Publié le 13 Mai 2012
Publié le 12 Mai 2012
"À la famille humaine prête à sacrifier ses liens les plus saints sur l’autel de l’égoïsme mesquin de la nation, de la race, de l’idéologie, du groupe, de l’individu, notre Mère bénie est venue du Ciel pour mettre dans le cœur de ceux qui se recommandent à Elle, l’amour de Dieu qui brûle dans le sien"
Benoît XVI
Publié le 12 Mai 2012
"Tout le monde peut faire l'expérience d'être aimé !"

1. Aime ! Avant toute chose, il nous est recommandé d'aimer. Davantage : il nous est commandé d'aimer : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. », ordonne le Seigneur. Les saints l'ont compris : « C'est du cœur que doit procéder l'aumône.
Tendre la main sans compatir est une action vaine. », Prêche saint Augustin (En.Ps 125, 5). Ainsi se dégage une règle pour vérifier notre action : aimons-nous ? Je ne parle pas à ceux qui se font servir mais à ceux qui se mettent au service des autres : aimons-nous ceux que nous servons ? Ou bien, sommes-nous en train de servir sans y mettre une sympathie profonde, sans y mettre la compassion dont parle Augustin ?
Examinons nos liens aux personnes, aux missions et aux choses : où mettons-nous un morceau de notre cœur ? Notre amour se dépose parfois plus facilement sur des choses que sur des personnes : où est notre trésor ? Car là où est notre trésor, là est notre cœur !
Il peut y avoir des raisons, aux nobles apparences, pour servir sans mettre d'affection. Il me semble important d'en scruter certaines.
Il y a d'abord cette illusion qu'il suffit de servir. Ce sont les actes qui comptent, pensons-nous. La bienfaisance sans bienveillance suffirait-elle ? Certainement pas. « Il suffit d'aimer », nous disent les saints et ils ajoutent comme le bienheureux Charles de Foucauld peu avant son assassinat : « on n'aime jamais assez. »
Bien entendu, personne ne niera l'importance de ces actes que nous posons, parfois immenses, souvent minuscules: « Dieu, dit saint Augustin, qui nous a donné l'être nous donne aussi d'être bons. » (En.Ps 103) Mais pour autant, « ce qui distingue les actes des hommes, c'est l'amour qui est à la racine. » rajoute le même (in 1 Jn 7,8).
Il y a ensuite la méfiance à l'égard de l'affectivité : si elle est trop engagée, ne risque-t-elle pas de nous blesser ou de corrompre notre service ? Trop d'attachement à une personne peut nous faire chuter. Trop d'affectivité peut brouiller notre discernement de pasteur voire notre diagnostic de médecin.
Cette méfiance est parfois enseignée comme une prudence : les déviances existent : elles ne justifient pas une attitude en contradiction avec l'Evangile. « Il nous faut prendre et reprendre le risque d'aimer », nous disait le bienheureux Jean-Paul II. Viendrait-il à l'esprit de l'un d'entre nous de dénoncer trop d'amour chez une maman ? Nous pouvons mal aimer, certes, mais cela n'excuse rien puisque Jésus s'offre en modèle de notre amour : « comme je vous ai aimés... »
Il y a enfin la méconnaissance de l'amour. Tout le monde en a entendu parler mais certains n'en ont jamais goûté. Un peu comme certains plats très chers, le caviar par exemple. L'amour serait un plat pour « riches », pour ceux qui ont été aimés. Parce qu'ils n'ont pas connu l'expérience de l'amour, certains n'en dispensent pas. Non pas tant par mauvaise volonté que par inexpérience. Ils savent servir car on leur a expliqué qu'aimer c'était donner et se donner. Mais leur cœur ne brûle pas de charité. Ils la découvriront quand ils se connaîtront aimés par Dieu qui pend sur la croix et qu'ils s'écrieront : il m'a aimé jusque là !
2. Aime et chante ! Pour nous assurer de notre amour, retenons ses deux caractéristiques soulignées par notre maître saint Augustin : l'aisance et la joie.
« Dieu ne demande rien d'impossible : tout est facile pour celui qui aime. » (De la nature et de la grâce), écrit-il.
Il y a ceux qui aiment en serrant les dents : ils se forcent à servir, c'est bien. Mais cet accouchement douloureux manifeste que l'amour n'est pas encore dans leur cœur.
Quand on aime, on fait les choses avec aisance même dans la difficulté. C'est là notre expérience commune : la souffrance pour l'objet de son amour se vit sans son poids habituel.
