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Publié le 23 Février 2021

Rédigé par Philippe

Publié dans #divers, #homélies

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Publié le 2 Février 2021

 

 

 PRÉSENTATION DE L’ENFANT-JÉSUS AU TEMPLE

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 2 février 2021)

 

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

 

 La Messe de ce jour s’est ouverte par la bénédiction des cierges. Cinq oraisons ont appelé la grâce du Dieu créateur et recréateur sur ces luminaires destinés à nous accompagner durant l’année à venir comme un sacramental témoignant de la protection divine.

Ce rite, accompli en ce jour particulier, ne peut se comprendre que dans son lien à la rencontre entre le vieillard Siméon et la sainte Famille, rapportée par l’Évangile de ce jour. Poussé par l’Esprit, Siméon, un homme juste et craignant Dieu, rempli de l’Esprit-Saint, et qui attendait la consolation d’Israël, c’est-à-dire la venue du Messie, se rend au Temple. Il avait reçu la révélation qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir rencontré le Messie attendu par Israël. Cette promesse s’accomplit en ce jour.

Dieu est toujours fidèle à ses promesses.

La rencontre au Temple fait naître dans le cœur du vieillard une bénédiction adressée à Dieu et dont Marie s’est souvenue : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » (Lc 2,29-32) Siméon est comblé. Ses yeux voient l’enfant, accomplissement de la Promesse. Il voit et porte dans ses bras le Messie, Lumière qui se révèle aux nations. Dans la nuit de Noël, le Rédempteur est venu dans le monde.

Pour les peuples qui marchaient dans les ténèbres, une lumière a lui. Lors de l’Épiphanie, cette lumière s’est manifestée aux nations. La rencontre du vieillard Siméon, enfin, revêt un caractère particulier, lié à l’endroit où elle se déroule : le temple, lieu du culte et de l’adoration, où sont offerts les sacrifices.

La présentation de l’Enfant Jésus au Temple est comme l’offertoire du sacrifice qui sera consommé sur le Calvaire. Siméon prend l’enfant dans ses bras, l’élevant à la face du monde.

À travers le vieillard Siméon, nos yeux ont vu. Mais nos yeux voient-ils toujours ? Voient-ils encore ?

La présence lumineuse du Christ qui éclaire tout homme venant en ce monde a besoin de nous être rappelée. Le Christ est notre seul Sauveur.

Aussi souhaitons-nous porter les cierges « rayonnants de lumière », bénits ce matin « pour l’usage des hommes et pour la santé des corps et des âmes, soit sur la terre, soit sur la mer », comme le dit la première oraison, afin d’être nous-mêmes « embrasés du feu sacré » et « présentés dans le saint temple » de la gloire de Dieu.

La présentation du Christ s’achève dans notre propre présentation à Dieu.

La troisième oraison demande qu’à la façon dont la lumière chasse les ténèbres de la nuit, « nos cœurs, illuminés d’un feu invisible, la splendeur du Saint-Esprit, soient exempts de l’aveuglement de tous les vices. »

La quatrième oraison implore qu’au don de la lumière extérieure des cierges corresponde le don de la lumière de l’Esprit divin pour les âmes, afin, comme le mentionne la cinquième oraison, de reconnaître et d’aimer fidèlement le Seigneur.

Le drame des âmes est l’aveuglement.

L’œil spirituel purifié, le cœur peut discerner ce qui plaît à Dieu et ce qui sert au salut, franchir « les obscurs dangers de ce siècle », pour arriver à la lumière indéfectible de l’éternité.

   Ce chemin vers la lumière que nous parcourons, les peuples le parcourent aussi, Dieu aidant. Je voudrais achever notre méditation en évoquant brièvement l’apparition de Notre-Dame à Pontmain le 17 janvier 1871, il y a juste 150 ans. La France est en guerre contre la Prusse. L’armée ennemie a envahi tout le nord du pays, du Jura jusqu’à la Normandie. L’armée française se révèle incapable de repousser l’envahisseur. La situation politique n’est guère meilleure. L’épidémie de typhoïde commence à reprendre. Les gens sont désespérés. Dieu semble absent.

Malgré tout, à Pontmain, le zèle infatigable d’un saint curé encourage sans relâche les fidèles à la prière. La nuit est tombée en ce soir du 17 janvier. Il est environ cinq heures et demie. Au-dessus du toit d’une maison, en plein ciel, une « Belle Dame » tend les bras, comme dans un geste d’accueil, et sourit. Elle est vêtue d’une robe bleue semée d’étoiles d’or. Sur sa tête, un voile noir surmonté d’une couronne d’or avec un liseré rouge au milieu. Aux pieds, elle porte des chaussons bleus avec une boucle d’or. Elle est au milieu d’un triangle formé de trois grosses étoiles. Parmi tous ceux qui scrutent le ciel ce soir-là, seuls quelques enfants la verront. La Dame ne dira pas un seul mot. Après la récitation du chapelet, au début du chant du Magnificat, une grande banderole vient se dérouler sous l’apparition.

Des lettres commencent alors à s’écrire, en majuscule, une à une, couleur d’or : MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS· MON FILS SE LAISSE TOUCHER

Vers 20h30, alors que cela fait plus de trois heures que l’apparition a commencé, le curé fait dire la prière du soir. Les enfants voient un voile blanc qui apparaît aux pieds de la Vierge et monte lentement, la cachant progressivement jusqu’à la fin de la prière, où tout disparaît. Les Prussiens qui devaient prendre Laval ce soir-là n’y sont pas entrés. Le lendemain, ils commencent à se replier. Sept jours plus tard, le 25 janvier, l’armistice est signé. À Pontmain, Marie vient nous inviter à la prière. Retenons aussi de cette apparition la pureté de cœur, indispensable à l’union intime avec Dieu : celle de Marie lors de l’Annonciation, celle de Siméon au Temple, celle des enfants de Pontmain.

