Publié le 27 Février 2010

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Au reste, cette contemplation de la glorieuse humanité de JésusChrist appartient à la gloire accidentelle des bienheureux.

 

Ainsi l'appellent les théologiens. Elle est bien inférieure à la gloire essentielle qui consiste dans la pleine vision de la beauté divine. Car autant le Créateur surpasse la créature, autant la gloire du Créateur est supérieure à toute autre gloire. Seul il connaît l'immensité de cette gloire, celui qui l'a préparée à ses élus. « Nul que vous, ô mon Dieu, dit Isaïe, n'a vu ce que vous avez préparé à ceux qui espèrent en vous. » Oculus non vidit, Deus, absque te, quae prœparasti expectantibus te. Isa. LXIV, 4t. Ainsi, quand tous les anges en parleraient, ils ne pourraient en expliquer, ni la dignité, ni la grandeur. Nous devons à cette souveraine et immense bonté de Dieu un don ineffable comme son auteur. L'esprit humain a beau s'évertuer dans ses conceptions, jamais il ne saisira la moindre partie de ce don. Voilà pourquoi, en l'évaluant, nous ressemblons à ceux qui contemplent et admirent le tableau, non encore achevé, d'un artiste éminent, et qui le trouvent d'une perfection accomplie ; mais le peintre, qui connaît son art, sait combien cette perfection, admirée par des ignorants, est éloignée de celle qui brillera, quand il aura mis la dernière main à son ouvrage. Ainsi nous devons nous persuader que tout ce que nous disons, ou pensons de la félicité éternelle, est infiniment au-dessous de la réalité. Aussi quelques-uns font dériver caelum, le ciel, de caelo, je cache, parce qu'en lui sont contenus des biens et des délices tout à fait inconnus à l'intelligence humaine.

 

Tout ce que nous pouvons en dire se résume en deux mots : c'est qu'il nous est donné de pouvoir être heureux de cette même ineffable félicité dont jouit le Créateur. Sa béatitude consiste à se voir, à jouir de sa beauté infinie. Par son bienfait, nous vermisseaux, nous aurons en partage la même felicité, parce que nous le verrons tel qu'il est, III Joan. III, 2, et que nous jouirons de son immense beauté. Voir cette beauté infinie n'appartient qu'à la nature divine, tellement que, selon Aristote, l'intelligence divine ne peut penser autre chose. Cet objet, comme il l'appelle, est approprié et adéquat à la hauteur de l'intelligence divine. Car, poursuit Aristote, l'esprit divin se manquerait à lui-même, s'il abaissait sa pensée dans les régions inférieures. Non pas qu'il ne les connaisse; il voit tout, dit saint Thomas, et voit tout parfaitement par lui-même, puisqu'en lui sont toutes les perfections.

 

C'est donc dans cette vision claire et sans nuages, qui n'appartient qu'à Dieu, et qui est l'attribut propre de la nature divine, que consiste la félicité, la béatitude de tous les saints, hommes, ou anges. Car, sous ce rapport, dit encore saint Thomas, les hommes quoiqu'inférieurs aux anges en nature, leur sont égaux en béatitude.

 

Tous les saints comprenant donc qu'ils étaient créés pour cette gloire, on ne saurait dire tout ce que pour elle ils endurèrent de travaux en cette vie, et combien ardents étaient leurs désirs d'y arriver. De là cette prière suppliante de Moïse au Seigneur : « Si j'ai trouvé grâce devant vous, montrez-moi votre visage, afin que je vous connaisse, et que je trouve gràce_devant vos yeux. » Exod. XXXIII, 13 et passim. De là saint Paul demande à être dégagé des liens du corps, pour être avec Jésus-Christ. Philip. 1, 23. De là on a dit de tous les saints, que, pendant leur séjour sur cette terre, ils avaient le désir de mourir, et la patience de vivre. Or, de ce désir causé par le bonheur céleste et par l'Esprit-Saint, on peut inférer que nous sommes appelés à cette suprême félicité. Car, si saint Thomas et les autres vrais philosophes concluent du désir naturel de l'immortalité à l'immortalité des âmes, par la raison que ce désir a été imprimé dans nos cœurs par le Créateur, qui ne fait rien en vain; nous avons raison aussi de conclure, de ce désir de tous les saints, que nous parviendrons à cette félicité divine, l'auteur de la grâce n'étant pas inférieur à l'auteur de la nature.

 

Si le désir de la nature est si efficace, le désir inspiré par la grâce divine ne le sera pas moins, puisque l'un et l'autre dérivent d'un même principe toujours également puissant.

