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Publié le 28 Août 2021

 

 

 

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Fête de SAINT AUGUSTIN

PROFESSION SOLENNELLE

Homélie prononcée
par le Très Révérend Père Dom Jean Pateau Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 28 août 2021)

 

 

Tu vois la Trinité, si tu vois la charité.

( De Trinitate VIII, 7, 12)

Chers Frères et Sœurs,
Mes très chers Fils, et vous particulièrement qui allez émettre vos vœux solennels de religion,

Cette formule tirée de l’œuvre de saint Augustin répond au drame de toute vie humaine inquiète de savoir d’où elle vient et où elle va, inquiète au fond de trouver Dieu, et pour cela d’en connaître le chemin. Augustin pose un jalon : il ne peut espérer voir Dieu, celui qui ne voit pas la charité.

Depuis que vous êtes entré au monastère, saint Benoît ne vous a pas conduit par un autre chemin, lui qui invite ses fils à « Chercher Dieu » en déployant les trésors Du bon zèle que doivent posséder les moines :

[Les moines], écrit-il, s’honoreront mutuellement... ; ils supporteront entre eux avec la plus grande patience les infirmités physiques et morales; ils s’obéiront à l’envi... ; nul ne recherchera ce qu’il juge utile à soi-même mais ce qui l’est à autrui ; ils se prodigueront en toute pureté une charité de frères. (Règle de saint Benoît, c.72)

A cette école, le monastère devient vite un atelier où tous s’empressent à la pratique de la charité, un atelier qui est le lieu favorable où le miracle de la transformation des cœurs s’accomplira :

Si la charité vous plaît quand on la loue, écrivait saint Augustin, qu'elle vous plaise tellement que vous la gardiez dans votre cœur.

Si l'on vous montrait un vase ciselé, doré, artistement travaillé, et si ce vase séduisait vos yeux, attirait sur lui l'attention de votre cœur, si la main de l'artiste vous plaisait, et le poids de l'argent et la splendeur du métal, est-ce que chacun de vous ne dirait pas : « Oh ! si je pouvais avoir ce vase » ?...

Or, on fait devant vous l'éloge de la charité. Si elle vous  plaît, ayez-la, possédez-la : il n'est besoin de voler personne,  ni de penser à l'acheter ; elle se donne pour rien. Prenez-la donc et attachez-vous étroitement à elle. (Commentaire sur l'Épître de saint Jean, VII, 9).

Le moine est par nature un conspirateur pour la cause de la charité. Tantôt il puise dans la respiration d’amour de sa communauté ; tantôt il l’alimente de sa propre respiration.

Dès les premiers jours de votre vie monastique, en vous confiant non en vos propres forces, mais dans la grâce que Dieu a promise à tous ceux qui espèrent en lui, vous avez reconnu que c’est Dieu seul qui était au principe de la vie de la communauté, comme au principe de la vôtre. Vous n’exprimerez pas autre chose aujourd’hui en frappant encore à la porte du cœur de Dieu : Recevez-moi, Seigneur, et je vivrai.

Saint Augustin, comme nous tous, a mis du temps à comprendre ce mystère de la présence de Dieu tout à la fois si actif et ignoré au cœur de nos vies. Voici comment il l’exprimait en d’inoubliables et admirables paroles :

Tard je t'ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! Mais quoi ! Tu étais au-dedans de moi et j'étais, moi, en dehors! Et c'est au-dehors que je te cherchais ; je me ruais dans ma laideur sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi, retenu loin de toi par ces choses qui ne seraient point, si elles n'étaient en toi.

Tu m'as appelé et ton cri a forcé ma surdité ; tu as brillé et ton éclat a chassé ma cécité ; tu as exhalé ton parfum, je l'ai respiré et voici que pour toi je soupire ; je t'ai goûtée et j'ai faim de toi, soif de toi ; tu m'as touché et j'ai brûlé d'ardeur pour la paix que tu donnes. (Conf. X, 27, 38)

Avec Dieu nous sommes et nous serons toujours en retard, lui nous devance, frappe sans relâche à la porte de notre cœur, rappelant qu’il est là.

Et que faire lorsque l’appel a été entendu ? Quelle mission nous attend ?

L’évangile de ce matin y répond : Vos estis sal terræ... Vos estis lux mundi. Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde. Cet appel, qui vaut pour tout homme, s’adresse en particulier aux religieux, et en tout premier lieu aux moines. Être sel, être lumière, cela semble si simple ! Le sel sale parce qu’il est sel, et la lumière rayonne parce qu’elle est lumière. Le convive se réjouit de la saveur d’un plat convenablement salé, et l’homme rend grâce pour les beautés de la création qu’il voit à la lumière du soleil.

Mais comment un moine, reclus derrière sa clôture, pourra-t-il rayonner? Comment pourra-t-il susciter dans le cœur des hommes une louange de gloire à Dieu ?

Comme le sel, comme la lumière, le moine rayonnera tout simplement par la fidélité à ce qu’il est, à sa vocation : qu’il cherche Dieu, qu’il soit l’homme du désir de Dieu. Déjà par ce qu’il est, la vie du moine est prière.

Écoutons encore saint Augustin :

Le désir est une prière continuelle, alors même que la langue garde le silence. Si tu ne cesses de désirer, tu ne cesses de prier. Quand la prière sommeille-t-elle ? Lorsque le désir s'est refroidi. (Serm. 80,7)

A la part de prière qui occupe le moine, s’ajoute celle du travail. Augustin, écrivait le Cardinal Ratzinger, « est devenu un homme de plus en plus ordinaire parmi les hommes, il est devenu le serviteur de tous, et ainsi il est vraiment devenu un saint. En effet, la sainteté chrétienne ne consiste pas en quelque chose de surhumain, en un talent ou une grandeur formidable que quelqu’un d’autre n’aurait pas. La sainteté chrétienne, c’est tout simplement l’obéissance, se mettre à disposition là où Dieu nous appelle, cette obéissance qui ne fait pas confiance à sa propre grandeur, mais qui accepte tout de la grandeur de notre Dieu. » (Dogme et Annonce, Paris, Parole et Silence, 2012, p.384)

Qui mieux que Marie a vécu ces lignes ?

Ce que vous admirez extérieurement en Marie, disait saint Augustin reproduisez-le dans l'intérieur de votre âme.

Croire de cœur pour être justifié, c’est concevoir le Christ ; confesser de bouche pour être sauvé, c’est l'enfanter. (Serm. 191,4)

Telle est aussi la vocation du moine : contempler et louer. Écoutons encore l’évêque d’Hippone chanter la beauté de celui qui a conquis, fasciné son cœur, votre cœur, nos cœurs :

Pour nous qui croyons, que l'Époux apparaisse toujours dans sa beauté. Il est beau comme Dieu, puisque le Verbe est Dieu ; il est beau dans le sein de la Vierge, où il se revêt de la nature humaine sans se dépouiller de la nature divine ; il est beau dans sa naissance, ce Verbe enfant. Il est donc beau dans le ciel et beau sur la terre, beau dans les entrailles virginales, beau dans les bras maternels, beau dans ses miracles et beau dans la flagellation, beau quand il nous invite à sa vie, beau quand il méprise la mort, beau quand il donne son âme et beau quand il la reprend, beau sur la croix, beau dans le sépulcre, beau dans le Ciel. (Tr. Psaumes 44,3)

Amen.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 15 Août 2021

 

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ASSOMPTION
AUX VÊPRES, AVANT LA PROCESSION DU VŒU DE LOUIS XIII.

Allocution du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault (Fontgombault, le 15 août 2021)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

AU soir d’un jour tout illuminé du triomphe de Marie, dans l’action de grâces pour les deux professions de ce matin et dans la fidélité au vœu du roi Louis XIII qui a consacré la France à la Mère de Dieu, nous allons processionner au chant des Litanies de Lorette, du Chez nous soyez Reine et de l’Ave Maria de Lourdes.