Marie révèle aussi l’incroyable puissance de notre pauvre prière, capable de toucher le cœur de son Fils. En ce jour de la vie consacrée, cette invitation à la prière prend une importance particulière pour toute personne consacrée, qui, inspirée par le don bouleversant du Christ, aspire à son tour à donner sa vie et à tout abandonner pour marcher à sa suite. Dieu veut nous exaucer. Le Créateur de l’univers porte aussi un regard de bonté sur nos tribulations terrestres. Marie est prête à nous aider, si nous savons le lui demander avec une foi ardente.

En ce jour, imitons le vieillard Siméon : Dieu nous appelle, Dieu nous confirme, Dieu nous attend et nous invite à la communion. Entrons dans la lumière, dans la paix qu’il nous offre, entrons dans l’espérance.

 

Amen.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 25 Décembre 2020

 

 

NOËL 

MESSE DE MINUIT 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU 

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 25 décembre 2020) 

 

Hodie.

Aujourd’hui. (Lc 2,11

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

Il y a peu, un titre de l’actualité pouvait attirer l’attention. Il disait en substance : « Cette année, à Noël, beaucoup d’enfants, à cause du Covid, n’auront pas de cadeau. » 

La crise, les difficultés liées aux contraintes de déplacement ont pu contribuer à cela. Mais il faut bien le reconnaître, c’est toute l’année 2020 dont on pourrait dire qu’elle ne fut pas pour l’humanité un cadeau. L’an passé, à pareille époque, on savait bien qu’un virus avait fait depuis quelques semaines son apparition en Chine. Le nombre des victimes augmentait. C’était si loin. L’homme occidental semblait alors plus enclin à s’extasier devant le surhomme qu’on lui promettait, l’homme augmenté, comme on aimait à le dire, que plusieurs médias décrivaient déjà avec sûreté et complaisance. 

Le temps a passé... le virus s’est rapproché. Il est arrivé. Il s’est installé. Les médias se sont tus au moins pour un temps en ce qui concerne l’homme augmenté. Les statistiques quasi-quotidiennes, obsédantes, ont pris la place des rêves. 

 

Au-delà des chiffres, c’est le temps qui passe qui inquiète. Combien de temps nous faudra-t-il rencontrer l’homme diminué? Cet homme qui cache son sourire derrière un masque... Cet homme qui ne peut embrasser, car il risquerait de transmettre non la vie mais la mort... cet homme enfin qui ne peut se déplacer, car là-bas se trouve peut-être la maladie, si elle n’est pas déjà ici. Cette année, avec son poids de contraintes, ne fut pas un cadeau. 

 

Pour Joseph et Marie, n’en allait-il pas de même ? L’évangéliste Luc ne rapporte pas leur réaction lorsqu’ils apprirent que l’édit de César Auguste ordonnait le recensement de toute la terre, et l’obligation pour chacun de se rendre dans sa ville d’origine. Désormais le terme de la grossesse était proche. Envisager un déplacement ne semblait pas prudent. Joseph et Marie prirent pourtant la route, quittant le séjour paisible de Nazareth pour se rendre à Bethléem. 

Sans doute, le recensement suscitait un déplacement important de population. Pour nombre de familles, ce temps devenait l’occasion d’heureuses retrouvailles. 

Pour Marie et Joseph, il n’allait pas en être ainsi : plus de famille à Bethléem, et pire, les hôtelleries combles fermaient leurs portes à une femme en passe de mettre au monde. Déjà, l’enfant annoncé n’était pas le bienvenu chez tous. Pour Joseph et Marie, ces jours n’étaient vraiment pas un cadeau. 

La terre habitée devenue hostile, ils se retirèrent dans une étable, une grotte, où selon la prophétie d’Isaïe, un âne et un bœuf les accueillirent : 

Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas. (Is 1,3) 

C’est dans ce lieu, éloigné des hommes, que vint au monde l’Emmanuel, le Fils de Dieu incarné. Celui qui, pour beaucoup ne semblait pas un cadeau, devint alors présent. De façon paradoxale, la crèche, lieu de fuite de Marie et de Joseph, lieu séparé, retiré du monde, devenait le point de départ de la renaissance de l’humanité. 

Mais voici que l’évangéliste porte notre regard vers d’autres solitaires : des bergers qui vivent dehors et passent la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. Pour ces pauvres, l’Emmanuel se fait aussi présent. L’ange du Seigneur vient à leur rencontre, et la crainte provoquée par l’apparition de l’être céleste les enveloppe. L’ange leur désigne une étable et la mangeoire où ils trouveront l’Enfant, le Sauveur qui leur est né. Ce lieu, une étoile l’indiquera bientôt à des Mages venus d’orient. 

Pour autant, les riches, les savants et les puissants, ceux qui demeurent sur leur trône, ne se déplaceront pas. L’enfant pour eux ne sera pas un présent. Bien plus, il suscite en eux une inquiétude. Non pas la crainte des bergers face au mystère divin qui s’invite dans une vie, mais la peur de perdre des richesses et un pouvoir qu’ils ont parfois si difficilement conquis. Ceux qui se prennent pour les sauveurs du monde n’ont pas besoin du seul vrai Sauveur. Bientôt, ils le feront rechercher pour essayer de le supprimer. 

En ces jours, peut-être que certains enfants n’auront pas de cadeau. Mais en ce jour, tous les hommes sont appelés à recevoir un présent et le plus beau des présents : un Sauveur qui redonne sens à la vie. 

Les hommes, les sociétés ont perdu le nord. Les boussoles de leurs vies tournent, folles, désorientées. L’humanité est engluée dans un monde qui la retient prisonnière. Que de cadeaux en ces jours ne seront pas de véritables présents, parce qu’ils ne seront pas porteurs d’un avenir. 

