spiritualite

Publié le 25 Février 2021

 

 

   

 

   Qu'avez-vous commis, très doux enfant, pour être jugé ainsi? Qu'avez-vous commis, très affectueux jeune homme, pour être ainsi traité? Quel est votre crime, quel est votre tort, quel est le motif de votre mort, l'occasion de votre condamnation? 

   C'est de ma blessure que vient votre douleur, c'est ma faute qui vous a tué. C'est moi qui me suis donné les coups, c'est vous qui en souffrez, votre crucifixion est le fruit de mon travail. C'est moi qui ai mérité votre mort, c'est de mon infamie que vous portez le châtiment. O admirable punition, ô mystère ineffable! Le vicieux pèche et c'est le vertueux qui est puni; le coupable accomplit les délits et c'est l'innocent qu'on fouette; l'injuste offense , et on condamne le juste; ce que mérite le méchant, c'est le bon qui le subit; ce que consomme le serviteur c'est son maître qui le paie; ce que commet l'homme, c'est Dieu qui en supporte les conséquences. 

   Jusqu'où s'est abaissé, Fils de Dieu, votre humilité? Jusqu'où a brûlé votre charité? Jusqu'où est allée votre bonté? Jusqu'où s'est élancée votre bienveillance? Jusqu'où a atteint votre amour? Où est parvenue votre compassion? C'est moi qui ai violé la justice et c'est vous qui payez l'amende; j'ai perpétré le crime et c'est vous qui êtes puni; j'ai accompli le forfait et vous vous soumettez à la torture; je me suis enorgueilli et vous vous humiliez; je me suis enflé , et vous vous rapetissez : j'ai désobéi et vous effacez par votre obéissance le méfait de ma désobéissance; j'ai cédé à la gourmandise, et vous souffrez la faim; l'attrait de l'arbre m'a entraîné au péché, votre charité parfaite vous convie à la Croix; j'ai porté la main sur le fruit défendu, vous avez subi l'instrument du supplice; je me suis régalé de cette nourriture, vous jeûnez sur le gibet; je me délecte dans la jouissance, vous êtes déchiré par les clous; je goûte la douceur de la pomme, et vous l'amertume du fiel; Eve en riant prend part à mon plaisir, Marie en larmes à votre douleur. 

   Voici, Roi de gloire, voici paraître mon impiété et briller votre piété, voici rendues évidentes mon injustice et votre justice. Que vous rendrai-je , ô mon Roi et mon Dieu, pour tous les bienfaits dont vous m'avez comblé? Car on ne peut trouver dans le coeur de l'homme une réplique digne de telles faveurs.

  Est-ce que toute la sagacité humaine pourrait inventer quelque chose de comparable à la miséricorde divine? Et il n'est pas au pouvoir de la créature de fournir par ses travaux une juste contrepartie aux secours qu'elle reçoit du Créateur; mais cependant dans votre admirable providence, ô Engendré de Dieu, vous avez laissé à ma fragilité un besoin à satisfaire ce qu'elle fera si , recevant en esprit la componction qu'apporte votre visite , elle crucifie sa chair avec ses vices et ses concupiscences; et lorsque vous le lui avez accordé, elle commence en quelque sorte à souffrir avec vous pour vous, puisque vous-mêmes avez daigné mourir à la place du pécheur. 

   Et ainsi remportant sur elle-même cette victoire intérieure, à votre suite elle se fortifie pour la palme intérieure; car étant venue à bout de la persécution spirituelle, elle ne craint plus d'être soumise pour votre amour au glaive matériel. Par ce moyen , la petitesse de sa condition si elle se rend agréable à votre bonté, aura le pouvoir de répondre, dans la mesure de ses forces, à la grandeur du Créateur.

   C'est là le remède céleste, bon Jésus, c'est là l'antidote que nous a préparé votre amour. Je vous en supplie, par vos oeuvres de miséricorde de jadis, versez sur mes blessures l'onguent qui pourra neutraliser l'infection venimeuse qu'y a causée la vipère et me rendre à mon intégrité première; faites qu'ayant goûté le nectar de votre suavité, je méprise de toute mon âme les séductions de la prospérité qu'offre le monde, et ne redoute de sa part à cause de vous aucune adversité; et qu'enfin , me souvenant de la noblesse éternelle, j'éprouve une répugnance persévérante pour les vents de l'enflure éphémère d'ici-bas. 