Alors que tant de nos contemporains sur la surface de la terre souffrent de la maladie et de ses terribles conséquences sur la vie sociale, il nous faut prier tout particulièrement Notre-Dame de Lourdes, unis aux pèlerins présents au sanctuaire, l’implorant de guérir tant d’êtres humains blessés dans leur corps et leur esprit, d’apporter la paix et la réconciliation au sein des familles, des communautés, des pays.

Le virus a comme révélé la vulnérabilité d’un monde sans Dieu... Alors que sous nos yeux se poursuit la lutte acharnée entre le bien et le mal, l’être humain est démuni. Une vie sans la bous- sole des commandements de Dieu, sans la perspective de la communion avec lui pour l’éternité, n’a plus de sens.

Jusqu’ici l’homme pouvait s’étourdir dans une vie sociale de plus en plus débridée. Mais voici que les relations sociales sont bouleversées. L’autre devient l’ennemi. L’avortement, l’euthanasie,

l’enfant conçu à tout prix et comme un dû, la famille à géométrie variable, décomposée et recomposée... des progrès sociétaux, nous dit-on, mais qui suscitent l’inquiétude. L’homme et les sociétés se libèrent, mais pour qui, mais pour quoi ? Où allons-nous ?

Alors que la déprime a peut-être déjà envahi notre horizon, reve- nons aux fondamentaux de notre foi. Si le mal et le bien semblent paraître sur un même plan, aussi forts l’un que l’autre, peut-être cela tient-il à notre facilité de choisir l’un ou l’autre, d’oublier aussi que Dieu est Dieu. Il paraît si exaltant d’être libre de tout... de faire le choix du vide, du néant.

Pourtant, tout demeure dans la main toute puissante de Dieu, créateur de toutes choses. Si Dieu respecte notre liberté, que nous agissions pour le bien ou pour le mal, il n’en demeure pas moins que nous sommes appelés et que nous avons la grâce nous permet- tant de choisir le bien et de l’accomplir. Dieu n’est pas surpris par notre péché. Au-delà des victoires éphémères du mal, il poursuit vers son achèvement l’œuvre commencée au premier jour de la création. Il ne peut se tromper. L’histoire de l’humanité ne peut s’achever qu’en louange de sa gloire.

A l’attente d’un Sauveur, Dieu a répondu par un enfant né d’une Vierge. Au désespoir des disciples au soir du Vendredi-saint, a fait suite le triomphe du matin de Pâques. Demeurons-en convaincus, Dieu poursuit son œuvre de création aujourd’hui. En action de grâces pour ses œuvres admirables, marchons en procession à la suite de Marie, marchons comme elle et avec elle vers la gloire.

Demeurons dans l’espérance et témoignons à notre pays, au monde, dans une vie en cohérence avec notre foi, que nul ne trou- vera consolation et secours, si ce n’est dans le Nom du Seigneur, lui qui a fait le ciel et la terre.

Acclamons donc maintenant notre Maman au Ciel.

 

+ ASSOMPTION

PROFESSION SIMPLE de deux novices

 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 15 août 2021)

Chers Frères et Sœurs,


Mes très chers Fils, et vous particulièrement qui allez émettre vos vœux de religion,

Aujourd’hui, l’Église fête le triomphe de Marie qui, au terme de sa vie sur la terre, entre corps et âme au Ciel.

Aujourd’hui, les moines de Fontgombault et beaucoup d’amis se souviennent qu’en cette fête, l’an passé, alors que le soleil était au zénith, à l’heure solaire de l’Angelus, le Père Abbé Antoine a remis son âme à Dieu, et celle-ci s’est présentée à la porte du Ciel.

Aujourd’hui enfin, en la fête patronale de notre monastère, renouant avec une tradition interrompue depuis 1967, deux frères vont prononcer leurs vœux simples de religion, vœu de stabilité dans la famille monastique qu’ils ont choisie, vœu de conversion de leurs mœurs et vœu d’obéissance.

Prononcer des vœux monastiques, c’est renoncer au monde et reconnaître que Dieu mérite d’être préféré à tout, même aux affections les plus légitimes, comme celle de la famille que nous remercions pour le don auquel elle participe ce matin.

Faire le choix de Dieu n’est pourtant pas propre au moine. Qui que nous soyons, sans cesse, il nous revient de faire en vérité ce choix, sachant que Dieu ne nous trompera pas et que, nous- mêmes, nous ne pourrons le tromper. Par une existence retirée, les moines rappellent de façon radicale ce devoir à ceux qui passent auprès de leurs maisons ou les visitent. Faire le choix de Dieu, c’est faire le choix de la vie en grand. C’est ce que vous allez chanter d’ici peu : « Recevez-moi Seigneur et je vivrai et ne décevez pas mon attente. »

Vivre, pour beaucoup aujourd’hui, se résume au plaisir, à profiter de la vie. Dans un tel contexte, l’homme attend de la société qu’elle dispose tout pour le satisfaire : se faire du bien et ce jusqu’à permettre ce qui, dans les temps prétendus arriérés du Moyen-Âge, n’aurait jamais été imaginé. L’histoire humaine n’a retenu et ne retiendra aucun État qui ait survécu à de tels principes. Lorsque le bien propre ignore le bien commun, lorsque la société ne protège plus le faible dans le sein maternel, qu’elle prive la psychologie sans défense de l’enfant des guides et des lumières qui lui permettront de construire son humanité, dans l’harmonie avec le corps qu’il a reçu, il n’y a plus d’avenir ni pour la société, ni pour les familles, ni pour l’individu. La vie des sociétés et la vie de l’homme sont privées de sens. Pourquoi notre monde en quête de plaisir est-il si triste ? Demeure-t-il sans espérance ? Ne sachant où il va, l’homme ne sait où se diriger. Quant à son but et quant à sa raison d’être, la vie est vide de sens.

Pour le chrétien, il n’en va pas ainsi. La vie est un don, un cadeau. Le sens de sa vie, le chrétien le reçoit de Dieu. Il chemine vers lui et il sait que dans l’instant présent, il demeure dans sa main.

La Règle de saint Benoît ne fait qu’ordonner la vie de la société monastique de sorte que tous y cherchent Dieu dans les meilleures conditions. Saint Benoît prévoit même la rencontre

avec le péché en donnant à son fils le 72e instrument des bonnes œuvres : Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

Là me semble résider pour tout homme la clé de la joie, de la simplicité, de l’enfance, qui sont, en particulier, le propre des maisons monastiques : la quête insatiable d’un plaisir éphémère et jamais assouvi y est remplacée par l’assurance dans le présent du regard miséricordieux de Dieu sur la pauvreté de nos vies et pour l’avenir par la promesse de la vision. Si la vie éternelle pour tous est déjà commencée, cela est vrai pour le moine qui doit vivre dans un cœur à cœur constant avec Dieu.

Un tel cœur à cœur est-il difficile ? Je ne le crois pas. Il s’agit simplement d’être libre, libre pour donner son cœur, libre pour abandonner son cœur. Mais comment oser faire le pas de la libération, de la liberté lorsque ce pas exige de réels renoncements et que nous n’avons pas encore rencontré face à face celui qui nous tend la main ?

Par ses vœux, le moine est appelé à se libérer de ses soucis. Ainsi dépouillé, il doit demeurer pauvre, libre. Le Père Abbé Antoine exprimait cela ainsi :

Les gens croient que les moines sont enfermés en prison mais je dis facilement que c’est le monde qui est en prison. Les moines peuvent sortir de la clôture comme ils veulent, ils ont la clé..., mais c'est le monde qui ne peut pas entrer. Le respect de la clôture est un bien non seulement pour les moines mais aussi pour le monde qui peut être 'interpellé' par les exigences de notre vie.