Faire de l’instant qui passe un présent, voilà ce à quoi invite saint Paul dans l’épître de cette sainte nuit : « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » (v. 11) 

L’éternel présent divin vient transfigurer l’instant, tous les instants, que nous vivons : il nous apprend « à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété.  (v. 12

La vie humaine se réoriente alors naturellement vers un avenir désirable, voulu pour nous par Dieu, « la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ ». (v. 13) 

Le mystère de Noël ne s’accomplira pleinement que dans la conversion du cœur de chaque homme. Rendons-nous à la crèche avec les bergers. Entraînons-y notre prochain, comme dans les farandoles et les pastorales de Noël en terre de Provence. 

Chaque jour doit être un jour de Noël, chaque instant un présent du Ciel qui vient sur la terre, parce que toute vie humaine a été regardée et demeure encore regardée par Dieu. 

Dieu s’est penché sur Marie, son humble servante. Dieu se penche en cette nuit sur tous les hommes de bonne volonté, sur tous ceux qui acceptent, unis aux Anges, de proclamer sa gloire. 

Qu’en cette sainte nuit la Paix venue du Ciel repose sur chacune de nos familles. Qu’elle soigne les blessures des cœurs et des corps et que Dieu trouve en chacun une demeure. Le sourire de l’Enfant de la crèche révèle le sourire de Dieu. 

Paix en cette sainte nuit aux hommes de bonne volonté.

Amen. 

NOËL 

MESSE DU JOUR 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 25 décembre 2020) 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

 

Dieu est simple, si simple qu’il semble insaisissable. De là à nier l’existence d’un être que les progrès de la science semblent priver aujourd’hui de toute nécessité, il n’y a qu’un pas, franchi depuis bien longtemps. 

Pourtant, comme pour meubler ce semblant de silence divin, pour oublier une inquiétude lancinante au fond du cœur, le monde s’étourdit en un incessant bavardage. C’est le drame de tous les temps. Saint Paul déjà rappelait aux Corinthiens : 

Je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus-Christ, ce Messie crucifié. (1 Co 2,1-2) 

Et Verbum caro factum est. 

Et le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14 ) 

De nos jours, le développement des moyens de communication met de façon pratiquement gratuite à la disposition des plus riches comme des plus pauvres de la planète, les informations les plus diverses. L’appétit du savoir, déposé par le Créateur dans l’esprit humain comme une ouverture à tout ce qui est, et en premier lieu à Celui qui est en plénitude, c’est-à-dire Dieu, cet appétit se trouve captivé par une multitude de sollicitations et tenu éloigné de son objet premier. 

Nous-mêmes, chrétiens, baptisés, devons rester vigilants. Il n’est pas humain de vouloir connaître ni de vouloir porter toute la misère du monde. Il n’est pas humain de vouloir connaître ni de vouloir livrer tous les combats. Nous n’avons qu’un seul Sauveur : Jésus-Christ. 

 

Aujourd’hui la Paix du Ciel vient sur la terre. La terre pourra-t-elle l’accueillir ? Cette paix est un élément de discernement. Que m’apportent tant d’informations ? La paix du cœur ? Le trouble ? La colère ? 

Le bavardage incessant auquel nous nous livrons, les prises de position à tort et à travers, la boulimie médiatique souvent devenue une addiction, éloignent de la communion au mystère divin, et nous plongent dans les ténèbres du monde, répandant dans les cœurs ces mêmes ténèbres. Aurons-nous le courage d’assumer jusqu’au bout le choix de Dieu ? 

Il peut y avoir une vraie misère dans le monde. Nous ne la rencontrerons jamais. 

Les beautés de la création, en revanche, s’offrent à notre vue tout autour de nous. Le cœur qui ne sait plus admirer ne comprend plus leur langage. Le message du Créateur qu’elles nous désignent est devenu inaudible. 

James Benson Irwin, le huitième homme à avoir marché sur la Lune, affirmait humblement : « le plus important n’est pas qu’un homme ait marché sur la Lune, mais que Dieu ait marché sur la terre dans le corps de Jésus-Christ. » 

Les lectures de ce matin de Noël rappellent cette visite. 

Le Christ n’est pas venu dans le brouhaha d’une hôtellerie, mais dans le silence d’une étable, entouré de Marie et de Joseph, deux êtres aux cœurs purs et libres. Il s’est incarné dans le sein paisible et silencieux d’une Vierge. Le Verbe de Dieu, la Parole divine, a pris chair dans un lieu où elle pouvait être entendue. 

Quel contraste entre un monde toujours plus fou, où les informations, au lieu d’apporter la lumière, conduisent à la confusion, et le silence de l’étable et du sein virginal où Celui qui est la vraie lumière était désiré, et où il s’est incarné. 

Aller à la crèche demande une ascèse : fuir les souvenirs, les curiosités, même les soucis ; fuir le mal, fuir le péché. Renoncer à soi pour s’ouvrir à Celui qui vient aujourd’hui, le Sauveur. 

Saint Paul écrivait aux Philippiens : 

Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte [...] à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ. [...] Je poursuis ma course [...] saisi par le Christ Jésus [...]. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but, en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut, dans le Christ Jésus. (Ph 3, 7-8 ; 12-14) 

Courrons avec les bergers, avec les mages, courrons sans cesse. Dieu nous parle par son Fils. À l’écouter, pas de risque de fake news, d’informations mensongères : il est le « rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être. » (Hb 1,3) 

Le prologue de l’évangile de saint Jean offre l’occasion d’un examen de conscience : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » (v. 11) 

Même si les deux versets qui précèdent évoquent la venue du Verbe, « vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde », et le fait que le monde ne l’ait pas reconnu, même si chez lui, c’est la terre, toute la terre qu’il a créée, malgré tout cela, il n’est pas interdit de penser que chez lui, ce sont d’abord nos cœurs de baptisés, ces cœurs sauvés au prix de son sang ; chez lui, ce sont nos familles, nos communautés. 

L’enfant Jésus s’invite chez nous comme témoin, comme juge aussi de nos vies. Aelred, abbé du monastère de Rievaulx dans le Yorkshire au XIIe siècle, résumait cela dans une formule concise : « Nous voici, toi et moi, et en tiers entre nous, je l’espère, le Christ. » (L’amitié spirituelle, I, 661a). 