   Que sans vous, rien, je vous en prie, ne me soit agréable, que rien ne me plaise, qu'aucun trésor, qu'aucune beauté ne m'agrée, hormis vous. Que toutes choses, si je ne vous y trouve pas, soient viles à mes yeux, que toutes mes soient un objet de dédain. Que soit pénible pour moi ce qui vous est contraire; et que pareillement soit insatiable mon désir de ce qui vous plaît . Que la joie sans vous me soit ennui; et que mon bonheur soit d'être attristé pour vous. Que votre nom soit mon réconfort, et votre souvenir ma consolation; Que mon pain, ce soient les larmes que je verserai nuit et jour en scrutant votre justice; que j'estime votre loi un bien pour moi au-dessus de monceaux d'or et d'argent. Que j'aime à vous obéir, qu'il me soit abominable de vous résister.

   Soyez indulgent à mes impiétés, je vous le demande, ô mon espérance, par toutes les oeuvres de votre puissance. Ouvrez mes oreilles à vos commandements, et ne laissez pas mon coeur s'abandonner aux paroles de malice, j'en rappelle à votre saint nom, pour chercher des excuses à ses péchés

   Je vous implore aussi par votre admirable humilité, que le pied de l'orgueilleux ne m'atteigne pas, et que la main des méchants ne me fasse pas fuir. 

 

Jean de Fécamp

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Publié le 25 Février 2021

 

 

 

 

"Mais quand le cerf s’est débarrassé des gros chiens, viennent alors les petits qui courent sous le cerf et le mordillent çà et là. Le cerf ne se garde presque pas de ces petits chiens. Cependant ils le déchiquettent tant et si bien qu’il finit par en faiblir.

De même en va t-il pour l’homme.

Quand il s’est débarrassé et a triomphé des grosses fautes, alors accourent les petits chiens dont il ne se garde pas: camarades de jeu, bijoux, compagnies mondaines, passe-temps, amabilités. Tout cela l’entame çà et là par petits morceaux, c’est-à dire qu’ils éparpillent son cœur et son intériorité, de telle sorte que cet homme finit, comme le cerf, par faiblir dans toute sa vie pieuse, dans la grâce et dans la dévotion. Tout le sérieux pour les choses de Dieu s’évanouit ainsi que tout sentiment de Dieu et toute sainte piété. Tout cela lui fait souvent bien plus de tort que les grandes tentations. Car des grandes il se garde, les tenant pour mauvaises. Mais des petites il ne s’en soucie pas."

tauler. 

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Publié le 22 Février 2021

 

 

 

   Le Bon Dieu y tenait sans doute que nous ne demandions que le pain du jour. 

   Nous sommes invités à être pour notre pain aussi exigeants que les gens du monde qui ne mangeraient jamais un croissant de la veille à leur petit déjeuner. Cette demande d'ailleurs ne prend son plein sens que si l'on exprime par le pain quotidien d'abord la grâce de Dieu et cet Esprit-Saint qui ne nous sera pas plus refusé qu'on ne refuse le pain à des enfants qui ont faim.

   Mais en demandant cet amour de Dieu, nous devons le demander dans sa qualité de quotidien, nous ne devons demander que la grâce d'aujourd'hui, celle de tout à l'heure. Tout cela se tient d'ailleurs: et le fait que nous sommes des enfants qui demandent, et le fait que Dieu ne donnera à ses enfants que la grâce du moment présent, et le fait qu'il ne vient pas normalement à l'esprit des enfants de demander à manger pour huit jours à l'avance. Cela leur viendrait-il à la pensée que ce serait absurde.