Les trois événements évoqués au début de cette homélie et qui pouvaient sembler sans rapport, s’ordonnent à la lumière d’un mot : liberté, liberté pour un don : don de la vie dans la profession monastique, don de l’âme à travers la mort, deux étapes de la vie humaine que, d’une manière ou d’une autre, nous aurons à parcourir.

Puis, à la fin des temps, arrivera pour les amis de Dieu, le couronnement que Marie a déjà vécu lors de son assomption et que nous vivrons alors que notre âme retrouvera son corps.

L’histoire de toute vie se résume à l’histoire d’une libération. Une libération dont Dieu est le premier et, au fond, le seul artisan ; une libération qu’il nous faut accueillir en commençant par accueillir en nous le libérateur. Comment ? Saint Benoît, dès le premier mot de sa Règle, y invite le moine par un mot tout simple : « Écoute ».

Depuis les premiers temps de l’histoire de l’humanité, les merveilles de Dieu s’opèrent dans les cœurs de ceux qui écoutent. Le Père Abbé Antoine a été de ceux-ci et la fécondité de son abbatiat rend témoignage à sa vie. Souvent les merveilles de Dieu demeurent cachées même à ceux qui en bénéficient. Dieu aime celui qui conserve tout en son cœur.

Marie est celle qui a écouté la parole de Dieu et qui ainsi est devenu féconde : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1,38) Marie est la femme qui écoute, qui accueille, qui enfante. Elle est celle qui au terme de son chemin sur la terre est accueillie chez Dieu, drapée de lumière, la lune sous ses pieds, et la tête entourée de douze étoiles.

Ce soir après les vêpres nous allons processionner solennellement en l’honneur de notre Maman du Ciel. Nous lui confierons nos deux profès de ce matin ; nous lui confierons chacune de nos vies ; nous lui confierons tous les hommes de notre terre qui sont ses enfants. Enfin nous recommanderons à sa maternelle sollicitude le Père Abbé Antoine, qui ne manquait jamais une occasion de rappeler à ses fils les gloires de leur Mère.

Trahe nos, Virgo Immaculata : entraînez-nous, Vierge Imma- culée. Tirez-nous sur le chemin du Ciel.

Amen, Alleluia.

mes prières pour surtout l'un d'entre eux, félicitations à Thibault  et à sa famille. 

Philippe. 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 9 Août 2021

 

 

 

Sancta Maria, defende nos!

Holy Mary, protect us!

priez pour moi .

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Rédigé par Philippe

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Publié le 11 Juillet 2021

 

 

 

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AINT BENOÎT 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

 (Fontgombault, le 11 juillet 2021) 

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

 

En ce dimanche, dès le premier mot de l’Introït, l’Église nous invite à la joie. Quoi d’étonnant ! 

Le dimanche est par essence le jour de la joie. Après une semaine de travail, l’homme est invité par Dieu lui-même à se reposer. Tel est le commandement, ou plus exactement la parole, parole d’amour, adressée au Sinaï par Dieu à l’attention du peuple qu’il venait de faire sortir d’Égypte : 

Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié. (Ex 20, 9-11) 

Gaudeamus. 

Réjouissons-nous. 

Dieu, venant de libérer son peuple de pharaon, ne voulait pas que l’appât du gain l’emprisonne et le conduise à oublier son créateur en se livrant sans fin au travail. Le septième jour devenait ainsi le jour où l’homme se souviendrait qu’il avait été gratuitement libéré par Dieu de la servitude. 

Pour les chrétiens, le dimanche s’est enrichi d’un nouveau don. L’homme, révolté contre Dieu depuis les origines, devait être libéré d’une autre servitude, plus profonde, plus universelle et aux formes multiples : le péché. Il avait besoin d’être réconcilié avec Dieu, avec le projet que Dieu avait, dans son immense amour, préparé pour sa créature bien chétive : la béatitude éternelle, c’est-à-dire la vie en communion avec Dieu, la vision de Dieu pour l’éternité. Telle est la récompense des récompenses à laquelle Dieu dans sa bonté nous appelle. 

Cette libération du péché que nul être purement humain ne pouvait obtenir, Dieu a voulu qu’elle s’accomplisse par son Fils, tout à la fois Dieu et homme, et plus particulièrement à travers le mystère de sa mort en croix et de sa résurrection. Chaque dimanche de l’année liturgique commémore donc le dimanche par excellence, la Pâque du Seigneur, jour où chaque année, l’Église au terme du triduum pascal proclame la mort du Seigneur et annonce sa résurrection. Mais ce triomphe de la vie sur la mort doit désormais se communiquer à chacun d’entre nous comme l’affirme saint Paul : 

Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. (Rm 6,3-4) 

La joie propre au dimanche tient donc à la résurrection du Christ et pourtant, l’Église nous invite aujourd’hui à nous réjouir tous dans le Seigneur pour un autre motif qui bien que différent n’est pas étranger au premier. L’Église unie aux anges se réjouit de la sainteté qui resplendit dans l’Abbé Benoît. Dans les saints, c’est la vie du Christ qui resplendit. 

Ce saint moine qui a vécu dans le nord de l’Italie à la fin du Ve siècle et au début du VIe a profondément marqué et l’histoire de l’Église et l’histoire de l’Europe. La plupart des ordres religieux et nombre de communautés nouvelles ont emprunté à la sagesse de la règle qu’il a laissée aux moines. L’Europe aux vastes étendues parsemées de monastères a reçu du saint patriarche les fondements d’une civilisation établie sur les valeurs chrétiennes, l’obéissance à la loi de Dieu, créateur et rédempteur, ainsi qu’une invitation au respect de tout être humain, créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance. 

Dans son livre, La Règle de saint Benoît aux sources du droit, Gérard Guyon défend la thèse qu'en écrivant sa règle, saint Benoît est à l'origine d'un système juridique original adopté par les élites, qui va s'étendre à l'ensemble de la société laïque européenne et fera sentir son influence jusqu’à nos jours. 

Selon saint Benoît, le droit est au service de la justice et celui qui possède le pouvoir est le premier responsable de ce service. La règle, tout en donnant une grande autorité à l'abbé et aux doyens du monastère, rappelle cependant le fondement de l'autorité qui est participation à l'autorité du créateur. Cela implique que son détenteur devra rendre des comptes. 

A la suite du vote par les députés, le 29 juin dernier, du projet de révision de la loi bioéthique, Mgr de Moulins-Beaufort, Archevêque de Reims et Président de la Conférence des évêques de France a résumé par un jugement inquiétant ce texte : « Si la loi dit le droit, elle ne dit pas le bien. » 

Précisons : la loi dit le droit, c’est-à-dire ce que l’homme peut faire sans être inquiété par les services de l’État. La loi ne dit pas le bien, elle ne dit pas, elle ne dit plus en effet ce qui est vraiment juste et qui, au fond, doit servir de repère à l’homme. 

La satisfaction d’un besoin - même légitime -, affirmait Mgr de Moulins-Beaufort, le principe d’égalité, les besoins de la recherche scientifique, la peur du handicap ne peuvent justifier qu’on traite l’être humain comme un matériau manipulable et éliminable. 

Il importe plus que jamais que chacun trouve les moyens de la vigilance et d’un discernement personnel afin de faire ses choix en pleine conscience de ses conséquences éthiques. 

Il nous faut prendre acte à nouveau du processus de régression dans lequel s’enfonce notre société. Saint Benoît invite l’abbé à regarder tout être qu’il soit victime, qu’il soit coupable, qu’il soit fort, qu’il soit faible, comme un homme à mener vers son créateur. Il l’invite à « Honorer tout homme. » Cela est juste. 

De façon paradoxale, les États ont abandonné cet impératif. La forteresse qu’est pour l’enfant le sein maternel de la femme dite « enceinte » est devenu le théâtre d’un holocauste. A l’opposé des enfants seront conçus privés de père. Dieu a été évacué des États. Dieu a été évacué des sociétés. Dieu doit être évacué des âmes. 

