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Publié le 1 Avril 2021

 

 

 

 

+ JEUDI -SAINT

 Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 1 avril 2021)

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

 

L’Église en la fin du Carême semble rompre avec l’austérité et le dépouillement auxquels elle nous a habitués depuis le mercredi des cendres et même le dimanche de la Septuagésime. La Messe chrismale et la Messe in Cena Domini ou Messe de la Cène du Seigneur sont d’une grande richesse au plan liturgique.  La première était célébrée traditionnellement dans la matinée du Jeudi-saint dans les cathédrales autour de l’évêque. Au cours de cette Messe sont bénies l’huile des malades et l’huile des catéchumènes, et est consacré le saint Chrême. Ces huiles, emportées dans chaque paroisse, sont normalement conservées dans un petit logement pratiqué dans le mur de l’église et fermé par une porte. L’huile des malades est utilisée pour le sacrement du même nom qui procure le don d’une grâce particulière pour porter l’état de maladie. L’huile des catéchumènes confère la force du Saint-Esprit aux futurs baptisés pour le combat de la vie spirituelle. Enfin, le saint chrême, une huile mêlée de parfum, est utilisée pour les onctions de consécration lors du baptême, de la confirmation, après l’ordination épiscopale et sacerdotale, lors de la dédicace des églises et des autels.

L’onction du saint chrême avec la présence du parfum symbolise la descente de la divinité qui vient à nous par le Christ et l’Esprit-Saint pour répandre sur les autres la bonne odeur du Christ.

Aujourd’hui la Messe chrismale est en général anticipée dans les premiers jours de la semaine sainte et prend souvent place au cours d’une journée de prière de l’ensemble du clergé diocésain autour de son évêque. La Messe de la Cène a conservé sa place dans l’après-midi ou la soirée du Jeudi-saint. On y commémore l’institution des sacrements de l’Eucharistie et de l’Ordre. Le déroulement de la Messe est calqué sur le dernier repas de Jésus avec ses disciples au Cénacle à Jérusalem. Aussi, le cours habituel de la Messe est-il interrompu par le rite du Lavement des pieds après l’homélie. Cet acte est un acte d’humble humanité à l’égard du visiteur dans un pays où faire de la route à pied sous le soleil est épuisant. Lors du repas pascal, le Seigneur explicite le sens de son geste : Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. (Jn 13, 13-15) Comme nous le chanterons : « Là où règne l’amour et la charité, Dieu est présent. Gardons-nous de nous diviser… Que cessent discordes et procès. Que le Christ demeure au milieu de nous. »

Comme la vie de nos familles, de nos communautés, comme notre propre vie pourraient changer si nous étions attentifs et mettions en pratique ces paroles. Comme lors de chaque Messe, le sacrifice accompli une fois pour toutes lors de la Cène du Seigneur et au Calvaire sera rendu présent au moment de la Consécration. Le récit de l’institution de ce sacrement, tiré de l’épître aux Corinthiens, a rappelé les paroles du Seigneur : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi… Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » (1 Co 11, 24-25)

Ces paroles s’adressent à chaque prêtre. Celui-ci ne peut se contenter d’accomplir simplement des gestes. Il est uni au Christ, pris dans le mystère du Christ.

Ces paroles aussi s’adressent à chaque fidèle.

Participant eux aussi au sacrifice du Christ, ils reçoivent le Christ à la mesure de leur communion profonde avec lui, de leur adoration du mystère. La fin de la Messe déroge aussi au cérémonial habituel. Après le repas de la Cène, les disciples sont partis vers le Jardin des Oliviers. Là, Jésus entre dans une prière profonde ; il entre en agonie. Puis viendront l’arrestation, le dépouillement des vêtements, la Passion : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15,13)

En cheminant vers le reposoir, en adorant auprès du tabernacle, nous voulons accompagner le Seigneur dans un moment de profonde solitude où il porte le poids de chacune de nos vies. Puisse chaque communion rejoindre ces instants.

Enfin la cérémonie de ce soir s’achèvera par le dépouillement des autels à l’instar du Christ dépouillé de ses vêtements. Un verset de psaume clôturera le rite : « Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. » Quel contraste !

D’un côté, la surabondance des dons divins répandus si largement par l’humanité du Christ ; de l’autre, des hommes armés, conduits par le traître Judas qui ne veulent que sa mort.

Telle est la réponse de l’homme à la bonté de Dieu. Du Christ, ils prendront les habits se les partageant.

Que recevons-nous du Christ ? Que faisons-nous de ses vêtements ? Saint Paul nous invite à revêtir le Christ. Nous le ferons par la garde des commandements divins, de ses paroles, qui n’ont pour vocation que de nous apprendre à adorer Dieu, à aimer notre prochain selon Dieu. Nous les mettons si facilement de côté, laissant libre cours à notre propre exaltation. Les vêtements du Christ que nous gaspillons, ce sont aussi les multiples dons divins de la création et en particulier le don de la vie. Apprenons à respecter la vie de son premier instant jusqu’à sa fin naturelle.

Que dire aussi du Christ qui a voulu demeurer nourriture pour nous à travers le sacrement de l’eucharistie et qui demeure présent au tabernacle. « Faites cela en mémoire de moi. »

Se souvenir du Christ, c’est l’accueillir dans sa vie, c’est le rencontrer, c’est l’adorer. Notre vie répand-elle en tous temps la bonne odeur du Christ pour les hommes de notre temps ?

La Messe d’aujourd’hui propose deux chemins : le chemin de l’adoration du Seigneur ou le chemin de son mépris.

Au seuil de ce triduum pascal, nous pouvons tous nous demander quels sont les lieux toujours à évangéliser dans nos vies, dans nos familles, dans nos communautés, dans notre société ; ces lieux où la présence du Seigneur est écartée ; ces lieux où la juste place ne lui est pas donnée.

Puisons dans les sacrements et dans la prière la force de la mission qui commence par le témoignage d’une vie vécue en cohérence avec les enseignements de celui en qui nous croyons, seule force contre l’apostasie de notre temps. Entrons généreusement dans ces jours qui nous séparent de la fête de Pâques afin d’y préparer notre propre Pâque. Que Marie, plus mère que jamais en ces heures, demeure proche de nous comme elle l’était de son Fils.

Amen.