   Il n'y a personne qui aille chez le boulanger acheter du pain pour trois semaines. On sait très bien que ce pain deviendrait vite immangeable et l'on fait confiance à la boulangerie qu'elle sera encore ouverte dans trois semaines. Faisons au moins la même confiance à la Providence. Quand nous mangeons, nous savons très bien que ce n'est que pour le jour d'aujourd'hui, et que demain nous recommencerons à avoir faim, et qu'il faudra encore avoir quelque chose à manger, et c'est la santé d'avoir toujours faim. Nous faisons confiance au lendemain qu'il portera sa nourriture à la mesure de notre faim, et les petits enfants, qui ont le plus faim, ne s'en préoccupent même pas. Leurs parents sont là pour avoir ce souci à leur place. De même nous savons très bien que ce que nous avons de la grâce aujourd'hui nous permet tout juste de tenir le coup maintenant. Mais cela suffit. Demain nous aurons une autre grâce à la mesure de notre faim, une force à la dimension de notre tâche. 

   Avec le Bon Dieu nous aurons toujours table mise. Si nous prions, nous sommes sûrs de ne manquer de rien car nous sommes chez lui. Ce serait une insolence d'être invité par quelqu'un et de lui demander en arrivant chez lui la garantie sur tous les repas que nous devons prendre chez lui. 

   A la vie, à la mort, nous sommes chez le Bon Dieu, et ce qui le décourage pour ainsi dire à notre égard, c'est que nous nous conduisons bien souvent à son endroit comme des enfants mal élevés.

Et il n'aime pas ça....!

rp Bruckberger. op +

 

 

 

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Publié le 20 Février 2021

 

 

" Vous bâtissez sur nos ruines antiques, vous réparez les brèches, vous restaurez notre demeure" dévastée par la souffrance, et vous en faites le monument de votre amour."

" La nuit de mon doute et de ma nostalgie s'est illuminée d'espérance ... " 

Jérémie. 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 19 Février 2021

 

 

Au pied de ta Croix, Bien-Aimé,
Jésus, mon Amour crucifié.
Je viens te redire de prendre
Mon cœur sans jamais me le rendre !


 

-Sainte Elisabeth de la Trinité

 

carmel de Dijon 

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Publié le 19 Février 2021

 

 

 

 

   Pour qu'une barque puisse avancer, il faut qu'elle soit sur l'eau.

   Si je m'amusais à prendre l'eau au gobelet et à la jeter sous la barque, il y aura de l'eau sous la barque, mais jamais assez pour la soulever et pour la faire partir. Il faut une certaine quantité d'eau , on dit " un certain tirant d'eau" .

   De même pour l'âme. Pour être soulevée et emportée vers Dieu, il lui faut une certaine quantité de prière, un certain tirant de prière.  Plus la prière sera profonde et large, plus l'âme sera légère et rapide dans la poursuite de son Dieu. En revanche une prière mesquine, une prière au gobelet, laissera l'âme inerte et lourde, impossible à remuer.  C'est par vagues pressées et profondes que la prière doit venir assiéger l'âme pour la ramener un moment et pour toujours vers la haute mer. 

 

rp Bruckberger.  op . 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 18 Février 2021

 

 

     Mais il faut voir, en même temps que ce beau rayonnement de grandeur répandu sur la vie de Jésus,  toute la sainte patience qui s'en exhale. Dès les premières manifestations de son ministère, Jésus se heurte aux tristes misères et aux implacables méchancetés dont il doit mourir. La poignante histoire de sa tentation au désert montre qu'il n'a pas du tout l'intention d'échapper aux dures nécessités par des fausses grandeurs. Il est décidé à mener sa vraie grandeur dans la patience. Satan essaie en vain sur le Christ ce qu'il a tenté, et, je crois bien réussi, sur tant de chefs de peuples et de meneurs d'hommes: ils doivent ne se priver de rien, ils doivent s'imposer par beaucoup d'ostentation et par beaucoup d'empire. C'est une voie tout opposée que choisit Notre-Seigneur, celle qu'il saura si bien dire en ses béatitudes parce qu'elle est si entièrement et si résolument la sienne. 

   De temps à autre, la colère le prend, l'indignation lui arrache de dures imprécations. Mais tout cela est retenu, et sa patience au fond est inlassable. Par ce côté patient de sa vie, il s'apprend à souffrir, comme dit saint Paul, et il s'exerce à la grande obéissance de la croix. Nous avons là comme le revers et la contrepartie de sa grandeur. 