Faudrait-il pour autant désespérer ? 

Quand saint Benoît écrivait sa règle, le monde romain s’était effondré. Le continent européen était à feu et à sang. Revenons donc aux lignes du saint moine pour une nouvelle évangélisation, une nouvelle Pâque.

 

Sainte Marie, saint Benoît, tous les saints et saintes de Dieu.

 Priez pour nous.

 Amen. 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 29 Juin 2021

 

 

 

 

SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

 Homélie du Très Révérend Père dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 29 juin 2021)

 

 

"Tu es Petrus et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam. Tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon Église."

(Mt 16,18) 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

Reconnaître le Christ, tel est le souci de vérité qui semble motiver la question du Seigneur à ses apôtres et en particulier à Pierre qui répond au nom de tous. La réponse n’est pas si évidente comme en témoignent les avis des uns et des autres rapportés par les disciples au sujet de l’identité du Fils de l’Homme : Jean le Baptiste, Élie, Jérémie ou quelqu’un des prophètes.

Reconnaître le Fils de l’homme, c’est aussi faire sienne une mission. La confession de saint Pierre à Césarée marque une étape dans la révélation progressive que fait le Christ de la Passion et de la Résurrection prochaines : À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. (Mt 16,21)

  Confesser ce qu’est le Fils de l’homme ne suffit pas et Pierre va le comprendre. Malgré la proclamation de sa divinité : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16,16) , Pierre ne semble pas prêt à suivre le chemin que le Seigneur lui désigne. Il ne comprend pas la mission du Seigneur et en conséquence, il ne pourra accepter la sienne propre à la suite du Christ. Confronté au scandale de la Croix, Pierre s’insurge, prend à part le Christ et lui fait de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais Jésus, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16,22-23)

Quel contraste ! Il y a quelques instants, le Seigneur vient d’établir Pierre chef de l’Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » (Mt 16,18) et voici que désormais, il semble le maudire. Quelle délicatesse de la part de Jésus de nous révéler le cœur partagé de Pierre. Comme émerveillé par la proclamation de sa divinité, il s’était réjoui et avait béatifié son disciple : Heureux es-tu, Simon fils de Jonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. (Mt 16,17)

Maintenant, il s’attriste de ce que son disciple ne soit plus à l’école du Père qui est dans les cieux. Suivre la pensée des hommes ou suivre la pensée de Dieu, tel est bien le dilemme auquel comme Pierre, nous sommes constamment confrontés. Et le Seigneur ajoute : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. (Mt 16,24-25)

La leçon ne portera pas vraiment et nous savons comment au moment de la Passion, Pierre trahira son Maître. Comment comprendre, si ce n’est en reconnaissant la misère humaine ; les autres apôtres ne valent pas mieux comme le rapportent saint Luc (Lc 9,46) et saint Marc (Mc 9,34) : quelques jours après la confession de Césarée, ils discuteront entre eux afin de savoir qui est le plus grand ! A Césarée de Philippe, Pierre proclame sa foi, mais cette proclamation n’est pas suffisante pour celui qui veut suivre le Christ. Il ne suffit pas de connaître.

Il ne suffit pas de proclamer. Il faut marcher à la suite du Christ, prendre sa croix et le suivre. Il faut offrir sa vie. La confession de Césarée de Philippe appelle donc une autre confession, plus radicale : la confession de l’amour. Pierre la fera un jour, plus tard, au bord du lac de Tibériade, après la Passion et la Résurrection de son Seigneur. Saint Jean s’en souvient (cf. Jn 21,15-17).

Trois questions du Seigneur de plus en plus exigeantes dans leur simplicité : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » ; « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » ; « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »

Trois réponses de Pierre de plus en plus humbles : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » puis à nouveau : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » et enfin troublé et peiné par l’insistance du Maître aimé : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

Enfin, trois envois en mission : « Sois le berger de mes agneaux. », « Sois le pasteur de mes brebis. », « Sois le berger de mes brebis. »

Puis à nouveau, Jésus réitère l’appel à suivre la volonté du Père : Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » (Jn 21,18) Enfin, Jésus conclut en renouvelant l’appel du premier jour : « Suis-moi ». (Jn 21, 19)

Pierre n’échappera pas au martyre mais celui-ci viendra à l’heure établie par Dieu car rien n’échappe à la volonté divine. La lecture toujours émouvante des Actes des Apôtres nous le rappelle.

Alors que la barque de Pierre est aujourd’hui bien secouée, dans un monde en proie aux tempêtes, alors qu’une certaine confusion et parfois discordance naissent des paroles des pasteurs, nous avons le devoir de les garder tous dans la prière. Comme Pierre, ce sont des hommes qui humblement doivent discerner les pensées de Dieu et les exprimer. Comme Pierre eux aussi doivent se livrer à la confession de l’amour. Demandons à Marie, Mater Ecclesiæ, d’intercéder pour eux comme elle l’a fait au matin de la Pentecôte. Enfin, appelés à proclamer le mystère du Royaume de Dieu, invités à en témoigner par la cohérence de la vie, n’oublions pas que nous avons nous aussi à répondre à l’appel du Seigneur « Suis-moi », par la double confession de la foi et de la charité.

 

 Amen. 

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Publié le 20 Juin 2021

 

 

 

 

 

Dans l'épître d'aujourd'hui, saint Paul nous dit que « les souffrances de ce temps ne sont pas dignes d'être comparées à la gloire à venir qui se révélera en nous » (Rm 8, 18).

Cette brève phrase nous montre l'excellence de la gloire à laquelle nous sommes appelés. C'est une gloire à venir c'est-à-dire qu'elle est future, c'est la vie future, la vie après la mort, la vie sans fin après une brève existence temporelle. C'est une gloire d'une dignité la plus splendide, à côté de laquelle les plus grands honneurs de cette vie sont comme des perles de plastique qui se fanent à la lumière. C'est une gloire qui sera révélée, c'est-à-dire qu'en ce moment les amis de Dieu sont cachés aux yeux du monde qui est trop occupé de lui-même pour ne même pas les voir, mais au dernier jour, toutes les façades tomberont , les masques seront jetés, et la gloire resplendissante des enfants de Dieu sera éternellement manifestée.

Enfin, c'est une gloire qui sera en nous. En cela, nous voyons la vanité de la gloire que le monde offre à ses serviteurs, car cette pompe et cette gloire sont extérieures, elles sont en dehors de la personne dans les pièges de la richesse et de l'opinion des hommes faillibles et mortels. Mais la gloire éternelle sera fondée sur quelque chose qui est en l'homme, car comme le dit Notre-Seigneur : « Le Royaume de Dieu est en vous » (Lc 17, 21).

Dans le passage qui précède immédiatement ces paroles, l'Apôtre nous avait dit que nous devons d'abord souffrir avec le Christ si nous voulons être glorifiés avec lui. Comme il est rassurant et consolant de penser qu'il n'y a vraiment aucune comparaison entre ce que nous pourrions souffrir dans cette existence éphémère et la gloire du paradis à venir.

Littéralement aucune comparaison. L'un est temporel, l'autre éternel. L'un dure un jour, l'autre éternellement. Les saints nous disent que, tout comme une seconde de feu de l'enfer fera complètement oublier à l'âme tous les faux plaisirs qu'elle a eus dans cette vie, de même une seconde de gloire céleste rendra l'âme totalement inconsciente de ce qu'elle aurait pu souffrir dans cette vie.

Assurons-nous de ne pas nous tromper et de ne pas mettre notre cœur au mauvais endroit.