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 22 Mars 2021

 

 

+ SAINT BENOÎT 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

 (Fontgombault, le 22 mars 2021)

 

 "Centuplum accipiet"

 

 Il recevra le centuple (Mt 19,29) 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

 

 Saint Grégoire dans sa Vie de saint Benoît évoque un événement étonnant : la vision du monde entier dans un seul rayon de lumière accordée au Père des moines d’Occident. Servandus, diacre et abbé d’un monastère était venu visiter le patriarche. Comme Benoît, c’était un homme de Dieu. « Comme par une sorte de courant allant de l’un à l’autre, ils s’imprégnaient mutuellement des douces paroles de la vie, et, cette suave nourriture de la patrie céleste dont ils ne pouvaient jouir encore parfaitement, ils la goûtaient du moins en soupirant après elle. » 

L’heure du repos arrivé, les deux moines se séparèrent. Mais, Benoît, alors que les frères reposaient, debout à sa fenêtre priait. Soudain, dans la nuit profonde, il vit une lumière répandue d’en haut chasser toutes les ténèbres de la nuit et briller d’une splendeur qui surpassait la lumière du jour.

 

 Dans cette lumière, Benoît voyait « le monde entier, comme rassemblé sous un seul rayon de soleil. » 

 

Désirant associer à sa vision, un témoin, saint Benoît appela Servandus qui vit « un petit reste de lumière. » La vie de saint Benoît écrite par saint Grégoire fait partie d’un ensemble plus important intitulé Dialogues. Saint Grégoire y converse en effet avec le diacre Pierre. Celui-ci interroge : « Suivant quel ordre de choses peut-il bien se faire que le monde entier soit vu par un seul homme ? La réponse du Pape Grégoire est limpide : Pour l’âme qui voit le Créateur, toute créature paraît bien exiguë… Ce n’est pas que la terre et le ciel se fussent contractés, poursuit le pape, mais que l’âme du Voyant s’était dilatée, elle qui, ravie en Dieu, put voir, sans difficulté, tout ce qui était au-dessous de Dieu.

Ainsi donc, en union avec cette lumière qui jaillissait devant ses yeux, à l'extérieur de lui-même, il y avait, dans son esprit une lumière intérieure qui, parce qu’elle ravissait l'âme du Voyant vers les hauteurs, lui montrait combien étaient exiguës toutes les réalités d’en bas. L’union avec Dieu donne accès à un nouveau regard sur le monde. C’est la leçon que donne cet épisode de la vie de saint Benoît. 

 

Celui-ci prend place juste après sa dernière rencontre avec sa sœur Scholastique et la mort de celle-ci. Lors de cette rencontre, cette dernière avait donné une leçon à son frère en obtenant une abondante pluie qui contraignit son frère à demeurer avec elle pour prier : elle avait été plus puissante parce qu’elle avait plus aimé.

Tout quitter pour suivre le Christ assure une récompense.

Jésus assure Pierre que lorsqu’il reviendra, lorsque que le Fils de l’homme sera assis sur son trône de gloire, les douze qui l’ont suivi siégeront « aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. »

Mais comme souvent Jésus ne limite pas sa perspective à la question de son interlocuteur, il l’élargit : Celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle.

Ce centuple ne serait-il pas une part à ce regard que les apôtres auront sur le monde à la fin des temps pour juger et que saint Benoît partagea dès cette terre dans la vision que rapporte saint Grégoire.

Le chapitre 19e de saint Matthieu s’est ouvert sur une discussion avec les pharisiens pour savoir s’il est permis à un homme de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif. Jésus répond que « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (v.6)

Alors que l’on conduit à Jésus des enfants, ce ne sont plus les pharisiens, mais les disciples eux-mêmes qui veulent les éloigner de Jésus. La réponse du maître est sans équivoque : « Laissez les enfants, ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent. » (v.14)

Voici alors qu’un jeune homme, probablement encouragé par l’accueil fait aux enfants, s’approche de Jésus : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? »

Jésus l’invite à pratiquer les commandements. L’homme pieux affirme que déjà, il les a mis en pratique et qu’il veut faire davantage. Pour atteindre la perfection, Jésus ne l’invite pas à faire davantage mais à abandonner ce qui le retient, ce qui au fond l’empêche d’aimer plus pleinement : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » (v.21)

Le jeune homme ne donnera pas suite. L’évangéliste en donne la raison : il avait de grands biens… il n’était pas libre comme un enfant. Il ne pouvait accueillir davantage le Christ dans sa vie en renonçant à tout pour lui.

Les biens de la terre qui occupent le cœur ne laissent que peu de places aux biens éternels. Le regard que portent les pharisiens sur les commandements de Dieu, le regard que portent les disciples sur les enfants ne sont pas le regard que Dieu porte sur celui qui est faible ou vulnérable. Dieu accueille.

L’évangile de ce jour et l’enseignement de saint Benoît invitent à détourner le cœur des préoccupations vaines et caduques pour épouser dès maintenant le plan de Dieu, la vision de Dieu sur chaque homme.

Comme les pharisiens nous pouvons tirer à nous les commandements de Dieu, en faire des armes à notre usage. Comme les disciples, nous pouvons estimer que tel ou tel n’est pas digne d’approcher Jésus.

Pour devenir ami de Dieu, il ne s’agit pas tant de faire plus – Dieu n’a besoin de rien – que d’abandonner ce qui retient du don total, ce qui prend dans un cœur la place de l’amour. Alors que le carême va s’achevant et que s’approchent les solennités pascales, souvenons-nous qu’il n’y a pas de plus belle preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Ouvrons nos cœurs secs à la rosée bienfaisante de la grâce. La vision de saint Benoît rappelle que Dieu embrasse tout l’univers. Rien n’échappe à sa Providence, à son gouvernement. L’ami de Dieu voit selon Dieu et agit selon Dieu. Voici une part du centuple accordé par le Seigneur à ses amis. Qu’il nous unisse pour toujours à sa vie dans l’éternité.

Amen.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 21 Mars 2021

 

 

 

" Tout est dans l'intention: comme nous pouvons sanctifier les moindres choses, transformer les actes les plus ordinaires de la vie en actes divins ! Une âme qui vit unie à Dieu ne fait que du surnaturel, et les actions les plus vulgaires, au lieu de la séparer de  Lui, ne font au contraire que l'en rapprocher toujours plus... Vivons ainsi, et le Maître sera content, et au soir de chaque jour, Il trouvera une gerbe à moissonner dans nos âmes. "

sainte Elisabeth de la Trinité. 

 

 

 

Alors que nous entrons dans la période de deux semaines appelée semaine de la passion, la Sainte Mère Église, à travers les paroles de saint Paul aux Hébreux, tourne notre attention vers le sang du Christ, ce sang qui sera versé le Vendredi saint et qui nous sera donné à boire dans  le très Saint Sacrement. 

 

L'apôtre compare les sacrifices de l'Ancienne Loi dans lesquels le sang des animaux était offert à Dieu pour réaliser une purification rituelle, avec le Sang du Christ qui purifie efficacement nos âmes en effaçant nos péchés. 

Le premier incident dans les Saintes Écritures où nous sommes confrontés à l'effusion de sang est le meurtre d'Abel par son frère Caïn. Dieu, essayant de solliciter du meurtrier une forme de regret pour son crime qu'il croyait caché, lui déclare que le sang de son frère crie de la terre. Depuis que la terre s'est ouverte pour engloutir le sang innocent, elle est maudite par Dieu comme l'est le meurtrier. 