   Jésus se mêle sans précaution à tout et à tous. Vous le rencontrez dans la poussière des routes, dans la bousculade des foules, dans les celliers, dans les déserts, à la montagne et à la mer. Il ne mange pas toujours à sa faim. La fatigue le prend. Les gens le harcèlent. Ses ennemis l'espionnent, et il en est parmi eux qui ne plaisantent pas. Il accueille tout le monde. ll n'envoie promener personne. Il se fait le guérisseur des bancals, le prédicateur des petites gens, l'ami des pécheurs. Bien des fois vous l'eussiez vu, il ne fait pas figure de grand homme. Son précurseur, un vaillant lui aussi, avait eu l'intuition de cela lorsqu'il avait montré du doigt ce Messie sous le signe de l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Des prophètes l'avaient également prédit tel qu'un agneau qui se laisse tondre sans se plaindre et mener à la boucherie sans se révolter. 

 Nous sommes assez habitués à considérer cette patience de Jésus. Il nous semble même qu'elle nous est due et qu'elle va de soi. Il ne faut d'ailleurs ni l'exagérer ni l'édulcorer. Elle n'est empreinte d'aucune lassitude, d'aucune pusillanimité. Il ne faut surtout jamais la séparer d'avec les vertus de grandeur. La patience de Notre-Seigneur, envers nous, envers tout, est elle aussi, pleine de grandeur d'âme. Et il ne faut pas moins de force et d'énergie morale d'un côté que de l'autre. D'autant qu'elle est tout enveloppée, je veux dire de cette patience de Jésus, de beaucoup de condescendance et de ce que j'ai nommé la gentillesse. On est fort quand on est là. A peine deux ou trois fois on l'entend gémir de son isolement et de l'incompréhension qui l'entoure, comme la fois qu'il pousse cette plainte étrange, rapportée par les trois synoptiques : O génération incrédule et gâtée ! jusques à quand serai-je près de vous ? Jusques à quand vous supporterai-je? 

   Malgré tout, il nous supporte gentiment bien, notre Sauveur. Il se fait petit avec nous. Il nous mâche le pain de la vérité et de la vie. Il est toujours prêt à tout pardonner: vous savez jusqu'où il va dans ce sens. Il aime jusqu'à ses ennemis les plus déclarés, il ne fait que du bien à ceux mêmes qui le haïssent, il prie pour ceux qui le calomnient ou le persécutent, il bénit ceux qui le maudissent. C'est dire qu'il patiente avec tout ce qui est cause de sa mort. Et cependant ne croyez pas qu'il soit durci et insensible. Il a voulu donner aux témoins de sa transfiguration le spectacle navrant de son agonie. Nous sommes fixés à cet égard, et c'est là, dans cette nuit de Gethsémani , qu'il faut venir mesurer la patience de Jésus, la grandeur d'âme dont elle s'accompagne, et la force qui les nourrit l'une et l'autre. 

   En revanche, ces deux vertus de patience et de magnanimité qui ont rehaussé toute sa vie vont venir l'aider dans la mort. Vous méditerez la Passion sous ce double aspect.

   Vous verrez comme Jésus est grand dans sa Passion.

   Vous verrez comme Jésus est patient dans sa Passion.

   Et vous n'aurez pas de peine à démêler à travers cela l'étonnante fermeté d'âme qui porte en lui si haut la vertu de force.

   fr. Rogatien Bernard . +op 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 17 Février 2021

 

 

 

" Il renouvelle notre jeunesse

comme celle de l'aigle " 

ps. 102 

Dieu attend ma coopération .. Il donne des ailes à mon esprit, à mon coeur, de fortes ailes pour m'élever vers Lui. Si ce carême pouvait couper ce fil qui me tient à la patte , "mon moi" ,  ma misère, ma pauvreté, mes dégoûts, mes déceptions, les humiliations, le mépris, ... mes ras le bol.  

Ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.. Nous oublier, sortir de nous pour voler vers Dieu, sinon notre esprit est trop replié sur lui-même, comme englué, dans la boue de ses fautes, 

nous dépérissons.. On en a tellement marre de soi. Ne pas se prendre pour ce qu'on est pas, ça c'est facile. On n'a pas fait de hautes études théologiques, !!!  pauvre de science et de culture devant Dieu. pas de risque de s'enfler d'orgueil. on reste un petit sans trop d'instruction juste ce qu'il faut. Le malheur de se savoir intelligent. Ca monte à la tête. Ca écrase l'autre. 

40 jours pour enfin voler pour de bon.  quelle misère.  Je vais redevenir jeune.. oups ! 

pour mon envol vers Dieu. L'aigle vole très haut vers la lumière. " Fils de lumière, nous faisons comme l'aigle lorsque nous nous consacrons au service de la lumière et produisons des fruits grâce à elle. ... pour que nous soyons "lumière du monde." Si , aidés de la grâce nous nous appliquons à la résurrection spirituelle, rien ne pourra lier nos ailes ni gêner notre envol vers Dieu... 

Etre libre. c'est pas la vie de famille qui pourrait me retenir, comme y en a pas, c'est peut-être ça qui retient mon envol.  y en a qui n'ont pas le temps de réfléchir et d'autres qui réfléchissent de trop alalala.. 

Jésus apprend moi à voler, mon dernier envol? qui sait ! 

miserere mei Deus... 

 

 

 

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Rédigé par Philippe

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Publié le 17 Février 2021

 

 

"La très sainte Vierge nous apparaît ce jour comme ayant vis-à-vis de la croix l'attitude qu'il faut avoir, et que nous prenons d'ailleurs difficilement. Cette attitude est exprimée par deux mots de l’Evangile de saint Jean : stabat juxtaElle était tout près de la croix, et elle se tenait debout. Il faut d'abord se mettre tout près de la croix ; il ne faut pas faire comme les autres apôtres qui étaient debout, mais loin…

Il y a deux stabant qui nous sont exprimés dans l'Evangile. Il y a celui de l’Evangile de saint Jean, qui est l'Evangile intime : stabant juxta. Il y avait tout près, tout près de la croix, Marie, Mère de Jésus, Marie Cléophas, Marie-Madeleine et le disciple bien-aimé, c'est-à-dire les saints. Les autres évangélistes, qui sont peut-être un peu plus périphériques que saint Jean, qui voient plutôt ce qui est plus facile à voir humainement, ce qui est plus près de nos sens mais moins près de l'absolu, les autres évangélistes nous disent : stabant a longe. Il y en avait donc qui se tenaient debout, mais loin. C'étaient les autres apôtres ; et c’était leur malheur de se tenir loin…

Il faut les deux : il faut se tenir tout près de la croix, et il faut être debout. Debout, parce que c'est l'attitude du courage et parce qu'on est ainsi plus près de Notre-Seigneur. Si vous étiez près de la croix sans être debout, affaissés, par exemple, déprimés, vous seriez près de la croix elle-même, près du pied de la croix ; mais vous seriez beaucoup plus loin de Notre-Seigneur qui ne touche pas terre, plus loin de son cœur divin. Comme il s’agit surtout d'être près de Notre-Seigneur et même comme nous ne voulons être près de la croix que pour être près de Lui, alors nécessairement il faut être debout.

C'est très difficile d’unir ces deux choses. Ce n'est pas très difficile d'être debout loin de la croix, comme les autres apôtres. Rester debout quand on considère de loin ces choses, quand on ne s’approche pas trop, cela peut aller. De même, il y en a qui sont près de la croix, soit qu'ils la cherchent, soit que Dieu leur fasse une sainte violence. Seulement ils sont pour ainsi dire trop près de la croix pour se tenir debout ; ils ne peuvent pas supporter ce voisinage et surtout ce contact terrible. Le juxta nuit au stabat. Ils sont là, trop près de la terre et dans la mesure où ils sont déprimés, où tout s’abaisse en eux, ils ne sont pas assez près de Notre-Seigneur. C’est pourquoi de grands théologiens s'insurgent si énergiquement contre les peintres qui, représentent la très sainte Vierge pâmée au pied de la Croix ou ayant besoin d'être soutenue par l'un ou l’autre. Ils disent : non, c’est impossible. Parce que la très sainte Vierge aurait été ainsi un peu moins près de Notre-Seigneur ; elle aurait perdu ne fut-ce que quelques centimètres de cette proximité. Et elle ne l'aurait jamais accepté ! C'est d'ailleurs contre la parole de l'Ecriture qui nous dit que la mère de Jésus se tenait debout : stabat . 