De même que c'est la sagesse commune des saints de fixer leurs yeux sur le bien éternel et de supporter les difficultés dans cette vie, de même c'est le lot commun des réprouvés de mettre toute leur espérance dans les plaisirs passagers. La sagesse des saints brille d'autant plus lorsqu'elle est opposée à la folie des pécheurs. C'est peut-être la raison pour laquelle l'Évangile d'aujourd'hui nous dit que Notre-Seigneur commande à Pierre de se jeter dans les eaux profondes.

Cette vie est en effet comme une excursion en mer. Le temps que nous passons ici-bas ressemble beaucoup à la traversée d'une mer. Que penserions-nous d'un homme qui, lors d'une croisière autour du monde, s'installerait dans une maison et investirait dans l'achat et la vente et créerait sa propre petite entreprise et mettrait toute son énergie à rendre ses quelques jours à bord aussi agréables que possible sans se soucier de ce qu'il fera une fois arrivé au port ?

C'est exactement ce que font les pécheurs lorsqu'ils refusent de lever les yeux vers le rivage éternel du Ciel et essaient de se mettre à l'aise dans cette vie, qui selon sainte Thérèse d'Avila n'est rien de plus qu'« une mauvaise nuit dans une mauvaise auberge ».

Mais le commandement de Notre-Seigneur d'aller en profondeur nous amène à un autre aspect de la messe de ce dimanche.

Qu'est-ce qu'aller en profondeur si ce n'est de se confier entièrement à la Grâce divine, de franchir le pas et de faire confiance à la toute-puissance de Dieu la bonté de nous conduire vers une éternité bienheureuse, de refuser de nous enfermer dans nos petits soucis et de nous livrer à la Divine Providence qui guide notre petite barque à travers les flots de cette existence éphémère ?

Qu'est-ce que sortir dans les profondeurs si ce n'est de refuser de s'inquiéter ou d'être bouleversé ou de perdre espoir ou s'inquiéter des choses de ce monde ?

Qu'est-ce que c'est si ce n'est pas de refuser de dire à Notre-Seigneur ce qu'il doit faire et d'accepter qu'il soit aux commandes ? Qu'est-ce si ce n'est pas, quand on voit grandir la puissance du mal, se réfugier dans la prière, avec la conviction absolue que Dieu s'en occupera en son temps ?

Qu'est-ce que c'est si c'est de ne pas accepter notre chemin de vie, de nous laisser reposer dans la contemplation de sa bonté, tout comme le bébé trouve le repos et la tranquillité dans les bras de sa mère ?

Qu'est-ce que c'est si ce n'est pas dormir profondément alors que les vagues battent contre notre petite embarcation, s'abandonnant à la grâce omnipotente qui contrôle toujours les moindres détails de notre vie ?

Qu'est-ce que c'est si ce n'est pas de rester en paix quand d'autres soulignent nos lacunes ou trouvent à redire à ce que nous faisons ou disent du mal de nous, de  médire et de créer des guerres qui ne servent qu'à polluer davantage la bonne terre de Dieu, ? -

Qu'est-ce que c'est si ce n'est pas de fermer les yeux et de nous laisser emporter par le courant de la grâce divine, sachant que si nous le faisons, notre petit bateau avancera  jusqu'au rivage éternel.

Alors que nous continuons notre voyage vers l'éternité, assurons-nous d'avoir Jésus dans notre bateau. Ne le perdons pour rien au monde.

Ne le chassons pas par le péché. Car comme dit l'Imitation du Christ, celui qui perd Jésus, perd plus que s'il avait perdu le monde entier. Si nous avons Jésus dans notre barque, il ne faut pas s'étonner s'il nous demande des faveurs, s'il nous invite à renoncer à nous-mêmes, s'il compte sur notre abandon total et sur notre confiance en sa grâce, s'il nous demande de plonger dans l'inconnu.

C'est alors qu'il faut être prêt à s'enfoncer dans l'abîme, à se lancer en haute mer, en se confiant à un morceau de bois, ce même bois sur lequel le Sauveur a été cloué.

Et si, malgré notre générosité, ou peut-être à cause d'elle, le Seigneur semble dormir, ne le réveillons pas. Les apôtres ont été réprimandés pour leur peu de foi lorsqu'ils ont réveillé Notre-Seigneur, car la plus grande foi est de L'attendre, d'avoir confiance en Lui, même s'Il peut sembler dormir, Il reste vraiment bien éveillé et parfaitement en contrôle, et Son Sacré-Cœur ne dort jamais. 

Le jour viendra peut-être où, comme Pierre, nous voudrons le supplier de s'éloigner de nous, car nous avons appris à connaître notre profonde indignité. Mais c'est alors que nous devons rester, car c'est alors, et alors seulement, qu'il peut nous confier la tâche de lancer d'autres âmes sur la haute mer de la conversion authentique et de la sainteté de la vie.

C'est alors que nous pouvons faire partie de cette foule d'âmes qui contribuent à la « dévotion tranquille » dont parle la collecte d'aujourd'hui, et qui fait de l'Église de tous les temps un refuge et un havre pour ceux qui se fondent sur la solidité de la vraie foi.

Le monde est en constante agitation, et cette agitation fait secouer la Barque de Pierre sur les flots, mais au fond de ce navire sont saines et sauves les âmes, les petites âmes humbles, qui acceptent de se reposer avec Jésus et qui regardent sans cesse vers Marie, étoile de la mer, qui guide la véritable Église vers les rives éternelles.

Amen.

 

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Publié le 13 Juin 2021

 

 

 

"

Toutes ces nuits, pour quoi, pour qui, 

Et ce matin, qui revient, pour rien.

Ce coeur qui bat trop fort, trop fort, " 

 

G. Bécaud. 

 

Même si l'amour de Dieu pour l'humanité s'est manifesté dans la création même du monde, a été continuellement rappelé dans tous les actes d'amour et de bienveillance de Dieu pour son peuple tout au long de l'Ancien Testament, a été pleinement révélé dans la vie et la mort de notre Sauveur béni et prêché par les apôtres, saint Jean étant celui qui l'a parfaitement condensé dans la formule Deus caritas est - Dieu est amour - tout cela n'a pas suffi à l'amour débordant du Dieu incarné pour nous.

Au fur et à mesure que les siècles croissaient et diminuaient, et que la chrétienté était déchirée en deux par le grand schisme entre l'Orient et l'Occident, puis déchirée par la Révolution protestante, l'esprit authentique du christianisme, que Dieu est Amour, avait tendance à être négligé et même oublié. Le christianisme en vint à être considéré comme un phénomène social, ce qui rendit évidemment impossible sa compréhension.

C'est pour remédier à une situation aussi calamiteuse que Notre Sauveur est apparu à sainte Marguerite-Marie Alacoque. Il lui montra son Cœur en disant : « C'est le Cœur qui a tant aimé les hommes, et qui ne reçoit de la plupart d'entre eux que l'ingratitude et l'indifférence ».

C'est le cri d'un Cœur blessé qui retentit de cette petite ville française de Paray-le-Monial en 1673. C'était, en même temps, un grand « silence » divin qui invitait les hommes au silence, à laisser de côté leurs polémiques. , et revenir au cœur de notre religion. Car le cœur de notre religion est le Cœur du Christ lui-même, ce Cœur de chair, comme le nôtre, qui a commencé à battre dans le sein de la Vierge, a été ouvert avec la lance sur le Calvaire, et palpite aujourd'hui éternellement à la droite du Père, comme dans le Très Saint Sacrement de l'Autel, c'est pourquoi la fête est célébrée immédiatement après le Corpus Christi.