Mais dans la Nouvelle Alliance, le Fils de Dieu lui-même verse son propre sang, et saint Paul nous dit que son sang parle plus fort et mieux que celui d'Abel. En d'autres termes, les crimes de l'homme ne peuvent pas étouffer l'appel miséricordieux du Sang de Jésus toujours prêt à expier les péchés des hommes, les péchés du monde entier, et même les péchés de nombreux autres mondes s'ils existaient. 

Il ne vient jamais de moment où le pouvoir de satisfaire fait défaut au sang du Christ car sa valeur est infinie grâce à l'union hypostatique. 

C'est le Sang même de l'Homme Dieu, et une seule goutte suffit pour sauver le monde entier. 

De nombreux saints, suivant les traces des apôtres, ont été inspirés à s'unir au Sang de Jésus. 

Dans un passage bien connu de son autobiographie, sainte Thérèse de Lisieux écrit ces paroles sur lesquelles nous ferons bien de méditer fréquemment: 

«Un dimanche, en regardant une image de notre Seigneur sur la croix, j'ai été frappée par le sang qui coulait d'un des mains divines. J'ai ressenti une grande douleur en pensant que ce sang tombait au sol sans que personne ne se hâte de le ramasser. J'étais résolu à rester en esprit au pied de la Croix et à recevoir la rosée divine. J'ai compris que je devais alors le répandre sur les âmes. Le cri de Jésus sur la croix résonnait continuellement dans mon cœur: «J'ai soif!» Ces paroles ont enflammé en moi un feu inconnu et très vivant. Je voulais donner à boire à mon bien-aimé et je me sentais consumé par une soif d'âmes. Jusqu'à présent, ce ne sont pas les âmes des prêtres qui m'attirent, mais celles des grands pécheurs; J'ai brûlé pour les arracher aux flammes éternelles » (Histoire d'une âme).

La perspicacité de sainte Thérèse dans ce mystère lui donnera l’incitation à faire d’elle chaque pensée, parole et acte un sacrifice à Jésus; les petites choses de chaque jour qu'elle a offertes avec beaucoup d'amour, les unissant au Sang de Jésus, et ainsi elle est devenue avec Lui et à travers Lui une source de salut pour de nombreuses âmes qui ont depuis imité sa Petite Voie, par un amour pur qui imite l'amour de Dieu en ce qu'il est désintéressé, inconditionnel, gratuit et vivifiant. 

Sainte Thérèse voulait être une martyre et verser son sang pour Jésus, mais Jésus était satisfait de son intention et Il a accepté l'offrande humble et persévérante de toute sa vie, sa courte vie, comme un martyre d'amour. 

Cependant, il existe de nombreuses autres âmes dont Dieu accepte le sacrifice du sang. D'innombrables martyrs remplissent chaque jour les pages de notre martyrologe. 

Nous savons qu'en ce moment même il y a des âmes qui offrent leur vie en prison et en martyre pour le nom du Christ. Nos pensées vont en particulier aux catholiques chinois martyrisés, trahis aux mains d'un régime impie par ceux-là mêmes qui devraient les protéger. Nos pensées vont aux nombreux chrétiens dans les pays sous domination islamique et aux nombreux autres dans les pays occidentaux livrés à des idéologies corrompues et à un esprit anti-chrétien croissant qui fait que le martyre dans nos pays n'est plus une impossibilité.  (les victimes de l'euthanasie dans les pays d'Europe, aujourd'hui en Espagne.) 

Cela pourrait être le moment opportun pour nous de rafraîchir nos souvenirs sur le texte du  Troisième Secret de Fatima. Sœur Lucie écrit:

«À gauche de Notre-Dame et un peu au-dessus, nous avons vu un Ange avec une épée flamboyante dans sa main gauche; clignotant, il a émis des flammes qui semblaient mettre le feu au monde; mais ils s'éteignaient au contact de la splendeur que Notre-Dame irradiait vers lui de sa main droite: en montrant la terre de sa main droite, l'Ange cria à haute voix: «Pénitence, Pénitence, Pénitence!».

Et nous avons vu dans une immense lumière qui est Dieu: «quelque chose de similaire à la façon dont les gens apparaissent dans un miroir quand ils passent devant lui» un évêque vêtu de blanc «nous avons eu le pressentiment  que c’était le Saint-Père». 

"Autres évêques, prêtres, religieux et religieuses montant une montagne escarpée, au sommet de laquelle il y avait une grande croix de troncs grossièrement taillés comme d'un liège à l'écorce; avant d'y arriver, le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruines et à demi tremblante d'un pas hésitant, affligé de douleur et de chagrin, il pria pour les âmes des cadavres qu'il rencontra sur son chemin; arrivé au sommet de la montagne, à genoux au pied de la grande croix, il fut tué par un groupe de soldats qui lui tirèrent des balles et des flèches, et de la même manière moururent les uns après les autres les autres évêques, prêtres, hommes et femmes Religieux et divers laïcs de rangs et de positions différents.

 "Sous les deux bras de la croix, il y avait deux anges chacun avec un arrosoir de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des martyrs et avec lequel ils irriguaient les âmes qui se dirigeaient vers Dieu ».

Cette scène apocalyptique, comme toutes celles de la Sainte Écriture, avec son message terrifiant, contient une immense consolation, car nous voyons que ceux qui se dirigent vers Dieu sont unis à la passion du Christ, mais que leur sang, leurs sacrifices, leur prières, profitent à tous les autres qui suivent leur exemple.

Prenons donc, mes chers Frères et Amis, en cet anniversaire du trépas de notre saint Père saint Benoît, dont nous célébrerons la fête demain, toujours plus à cœur ces paroles qui concluent le prologue de la Règle: « Nous participerons aux souffrances du Christ par la patience, afin de mériter d'avoir part à son Royaume». Renouvelons l'offrande de notre vie avec lui.

 Aimons-le intensément pour réparer pour  ceux qui ne le font pas.

Et que Marie Immaculée, que nous honorerons cette semaine le jeudi dans le mystère de l'Annonciation et le vendredi en tant que Mère des Douleurs - ces deux jours où elle a accueilli le Dieu incarné dans ce monde et l'a accompagné lorsqu'il l'a quitté -, ainsi que saint Joseph, intercèdent pour nous et partagent avec nous un peu de la vue qu'ils avaient de ce que signifie suivre le Christ,

per crucem ad lucem,

à travers la croix,

jusqu'à la lumière éternelle. 

 

 Fr Pius Mary Noonan + O.S.B 

 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 20 Mars 2021

 

 

 

Son rôle discret mais essentiel dans la vie de Notre-Seigneur et de Notre-Dame est celui qui nous inspire, nous attire, nous entraîne toujours plus dans l'adoration silencieuse. 