Vivre le mystère de Noël, accueillir en vérité l’Enfant de la crèche, c’est accueillir cette paix de Dieu qu’il vient partager à la terre. « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » Trop de lieux, dans nos cœurs, dans nos relations avec le prochain, demeurent encore à apaiser, à évangéliser, des lieux où nous n’osons pas, où nous ne voulons pas parfois accueillir le Christ. Dieu nous envoie ce matin pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient. 

Ouvrons les portes au Christ : alors notre vie renaîtra, nos ténèbres s’illumineront plus profondément, et d’une lumière toujours plus vive, de cette gloire qu’il vient nous partager : 

Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. 

Amen, Alleluia. 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 29 Novembre 2020

 

 

 

"Est-il étonnant dans ces conditions que le monde d’aujourd’hui soit désespéré ? Ne sommes-nous pas atteints nous aussi ? Celui qui se contemple lui-même n’a pas de route à suivre, il a trouvé son but. Quelle déception ! Bien vite arrive l’épreuve de la mort et l’angoisse du néant. Le monde se remettra-t-il en question ? Et nous-mêmes ? 

Le psalmiste nous presse de lever les yeux de ce marasme et de les tourner vers le Seigneur. Nous ne serons pas confondus. La bible ne parle pas du Covid-19... elle invite à l’espérance en Dieu. Ces lignes du psaume ont traversé les siècles, toujours confirmées. 

Au seuil de l’année liturgique, notre chemin vers Noël s’ouvre par un pèlerinage aux côtés du peuple de l’Ancien Testament. 

Faisons nôtre l’attente du Messie promis qui s’accomplira pleinement dans le mystère pascal. C’est en nous, aujourd’hui, que cette promesse doit à nouveau s’accomplir. Nous avons un consentement à donner : lever les yeux vers le Seigneur et l’accueillir. 

Savons-nous lire les signes des temps dans notre monde qui est sens dessus-dessous ? Le Christ reviendra à la fin des temps. Il doit venir aussi dès aujourd’hui. Lire les signes des temps, c’est recevoir l’instant présent dans l’espérance, comme une sollicitation à lever les yeux vers le Seigneur et à Le désirer. 

Ce désir est un moteur... mais il est aussi une souffrance. En face de Lui, nous nous reconnaissons pauvres. Souvenons-nous cependant que nous répondons à un appel, que nous sommes attendus. Redonnons à Dieu sa juste place dans notre vie. 

Au seuil de cette année liturgique, redisons avec Marie les paroles du psalmiste, ces paroles qu’elle a si souvent prononcées, qu’elle a vécues, et qui se sont accomplies en elle alors que prenait chair en son sein le Verbe de Dieu, l’Emmanuel, notre Sauveur ; avec elle, entrons dans la paix et le silence de ce temps si aimable : 

Vers vous j’ai élevé mon âme... je n’aurai pas à en rougir... Aucun de ceux qui vous attendent ne sera confondu. 

Amen. 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 27 Octobre 2020

Rédigé par Philippe

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Publié le 12 Octobre 2020

 

photo petit placide 

 

 

DÉDICACE

 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 12 octobre 2020)

 

N’ayez pas peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir !

Aidez le Pape et tous ceux qui veulent servir le Christ et, avec la puissance du Christ servir l’homme et l’humanité entière ! N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur! Le Christ sait «ce qu’il y a dans l’homme»! Et lui seul le sait !

(Saint Jean-Paul II, Homélie du 22 octobre 1978)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Par ces mots, saint Jean-Paul II débutait l’un des pontificats les plus longs et des plus féconds de l’histoire de l’Église.

Ouvrir les portes au Christ, c’est précisément ce que Zachée, le chef des collecteurs d’impôts, vient d’accomplir. Il lui a ouvert les portes de sa maison ; il lui a ouvert les portes de son cœur.

Il ne répondait pas à l’appel d’un saint pape, mais au Christ lui-même : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » (Lc 19, 5)

Demeurer dans sa maison : un regard furtif, un salut rapide, une brève et simple rencontre, ne suffisent pas. Jésus veut demeurer dans sa maison.

Arrêtons-nous à cette demande du Seigneur. Elle nous est aussi adressée. Quelle place accordons-nous à Jésus ? Une rencontre de temps en temps, ou un véritable séjour ? Le Christ peut-il demeurer en nous ?

Zachée ne temporise pas. Il descend de son sycomore et se met en devoir d’accueillir Jésus sans retard. Il est tout à la joie de la réponse inattendue du Seigneur. Déjà, par l’attention que lui porte Jésus, son cœur est transformé.

Comme il est étonnant de voir que ce privilège de recevoir la visite du Seigneur est incompris par la foule. Ceux qui acclamaient le Seigneur se sentent comme abandonnés par le choix de Jésus de « loger chez un homme qui est un pécheur. » (v. 7) Ils sont choqués de voir Dieu se rapprocher d’un pécheur, alors qu’eux se considèrent comme plus dignes de le recevoir.

Si le choix de Dieu est choquant, celui de Zachée ne l’est-il pas davantage ? Dieu ne risque pas grand-chose en venant chez Zachée. Ce dernier au contraire risque gros. S’il veut être cohérent avec cet accueil du Seigneur, son passé peu honnête doit être remis en question. Tout n’était pas très en ordre dans ce cœur et dans cette maison. En allant au-devant de Jésus qui passait par là, le collecteur d’impôts espérait seulement le voir, pour ensuite pleurer sa misère en laquelle il serait demeuré. Il espérait.

Zachée savait trop bien qu’il ne pouvait prétendre à recevoir le Seigneur ; il n’était pas pur. Et voici que c’est Jésus qui vient à lui. Comme dans la parabole du fils prodigue, ou dans l’épisode des pèlerins d’Emmaüs, quand le Père des miséricordes fait miséricorde, il donne largement ; il donne au centuple.