De nombreux saints ont écrit avec éloquence sur le Cœur du Christ, en recourant à un certain nombre d'analogies que notre office des Matines de vendredi dernier nous a rappelées. Le Divin Cœur y est considéré comme un magnifique trésor où sont emmagasinées les richesses du Ciel ; comme une source d'où jaillissent les torrents de la grâce ; comme une harpe qui, sous l'effleurement du Saint-Esprit, fait entendre les mélodies les plus ineffables ; comme un encensoir d'où s'élève le plus doux parfum de toutes les vertus devant le Père éternel ; et enfin comme un autel dans lequel s'immole le Grand Prêtre éternel Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Chaque fois que nous venons alors prier devant le Saint-Sacrement ou assister au Saint Sacrifice de la Messe, soyons conscients de la réalité que nous avons devant nous et approchons-nous avec la plus grande révérence et humilité.

Si notre première considération en cette fête est l'amour de Dieu pour nous manifesté dans le Cœur du Christ, la liturgie nous invite également à considérer nos propres cœurs et à les renouveler. L'Écriture sainte nous invite à « retourner dans le cœur » (voir Psaume 84), et le prophète Jérémie se plaint que le monde entier est dans la désolation parce qu'il n'y a personne pour méditer sur les vérités divines dans son cœur (voir Jr 12 :11). A une époque de distractions incessantes qui dispersent l'esprit et dessèchent le cœur, le retour au cœur n'est pas seulement utile, il est absolument indispensable pour qui ne veut pas se laisser emporter par la superficialité du bruit constant.

 

«Qui est-ce qui met son cœur à s'approcher de moi, dit le Seigneur? Et vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu… Dans les derniers jours, vous comprendrez ces choses » (Jr 30 :21-24).

Et quelles sont ces choses ? Quelle est la pensée de ce Cœur : « Je t'ai aimé d'un amour éternel, c'est pourquoi je t'ai attiré en prenant pitié de toi » (Jr 31, 3).

L'amour éternel de Dieu pour nous nous invite, voire nous presse, comme le dit saint Paul : « Charitas Christi urget nos – l'amour du Christ nous oblige » (2 Co 5, 14) à répondre avec amour.

Et comment fait-on ? Je suggère qu'une façon est de faire un effort pour que nos cœurs trop nombreux imitent ces cinq images qui ont été évoquées plus tôt, et qui symbolisent le Cœur de Jésus.

Nos cœurs ont besoin de devenir des trésors, en y emmagasinant les Paroles divines de la Sainte Écriture et les inspirations reçues dans la prière. Comme Notre-Dame, nous devons fréquemment méditer sur les mystères du salut dans nos cœurs, cherchant à y trouver toutes les pépites d'or qui se cachent sous la surface. Les gens devraient pouvoir trouver dans nos cœurs, l'or de la charité, l'argent de la sagesse, le bronze de la chasteté, la perle de grand prix, c'est-à-dire Dieu lui-même. Personne ne devrait jamais venir à nous sans s'être enrichi d'un trésor qui ne déçoit pas et ne passe pas.

Nos cœurs ont besoin de devenir des fontaines d'où la grâce de Dieu qui nous a été donnée peut couler vers les autres. Dans un monde sec comme une feuille morte par une chaude journée d'été, la source rafraîchissante de vérité et de bonté devrait couler de nos âmes et arroser le désert de notre friche moderne.

Nos cœurs ont besoin de devenir des harpes, émettant cette douce mélodie de louange divine, remplie des harmonies les plus exquises.

Avec sainte Elisabeth de la Trinité, nous devons apprendre que les plus beaux airs se produisent lorsque le cœur est sous la pression de la souffrance. À moins que les cordes ne soient pincées, elles ne peuvent émettre aucun son, mais restent silencieuses. C'est ainsi que l'âme cueillie par les souffrances, tant intérieures qu'extérieures, peut émettre cette belle musique qui ravit le Cœur de Dieu et édifie le cœur des hommes.

Nos cœurs ont besoin de devenir des encensoirs d'où s'élèvent fréquemment tout au long de chaque jour les prières qui sont comme l'encens devant le trône de Dieu – in odorem suavitatis.

Cette prière, avec toutes les pensées saintes inspirées pendant la prière, comme celle de l'ange dans l'Apocalypse, devient une odeur parfumée devant Dieu, le poussant à répandre ses faveurs sur le monde et attirant les hommes à le suivre (voir Apoc 8 :4). In odorem unguentorum tuorum currimus – nous courrons à l'odeur  de vos parfums, dit l'âme dévote au Christ dans les paroles du cantique (Cantique 1:3). Et saint Paul nous dit que nous devons être en tout lieu la bonne odeur du Christ – Christi bonus odor sumus (2 Co 2, 15). Et nous le serons si nous nous dégageons de la puanteur du vice qui règne dans le monde et restons près de la source même de cette douce odeur qu'est le Cœur du Christ.

Enfin nos cœurs ont besoin de devenir des autels sur lesquels nous apprenons à sacrifier tous nos désirs, à offrir nos peines, nos déceptions, nos humiliations, nos retards, une pierre sacrée sur laquelle Jésus sait qu'Il peut déposer une offrande qui sera consumée par le Feu.

Avec ce mot, nous arrivons à l'essence de cette fête : le Cœur de Jésus est en feu d'amour pour nous, il est consumé de nostalgie, et son plus grand désir est de nous voir consumés d'amour pour Lui et pour les âmes. Avec Notre-Dame du Sacré-Cœur et à travers son propre Cœur Immaculé, nous disons cette prière jaculatoire que nous pouvons répéter tout au long de la journée : Cœur de Jésus, brûlant d'amour pour nous, enflamme nos cœurs d'amour pour Vous.

Amen.

dom Pius Noonan osb +

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Publié le 3 Juin 2021

 

 

 

 

 

 

+ FÊTE-DIEU 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 3 juin 2021) 

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

 Au soir du Jeudi-saint, l’Église a commémoré l’institution de l’Eucharistie dans le cours plus large des événements du Triduum Pascal : institution, mort et résurrection du Seigneur. Aujourd’hui, à la suite des révélations particulières au XIIIe siècle de sainte Julienne, religieuse augustine du couvent léproserie du Mont Cornillon, elle nous invite plus particulièrement à considérer ce mystère comme lieu de la communion avec le Seigneur et de son adoration. Adolescente, Julienne était particulièrement portée vers la dévotion eucharistique. Gratifiée de fréquentes visions mystiques, elle voyait par exemple une lune rayonnante de lumière, mais incomplète, divisée par une bande noire en deux parties égales. Benoît XVI lors de l'audience générale du 17 novembre 2010 commentait : « Le Seigneur lui fit comprendre la signification de ce qui lui était apparu. La lune symbolisait la vie de l’Église sur terre, la ligne opaque représentait en revanche l’absence d’une fête liturgique, pour l’institution de laquelle il était demandé à Julienne de se prodiguer de façon efficace : c’est-à-dire une fête dans laquelle les croyants pouvaient adorer l’Eucharistie pour faire croître leur foi, avancer dans la pratique des vertus et réparer les offenses au Très Saint Sacrement. »

Julienne, accepta sa mission avec l’aide de la bienheureuse Ève de Liège, une recluse. La Fête-Dieu (ou Corpus Christi) fut introduite en Europe en 1246 dans le diocèse de Liège. Après la mort de Julienne, la bienheureuse Ève obtint l'institution de la fête pour l'Église universelle par Urbain IV en 1264. L’Eucharistie est un mystère, c’est-à-dire une vérité de foi si profonde qu’elle dépasse l’intelligence qui ne peut en comprendre tous les éléments sans toutefois se trouver en face d’un objet dont elle puisse affirmer qu’il est en contradiction avec les principes premiers qui permettent à l’homme de penser. Relevons les premières paroles de saint Paul dans l’épître de ce matin : « J’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis. » (1 Co 11,23)

Ce mystère vient du Seigneur. Il ne peut nous tromper. Soulignons aussi que ces paroles, qui concernent le sacrement de l’Eucharistie, sont beaucoup plus générales. Le vrai pasteur reçoit du Seigneur et transmet. Il bénit ce qui est béni de Dieu. Le mercenaire au contraire suit ses propres intuitions. Il est à son service ou se rend esclave des idées du monde. L’apôtre poursuit alors par le récit de l’institution du sacrement et conclut : Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Et celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur.