En effet, la Sainte Écriture, même si elle enregistre un certain nombre d'actions de saint Joseph, ne nous transmet pas une seule de ses paroles. Les seuls mots que nous savons qu'il a prononcés à coup sûr, et souvent, étaient JÉSUS et MARIE - et ces deux mots suffisent.

 

 Le silence de saint Joseph est ce qui l'amène à découvrir à un niveau toujours plus profond les merveilles de la grâce divine à l'œuvre dans sa propre maison, sous ses yeux. C'est ce qui lui permet de grandir dans toutes les vertus. Ce jour-là, nous pouvons réfléchir à quelques-unes d'entre elles. 

 

Tout d'abord, sa confiance inébranlable en Dieu. 

Les épreuves de la Sainte Famille étaient nombreuses et graves: malentendus et scandales possibles dus à la manière inattendue et inhabituelle de la conception de l'Enfant divin, danger de persécution sanglante et de mort aux mains d'un tyran méchant, pauvreté réelle qui est dû à la persécution, l'exil dans une terre étrangère pendant plusieurs années où il a dû travailler dur pour gagner le pain de la Sainte Famille. 

Au milieu de tout cela, saint Joseph a confiance en Dieu; il sait que Dieu a le contrôle et qu'il n'y a rien à craindre. 

La preuve la plus concluante de cette confiance totale de notre saint est sa capacité à dormir dans le tourment. 

L'ange est obligé de lui apparaître en rêve; il ne reste pas éveillé en s'inquiétant et en s'inquiétant, comme nous l'aurions probablement fait. 

Le sommeil de saint Joseph contient une leçon très profonde pour nous tous, dans des moments où l’avenir est incertain et le plan de Dieu indéchiffrable. 

Il est normal que nous ne puissions pas sonder Ses voies, car Il est Dieu et nous ne sommes que des mortels. 

Apprenons à dormir pendant la tempête et écoutons les anges. 

Deuxièmement, son obéissance. Lorsque Joseph reçoit l'ordre de prendre Marie chez lui, lorsqu'il reçoit l'ordre de fuir en Égypte et de revenir plusieurs années plus tard. Dans tous les cas, il obéit sans délai et sans comprendre. Il aurait pu avoir mille objections. Pourquoi devons-nous fuir? Cet enfant n'est-il pas Dieu? S'Il l'est, Il n'a rien à craindre, n'est-ce pas? Pourquoi en Egypte? Pourquoi pas simplement de l'autre côté du Jourdain, ou vers un autre endroit plus près de chez nous et où nous connaissons la langue? St Joseph ne pose aucune question, car il sait que Dieu est aux commandes. 

Il est le serviteur, il obéira et sera le ministre du salut, comme nous le dit l’hymne de ce matin: il a servi le plan de salut de Dieu et l'a rendu possible grâce à son obéissance inconditionnelle. Apprenons la valeur de l'obéissance, le bonum obedientiae, dont parle saint Benoît dans la Règle, car nous savons avec le livre des Proverbes que l'homme obéissant va de vainqueur en victoire - vir obediens loquetur victorias. 

Troisièmement, sa pureté. 

Quand on considère que Joseph a été donné à vivre dans l'intimité de la vie conjugale avec la Vierge Immaculée, le niveau de sa propre pureté devient trop clair. Dieu n'aurait confié son plus grand trésor à personne mais au plus fiable, au plus pur, celui à qui on pouvait confier le trésor de l'univers, grâce à sa vertu angélique.

 Enfin, une quatrième vertu que nous pouvons considérer aujourd'hui est son courage, on pourrait dire sa virilité. 

St Joseph n'est pas un faible, il n'est pas un lâche, il ne fuit pas les défis et les épreuves, les fardeaux et les tâches. Il se lève pour relever les défis et s'acquitte d'une manière digne et virile. Dans notre tradition, c'est la vertu cardinale de la force, et c'est une vertu que nous voyons peu aujourd'hui. 

 

Demandons à saint Joseph une part de ces vertus qu'il pratiquait à un degré éminent. Demandons-lui d'inspirer aux hommes d'Église, évêques et prêtres, le courage, la force de prêcher la parole de Dieu avec audace. Puisse-t-il inspirer les évêques à utiliser les deux extrémités de leur crosse, l'extrémité supérieure courbée pour maintenir les moutons dans la bergerie, l'extrémité pointue inférieure pour conjurer les attaques des loups, c'est-à-dire des hérétiques et des pervers, satellites de Satan, qui corrompent la foi et la morale des enfants de l'Église. 

 

Que le clergé redécouvre l'audace des apôtres et soit toujours prêt à verser son sang pour les fidèles, pour la vérité, pour la sainteté, et ne jamais compromettre l'honneur de l'Immaculée Epouse du Christ, la sainte Église catholique.

 

Demandons à saint Joseph d'élever de nombreux saints pères de famille qui, avec un cœur pur et courageux, ne permettront pas que la famille chrétienne soit violée, qui défendront la vertu et la foi de leurs femmes et enfants sans faute, et même à leur propre compte. 

Le vrai père doit être prêt à verser son sang pour sa famille comme le Christ a versé son sang pour son Église. 

Demandons à saint Joseph de veiller sur les femmes dans l'Église, tout comme il veillait sur Marie Immaculée, de restaurer et de protéger la chasteté, d'inspirer à de nombreuses jeunes femmes le désir de consacrer leur vie à Dieu et d'œuvrer avec acharnement à la restauration de la vie religieuse féminine dans notre Église. 

Bon Saint Joseph, regardez le troupeau de Jésus, qui dans cette vie vous a regardé comme à son Père. Protégez le corps mystique du Christ comme vous l'avez fait pour son corps physique. Ne laissez pas l'ennemi de notre race l'emporter.

 O Vous la terreur des démons, jetez dans l'abîme infernal tous les démons qui minent notre Église, détruisent nos familles, corrompent notre jeunesse. Sous ta protection, que la sainte Église de Dieu connaisse une nouvelle ère de paix, afin qu'elle soit à nouveau la lumière des nations pour le salut de nombreuses âmes.

 

un moine osb + 

 

 

it's my friend.. 

Prague:

Comment est la sagesse de Dieu.. 

comment la sagesse de Dieu se soucie tendrement  dans les bourgeons de la prochaine beauté du printemps, ainsi st Joseph.. 

A tous ceux qui travaillent au quotidien, 

vous donnez force et encouragement

afin que notre travail terrestre soit glorifié  dans les cieux. Ô Saint Joseph. 