 

On dira peut-être : Comment peut-il se faire que la faiblesse de l'intelligence humaine puisse s'élever à une telle hauteur qu'elle contemple cette nature sublime et supracéleste, non en énigme et comme dans un miroir, mais à découvert et face à face ? D'après les philosophes, pour comprendre les choses il nous faut des images; sans quoi nous ne saisissons rien. De là vient que-nous ne sommes pas en état de nous faire une idée de la substance du dernier des anges, faute d'une image pour nous la représenter. Bien plus, ce qui est autrement étonnant, nous ne pouvons même saisir la substance de notre âme, que nous avons en nous cependant, par laquelle nous vivons, nous nous mouvons, dont nous sentons toujours l'action; et cela, parce que nous n'en avons pas l'image. Comment donc notre entendement pourra-t-il jamais s'élever assez pour voir cet Esprit supérieur, dont aucune chose créée n'est en état d'exprimer la nature ? — Les théologiens répondent : Dieu lui-même, dans la céleste patrie, s'unira d'une manière ineffable à notre intelligence, il se présentera sous une forme intelligible, en sorte qu'il sera l'objet que nous verrons, et le principe en vertu duquel nous verrons. Il irradiera notre âme d'une nouvelle et glorieuse lumière, et l'élèvera au-dessus de sa puissance naturelle, afin qu'illuminée par lui, elle puisse apercevoir cet éblouissant Soleil. C'est ce qu'exprime le Prophète en ces termes : « Dans votre lumière nous verrons la lumière. » Ps. xxxv, 10. C'est aussi ce que les théologiens appellent la lumière de gloire. S'il était permis d'employer un terme de comparaison dans une si grande chose, on dirait que c'est une sorte de lunette. Comme celle-ci, mise au service d'une vue faible, lui fait apercevoir ce que l'œil lui-même ne peut saisir; de même cette lumière de gloire illuminera notre intelligence, rélèvera au-dessus de sa portée, en sorte qu'elle soit en état d'arriver jusqu'à la contemplation de la beauté divine.

 

II.

 

Voyons maintenant quelle est la conséquence de cette vision de la divine beauté. Le royal Prophète répond : « Je serai rassasié, lorsqu'aura paru votre gloire. Ps. XVI, 15. Pourquoi serai-je rassasié ? — Parce qu'en vous seul je verrai non-seulement vous, mais tout ce que peut désirer la volonté humaine, tout ce que peut concevoir entendement : je n'aurai donc rien à chercher hors de vous. — Une autre traduction est plus explicite sur cette félicité; au lieu de « Je serai rassasié quand paraîtra votre gloire, » elle porte : « La satiété des joies est avec votre visage. »

 Ce qui veut dire que, dans cette substance suréminente, sont unies et fondues d'une manière ineffable les perfections de tous les biens qui se trouvent dans toutes les choses créées, et une infinité d'autres qui sont propres à la divinité ; d'où vient cette satiété de joies, qui procède de la réunion multiple et infinie de tous les biens.

 

C'est pourquoi cette céleste béatitude est si bien figurée par la manne, présentée à nos pères dans le désert, et qui réunissait en soi toutes les saveurs, toutes les suavités, toutes les douceurs. Aussi, quand cette manne plus que céleste nous sera servie dans le resplendissant banquet, nous n'aurons rien à désirer au delà.

 

Alors cette roue vivante de nos désirs, agitée par les mouvements continus des passions, puisque nous convoitons avec une avidité insatiable tantôt ceci, tantôt cela, se reposera satisfaite dans la possession du bien suprême et universel. On n'aura plus à chercher ailleurs, et par divers ruisseaux, ce qu'on puisera purement et surabondamment dans cet océan de tous les biens. Car si, au témoignage de saint Augustin, une seule goutte, puisée au fleuve du paradis, étanche toutes les soifs du monde, que ne fera pas cette mer inépuisable de tous les biens ?

 

Maintenant, mes frères, j'ai à vous faire une question. Si les mortels poursuivent quelque bien mesquin de ce monde, richesses , honneurs, plaisirs sensuels, santé, faveur des princes, emplois publics, dignités, s'ils les poursuivent avec une ardeur si fiévreuse qu'ils ne reculent devant aucune fatigue, devant aucun péril de la mer ou de la terre, pour y parvenir ; qu'ils bravent des armées redoutables. et les piques, et le glaive, et le feu ; je vous le demande, que ne devons-nous pas faire pour acquérir ce bien suprême, qui renferme tous les biens?