Je pense au montagnard qui, par goût de la montagne, consent des sacrifices importants. Mais combien de médecins veillent comme des mères pour sauver leur patient ou leur fils. Et combien de nos soldats et policiers risquent leur vie comme si la chose était « naturelle » : ils se donnent par passion pour leur mission, par amour pour leur patrie, par fraternité pour leur camarade.
Quelle aisance est la nôtre ? Là où elle commence à manquer, où est notre amour ?
« Fais tout ce que tu peux... Fais le bien avec un cœur joyeux, alors seulement tu pourras adresser ta prière à Dieu avec confiance. » (sermon 58, 10) « Interroge ton cœur, si tu y trouves l'amour de ton frère, sois en paix. » (In 1 Jn) Dans l'amour, la paix avance avec la joie. Et c'est elle qui fait chanter le cœur : « mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt ! Je veux chanter, jouer des hymnes ! », dit le psaume 58 que nous avons lu. « Chanter est le propre de celui qui aime. Et la voix de celui qui chante ce cantique est la ferveur d'un amour saint. » (sermon 336,1).
La ferveur est donc la voix audible du chant intérieur produit par l'amour joyeux. Quelle joie est la nôtre et quelle ferveur porte cette joie à l'extérieur ?
3. Aime, chante et soigne le pauvre ! Notre amour va d'abord vers le pauvre. Jésus l'enseigne par sa pratique et la doctrine de l'Eglise le répète : « la charité est un amour préférentiel pour les pauvres ». Oui, il y a une préférence dans l'amour qui vient de Dieu : une pente naturelle vers le pauvre.
Quels sont les pauvres ? L'Evangile parle des affamés, des opprimés, des aveugles, des prisonniers, des malades... La liste est terriblement longue. Mais dans cette masse immense des pauvres, quels sont nos pauvres à nous, ceux qui sont particulièrement confiés au diocèse aux armées ? Je ne veux exclure aucun homme mais je sais qu'à force de parler de tout le monde, on finit par ne s'occuper de personne.
Nos pauvres proviennent de nos missions : d'abord nos blessés, blessés en service et blessés au combat. Marqués dans leur chair pour toujours. Ensuite nos traumatisés, traumatisés reconnus et traumatisés ignorés : marqués dans leur psychisme pour toujours. Puis nos fragilisés, fragilisés par leur famille et fragilisés par la solitude : marqués dans leur esprit pour longtemps.
Nous avons notre place en tant que chrétiens à côté d'eux : nul ne nous la prendra. Mais nul ne nous remplacera. Dans les Misérables, Victor Hugo fait parler Monseigneur Myriel, évêque d'une petite ville de province : « Est-ce que je ne suis pas médecin comme eux ? Moi aussi j'ai mes malades. D'abord, j'ai les leurs qu'ils appellent les malades et puis, j'ai les miens que j'appelle les malheureux. »
En répondant à ces malheureux par un amour porteur de bonheur, nous plantons l'amour divin sur la terre arrosée de pleurs.
Il est temps de mettre l'amour en œuvre auprès d'eux.
Il est temps que nous mettions le meilleur de nos forces à revenir auprès de ceux-là qui nous sont confiés parce que nous sommes militaires et qu'ils le sont aussi. N'allons pas au bout du monde chercher celui que Dieu veut aimer à travers nous : il est là sur son lit d'hôpital, il est là sur notre base ou notre régiment. Il est là reparti dans le civil, là quelque part où le monde risque d'oublier la tendresse qu'il lui doit.
Sentons-nous cet appel ?
Publié le 12 Mai 2012
couvent des capucins de Bayonne 1960 - 1966
Nous sommes toujours débiteurs.
Quand nous arrivons à l'âge des séniors, nous idéalisons sans doute beaucoup les années de notre enfance. On voudrait retourner en arrière, nostalgiques d'un certain passé, revivant surtout les moments heureux de cette période particulièrement, puisqu'aujourd'hui de cette époque épique, il reste encore le couvent, la chapelle, trois tombes, ... mais plus de capucins!
Témoignage d'une vie donnée. Les pères François, Théotime, Cyprien, Stanislas, Louis-Marie, le père Bernard, que j'ai toujours gardé en mémoire, à l'époque directeur de l'école Saint François. Je devais être souvent avec lui... Et les autres dont j'ai perdu le nom.
Nous nous souvenons de ces moments comme si c'était hier.