On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur. (v.26-29) Manifestement, l’apôtre voulait rappeler aux Corinthiens le respect envers le corps du Seigneur.

Il explicite un peu plus loin : « Quand vous vous réunissez pour ce repas, attendez-vous les uns les autres ; si quelqu’un a faim, qu’il mange à la maison, pour que vos réunions ne vous attirent pas le jugement du Seigneur. » (v. 33-34)

En effet, ce repas n’est pas un repas comme les autres. Celui qui y participe « proclame la mort du Seigneur. »

Il fait mémoire de cette mort. La Constitution dogmatique du Concile Vatican II consacrée à l’Église, Lumen gentium enseigne : Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé (1 Co 5,7) se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre Rédemption s’opère.

En même temps, par le sacrement du pain eucharistique, est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul corps. (cf. 1 Co 10,17) (n° 3)

Ce qu’est cette œuvre de notre Rédemption renvoie au discours du Pain de Vie rapporté par saint Jean (ch.6) et dont l’évangile de ce jour est tiré : Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement… Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.

De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. (Jn 6, 51 ; 56-57)

La promesse faite par le Seigneur n’est pas secondaire : c’est la vie éternelle. Pour autant, elle ne suscitera pas l’engouement de tous ses interlocuteurs qui s’interrogent tant sur la personne de celui qui fait la promesse que sur ce qui est promis : Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »… À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. (Jn 6, 60 ; 66-68)

La question adressée aux disciples nous est aussi adressée. Partir, c’est prendre le sacrement de l’Eucharistie pour une chose banale. Il est si tentant de trouver d’autres maîtres... L’Eucharistie est un mystère car le sacrement rend présent le sacrifice de la Croix et en applique les fruits. Dieu sert abondamment la table. Il se donne en nourriture. Chaque miette venue de cette table comble le cœur de l’homme sans que l’homme ne l’épuise. Dieu vit en nous et nous en Dieu. Demeurons dans l’action de grâces sans nous lasser pour un tel don. Nul homme ne peut se contenter d’être simple consommateur d’un tel mystère, d’un si grand sacrement. Il doit le rayonner. Celui qui participe à la vie du Christ n’a de cesse que cette vie se communique. « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12,49)

A notre juste place, par l’adoration, la prière, par le témoignage de la vie et l’évangélisation, travaillons à ce que « le pain des anges » devienne le pain des hommes, de tous les hommes.

Concluons par cette strophe empruntée à la séquence : Bon Pasteur, Pain véritable, Jésus, ayez pitié de nous : Nourrissez-nous, gardez-nous, Faites-nous voir les vrais biens dans la terre des vivants.

 

Amen, Alléluia.

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Publié le 23 Mai 2021

 

 

 

 

+ PENTECÔTE 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

 Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

 (Fontgombault, le 23 mai 2021) 

 

Illumina cor hominum. Illuminez le cœur des hommes.

(Hymne des Vêpres du mercredi)

 

 Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

 La fête de la Pentecôte à travers la grande richesse de ses textes et la particulière beauté de ses mélodies évoque dans une grande simplicité liturgique la venue du Saint-Esprit sur les apôtres réunis au Cénacle avec Marie. Un vent violent remplit toute la maison. Des langues semblables à du feu apparaissent, se partagent et se posent sur la tête de chacun des disciples. Ceux-ci se mettent à parler diverses langues selon que l’Esprit leur donne de s’exprimer. Manifestement les phénomènes ne se limitent pas à la seule salle du Cénacle. 

 

La foule à l’extérieur s’assemble, attirée par le bruit, curieuse de voir. Les habitants de Jérusalem, les juifs pieux venus de toutes les nations s’étonnent de ce que tous entendent les paroles des disciples dans leur propre langue. Ils témoignent de ce que proclament les disciples : « les merveilles de Dieu ». 

 

Après avoir médité la résurrection du Seigneur, cause de notre salut, les événements survenus ce matin au Cénacle devraient nous conduire à désirer une nouvelle Pentecôte. La liturgie pousse à l’appeler de nos vœux : « Veni, Viens. » 

L’état de notre monde n’est ni meilleur, ni pire que celui de l’empire romain décadent. Les apôtres au Cénacle n’ont pas échafaudé de plans pour une évangélisation massive du bassin méditerranéen ; en revanche, ayant accueilli la parole de Jésus, ils ont ardemment désiré la venue de l’Esprit. Comme Marie a conçu par l’opération du Saint-Esprit, de même, par l’effusion de l’Esprit, les apôtres sont devenus féconds. Ils ont été entendus et même compris par des interlocuteurs qui ne comprenaient pas leur langue. Alors que beaucoup de chrétiens s’inquiètent de vivre dans un monde qui ne les comprend plus, la réponse ne résiderait-elle pas d’abord dans l’accueil de l’Esprit en nos propres cœurs. 

Désirons-nous sa venue ? Croyons-nous en sa puissance ? 

Chaque jour, sans relâche, le chrétien fidèle doit implorer la venue du Saint-Esprit, ce « doux hôte de l’âme ». 

Plusieurs fois par jour, les moines ont l’usage de l’invoquer ainsi : Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour. V. Envoyez votre Esprit et ils seront créés. R. Et vous renouvellerez la face de la terre. Prions. Ô Dieu, qui avez instruit le cœur de vos fidèles par la lumière du Saint-Esprit, donnez-nous par le même Esprit de goûter ce qui est bien et de jouir sans cesse de sa consolation. Par le Christ Notre Seigneur. Amen. 

 

Mettons-nous à l’école des apôtres. Le Livre des Actes nous a appris qu’après l’Ascension, ceux-ci retournèrent à Jérusalem. « Ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement... Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. » (Act 1,13-14) 

 

Outre la puissance de cette prière en commun, les dispositions intérieures, personnelles des apôtres, indispensables à la réception du don divin nous sont connues par l’évangile selon saint Jean. Après le lavement des pieds, Jésus prononce un long discours d’adieu, son testament : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure... Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. (Jn 14,23-26) 

L’amour du Seigneur, le fait de garder, de méditer sa parole et ses enseignements sont un appel à la venue du Père et du Fils en nos vies. Ceux-ci établissent alors en ce cœur aimant leur demeure et l’Esprit l’éclaire. L’amour de la Parole attire la bénédiction de Dieu qui enflamme encore davantage le cœur du croyant, poursuivant sa sanctification. Si Dieu se repose en un cœur alors ce cœur se repose en Dieu. Il est en paix. La présence de l’Esprit dans une âme se manifeste à travers ce que la théologie a nommé les dons du Saint-Esprit qui transfigurent l’agir humain et la vie.

A la lumière du don de sagesse, l’âme goûte la présence immédiate de Dieu. Le don d'intelligence aide à entrer dans le mystère des Écritures et à comprendre de l’intérieur la foi. Par le don de science, l’homme reconnaît Dieu à l’œuvre dans la nature et dans l’histoire. Le don de force assure la persévérance dans l’épreuve, obtient le courage de témoigner. C’est le don qui soutient les martyrs et qui aide aussi au quotidien à accomplir son devoir d’état et à vivre le combat spirituel. Par le don de conseil, l’esprit reçoit le don du discernement spirituel, de la juste mesure dans ce qu’il convient de faire ou d’éviter, de dire ou de taire. Le don de piété fait entrer dans l’expérience de la paternité de Dieu, de sa proximité, de sa tendresse. C’est le don de l’enfance spirituelle. Enfin le don de crainte apporte à l’âme la conscience de l’infinie distance avec Dieu.

Les disciples ainsi affermis partagent entre eux et révèlent au monde les admirables fruits de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi.