 

 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 23 Février 2021

Rédigé par Philippe

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Publié le 2 Février 2021

 

 

 PRÉSENTATION DE L’ENFANT-JÉSUS AU TEMPLE

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 2 février 2021)

 

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

 

 La Messe de ce jour s’est ouverte par la bénédiction des cierges. Cinq oraisons ont appelé la grâce du Dieu créateur et recréateur sur ces luminaires destinés à nous accompagner durant l’année à venir comme un sacramental témoignant de la protection divine.

Ce rite, accompli en ce jour particulier, ne peut se comprendre que dans son lien à la rencontre entre le vieillard Siméon et la sainte Famille, rapportée par l’Évangile de ce jour. Poussé par l’Esprit, Siméon, un homme juste et craignant Dieu, rempli de l’Esprit-Saint, et qui attendait la consolation d’Israël, c’est-à-dire la venue du Messie, se rend au Temple. Il avait reçu la révélation qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir rencontré le Messie attendu par Israël. Cette promesse s’accomplit en ce jour.

Dieu est toujours fidèle à ses promesses.

La rencontre au Temple fait naître dans le cœur du vieillard une bénédiction adressée à Dieu et dont Marie s’est souvenue : Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » (Lc 2,29-32) Siméon est comblé. Ses yeux voient l’enfant, accomplissement de la Promesse. Il voit et porte dans ses bras le Messie, Lumière qui se révèle aux nations. Dans la nuit de Noël, le Rédempteur est venu dans le monde.

Pour les peuples qui marchaient dans les ténèbres, une lumière a lui. Lors de l’Épiphanie, cette lumière s’est manifestée aux nations. La rencontre du vieillard Siméon, enfin, revêt un caractère particulier, lié à l’endroit où elle se déroule : le temple, lieu du culte et de l’adoration, où sont offerts les sacrifices.

La présentation de l’Enfant Jésus au Temple est comme l’offertoire du sacrifice qui sera consommé sur le Calvaire. Siméon prend l’enfant dans ses bras, l’élevant à la face du monde.

À travers le vieillard Siméon, nos yeux ont vu. Mais nos yeux voient-ils toujours ? Voient-ils encore ?

La présence lumineuse du Christ qui éclaire tout homme venant en ce monde a besoin de nous être rappelée. Le Christ est notre seul Sauveur.

Aussi souhaitons-nous porter les cierges « rayonnants de lumière », bénits ce matin « pour l’usage des hommes et pour la santé des corps et des âmes, soit sur la terre, soit sur la mer », comme le dit la première oraison, afin d’être nous-mêmes « embrasés du feu sacré » et « présentés dans le saint temple » de la gloire de Dieu.

La présentation du Christ s’achève dans notre propre présentation à Dieu.

La troisième oraison demande qu’à la façon dont la lumière chasse les ténèbres de la nuit, « nos cœurs, illuminés d’un feu invisible, la splendeur du Saint-Esprit, soient exempts de l’aveuglement de tous les vices. »

La quatrième oraison implore qu’au don de la lumière extérieure des cierges corresponde le don de la lumière de l’Esprit divin pour les âmes, afin, comme le mentionne la cinquième oraison, de reconnaître et d’aimer fidèlement le Seigneur.

Le drame des âmes est l’aveuglement.

L’œil spirituel purifié, le cœur peut discerner ce qui plaît à Dieu et ce qui sert au salut, franchir « les obscurs dangers de ce siècle », pour arriver à la lumière indéfectible de l’éternité.

   Ce chemin vers la lumière que nous parcourons, les peuples le parcourent aussi, Dieu aidant. Je voudrais achever notre méditation en évoquant brièvement l’apparition de Notre-Dame à Pontmain le 17 janvier 1871, il y a juste 150 ans. La France est en guerre contre la Prusse. L’armée ennemie a envahi tout le nord du pays, du Jura jusqu’à la Normandie. L’armée française se révèle incapable de repousser l’envahisseur. La situation politique n’est guère meilleure. L’épidémie de typhoïde commence à reprendre. Les gens sont désespérés. Dieu semble absent.

Malgré tout, à Pontmain, le zèle infatigable d’un saint curé encourage sans relâche les fidèles à la prière. La nuit est tombée en ce soir du 17 janvier. Il est environ cinq heures et demie. Au-dessus du toit d’une maison, en plein ciel, une « Belle Dame » tend les bras, comme dans un geste d’accueil, et sourit. Elle est vêtue d’une robe bleue semée d’étoiles d’or. Sur sa tête, un voile noir surmonté d’une couronne d’or avec un liseré rouge au milieu. Aux pieds, elle porte des chaussons bleus avec une boucle d’or. Elle est au milieu d’un triangle formé de trois grosses étoiles. Parmi tous ceux qui scrutent le ciel ce soir-là, seuls quelques enfants la verront. La Dame ne dira pas un seul mot. Après la récitation du chapelet, au début du chant du Magnificat, une grande banderole vient se dérouler sous l’apparition.

Des lettres commencent alors à s’écrire, en majuscule, une à une, couleur d’or : MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS· MON FILS SE LAISSE TOUCHER

Vers 20h30, alors que cela fait plus de trois heures que l’apparition a commencé, le curé fait dire la prière du soir. Les enfants voient un voile blanc qui apparaît aux pieds de la Vierge et monte lentement, la cachant progressivement jusqu’à la fin de la prière, où tout disparaît. Les Prussiens qui devaient prendre Laval ce soir-là n’y sont pas entrés. Le lendemain, ils commencent à se replier. Sept jours plus tard, le 25 janvier, l’armistice est signé. À Pontmain, Marie vient nous inviter à la prière. Retenons aussi de cette apparition la pureté de cœur, indispensable à l’union intime avec Dieu : celle de Marie lors de l’Annonciation, celle de Siméon au Temple, celle des enfants de Pontmain.

Marie révèle aussi l’incroyable puissance de notre pauvre prière, capable de toucher le cœur de son Fils. En ce jour de la vie consacrée, cette invitation à la prière prend une importance particulière pour toute personne consacrée, qui, inspirée par le don bouleversant du Christ, aspire à son tour à donner sa vie et à tout abandonner pour marcher à sa suite. Dieu veut nous exaucer. Le Créateur de l’univers porte aussi un regard de bonté sur nos tribulations terrestres. Marie est prête à nous aider, si nous savons le lui demander avec une foi ardente.

En ce jour, imitons le vieillard Siméon : Dieu nous appelle, Dieu nous confirme, Dieu nous attend et nous invite à la communion. Entrons dans la lumière, dans la paix qu’il nous offre, entrons dans l’espérance.

 

Amen.

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Rédigé par Philippe

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Publié le 25 Décembre 2020

 

 

NOËL 

MESSE DE MINUIT 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU 

Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 25 décembre 2020) 

 

Hodie.