Mais voilà que Zachée annonce : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » (v. 8)

Jésus tire alors la morale de cet épisode : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (v. 9-10)

Jésus a comblé Zachée : que lui-a-t-il apporté ?

La justice et la charité ont pris la place de la malhonnêteté et de l’attrait du gain dans un cœur. Et au-delà d’une justice purement humaine, Jésus a apporté un don inestimable : le salut, et avec lui la joie, pour un cœur, pour une maison.

La joie semble tellement absente de nos cités ; faut-il en conclure que l’appel du Seigneur s’est tu à jamais ? Est-ce que son écho ne continuerait pas plutôt à résonner aux quatre coins de la terre ? Si vraiment le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu, alors l’appel adressé à tant d’hommes et de femmes dans les pages de miséricorde de l’Évangile continue de résonner.

Le salut d’un monde qui semble perdu passe toujours par l’accueil du Christ. Un optimisme béat, une confiance aveugle dans une gouvernance mondiale qui asservit les peuples au Dieu argent ne sauvent pas. Un monde sans Dieu est et restera triste.

Dieu veut demeurer dans le cœur de l’homme, dans sa maison, et par là dans nos cités. Jean-Paul II ajoutait même les « États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. »

Comme il est pénible de voir des hommes revendiquer le droit au blasphème ! Une saine laïcité ne devrait-elle pas commencer par le respect de l’autre et de ses croyances ? Le savoir-vivre disparaît, laissant croître une jungle où la pitié n’existe plus, même la pitié à l’égard des enfants encore dans le sein maternel, ou la pitié à l’égard des personnes âgées et en fin de vie.

Aujourd’hui, la législation s’oriente vers la possibilité pour les parents de refuser à l’enfant, même bien portant, le droit à la vie jusqu’à la veille de sa naissance. Quel pouvoir effrayant ! Aujourd’hui, la législation offre la possibilité de mépriser Dieu contre la croyance de nombreux autres hommes... Comment est-ce possible, si ce n’est par une cohérence infernale ? La mort de Dieu signe la mort de l’homme. Aujourd’hui les tentacules de la culture de mort s’étendent sur le monde. Ils sont toujours plus nombreux, ceux qui se sentent étrangers en leur propre pays, ayant l’impression de vivre une vie à l’envers.

Pourquoi un tel acharnement contre Dieu et contre l’homme ? Le Dieu des chrétiens ferait-il peur ? Pourquoi fait-il peur ? Si le Dieu des chrétiens fait peur, c’est qu’il est le Dieu de la Vie, le Dieu du véritable amour, le Dieu du don gratuit.

Souvenez-vous des premières pages du livre de la Genèse qui rapportent le lien d’intimité établi par Dieu avec l’homme au temps du paradis terrestre. Dieu avait l’habitude de se promener dans le jardin à la brise du soir et d’y deviser avec l’homme et la femme.

L’homme a brisé ce lien. Pourtant, il y a deux mille ans, le Seigneur est revenu marcher sur notre terre. Il a invité Zachée.

Aujourd’hui, rappelons le droit du Dieu Créateur à parcourir notre terre, à rencontrer et inviter chaque être humain et à lui dire: «Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison », en lui offrant le salut et la joie.

Amen.

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Publié le 22 Août 2020

 

photo souvenir Philippe 22 Août 2012

 

Mercredi 19 août dernier ont eu lieu à l’abbaye de Fontgombault dont il fut le troisième Père abbé  les obsèques de dom Antoine Forgeot. Il était issu d’une famille bien connue sur la côte basque et les Landes : la famille comptait de nombreux militaires, parmi lesquels Auguste Forgeot (1874-1927), lieutenant-colonel d'artillerie et maire-adjoint d'Anglet, secrétaire de la société d'Encouragement de Bayonne-Biarritz et créateur du Syndicat agricole et de l'association des anciens combattants d'Anglet, lui-même fils du Colonel d'artillerie Lucien Forgeot (il existe une rue du Colonel Forgeot à Anglet où leur propriété sur le plateau Parme avait été sacrifiée sur l'autel des agrandissements de l'aéroport). - (nous aussi on a notre rue à Bayonne et le caveau à Anglet..  ! )

Quant à dom Antoine Forgeot, moine bénédictin que de nombreux souvenirs liaient également à notre région, proche du pape Benoît XVI, il voyait dans la tradition vivante le meilleur moyen de dépasser les clivages idéologiques.

Il avait été rappelé à Dieu le 15 août, fête de l'Assomption, tout un symbole pour ce religieux qui considérait comme essentielle la dévotion mariale : n’avait-il point fait profession monastique précisément un 15 août et reçu la bénédiction abbatiale le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception. Et son successeur à Fontgombault, l’actuel père abbé dom Jean Pateau de préciser : « il y a aussi Notre-Dame du bien mourir, la vierge de l'Abbaye qu'Antoine Forgeot priait et en l'honneur de laquelle il avait composé une prière ».

Homme d’une humilité sans pareil, sage, droit et courageux,  dom Antoine Forgeot était le moine bénédictin dans toute sa perfection. Il avait continué dans la voie tracée par ses deux prédécesseurs, essayant à une époque difficile une voie moyenne de fidélité au Saint-Siège et à la tradition monastique et ecclésiale. Ainsi, dès 1984, quand le premier indult de Jean-Paul II autorisa la célébration de la messe traditionnelle à certaines conditions, Fontgombault profita de cette porte ouverte pour célébrer à nouveau selon les livres liturgiques traditionnels. L’abbaye n’obtint alors que la permission de célébrer les messes basses selon cette forme liturgique, avant de retourner en 1988 au rite de toujours, même pour la messe conventuelle, alors qu’elle n’avait jamais abandonné le bréviaire monastique traditionnel ni les anciens usages de la congrégation de Solesmes à laquelle elle appartient.

