tout de Dieu et disposé à tout recevoir.

Mais le voyant de l’Apocalypse n’oublie pas que telle n’est pas la condition humaine actuelle. Aussi, ne veut-il pas nous laisser ignorer le chemin des élus, un chemin à parcourir généreusement. L’un des Anciens proches du trône de Dieu, répond à son interrogation : Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le Trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. (Ap 7,14-15)

Tous les hommes obtiendront-ils cet honneur ? Tous y sont appelés mais seuls ceux qui ont blanchi leurs robes dans le sang de l’Agneau parviendront au but et remporteront la victoire. Ces hommes sont debout. Ils sont ressuscités. Ils ne ploient plus sous le poids du mal et du péché. L’Agneau se tient au milieu d’eux et Dieu a essuyé toute larme de leurs yeux. Ils sont dans la demeure de Dieu, et Dieu est dans leur demeure. Ils n’ont plus faim, ils n’ont plus soif. Ni la chaleur, ni le soleil ne les accablent. Ces hommes tiennent des palmes à la main, signes de victoire. Conduits par l’Agneau, ils ont traversé la grande épreuve. Ils ont franchi le ravin de la mort.

Qui voyons-nous dans cette foule immense ?

Là, nous reconnaissons Adam et Eve que les Pères de l’Église placent volontiers au Paradis malgré le premier péché, cette première révolte contre Dieu et ses commandements, dont ils furent personnellement coupables et dont le poids et les conséquences marquent chaque homme venant en ce monde, et ce dès avant sa naissance, du signe de la colère contre Dieu. Ici, ce sont les patriarches de l’Ancien Testament dont l’Écriture nous apprend qu’ils ont marché avec Dieu en sa présence. Nous voyons encore les personnages familiers du Nouveau Testament, Marie et Joseph, le Précurseur, les apôtres, les saintes femmes et le bon larron, premier canonisé de l’histoire de l’Église.

Nous voyons aussi tous les saints dont l’Église a reconnu le caractère exemplaire de la vie, et dont elle a affirmé qu’aujourd’hui ils sont avec Dieu. Nous reconnaissons enfin ceux que le Pape François appelle les saints de la porte d’à côté. Ces gens qui n’ont pas été canonisés ; des gens que nous avons connus et qui ont marqué notre enfance, notre vie, par leur pratique exemplaire de la charité et de la miséricorde. Imiter leurs gestes d’amour et de miséricorde, affirme le Saint-Père, est un peu comme perpétrer leur présence dans ce monde. Et en effet, ces gestes évangéliques sont les seuls qui résistent à la destruction de la mort : un acte de tendresse, une aide généreuse, un temps passé à écouter, une visite, une parole gentille, un sourire...

À nos yeux, ces gestes peuvent sembler insignifiants, mais aux yeux de Dieu, ils sont éternels, car l’amour et la compassion sont plus forts que la mort. (Angélus du 1 er novembre 2015)

Suivre le Christ à travers le chemin des saints de tous les temps, c’est prendre le chemin de l’éternité bienheureuse : Heureux, dès à présent, les morts qui meurent dans le Seigneur. Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs peines, car leurs actes les suivent ! (Ap 14,13)

Nous ne retrouverons au Ciel que ce que nous aurons donné sur la terre : nos actes de miséricorde, de charité. Nos actes, bons ou mauvais, sont comme les enfants de nos vies. Dans la mesure où ils nous font progresser vers le Seigneur, nous-mêmes ou autrui, dans la mesure où ils nous en détournent, ces actes prennent une couleur morale. Ils sont bons ou mauvais. Dieu nous tient pour responsables les uns des autres.

Nous voici donc invités à prendre soin de toute vie humaine dont la fin est la gloire et la louange de Dieu, et dont les actes préparent dès aujourd’hui l’éternité. De sa conception jusqu’à sa fin , la vie humaine est orientée vers une rencontre. Ce soin s’étend aussi à ceux qui sont morts et qui demeurent aujourd’hui au purgatoire, cette antichambre du Paradis. Leur séjour est pesant, alors que ces âmes séparées de leur corps aspirent à la rencontre de Dieu.

Tout en comprenant le motif de leur pénitence, elles attendent l’ouverture de la porte du Ciel. Demain, l’Église nous invitera à prier pour nos frères défunts. Par nos visites au cimetière, par l’assistance à l’office des morts, par la récitation du chapelet, nous allégeons le poids de leur peine et réduisons la durée de leur séjour. Ils nous béniront pour cela.

En ce matin de la Toussaint, allons-nous donc demeurer dans la contemplation du Ciel, comme les apôtres au jour de l’Ascension ?

Le Seigneur poursuit l’annonce des béatitudes par deux adresses à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde... » (Mt 5,13-14)

La fête de la Toussaint nous rappelle que la terre, sortie des mains de Dieu, née de la lumière du premier jour, est le haut lieu, le beau lieu où il revient à l’homme de mettre en œuvre le programme des béatitudes.

Heureux les doux, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix... (Cf. Mt 5,1-12)

Parmi ces béatitudes, la tradition monastique a enseigné tout particulièrement la pureté du cœur, qui se traduit à travers la vérité et la cohérence de la vie, la franchise, la simplicité et la limpidité, l’absence de murmures, de critiques infondées ou stériles. Mettons-nous à l’école des premiers moines. Oui, comme ils sont bienheureux les cœurs purs ! Au sein d’un monde fatigué et malade, ils rayonnent et témoignent de la Bonté, de la Beauté, de la Vérité qu’est Dieu.

Déjà, ils voient Dieu.

Amen

 

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Rédigé par Philippe

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