Je ne me rappelais plus de leur tonsure, de leur barbe ! ... j'avais des ombres, qui me sont restées comme celui qui s'occupait des enfants de choeur, ..je voyais un grand moine rigolo...
.En voyant - deo gratias - de leurs photos de l'époque, envoyées récement, je me suis dit oui nous avons eu de la chance de connaître tout cela.
Aujourd'hui il ne reste plus que deux pères capucins âgés de 90 ans dont si j'ai bien compris mon bon père Bernard...
La tempête moderniste a soufflé dans les rangs les deshabillant de leur identité religieuse. Terribles années 60 .. Nos parents en ont été les témoins et réagissaient courageusement contre toute cette destruction massive qui a commencé là, par l'autel central. Nous portions un escabeau au petit père François pour qu'il accède au Tabernacle.. un bel autel en bois si mes souvenirs sont bons...
Beaucoup ont subi les changements, par obéissance à l'ordre, soumis, résignés. Même si sans doute il y avait parmi eux des loups, des responsables, des mercenaires.
Mais certains se sont aussi battus jusqu'au bout pour garder leur bure, leur messe, leur liturgie, la fidélité à leur règle et en sont devenus des martyrs. Un jour aussi l'Eglise les portera sur nos autels comme les martyrs espagnols. Une des plus grandes révolutions du vingtième siècle. Martyrs de la révolution moderniste, il faudra y penser, leur demander pardon de tout le mal, qu'on a pu leur faire ..
Sur le site du diocèse de Bayonne on disait de ce père qu'il se levait la nuit, quand nous y êtions, pour prier pour les vocations...
Nous leur servions la messe, tout petits. Oh certes pas avec une grande piété ni grande dévotion. On était ce qu'on était. .. Cela faisait partie de l'éducation parentale. Les messes de minuit, les veillées pascales.Je me rappelais de tout ça avec un autre enfant de choeur.. retrouvé par hasard ces jours-ci.
Je pense à toute ces vies données au Bon Dieu, toutes ces vies données au Christ, toute leur jeunesse qu'ils ont sacrifié, et tout le bien accompli, la foi transmise. Seul cela compte, seul cela reste...
Je ne les idéalise pas non plus, des hommes capables du bien comme du mal comme nous. Dieu seul en est le juge. Le moine reste un homme pécheur qui tend d'une manière radicale à la perfection évangélique.
Aujourd'hui comme beaucoup de religieux on les enterre sans habits sans rien, en habits civils, cravatés; déjà un mort, ça fait froid mais là brrr.. , quand on voit ça, mais ils retrouveront là-haut leur bure, leurs sandales, leur ceinture, leur rosaire qu'ici-bas au nom de la sainte obéissance on leur a demandé d'enlever ou parce qu'ils ont voulu faire comme tout le monde....Saint François se charge de leur garde robes !
Puisque nous sommes dans le temps pascal je réfléchissais à la miséricorde. Ils ont eu déjà leur jugement particulier. Au jugement général alors nous interviendrons pour dire:" hep hep hep !!! ils ont laissé une marque indélébile sur nos âmes! "Je les regardais étant petit descendre à vélo en bure avec les élèves, à la Chambre d'amour. Et je les enviais...Toutes les messes que nous leur servions, l'affection qu'ils avaient envers nous...les sacrements qu'ils nous ont donnés ..Je pense que cela doit être la miséricorde, ...s'il n'y en avait pas pour eux, pourquoi il y en aurait-il une pour moi !
...et Dieu s'est servi de tout cela pour que l'on puisse à notre tour être témoins de l'Evangile.
Misericordia et veritas obviaverunt sibi, iustitia et et pax osculatae sunt. La miséricorde et la justice se sont embrassés, espérant qu'il en sera ainsi pour chacun de nous, que nous aurons aussi nos défenseurs. Et nous nous embrasserons à notre tour, heureux de nous retrouver.
Cinquante ans après, quand je vois l'accueil fait par les biarrots à la décision de Mgr Aillet d'installer la communauté saint Martin, je me dis au fond rien n'a vraiment changé! le modernisme, lui a survécu.
si vous avez des témoignages ! n'hésitez pas... !!!
5 enfants de choeur sur ma liste !
Misericordias Domini in aeternum cantabo!
le petit Placide.
Publié le 11 Mai 2012
Moi aussi je voulais faire la grève, mais cette fois-ci sans rien revendiquer à personne, ou si peu : quelques jours de repos, de recul, loin de Facebook, de mon portable, des bulletins de nouvelles, de la ville… Je n’avais pas réalisé que la gratuité scolaire aurait été une revendication plus réaliste.