Aujourd’hui. (Lc 2,11

 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

Il y a peu, un titre de l’actualité pouvait attirer l’attention. Il disait en substance : « Cette année, à Noël, beaucoup d’enfants, à cause du Covid, n’auront pas de cadeau. » 

La crise, les difficultés liées aux contraintes de déplacement ont pu contribuer à cela. Mais il faut bien le reconnaître, c’est toute l’année 2020 dont on pourrait dire qu’elle ne fut pas pour l’humanité un cadeau. L’an passé, à pareille époque, on savait bien qu’un virus avait fait depuis quelques semaines son apparition en Chine. Le nombre des victimes augmentait. C’était si loin. L’homme occidental semblait alors plus enclin à s’extasier devant le surhomme qu’on lui promettait, l’homme augmenté, comme on aimait à le dire, que plusieurs médias décrivaient déjà avec sûreté et complaisance. 

Le temps a passé... le virus s’est rapproché. Il est arrivé. Il s’est installé. Les médias se sont tus au moins pour un temps en ce qui concerne l’homme augmenté. Les statistiques quasi-quotidiennes, obsédantes, ont pris la place des rêves. 

 

Au-delà des chiffres, c’est le temps qui passe qui inquiète. Combien de temps nous faudra-t-il rencontrer l’homme diminué? Cet homme qui cache son sourire derrière un masque... Cet homme qui ne peut embrasser, car il risquerait de transmettre non la vie mais la mort... cet homme enfin qui ne peut se déplacer, car là-bas se trouve peut-être la maladie, si elle n’est pas déjà ici. Cette année, avec son poids de contraintes, ne fut pas un cadeau. 

 

Pour Joseph et Marie, n’en allait-il pas de même ? L’évangéliste Luc ne rapporte pas leur réaction lorsqu’ils apprirent que l’édit de César Auguste ordonnait le recensement de toute la terre, et l’obligation pour chacun de se rendre dans sa ville d’origine. Désormais le terme de la grossesse était proche. Envisager un déplacement ne semblait pas prudent. Joseph et Marie prirent pourtant la route, quittant le séjour paisible de Nazareth pour se rendre à Bethléem. 

Sans doute, le recensement suscitait un déplacement important de population. Pour nombre de familles, ce temps devenait l’occasion d’heureuses retrouvailles. 

Pour Marie et Joseph, il n’allait pas en être ainsi : plus de famille à Bethléem, et pire, les hôtelleries combles fermaient leurs portes à une femme en passe de mettre au monde. Déjà, l’enfant annoncé n’était pas le bienvenu chez tous. Pour Joseph et Marie, ces jours n’étaient vraiment pas un cadeau. 

La terre habitée devenue hostile, ils se retirèrent dans une étable, une grotte, où selon la prophétie d’Isaïe, un âne et un bœuf les accueillirent : 

Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas. (Is 1,3) 

C’est dans ce lieu, éloigné des hommes, que vint au monde l’Emmanuel, le Fils de Dieu incarné. Celui qui, pour beaucoup ne semblait pas un cadeau, devint alors présent. De façon paradoxale, la crèche, lieu de fuite de Marie et de Joseph, lieu séparé, retiré du monde, devenait le point de départ de la renaissance de l’humanité. 

Mais voici que l’évangéliste porte notre regard vers d’autres solitaires : des bergers qui vivent dehors et passent la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. Pour ces pauvres, l’Emmanuel se fait aussi présent. L’ange du Seigneur vient à leur rencontre, et la crainte provoquée par l’apparition de l’être céleste les enveloppe. L’ange leur désigne une étable et la mangeoire où ils trouveront l’Enfant, le Sauveur qui leur est né. Ce lieu, une étoile l’indiquera bientôt à des Mages venus d’orient. 

Pour autant, les riches, les savants et les puissants, ceux qui demeurent sur leur trône, ne se déplaceront pas. L’enfant pour eux ne sera pas un présent. Bien plus, il suscite en eux une inquiétude. Non pas la crainte des bergers face au mystère divin qui s’invite dans une vie, mais la peur de perdre des richesses et un pouvoir qu’ils ont parfois si difficilement conquis. Ceux qui se prennent pour les sauveurs du monde n’ont pas besoin du seul vrai Sauveur. Bientôt, ils le feront rechercher pour essayer de le supprimer. 

En ces jours, peut-être que certains enfants n’auront pas de cadeau. Mais en ce jour, tous les hommes sont appelés à recevoir un présent et le plus beau des présents : un Sauveur qui redonne sens à la vie. 

Les hommes, les sociétés ont perdu le nord. Les boussoles de leurs vies tournent, folles, désorientées. L’humanité est engluée dans un monde qui la retient prisonnière. Que de cadeaux en ces jours ne seront pas de véritables présents, parce qu’ils ne seront pas porteurs d’un avenir. 

Faire de l’instant qui passe un présent, voilà ce à quoi invite saint Paul dans l’épître de cette sainte nuit : « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » (v. 11) 

L’éternel présent divin vient transfigurer l’instant, tous les instants, que nous vivons : il nous apprend « à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété.  (v. 12

La vie humaine se réoriente alors naturellement vers un avenir désirable, voulu pour nous par Dieu, « la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus-Christ ». (v. 13) 

Le mystère de Noël ne s’accomplira pleinement que dans la conversion du cœur de chaque homme. Rendons-nous à la crèche avec les bergers. Entraînons-y notre prochain, comme dans les farandoles et les pastorales de Noël en terre de Provence. 

Chaque jour doit être un jour de Noël, chaque instant un présent du Ciel qui vient sur la terre, parce que toute vie humaine a été regardée et demeure encore regardée par Dieu. 

Dieu s’est penché sur Marie, son humble servante. Dieu se penche en cette nuit sur tous les hommes de bonne volonté, sur tous ceux qui acceptent, unis aux Anges, de proclamer sa gloire. 

Qu’en cette sainte nuit la Paix venue du Ciel repose sur chacune de nos familles. Qu’elle soigne les blessures des cœurs et des corps et que Dieu trouve en chacun une demeure. Le sourire de l’Enfant de la crèche révèle le sourire de Dieu. 

Paix en cette sainte nuit aux hommes de bonne volonté.

Amen. 

NOËL 

MESSE DU JOUR 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault 

(Fontgombault, le 25 décembre 2020) 

 

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils, 

 

Dieu est simple, si simple qu’il semble insaisissable. De là à nier l’existence d’un être que les progrès de la science semblent priver aujourd’hui de toute nécessité, il n’y a qu’un pas, franchi depuis bien longtemps. 

Pourtant, comme pour meubler ce semblant de silence divin, pour oublier une inquiétude lancinante au fond du cœur, le monde s’étourdit en un incessant bavardage. C’est le drame de tous les temps. Saint Paul déjà rappelait aux Corinthiens : 

Je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus-Christ, ce Messie crucifié. (1 Co 2,1-2) 

Et Verbum caro factum est. 