Dans un entretien publié par l’hebdomadaire « Famille Chrétienne », dom Jean Pateau précise encore qu’à l’opposé d’une « banalisation qui conduit à perdre le sens du sacré » ou d’un « ritualisme qui, en mettant exagérément l'accent sur le rite, en fait l'essentiel et conduit tout aussi réellement à la perte du sens du sacré (…), lorsqu'on voyait le Père Abbé (Antoine Forgeot, ndlr) célébrer, on était frappé à la fois par sa grande fidélité aux rubriques liturgiques, et aussi par son intériorité, par son effacement pour être le plus transparent possible au mystère. Il était comme une fenêtre ouverte sur Dieu ». C'était un point commun avec le Cardinal Ratzinger qu’Antoine Forgeot avait accueilli à Fontgombault à l'occasion d'une rencontre de portée internationale consacrée à la liturgie et organisée à l'abbaye en 2001, après l’avoir  plusieurs fois rencontré à Rome.

Et Jean Pateau se souvient d’avoir rendu visite à l’ancien cardinal Ratzinger, entre temps élu pape sous le nom de Benoît XVI, en compagnie du Père Abbé Antoine Forgeot : « nous étions à genoux aux pieds du Saint-Père et qui ayant pris mes mains dans les siennes, me dit : "Demeurez fidèle à l'héritage du cher Père Abbé". A d'autres occasions, le Pape montrera encore sa profonde estime pour le Père Abbé Antoine ».

Car dom Antoine Forgeot aura été un fondateur (Triors, Gaussan, Clear Creek) tout en assurant une grande stabilité à son abbaye, et les hommages qui lui ont été rendus de toutes part en témoignent : « Ils savent comment le Père Abbé s'est investi bien au-delà de ce que lui demandait sa vocation d'Abbé. Tant de communautés ont été aidées par lui. Tant d'hommes et de femmes aussi sont venus frapper à la porte du monastère. Il a su bâtir des ponts, et apporter la paix à des personnes très différentes, par exemple à certains qui étaient déchirés par la crise dans l'Église, et à d'autres qui éprouvaient des difficultés avec la foi ou avec certains enseignements de l'Église ». 

 

R.I.P. Goian bego.

Cher Monsieur , Je suis très touché de l'hommage que vous rendez à notre Oncle Dom Antoine Forgeot. Je me suis abonné à votre revue pour mon attachement à mon pays, j'ai vécu sur les terres de Mirambeau, terres que vous mentionnez dans l'article. Il est vrai que je suis donc Angloi¨mais aussi Biarrot, mais aujourd'hui, avec mon épouse et mes trois enfants, je suis Combard. Je n'ai jamais osé demandé à un seul Editeur s'il pensait pouvoir m'orienter vers des ouvrages sur Anglet qui font mention de l'histoire attachante de mon arrière-grand père Auguste Forgeot qui s'est consacré à la ville de son épouse. Comme vous le dites justement les Forgeot sont d'une famille d'Officier depuis le début du XIX° siècle (le premier ancêtre Officier était Commissaire de la Marine). Mais notre histoire à Anglet est davantage liée aux Lasserre et à la Compagnie l'Eglise d'une part (dont le père de Dom Antoine Forgeot a été le directeur) et à notre ancêtre Officier Colonel Carliste (de Navarre, de la Rioja...) Manuel Moneo. Si vous connaissez un livre sur un Anglet susceptible de me convenir, je vous remercie infiniment de me l'indiquer. Bien respectueusement. Guillaume FORGEOT

Vive Bayonne ! 

 

luzea Baiona ! 
 

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Rédigé par Philippe

Publié dans #divers, #homélies

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Publié le 21 Mai 2020

 

 

 

+ ASCENSION
Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU
Abbé de Notre-Dame de Fontgombault
(Fontgombault, le 21 mai 2020)
 
 
Eritis mihi testes… usque ad ultimum terræ. Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. (Ac 1,8) 
 
Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,
 
 L’événement de l’Ascension vient clôturer le temps de la présence du Seigneur auprès de ses disciples.
 Après la résurrection, le Christ était encore apparu de nombreuses fois à ses amis. Mais contrairement aux trois années de la vie publique, il n’était déjà plus tout le temps avec eux de façon sensible et visible. L’Ascension les prive désormais de cette présence. Le temps est donc venu des dernières paroles, de l’ultime envoi en mission. Trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc s’en souviendront. Quant à saint Jean, il n’évoque pas le moment de l’Ascension, puisque les autres en avaient parlé avant lui, mais conclut son évangile par l’épisode de la pêche miraculeuse au bord du lac de Tibériade. Alors que la nuit s’était passée sans rien prendre, les apôtres voient un individu sur le bord. Ils ne le reconnaissent pas. Celui-ci les invite à jeter à nouveau les filets, qui se remplissent. « C’est le Seigneur ! » (Jn 21,7) s’écrit saint Jean. Après le repas de pain et de poissons pris auprès d’un feu de braise, Jésus, par trois fois pose cette question à Pierre : « M’aimes-tu ? » Puis il ajoute : « Sois le berger de mes agneaux… Sois le pasteur de mes brebis… Sois le berger de mes brebis. » (Jn 21,15-18) 
 
Le thème des dernières paroles du Christ est la mission : « Vous serez mes témoins… jusqu’aux extrémités de la terre », selon saint Luc ; ou encore, dans l’évangile de saint Marc, « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. » (Mc 16,15) L’écho de ces paroles a traversé les siècles.
 
 Nous les entendons aujourd’hui au cœur d’une actualité confuse. En cohérence avec notre nom de chrétien, avons-nous été, et sommes-nous les témoins du Christ ? 
 