Finalement la solution est venue d’un ami. « Va faire une retraite chez les moines », m’a-t-il proposé, faute de posséder une île déserte en Polynésie. Quelques jours plus tard, c’est donc dans les Cantons-de-l’Est que je me suis vu échouer.
Bref, nous oublions peu à peu ce qu’est le travail, l’attente, la lecture, la contemplation, la réflexion, la solitude. Je le sais, je le sais ce discours n’est pas moins à la mode que le iPhone, mais bon, chacun sa patente, chacun son truc.
À Saint-Benoit-du-lac, il n’y a pas de serveur en panne ni de télé HD. Il y a, par contre, une jolie bibliothèque, une église d’où résonnent des chants grégoriens, un clocher qui rythme les jours et un chemin de croix longeant le pommier qui sert à la production du cidre que vendent les moines au magasin.
Publié le 11 Mai 2012
Publié le 10 Mai 2012
"Je te salue,
Reine de la Paix"
Tout commence quand Dieu salue Marie.
À ce moment-là, Dieu entre
en son sein tout vierge.
Tout recommence quand l’homme salue Marie.
À ce moment-là, l’homme entre
en son sein toujours vierge.
Lorsque nos lèvres, usées par des mots futiles,
Prononcent un des noms de la Vierge avec amour
Alors, le monde de Dieu s’ouvre pour nous.
Son Royaume de Paix s’installe en nous.
Ainsi, à chaque Ave Maria qu’il récite,
l’homme se trouve projeté
dans ce lieu infiniment infini
où s’élabore l’amour de charité.
Car les entrailles de la Vierge forment
le laboratoire choisi par Dieu
où se fabriquent le salut et la Paix.
Goûtons chaque syllabe en la prononçant
avec une attention extrême.
Nous le pouvons, il ne s’agit que de sept mots :
Je te salue, Reine de la Paix.
† Luc Ravel, évêque aux Armées françaises
Prière écrite pour le Pèlerinage Militaire International 2012
Publié le 10 Mai 2012
Publié le 9 Mai 2012
le petit Placide vous souhaite un
Heureux et Saint Anniversaire Romain. Monseigneur, avec l'assurance de ses prières et de son affection filiale.
Ce 10 Mai 2012
+
Publié le 9 Mai 2012
« Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s’éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. » Nous savons par l’Ancien Testament qu’Elie a été ravi au ciel .
Mais outre le ciel aérien, il y a le ciel éthéré. Le ciel aérien est proche de la terre : ainsi, nous parlons des oiseaux du ciel, parce que nous les voyons voler dans les airs. Or c’est dans ce ciel aérien qu’Elie a été élevé pour être conduit soudainement dans une région secrète de la terre, où il vit dans un grand repos de la chair et de l’esprit jusqu’à ce qu’il revienne à la fin du monde et acquitte sa dette envers la mort.
S’il a en effet remis sa mort à plus tard, il n’y a pas échappé. Notre Rédempteur, au contraire, n’ayant pas remis sa mort à plus tard, en a été vainqueur ; il a détruit la mort en ressuscitant, et manifesté la gloire de sa Résurrection en montant au ciel. Il faut encore noter qu’Elie, d’après ce que nous lisons, est monté au ciel dans un char : cela montrait bien que n’étant qu’un homme, il avait besoin d’une aide extérieure. Ces secours et les signes qui nous les révèlent sont le fait des anges : Elie, appesanti qu’il était par la faiblesse de sa nature, ne pouvait monter par lui-même au ciel, fût-ce le ciel aérien. Quant à notre Rédempteur, on ne lit pas qu’il fut élevé par un char ou par les anges : celui qui avait tout créé n’avait besoin que de sa propre puissance pour se voir porté au-dessus de tout. Il s’en retournait là où il était déjà ; il s’en revenait de là où il demeurait, puisque lors même qu’il montait au ciel par son humanité, il contenait à la fois la terre et le ciel par sa divinité.
. De même que Joseph, vendu par ses frères, a figuré la vente de notre Rédempteur, Enoch, transporté (cf. Gn 5, 24), et Elie, élevé au ciel aérien, ont symbolisé l’Ascension du Seigneur. Ainsi, le Seigneur eut des précurseurs et des témoins de son Ascension, l’un avant la Loi, l’autre sous la Loi, pour que vînt un jour celui qui serait capable de pénétrer vraiment dans les cieux. D’où l’ordre qui existe entre l’élévation du premier et celle du second, lesquelles se distinguent par une certaine gradation.