Dans le stabat, cette prose admirable, où toutes les choses sont si merveilleusement exprimées, remarquez qu'on demande précisément à se tenir debout, au pied de la croix. Et on indique le moyen, le seul pour le chrétien. Le seul, c'est d'être avec la Sainte Vierge :  Juxta crucem tecum stare. 


Me tenir là, debout près de la croix avec vous, ô Marie !


Trois mots : stabat juxta  s (ce sont les mots de saint Jean) et tecum  (c'est le mot glissé entre les deux autres par la sainte liturgie). Jamais vous ne saurez unir ces deux choses : être tout près de la croix et être debout, si ce n’est avec Marie et en Marie. Certains hérétiques ont voulu rester tout près de la croix sans la très sainte Vierge, et ils n'y sont pas restés longtemps, je vous prie de le croire !… On ne le peut que par elle et en elle. Personne ne le peut autrement. La croix est trop terrible. (…)

(…) Rappelons-nous ces deux mots d'aujourd'hui :stabat Mater.  Ces deux mots sont unis de la façon la plus intime. Elle était debout parce qu’elle était mère, mère de ce Jésus qui mourait et notre mère à nous. Elle était debout pour être le trait d'union entre ces deux maternités. Sa tête et son cœur étaient si haut, précisément, pour être tout près de son Fils ; et ses pieds touchaient notre terre pour être tout près de nous qui sommes aussi ses enfants.


Alors contemplant tout cela vous comprendrez pourquoi les deux stabat de Jésus et de Marie, pourquoi ces deux stabat qui n'en font qu'un appellent le ecce mater tua : voilà ta mère…
(…) elle est debout parce qu'elle est mère, et cette mère-là est nécessairement debout. Alors Jésus peut dire : « Voilà ta mère » et Marie peut dire : « J'attirerai tout à moi comme mère… ». (…)"

rp Thomas  Dehau op+ 
 

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Publié le 16 Février 2021

 

 

" O mon Christ aimé, crucifié par amour . " 

ste Elisabeth de la Trinité. 

 

   Notre Seigneur est à nos yeux le prince des martyrs, le modèle des héros chrétiens, le prototype de la vertu de force. Nous pensons même qu'il a donné à cette vertu un tour nouveau, une perfection jusque là inouïe, un sens tout à fait inédit. C'est lui qui l'a rendu chrétienne. Depuis lui, et par l'effet d'une grâce qui découle de lui en nous, nous avons d'autres façons et d'autres raisons que les païens , d'être forts. C'est spécialement devant la mort que le chrétien fait ses preuves. C'est aussi là que Jésus Christ a fait les siennes. 

   Sa mort a été, toute sa vie présente à son esprit. Elle est restée vraiment la grande affaire de sa vie. On peut dire que c'est dans la prévision de sa mort qu'il a donné toute sa mesure et déployé ainsi toute sa force , une véritable vertu de force. C'est par là qu'il se dresse de tout son haut et qu'il s'affirme dans la plus entière possession de soi et de tout. Vous vous souvenez des propos surprenants qu'il tient à ce sujet et que rapporte saint Jean : Si le grain ne meurt, il demeure seul; mais , s'il meurt, il porte beaucoup de fruit... Et moi, quand j'aurai été élevé de terre, je tirerai à moi tous les gens... Il disait cela , explique saint Jean, pour indiquer de quelle mort il allait mourir. 