Mais que faut-il pour être témoin ? Le fait d’être témoin est fondé sur une volonté du Christ. Nous venons de l’entendre. C’est lui qui a l’initiative d’envoyer en mission. Ce qui est clair pour les apôtres, vaut de façon analogique pour tous les disciples, pour tous les chrétiens. Dans le cas des apôtres, saint Marc va jusqu’à écrire : « Il en créa douze. » (Mc 3,14) Le même verbe est utilisé dans le livre de la Genèse (Gn 1,1) pour évoquer la création de l’univers ou encore dans le livre d’Isaïe (Is 43,1) pour la création du Peuple d’Israël. Cette nouvelle création est le fruit de la prière du Christ (Lc 6,12-13). C’est de la volonté du Christ et de sa prière que découlent notre droit de témoigner et la force qu’il nous faut pour le faire. 
Pour être témoin, il faut aussi avoir rencontré le Christ. Au moment de remplacer Judas, Pierre s’adresse aux frères : Il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection. (Ac 1,21-22) 
 
Pour la plupart d’entre nous, cela fait bien longtemps que nous avons été marqués par le signe de la Croix, au jour de notre baptême. Que reste-t-il de cette première rencontre ? La situation de l’Église dans nos pays de vieille chrétienté ne refléterait-elle pas la réalité de bien des vies spirituelles, profondément déprimées ? Être témoin du Christ, c’est non seulement avoir un jour rencontré la chair et le sang de Jésus à travers les sacrements, mais c’est surtout vivre en authentique communion avec le Seigneur, puisant dans sa chair et son sang la force de poursuivre la route. De cette communion naît un témoignage véridique qui, de façon ultime, s’exprime au cours des persécutions par le martyre.
 
Aujourd’hui, c’est avec une profonde tristesse qu’on peut lire que l’expérience des Messes virtuelles retransmises par les nouveaux moyens de communication semble satisfaire un nombre non négligeable de chrétiens. Pour certains, ce mode d’assistance à la Messe permettrait de pallier le manque de vocations sacerdotales. Plus profondément, le fait de se contenter ainsi d’un contact « virtuel » révèle l’état de déshumanisation de notre époque post-moderne.
 
L’individualisme, nouvelle idole, conduit à ignorer l’humanité de l’autre tant qu’il ne m’est pas utile ; et encore se limitera-t-on souvent à le considérer uniquement d’un point de vue fonctionnel. L’avortement, considéré du côté de ses victimes : l’enfant toujours, la femme et les médecins qui l’accomplissent parfois, l’euthanasie, les peuples et les hommes ployant sous le joug du dieu argent, les familles broyées par la guerre intestine des divorces et des abus, en sont des illustrations.
 
En face, l’épidémie que nous vivons n’est rien. Et le monde se tait, dans la complicité des États qui souvent soutiennent et promeuvent ces situations. Au soir du Jeudi-saint, Jésus se serait-il trompé ? En aurait-il trop fait, trop dit ? Pourquoi ne s’est-il pas borné à affirmer un vague et lointain amour de Dieu pour l’homme ? Non, les disciples ont bien entendu : « Ceci est mon corps, donné pour vous… Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. » (Lc 22,19-20)
 
À travers la radio, la télévision ou l’internet, avez-vous communié à la chair et au sang du Christ ? Ces moyens d’assister à la Messe ne peuvent être admissibles que dans le cas d’une réelle incapacité ou d’un empêchement insurmontable. Cela a été le cas depuis de longues semaines. Beaucoup de chrétiens ont vécu ce qui est le quotidien de plusieurs monastères de sœurs cloîtrées, privées de l’eucharistie quotidienne par le manque de prêtres. Puissent-ils tous ressentir la douleur de ces moniales et ne pas s’habituer à des Messes virtuelles !
 
Répondons au don de l’amour divin. La diminution du nombre des vocations sacerdotales et religieuses et la baisse de l’assistance à la Messe ne sont que la conséquence du refroidissement du cœur humain. Le Christ invite tout homme à le rencontrer dans la communion à sa chair et à son sang. Puissions-nous communier demain plus profondément qu’hier, en nous souvenant des paroles du Seigneur. Prions avec ardeur pour demander des vocations.
 
À l’image de Marie, « la servante du Seigneur » (Lc 1,38), forts de la présence en nous du Seigneur et de son Esprit, prenons le bâton du pèlerin de la charité pour aller à la rencontre de tout homme, à commencer par le plus proche.
 
La fête de la Pentecôte promet sur chacun d’entre nous une effusion renouvelée de cet Esprit. Préparons-nous à sa venue en récitant la séquence de la Messe de cette fête : Veni Sancte Spiritus !
Amen, Alleluia.
 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 9 Avril 2020

 

 

 

+ JEUDI-SAINT

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 9 avril 2020)

 

"Hoc facite... in meam commemorationem. "

Faites cela en mémoire de moi.

(1Co 11,25)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Ce matin a débuté le Triduum sacré ; trois jours qui s’achèveront au matin de Pâques par l’annonce, apportée par quelques femmes aux disciples, de la découverte de la pierre roulée et du tombeau vide. Il est ressuscité. Ces jours sont au cœur de notre foi.

 Bien des années se sont écoulées depuis deux mille ans. Les pèlerins de Jérusalem, encore aujourd’hui, peuvent en désigner le lieu : c’est ici, dans cette ville, à cet endroit, qu’il est ressuscité. Mais ce lien avec le passé est-il le seul à avoir traversé les siècles ?

Après les paroles de la consécration du pain et du vin, comme le rapporte l’épître de saint Paul aux Corinthiens, mais aussi saint Luc (cf. 22,19), le Seigneur a donné à ses apôtres un commandement : « Faites cela en mémoire de moi », instituant par ces mots le sacrement de l’Eucharistie.

Cette demande du Seigneur peut paraître aujourd’hui paradoxale, alors que tant d’églises sont fermées en ces jours saints, et que tant de chrétiens, depuis des semaines, n’ont pu accéder aux sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence.

Au-delà de la période particulière que nous vivons, il faut ajouter le fait que dans nos pays de vieille chrétienté, les vocations sacerdotales se font rares. Comment fera-t-on pour répondre à cette demande du Seigneur dans 20, 10, ou peut-être seulement 5 ans ?