Car on nous rapporte qu’Enoch fut transporté, et Elie élevé au ciel, pour que vînt ensuite celui qui, sans être ni transporté ni élevé, pénétrerait dans le ciel éthéré par sa propre puissance. Par le transfert de ces deux serviteurs qui symbolisaient son Ascension, puis en montant lui-même au ciel, le Seigneur a voulu aussi manifester qu’il allait nous accorder, à nous qui croyons en lui, la pureté de la chair, et faire croître par son aide la vertu de chasteté à mesure que les temps se développeraient. Enoch eut en effet une épouse et des fils. Par contre, on ne lit nulle part qu’Elie ait eu une épouse et des fils. Mesurez donc par quels degrés la sainte pureté s’est accrue, d’après ce que ces serviteurs transportés et le Seigneur en personne dans son Ascension nous font voir clairement : Enoch, qui fut engendré par une union charnelle, et qui engendra de la même manière, fut transporté ; Elie, qui fut engendré par une union charnelle, mais qui n’engendra pas lui-même de cette façon, fut enlevé ; quant au Seigneur, qui n’engendra pas ni ne fut engendré par une union charnelle, il s’éleva au ciel [par sa propre puissance].
7. Il nous faut aussi considérer pourquoi Marc affirme : « Il siège à la droite de Dieu », alors qu’Etienne dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 56). Pourquoi Etienne assure-t-il le voir debout, alors que Marc le voit assis ?
Mais vous le savez, mes frères : siéger convient à celui qui juge, se tenir debout, à celui qui combat ou qui vient au secours. Puisque notre Rédempteur, élevé au ciel, juge dès à présent toutes choses, et qu’à la fin des temps il viendra en Juge universel, Marc nous le représente siégeant après son élévation, puisqu’au terme, après avoir été glorifié en son Ascension, il apparaîtra en Juge. Etienne, lui, en proie aux souffrances du combat, vit debout celui qui le soutenait : pour qu’il pût triompher de l’incroyance de ses persécuteurs sur la terre, Dieu combattit pour lui du haut du Ciel en le secondant de sa grâce. 8. Le texte poursuit : « Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient. »
Que devons-nous considérer en cela, que devons-nous en confier à notre mémoire, sinon que l’ordre du Seigneur fut suivi d’obéissance, et l’obéissance de miracles ? Mais puisque Dieu nous a guidé pour parcourir avec vous ce passage d’Evangile en l’expliquant brièvement, il ne nous reste plus qu’à vous faire part de quelques considérations sur la grande solennité [d’aujourd’hui].
9. Il faut d’abord nous demander pourquoi nous ne lisons pas [dans l’Evangile] que les anges apparus après la naissance du Seigneur se fussent montrés vêtus de blanc, alors que nous le lisons de ceux envoyés lors de son Ascension, comme le dit l’Ecriture : « Tandis qu’ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux.
Et comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’éloignait, voici que deux hommes parurent auprès d’eux, vêtus de blanc. » (Ac 1, 9-10). Les vêtements blancs manifestent au-dehors la joie et la fête de l’esprit. Pourquoi donc les anges n’apparurent-ils pas vêtus de blanc après la naissance du Seigneur, mais vêtus de blanc lors de son Ascension, sinon parce que l’entrée au Ciel du Dieu fait homme a constitué pour les anges une grande fête ? Si par la naissance du Seigneur, la divinité semblait abaissée, par son Ascension, l’humanité a été glorifiée. Or des vêtements blancs conviennent mieux à une glorification qu’à un abaissement. Les anges devaient donc se montrer vêtus de blanc au moment où le Seigneur montait [au ciel], puisque celui qui dans sa naissance était apparu comme un Dieu abaissé se manifestait dans son Ascension comme un homme glorieusement élevé.
Mais en cette solennité, frères très chers, il nous faut considérer avant tout que le décret qui nous condamnait a été aujourd’hui abrogé, et abolie la sentence qui nous vouait à la corruption. Car cette même nature à qui il avait été dit : « Tu es terre, et dans la terre tu iras » (Gn 3, 19), est aujourd’hui montée au ciel. C’est en vue de cette élévation de notre chair que le bienheureux Job, parlant du Seigneur d’une manière figurée, le nomme un oiseau. Considérant que le peuple juif ne comprendrait pas le mystère de l’Ascension, Job déclare à propos du manque de foi de ce peuple : « Il n’a pas reconnu la route de l’oiseau. » (Jb 28, 7).