   C'est dans la mort qu'il a mis le sceau à son Incarnation: on ne peut douter de la sincérité de celle-ci quand on sait que Jésus est mort comme il a fait. C'est dans la mort qu'il a mis le prix de notre Rédemption et qu'il en a puissamment fondé l'ouvrage: les rachetés du Christ le sont au prix de son sang, l'Eglise du Christ est née dans le sang de ce martyr. C'est dans la mort que Jésus a fourni le plus grand témoignage de son attachement à nous: Personne, dit-il, n'a plus de vrai amour que celui qui offre sa vie pour ses amis. C'est là qu'il cherche et qu'il trouve le plus sûr moyen d'étendre son règne sur nous et d'assurer notre incorporation à lui. Les premiers chrétiens ont tout de suite compris l'importance capitale de cette mort, et c'est pourquoi ils y ont trouvé un si grand culte. Il n'y a qu'à voir la place qu'en occupe le récit dans les quatre évangiles. 

   Il faut bien remarquer le caractère pleinement délibéré et parfaitement résolu de cette mort. Rien n'y est fatal. Tout y est cherché. Jésus meurt dans la force de l'âge aussi bien que dans la force de son âme. S'il est victime, c'est qu'il le veut bien. Par une vue qui lui parait toute simple , il se considère comme un bon pasteur qui offre sa vie pour les brebis de son troupeau: il tient là-dessus des propos , qui sont bouleversants , de gentillesse et de don de soi. Cependant il souligne hautement la vigueur de l'acte et la valeur du don : Ma vie, dit-il,, personne ne me l'enlève, c'est de moi-même que je l'offre, j'ai le pouvoir de l'offrir et j'ai aussi celui de la reprendre, tel est l'ordre et le mandat que j'ai reçu de mon Père. Tout parait se liguer contre lui, mais c'est lui qui veut bien se livrer. Rien ni personne n'aurait pouvoir sur lui si lui-même ne s'y prêtait. Il meurt de mort violente. Il est odieusement condamné, honteusement exécuté. Il ne s'en plaint pas. Plus ils sont enragés à le perdre, plus il est ardent à les sauver. Où sont la haineuse illusion de l'écraser, il se fait fort de vaincre. 

   Une objection peut se lever ici dans nos esprits. Jésus sait où il va, il sait qu'il en sortira, il sait qu'il s'en tirera: de cela nous ne pouvons douter. Si donc ni la mort en soi, ni sa mort à lui n'ont pour lui aucun mystère, nous sommes enclins à penser qu'elles ne doivent point tant lui causer d'épouvante: cependant c'est un fait qu'il en a .  Nous touchons sur ce point les profondeurs de Jésus-Christ. Ces profondeurs, il ne nous appartient pas de les mesurer sur nous, c'est à nous d'essayer de nous étendre jusqu'à elles. Il faut tenir tous les fils, et prendre les faits comme ils sont. Jésus n'en a aucune simagrée devant nous ni devant Dieu. Il n'a pas fait semblant de mourir. Il n'a pas simulé la peur de mourir. Sa mort a été bien réelle, et des plus atroces. Elle lui a fait peur plus qu'à nous. Il faut prendre cela au sérieux, au tragique même. Et , comme nous sommes pourtant bien sûrs qu'il avait tout sous son regard, l'avenir ainsi que le présent, l'éternité ainsi que le temps, nous sommes amenés à conclure que ce qui l'épouvante dans la mort, ce n'est pas l'inconnu qu'elle recèle, c'est au contraire l'immensité qu'il y voit. Pour le moment, il nous dit qu'il est dans le bain et que sa mort est un calice bien amer à boire: sur ce nous devons le croire, et nous voyons qu'il dit vrai et qu'il est terriblement angoissé jusqu'à ce que ce soit accompli.

   Il n'y a donc pas à définir la vertu de force autrement pour lui que pour nous. Elle est cette fermeté d'âme qui fait qu'il ne va pas broncher devant la mort. Le point cardinal de la force morale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il faut oser le dire, a été son équilibre et son parfait aplomb par rapport à la mort. 