Ce soir, nous faisons mémoire, de façon solennelle, de l’acte accompli par le Seigneur au milieu de ses disciples. Mais s’agit-il d’un simple repas dont le souvenir serait à perpétuer ?

Ce que Jésus a vécu « la nuit où il était livré » est un mystère.

En tant que tel, il comporte une face visible et une face cachée : une dimension facilement accessible aux sens, et une dimension spirituelle, en partie saisissable par l’intelligence, et en partie cachée, à recevoir dans la foi. Jésus donne donc cet ordre : « Faites cela en mémoire de moi. » Il s’agit bien d’un ordre : « Faites. » Il émane d’un homme, du Cœur Sacré de Jésus, de Dieu. Toute parole qui vient de ce Cœur ne peut qu’être l’expression d’un amour immense. L’invitation du Seigneur désigne donc le sacrement de l’Eucharistie comme le lieu privilégié où Dieu veut nous rencontrer. En le recevant, nous recevons non seulement la grâce, mais l’Auteur même de la grâce.

Les prêtres obéissent à l’ordre donné par le Seigneur en demeurant assidus à la célébration quotidienne de la Messe, et les fidèles y répondent en recevant ce sacrement aussi souvent que possible. Mais Jésus n’a pas dit seulement : « Faites », il a dit : « Faites cela en mémoire de moi. » Trop souvent, notre agir se résume au « faire », au « faire pour faire ». Jésus a dit : « Faites cela en mémoire de moi. »

Faire mémoire d’une personne ne peut se limiter à rappeler un moment convivial, tel qu’a pu être celui de la Cène pour le Christ et ses apôtres. Le contexte de l’événement n’est d’ailleurs pas celui d’un repas banal. C’est le repas pascal.

Jésus accomplit le rite prescrit à Moïse et au peuple hébreu, au moment où celui-ci se préparait à fuir l’Égypte. Avec Jésus, ce rite prend une tout autre signification, ou plutôt, il reçoit sa signification plénière. Accompli pour quelques Hébreux retenus en Égypte, puis réitéré par leurs descendants en action de grâce pour la fidélité et la bonté de Dieu qui a libéré son peuple, ce rite devient, dans le Christ, l’expression de la miséricorde et de la tendresse de Dieu envers tous les hommes, pris dans les liens du péché et en quête d’un libérateur.

La pâque des Hébreux avait débuté par la préparation d’un repas rituel. Elle s’était poursuivie dans la fuite vers la Mer Rouge, la descente à pied sec dans ses profondeurs et la remontée vers l’autre rive, pour s’accomplir enfin dans l’entrée en terre promise. La Pâque du Christ commence par le repas de la Cène ; elle se poursuit par sa mort sur la Croix, sa descente au séjour des morts et sa remontée triomphale dans la résurrection au matin de Pâques.

De même que l’entrée dans la terre promise donnait son sens à la première pâque, de même la Résurrection du Christ donne son sens au dernier repas pris avec les disciples, à tout le mystère pascal, et par le fait même, à toute Messe et à toute communion. « Faites cela en mémoire de moi. »

Au centre de ce mystère se trouve une personne : le Christ. C’est en son souvenir que les rites devront être accomplis. Mais s’agit-il simplement d’un souvenir ?

Le Christ ne nous a pas laissé ces quelques mots comme le testament de quelqu’un qui bientôt ne pourra plus parler. Le Christ aujourd’hui n’est pas mort, mais il vit et il vivifie. La Pâque du Christ se poursuit et s’achève dans chacune de nos propres Pâques.

La mort et la résurrection de Jésus sont le don suprême fait par Dieu à l’homme.

Nous ne sommes pas abandonnés dans le pays des ombres et de la mort. Comme un berger, le Christ a pris la tête de son troupeau. Le premier, il a brisé les chaînes de la mort, et nous a ouvert le passage vers la vraie Vie. « Faites cela en mémoire de moi. »

Par ces mots, le Christ indique l’unique chemin du salut : « Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » (1 Co 11,24-25) « Faites cela en mémoire de moi. »

Le Christ invite tout homme à communier à sa vie : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1,21) affirmait saint Paul.

Les paroles de Jésus s’adressent aussi à tous ceux qui, aujourd’hui, ne peuvent pas communier sacramentellement. De même qu’il donne son Corps, il offre aussi sa grâce en abondance, à qui veut la recevoir.

 

Âme du Christ, sanctifiez-moi.

Corps du Christ, sauvez-moi.

Sang du Christ, enivrez-moi.

Eau du côté du Christ, lavez-moi.

Passion du Christ, fortifiez-moi.

Ô bon Jésus, exaucez-moi.

Dans vos blessures, cachez-moi.

Ne permettez pas que je sois séparé de vous.

De l’ennemi défendez-moi. À ma mort appelez-moi.

Ordonnez-moi de venir à vous, pour qu’avec vos saints je vous loue dans les siècles des siècles.

 

Amen.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 21 Mars 2020

 

 

"Nos choix, lorsqu’ils s’arrêtent au Christ, nous donnent de poser l’acte le plus beau, l’acte suprême de la créature spirituelle : le choix de Dieu. Ce choix transfigure la vie, et en particulier le regard porté sur le prochain. Voir le Christ en tout homme, c’est l’honorer, et c’est surtout honorer le plan de salut de Dieu sur lui, ce plan par lequel Dieu invite tout homme à la vie éternelle.

A contrario, l’oubli de Dieu, l’ignorance, voire le refus de notre condition de créature, désorientent l’histoire de l’humanité. Le grand fleuve qui menait au paradis ne coule plus. L’instant présent n’a plus de passé et se trouve sans lendemain. Il ne vaut que par le poids d’une jouissance qui au fond l’épuise en s’épuisant. La vie humaine n’a plus de sens. L’espérance s’éteint. ... 

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Rédigé par Philippe

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