C’est à juste titre que le Seigneur a été appelé « oiseau », puisque son corps de chair s’est élancé vers l’éther.
Celui qui n’a pas cru à l’Ascension du Seigneur au ciel n’a pas reconnu la route de cet oiseau.
C’est de la fête d’aujourd’hui que le psalmiste affirme : « Ta magnificence s’est élevée au-dessus des cieux. » (Ps 8, 2). Et encore : « Dieu est monté au milieu d’une grande joie, le Seigneur au son de la trompette. » (Ps 47, 6). Et enfin : « Montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive ; il a offert des dons aux hommes. » (Ps 68, 19). Oui, montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive, puisqu’il a détruit notre corruption par la puissance de son incorruptibilité. Il a également offert des dons aux hommes : ayant envoyé du Ciel l’Esprit, il a accordé à l’un une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre le pouvoir d’opérer des miracles, à un autre le don des guérisons, à un autre la diversité des langues, à un autre l’interprétation de la parole (cf. 1 Co 12, 8-10). Il a donc bien offert des dons aux hommes.
C’est aussi de cette glorieuse Ascension que [le prophète] Habacuc a dit : « Le soleil s’est élevé, et la lune s’est maintenue à sa place. » (Ha 3, 11, d’après les Septante). En effet, que désigne le prophète par le terme de soleil, sinon le Seigneur, et par le terme de lune, sinon l’Eglise ? Tant que le Seigneur ne s’était pas encore élevé dans les cieux, sa sainte Eglise était paralysée par la crainte des oppositions du monde, tandis qu’après avoir été fortifiée par son Ascension, elle s’est mise à prêcher ouvertement ce qu’elle avait cru en secret. Le soleil s’est donc élevé, et la lune s’est maintenue à sa place, puisque le Seigneur ayant atteint le Ciel, l’autorité de la prédication de sa sainte Eglise s’en est accrue d’autant. Au sujet encore de l’Ascension, Salomon prête à cette Eglise la parole suivante : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes et franchissant les collines. ».
Considérant les points saillants des grandes œuvres du Seigneur, l’Eglise dit : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes. » Car le Seigneur, en venant pour nous racheter, a exécuté, si je puis dire, des bonds. Voulez-vous les connaître, ces bonds, frères très chers ? Du Ciel il est venu dans le sein [de la Vierge], du sein [de la Vierge] dans la crèche, de la crèche sur la croix, de la croix au sépulcre, et du sépulcre il est retourné au Ciel. Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car « le Seigneur s’est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie » (Ps 19, 6), afin que nous puissions lui dire de tout notre cœur : « Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l’odeur de tes parfums. »
. Il nous faut donc, frères très chers, suivre le Seigneur par le cœur là où nous croyons qu’il est monté par le corps. Fuyons les désirs terrestres, et que rien parmi les choses d’ici-bas ne puisse désormais nous séduire, nous qui avons un Père dans les cieux. Considérons bien que celui qui s’est élevé au ciel tout pacifique sera terrible lors de son retour, et que tout ce qu’il nous a commandé avec douceur, il l’exigera alors avec rigueur. Faisons donc tous grand cas du temps qui nous est accordé pour faire pénitence ; prenons soin de notre âme tant que c’est possible. Car notre Rédempteur reviendra nous juger d’autant plus sévèrement qu’il se sera montré plus patient avant le jugement.
Souciez-vous donc de ces choses, mes frères, et ressassez-les en toute sincérité. Bien que votre âme soit encore ballottée par le remous des affaires, (...!!!) ![]()
jetez pourtant dès maintenant l’ancre de votre espérance dans la patrie éternelle ;
affermissez l’orientation de votre esprit dans la vraie lumière.
Le Seigneur est monté au ciel, ainsi que nous venons de l’entendre ; méditons donc sans cesse ce que nous croyons.
Et si nous sommes encore retenus ici-bas par l’infirmité de notre corps, suivons cependant notre Dieu à pas d’amour.
Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui nous a donné un tel désir, ne le laissera pas sans réponse,
lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Dieu le Père dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.
Amen.
St Grégoire le Grand.
"tournés vers les réalités d'En-Haut, avec l'Immaculée."
devise dom Antoine Forgeot.
père abbé émérite de Fontgombault.
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