   Il a été fort parce qu'il a eu le courage et l'intrépidité d'affronter les périls et les peines qui le menaient là. Il a été fort parce qu'il a su dominer les frayeurs et les craintes que ressentait son âme, sa grande âme humaine. Il a été fort parce qu'il a su dompter ses colères généreuses et modérer ses plus légitimes et ses plus saintes irritations, pour aller mourir comme il fallait qu'il mourût. Il a été fort parce qu'il a su demeurer dans tout cela noblement et simplement soi-même, l'élu de Dieu , le sauveur et l'ami des hommes.  Enfin et surtout il a porté la vertu de force au plus haut degré de perfection parce qu'il su imprimer à sa mort, pourtant hideuse à tant d'égards, la sainteté et la solennité des grandes causes dont il s'inspirait et pour lesquelles il se sacrifiait: il revêt dans la mort toute la majesté du père ou de la mère  même , qui se sacrifie pour ses enfants, du prince qui meurt pour son peuple, du prêtre qui meurt pour son Dieu. Je meurs, dit-il pour que vous viviez.  

   Nous pouvons donc penser qu'il meurt de sa plus belle mort et que la force dont il a fait preuve a l'éminente qualité du martyre.

   Lorsque Jésus commence sa vie publique, il sait qu'elle sera de courte durée. Il lui faut en très peu de temps mener à bien de grandes choses. Dès lors, on dirait que la brièveté des jours et l'exiguïté des éléments dont il dispose ne font qu'augmenter la magnanimité des vues qu'il a , la portée des enseignements qu'il donne et des institutions qu'il fonde . Il dit et il fait avec une sorte de naturel et de simplicité qui ajoute à sa grandeur. La mort qui le guette l'oblige, non pas certes à faire vite, mais à voir grand et à faire grand. Il est splendide comme un créateur, qui se joue du temps et du néant. Il  va fonder et lancer sa société religieuse, bâtir son Eglise comme il dit, en un rien de temps. Il fait ses plus grandes révélations avec des mots de son pays, il élève sa construction avec des hommes et des choses de chez nous, du pain, du vin, des paysans, des marins; mais fortement il pose sur tout et sur tous sa propre grandeur, et de ses mains l'oeuvre sort magnifiée, consolidée, avec tous les promesses du temps et de l'éternité. Il fait preuve, en toute cette entreprise, d'une grandeur d'âme qui est incomparable. Il se sent d'autant plus fort qu'il sait que sa mort même, bien loin de tout compromettre, apportera une suprême consécration à tout ce qu'il est et à tout ce qu'il fait. Aussi est-ce sur cette avenue de grandeur qu'il invite à le suivre et qu'il entraîne ses vrais disciples. 

   Pour être dignes de lui, pour pouvoir faire route avec lui,  nous devons voir grand comme lui et nous devons être prêts à nous sacrifier pour les grandes causes qu'il sert, auxquelles il a si magnifiquement voué sa vie. 

   Cette mort même qu'il voit venir, cette croix qui le hante, il les pare de magnificence, il les auréole de sa grande âme. Il les associe à ses plus hautes révélations et aux plus beaux moments de sa vie. Il les fait pressentir aux maîtres en Israêl dans ses soirées de Jérusalem. Il les annonce gravement à Pierre et aux apôtres après qu'ils l'ont proclamé le Christ Fils de Dieu vivant. Il s'en entretient dans la gloire de la transfiguration avec les deux grands hommes de l'ancienne révélation, Moïse en qui se résume toute la Loi et Elie en qui se récapitulent tous les prophètes. 

   Il salue sa Passion comme ce qui est écrit et prédit de lui, c'est-à-dire comme la pensée du Père et comme la volonté du Père. C'est sa mort enfin qu'il va investir d'une véritable pérennité par l'invention prodigieuse de sa sainte Cène: toujours il rassemblera ses fidèles autour d'elle , et c'est par elle qu'il ouvre à lui comme à eux la bienheureuse éternité. Elle explique l'intrépide grandeur de sa vie. 

   De cette acceptation de la mort, de cette consécration par la mort, il tire véritablement toute sa gloire. Il l'appelle son heure, il l'appelle sa gloire. Il y met son point d'honneur. Il se fait fort par là de tout sauver. Sachant que son Père lui a tout mis dans les mains et que c'est de Dieu qu'il est sorti et que c'est vers Dieu qu'il s'en va, il sait aussi que son heure viendra et que c'est pour lui le grand moyen, royal et sacerdotal toujours, de remonter vers son Père et d'y emmener tous ceux que son Père lui a donnés.    

    rp Bernard op + 

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Rédigé par Philippe

Publié dans #spiritualité

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