Dans la joie de cette fête, il nous revient de faire écho aux paroles des apôtres, de proclamer les merveilles de Dieu, de laisser rayonner les fruits de l’Esprit.

Alors que le temps pascal s’avance, prenons la ferme résolution d’invoquer le Saint-Esprit. Qu’il poursuive l’œuvre commencée au jour de notre baptême, et renouvelle la face de notre cœur. Qu’il soit notre consolateur dans l’adversité. Que Marie, Mère de l’Église, intercède pour nous. Qu’elle nous obtienne un peu de ce cœur enflammé qui lui a mérité le nom de temple du Saint-Esprit. Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour ! 

 

R. Amen. Alleluia !

 

 

 

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Publié le 13 Mai 2021

 

vierge petit Placide 

 

 

+ ASCENSION 

Homélie du Très Révérend Père dom Jean PATEAU

 Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

 

 

(Fontgombault, le 13 mai 2021)

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

 Alors que nous entrions dans la célébration du mystère pascal le soir du Jeudi-Saint, nous avons entendu les dernières paroles, paroles intimes, adressées par le Seigneur aux disciples qui allaient tous abandonner leur maître à sa passion, à sa mort. Aujourd’hui c’est à une autre séparation que nous assistons. Les temps ont changé. Les gardes se sont éloignés. Les disciples voudraient demeurer avec leur maître, le retenir. Leurs regards tendus vers le ciel alors qu’il s’éloigne en témoignent. Le Seigneur, lui, doit partir. 

 

Le soir du Jeudi-Saint, comme devant la faiblesse de ses disciples, tel un viatique, le Seigneur a laissé une nourriture : « Ceci est mon corps pour vous » et une mission : « Faites ceci en mémoire de moi. » (Lc 22,19)

   Aujourd’hui, le Christ confie à ses disciples une autre mission : « Vous serez mes témoins... jusqu’aux extrémités de la terre. » (Act 1,8) Cette mission est assortie d’une promesse rapportée par saint Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20)

En ces derniers temps de sa présence, Jésus remet donc aux siens une nourriture et une double mission. Plus de vingt siècles se sont écoulés. Le Corps et le Sang du Christ, source inépuisable de la vraie vie, continuent à abreuver le cœur des fidèles à travers le ministère des prêtres. Malgré la fidélité du Seigneur à sa promesse de demeurer proche de nous « tous les jours », il semble bien que le nombre des témoins diminue de façon inéluctable.

Dans nos pays civilisés, dans nos campagnes autrefois chrétiennes, dans les cités aux multiples religions et ethnies, bien des âmes demeurent assoiffées sans trouver à s’abreuver. Le Christ s’est présenté comme : « le chemin, la vérité et la vie. » (Jn 14,6)

Sa vie, il l’a donnée comme preuve d’amour, devenant pour ses disciples source féconde de vie. Le témoin, μάρτυς en grec, est précisément celui qui donne sa vie. Tel est le témoignage de Celui qui se présente sous les traits du Bon Pasteur. Notre monde a soif de témoins, de pasteurs.

Les hommes de notre temps, dispersés jusqu’aux extrémités de la terre, ont besoin d’être aimés par des témoins et des pasteurs qui se tiennent comme aime à le répéter le Pape François à l’avant, au milieu et à l’arrière du troupeau. A l’avant, le pasteur guide ses brebis par l’exemple qu’il donne et les enseignements qu’il dispense. Au milieu du troupeau, il demeure présent auprès de chacune d’elles et les aime. A l’arrière-garde, il compatit, soigne, et rassemble les brebis un peu folles qui s’éloignent, celles aussi qui sont faibles ou malades et qui traînent la patte. Il part aussi à la recherche de l’égarée, des brebis abandonnées sans pasteur et sans troupeau.

Nos sociétés manquent de vrais pasteurs, de vrais témoins, de vrais guides. Plutôt, elles ne les supportent plus. Les législations en quête d’un consensus, ignorant les fondements naturels de nos humanités, le respect dû à chaque être vivant, se bornent à rafistoler les pans d’une vie sociale qui va se disloquant, en tentant de donner satisfaction à chacun.

Le souvenir d’Adam et Eve au paradis terrestre, l’échec des apprentis maçons de Babel reviennent à nos mémoires : construire sa propre demeure, poursuivre son chemin loin de Dieu ?

L’Église n’est pas exempte de cette tentation. Certains se lassent de suivre l’unique troupeau mené par le Christ. Au nom de pseudo-démarches synodales à la remorque des idées du temps où manque la prière, au nom d’idéologies rabâchées dans l’espoir qu’elles en reçoivent un peu de vérité, des membres de l’Église en certains pays, en certains groupes, s’éloignent de plus en plus de l’unique berger.

Le Pape François le rappelle : « Ne faire que cela n’est pas la synodalité ; c’est un beau ‘parlement catholique’ ... Ce qui fait que la discussion, le ‘parlement’, la recherche des choses deviennent synodalité, c’est la présence de l’Esprit : la prière, le silence, le discernement de tout ce que nous partageons. » (Discours du 30 avril 2021 au Conseil national de l’Action catholique italien)

Le témoin véridique, le vrai pasteur, ne travaille pas pour lui : il est envoyé par le Christ mais demeure toujours avec lui. Il est à l’écoute de l’Esprit. Marchant avec le Christ, il marche avec l’Église gardant au plus profond de son cœur l’amour de celle-ci. Il fait sienne son histoire au jour de gloire comme au jour de peine et reçoit humblement, comme la brebis du troupeau, ses enseignements. Alors, et alors seulement, à la suite des apôtres, il est témoin du Christ et de l’Église jusqu’aux extrémités de la terre, un témoin véridique, un témoin fiable.

Dans l’attente de la conversion des sociétés, il porte la parole aux hommes de notre temps dont beaucoup attendent d’entendre simplement qu’ils sont aimés et qui demeurent en quête de lumière sur le sens de leur vie, sur le lieu où ils sont attendus.

Comment ne pas mentionner aujourd’hui le quarantième anniversaire de l’attentat subi par cet extraordinaire témoin du Christ, cet apôtre inépuisable de l’Évangile, ce colosse de sainteté que fut le pape venu de Pologne, le Pape saint Jean-Paul II.

Les paroles de sa Messe d’intronisation résonnent dans la parfaite continuité de l’appel du Christ au matin de l’Ascension : N’ayez pas peur !

Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait !

La vie du saint pape témoigne de la présence du Seigneur chaque jour à ses côtés et tout particulièrement sur la place Saint-Pierre au cours de l’audience du mercredi, ce 13 mai ; présence du Seigneur, présence de Marie au jour anniversaire de sa première apparition en 1917 à Fatima. Après une opération de cinq heures, le pape est sauvé. Le 27 décembre 1983, en visite à Mehmet Ali Ağca convaincu qu’il avait « visé juste et que la balle était puissante et mortelle. », Jean-Paul II répondait : « Une main a tiré, une autre a guidé », faisant référence à la « main invisible de la Vierge Marie ».

Aujourd’hui, cette balle, touchée par la « main invisible de la Vierge » et devenue une relique, a été offerte par Jean-Paul II au sanctuaire de Fatima et sertie dans la couronne de la Reine de la Paix. Demandons à saint Jean-Paul II, témoin inlassable de la vérité sur Dieu et sur l’homme à la face des peuples, apôtre infatigable de la paix, d’intercéder pour qu’une nuée de témoins naisse à sa suite dans l’Église.

En ces jours qui nous séparent de la Pentecôte, unis aux apôtres réunis au Cénacle avec Marie, disposons nos cœurs à recevoir la grâce du Saint-Esprit qui rénove la face de la terre en récitant déjà la séquence de la fête :

Veni Sancte Spiritus ! Amen, Alleluia.

 

 

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Rédigé par Philippe

Publié dans #homélies

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