Et le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14 ) 

De nos jours, le développement des moyens de communication met de façon pratiquement gratuite à la disposition des plus riches comme des plus pauvres de la planète, les informations les plus diverses. L’appétit du savoir, déposé par le Créateur dans l’esprit humain comme une ouverture à tout ce qui est, et en premier lieu à Celui qui est en plénitude, c’est-à-dire Dieu, cet appétit se trouve captivé par une multitude de sollicitations et tenu éloigné de son objet premier. 

Nous-mêmes, chrétiens, baptisés, devons rester vigilants. Il n’est pas humain de vouloir connaître ni de vouloir porter toute la misère du monde. Il n’est pas humain de vouloir connaître ni de vouloir livrer tous les combats. Nous n’avons qu’un seul Sauveur : Jésus-Christ. 

 

Aujourd’hui la Paix du Ciel vient sur la terre. La terre pourra-t-elle l’accueillir ? Cette paix est un élément de discernement. Que m’apportent tant d’informations ? La paix du cœur ? Le trouble ? La colère ? 

Le bavardage incessant auquel nous nous livrons, les prises de position à tort et à travers, la boulimie médiatique souvent devenue une addiction, éloignent de la communion au mystère divin, et nous plongent dans les ténèbres du monde, répandant dans les cœurs ces mêmes ténèbres. Aurons-nous le courage d’assumer jusqu’au bout le choix de Dieu ? 

Il peut y avoir une vraie misère dans le monde. Nous ne la rencontrerons jamais. 

Les beautés de la création, en revanche, s’offrent à notre vue tout autour de nous. Le cœur qui ne sait plus admirer ne comprend plus leur langage. Le message du Créateur qu’elles nous désignent est devenu inaudible. 

James Benson Irwin, le huitième homme à avoir marché sur la Lune, affirmait humblement : « le plus important n’est pas qu’un homme ait marché sur la Lune, mais que Dieu ait marché sur la terre dans le corps de Jésus-Christ. » 

Les lectures de ce matin de Noël rappellent cette visite. 

Le Christ n’est pas venu dans le brouhaha d’une hôtellerie, mais dans le silence d’une étable, entouré de Marie et de Joseph, deux êtres aux cœurs purs et libres. Il s’est incarné dans le sein paisible et silencieux d’une Vierge. Le Verbe de Dieu, la Parole divine, a pris chair dans un lieu où elle pouvait être entendue. 

Quel contraste entre un monde toujours plus fou, où les informations, au lieu d’apporter la lumière, conduisent à la confusion, et le silence de l’étable et du sein virginal où Celui qui est la vraie lumière était désiré, et où il s’est incarné. 

Aller à la crèche demande une ascèse : fuir les souvenirs, les curiosités, même les soucis ; fuir le mal, fuir le péché. Renoncer à soi pour s’ouvrir à Celui qui vient aujourd’hui, le Sauveur. 

Saint Paul écrivait aux Philippiens : 

Tous ces avantages que j’avais, je les ai considérés, à cause du Christ, comme une perte [...] à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. À cause de lui, j’ai tout perdu; je considère tout comme des ordures, afin de gagner un seul avantage, le Christ. [...] Je poursuis ma course [...] saisi par le Christ Jésus [...]. Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but, en vue du prix auquel Dieu nous appelle là-haut, dans le Christ Jésus. (Ph 3, 7-8 ; 12-14) 

Courrons avec les bergers, avec les mages, courrons sans cesse. Dieu nous parle par son Fils. À l’écouter, pas de risque de fake news, d’informations mensongères : il est le « rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être. » (Hb 1,3) 

Le prologue de l’évangile de saint Jean offre l’occasion d’un examen de conscience : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » (v. 11) 

Même si les deux versets qui précèdent évoquent la venue du Verbe, « vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde », et le fait que le monde ne l’ait pas reconnu, même si chez lui, c’est la terre, toute la terre qu’il a créée, malgré tout cela, il n’est pas interdit de penser que chez lui, ce sont d’abord nos cœurs de baptisés, ces cœurs sauvés au prix de son sang ; chez lui, ce sont nos familles, nos communautés. 

L’enfant Jésus s’invite chez nous comme témoin, comme juge aussi de nos vies. Aelred, abbé du monastère de Rievaulx dans le Yorkshire au XIIe siècle, résumait cela dans une formule concise : « Nous voici, toi et moi, et en tiers entre nous, je l’espère, le Christ. » (L’amitié spirituelle, I, 661a). 

Vivre le mystère de Noël, accueillir en vérité l’Enfant de la crèche, c’est accueillir cette paix de Dieu qu’il vient partager à la terre. « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » Trop de lieux, dans nos cœurs, dans nos relations avec le prochain, demeurent encore à apaiser, à évangéliser, des lieux où nous n’osons pas, où nous ne voulons pas parfois accueillir le Christ. Dieu nous envoie ce matin pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient. 

Ouvrons les portes au Christ : alors notre vie renaîtra, nos ténèbres s’illumineront plus profondément, et d’une lumière toujours plus vive, de cette gloire qu’il vient nous partager : 

Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. 

Amen, Alleluia. 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 29 Novembre 2020

 

 

 

"Est-il étonnant dans ces conditions que le monde d’aujourd’hui soit désespéré ? Ne sommes-nous pas atteints nous aussi ? Celui qui se contemple lui-même n’a pas de route à suivre, il a trouvé son but. Quelle déception ! Bien vite arrive l’épreuve de la mort et l’angoisse du néant. Le monde se remettra-t-il en question ? Et nous-mêmes ? 

Le psalmiste nous presse de lever les yeux de ce marasme et de les tourner vers le Seigneur. Nous ne serons pas confondus. La bible ne parle pas du Covid-19... elle invite à l’espérance en Dieu. Ces lignes du psaume ont traversé les siècles, toujours confirmées. 

Au seuil de l’année liturgique, notre chemin vers Noël s’ouvre par un pèlerinage aux côtés du peuple de l’Ancien Testament. 

Faisons nôtre l’attente du Messie promis qui s’accomplira pleinement dans le mystère pascal. C’est en nous, aujourd’hui, que cette promesse doit à nouveau s’accomplir. Nous avons un consentement à donner : lever les yeux vers le Seigneur et l’accueillir. 

Savons-nous lire les signes des temps dans notre monde qui est sens dessus-dessous ? Le Christ reviendra à la fin des temps. Il doit venir aussi dès aujourd’hui. Lire les signes des temps, c’est recevoir l’instant présent dans l’espérance, comme une sollicitation à lever les yeux vers le Seigneur et à Le désirer. 

Ce désir est un moteur... mais il est aussi une souffrance. En face de Lui, nous nous reconnaissons pauvres. Souvenons-nous cependant que nous répondons à un appel, que nous sommes attendus. Redonnons à Dieu sa juste place dans notre vie. 

Au seuil de cette année liturgique, redisons avec Marie les paroles du psalmiste, ces paroles qu’elle a si souvent prononcées, qu’elle a vécues, et qui se sont accomplies en elle alors que prenait chair en son sein le Verbe de Dieu, l’Emmanuel, notre Sauveur ; avec elle, entrons dans la paix et le silence de ce temps si aimable : 

Vers vous j’ai élevé mon âme... je n’aurai pas à en rougir... Aucun de ceux qui vous attendent ne sera confondu. 

Amen. 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 27 Octobre 2020

Rédigé par Philippe

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Publié le 12 Octobre 2020

 

photo petit placide 

 

 

DÉDICACE

 

Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

(Fontgombault, le 12 octobre 2020)

 

N’ayez pas peur d’accueillir le Christ et d’accepter son pouvoir !

Aidez le Pape et tous ceux qui veulent servir le Christ et, avec la puissance du Christ servir l’homme et l’humanité entière ! N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur! Le Christ sait «ce qu’il y a dans l’homme»! Et lui seul le sait !

(Saint Jean-Paul II, Homélie du 22 octobre 1978)

Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

Par ces mots, saint Jean-Paul II débutait l’un des pontificats les plus longs et des plus féconds de l’histoire de l’Église.

Ouvrir les portes au Christ, c’est précisément ce que Zachée, le chef des collecteurs d’impôts, vient d’accomplir. Il lui a ouvert les portes de sa maison ; il lui a ouvert les portes de son cœur.

Il ne répondait pas à l’appel d’un saint pape, mais au Christ lui-même : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » (Lc 19, 5)

Demeurer dans sa maison : un regard furtif, un salut rapide, une brève et simple rencontre, ne suffisent pas. Jésus veut demeurer dans sa maison.

Arrêtons-nous à cette demande du Seigneur. Elle nous est aussi adressée. Quelle place accordons-nous à Jésus ? Une rencontre de temps en temps, ou un véritable séjour ? Le Christ peut-il demeurer en nous ?

Zachée ne temporise pas. Il descend de son sycomore et se met en devoir d’accueillir Jésus sans retard. Il est tout à la joie de la réponse inattendue du Seigneur. Déjà, par l’attention que lui porte Jésus, son cœur est transformé.

Comme il est étonnant de voir que ce privilège de recevoir la visite du Seigneur est incompris par la foule. Ceux qui acclamaient le Seigneur se sentent comme abandonnés par le choix de Jésus de « loger chez un homme qui est un pécheur. » (v. 7) Ils sont choqués de voir Dieu se rapprocher d’un pécheur, alors qu’eux se considèrent comme plus dignes de le recevoir.

Si le choix de Dieu est choquant, celui de Zachée ne l’est-il pas davantage ? Dieu ne risque pas grand-chose en venant chez Zachée. Ce dernier au contraire risque gros. S’il veut être cohérent avec cet accueil du Seigneur, son passé peu honnête doit être remis en question. Tout n’était pas très en ordre dans ce cœur et dans cette maison. En allant au-devant de Jésus qui passait par là, le collecteur d’impôts espérait seulement le voir, pour ensuite pleurer sa misère en laquelle il serait demeuré. Il espérait.

Zachée savait trop bien qu’il ne pouvait prétendre à recevoir le Seigneur ; il n’était pas pur. Et voici que c’est Jésus qui vient à lui. Comme dans la parabole du fils prodigue, ou dans l’épisode des pèlerins d’Emmaüs, quand le Père des miséricordes fait miséricorde, il donne largement ; il donne au centuple.

Mais voilà que Zachée annonce : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » (v. 8)

Jésus tire alors la morale de cet épisode : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (v. 9-10)

Jésus a comblé Zachée : que lui-a-t-il apporté ?

La justice et la charité ont pris la place de la malhonnêteté et de l’attrait du gain dans un cœur. Et au-delà d’une justice purement humaine, Jésus a apporté un don inestimable : le salut, et avec lui la joie, pour un cœur, pour une maison.

La joie semble tellement absente de nos cités ; faut-il en conclure que l’appel du Seigneur s’est tu à jamais ? Est-ce que son écho ne continuerait pas plutôt à résonner aux quatre coins de la terre ? Si vraiment le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu, alors l’appel adressé à tant d’hommes et de femmes dans les pages de miséricorde de l’Évangile continue de résonner.

Le salut d’un monde qui semble perdu passe toujours par l’accueil du Christ. Un optimisme béat, une confiance aveugle dans une gouvernance mondiale qui asservit les peuples au Dieu argent ne sauvent pas. Un monde sans Dieu est et restera triste.

Dieu veut demeurer dans le cœur de l’homme, dans sa maison, et par là dans nos cités. Jean-Paul II ajoutait même les « États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. »

Comme il est pénible de voir des hommes revendiquer le droit au blasphème ! Une saine laïcité ne devrait-elle pas commencer par le respect de l’autre et de ses croyances ? Le savoir-vivre disparaît, laissant croître une jungle où la pitié n’existe plus, même la pitié à l’égard des enfants encore dans le sein maternel, ou la pitié à l’égard des personnes âgées et en fin de vie.

Aujourd’hui, la législation s’oriente vers la possibilité pour les parents de refuser à l’enfant, même bien portant, le droit à la vie jusqu’à la veille de sa naissance. Quel pouvoir effrayant ! Aujourd’hui, la législation offre la possibilité de mépriser Dieu contre la croyance de nombreux autres hommes... Comment est-ce possible, si ce n’est par une cohérence infernale ? La mort de Dieu signe la mort de l’homme. Aujourd’hui les tentacules de la culture de mort s’étendent sur le monde. Ils sont toujours plus nombreux, ceux qui se sentent étrangers en leur propre pays, ayant l’impression de vivre une vie à l’envers.

Pourquoi un tel acharnement contre Dieu et contre l’homme ? Le Dieu des chrétiens ferait-il peur ? Pourquoi fait-il peur ? Si le Dieu des chrétiens fait peur, c’est qu’il est le Dieu de la Vie, le Dieu du véritable amour, le Dieu du don gratuit.

Souvenez-vous des premières pages du livre de la Genèse qui rapportent le lien d’intimité établi par Dieu avec l’homme au temps du paradis terrestre. Dieu avait l’habitude de se promener dans le jardin à la brise du soir et d’y deviser avec l’homme et la femme.

L’homme a brisé ce lien. Pourtant, il y a deux mille ans, le Seigneur est revenu marcher sur notre terre. Il a invité Zachée.

Aujourd’hui, rappelons le droit du Dieu Créateur à parcourir notre terre, à rencontrer et inviter chaque être humain et à lui dire: «Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison », en lui offrant le salut et la joie.

Amen.

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Rédigé par Philippe

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