 

L'esprit humain peut-il désirer quelque chose qu'il ne trouve là, et qu'il n'y trouve beaucoup plus admirable qu'il ne pensait ? Aspirez-vous à la gloire et à la louange humaine ? — « Chacun recevra de Dieu la louange qui lui est due, » I Cor. 1v, 5; louange non pas fausse et mensongère, mais vraie et solide, et non exposée à l'envie.

 Désirez-vous richesses et longue vie ? — « La longueur des jours est dans sa droite, et dans sa gauche les richesses et la gloire. » Prov. III, 16. Etes-vous ambitieux d'un trône, de dignités? — Là, les saints chantent qu'ils ont été créés par Dieu pontifes et rois, et qu'ils régneront sans fin avec lui. Etes-vous passionnés pour la science, pour les connaissances diverses? — Là, par le bienfait de l'Agneau céleste, vous trouverez ouvert le livre qui renferme la science parfaite de toutes choses. Ce qu'en cette vie nous apprenons en détail et successivement, là nous le lirons pleinement dans cette bienheureuse vision de l'essence divine. Beaucoup placent la félicité suprême dans la faveur et l'amitié des princes.

 

Y a-t-il un plus grand bonheur que d'arriver à un état où l'on est rangé parmi les enfants et les amis du Roi suprême et éternel? Enfin, tous les mortels aspirent après le repos, après la fin des travaux et des peines. Je vous le demande, où le trouver, ce repos, sinon au sein des joies des bienheureux? « Là, dit saint Cyprien, est célébré ce sabbat où tous les élus se nourrissent sans labeur de la plus douce des mannes. » Pendant six jours, les Israélites au désert la mangeaient non sans travail, après s'être répandus cà et là pour la recueillir; mais, le sixième jour , ils recueillaient une double provision pour le jour présent et pour le suivant, afin de passer dans le repos le jour du sabbat. Exod. XVI, 22, et passim.

 

Cela même arrivera spirituellement à tous les élus. Pendant les six jours de cette vie, ils se nourrissent de la manne cachée que leur envoie l'Esprit-Saint pour les consoler dans leur pérégrination et leurs travaux ; car il faut le travail pour que le mérite soit possible. Ainsi méritait l'Apôtre, quand il disait : « Plus les maux que nous souffrons pour Jésus-Christ sont grands, plus grande aussi est la consolation que nous trouvons en lui. » II Cor. 1, 5. « Au milieu de mes douleurs , dit le royal Prophète , vos consolations ont rempli de joie mon âme. » Ps. XCIII, 19. Mais dans ce sabbat, où se solennise l'éternel repos, où tous les saints se reposent de leurs fatigues, c'est, non plus le temps de travailler, mais le temps de se reposer; non le temps de chercher sa nourriture par le travail, mais de jouir sans travail des biens acquis, et acquis par un long travail.

 

Voilà, frères, la récompense proposée à ceux qui, pour Dieu, renoncent à eux-mêmes, et portent leur croix tous les jours.

 

Tout y est magnifique et désirable à tous les titres; mais ce qui en rehausse le prix, c'est ce que je vais dire, supposé que je puisse l'expliquer par la parole. Les théologiens disent que, dans cette joie de la béatitude, joie que donne la vision de la beauté divine, il n'y a pas de succession, comme il n'y a pas succession dans cette nature parfaite et suprême. Pour elle tout ce qui a été est encore; tout ce qui est sera, et sans nul changement; ce qui sera a déjà été, et est toujours présent. Le propre de l'éternité, c'est qu'elle est tout entière simultanément ; c'est qu'en elle il n'y a rien d'antérieur , rien de postérieur. La gloire des saints, qui procède de la vision béatifique, reflète à sa manière cette grandeur, cette excellence de l'éternité ; la joie qu'elle procure est sans succession ; elle se perçoit tout entière simultanément, sans accroissement ni diminution; en sorte que la joie de toute l'éternité se ressent tout entière à chaque moment.

 

Si mon langage est obscur , je vais tâcher de l'édaircir par un exemple familier. Dans les festins d'apparat où l'on présente des mets recherchés, chaque mets a une propriété , une saveur particulière. Si le festin se prolonge, les plaisirs se succèdent à travers une variété infinie de ragoûts et de friandises. Supposez maintenant, quoique cela ne puisse avoir lieu en cette vie, que le premier mets du festin, ou plutôt que la première bouchée apporte avec elle tous les plaisirs, toutes les saveurs qui doivent être goûtées pendant tout le cours du banquet. Alors ce plaisir comprendra tous les autres, et en un seul point du temps il flattera le palais autant que tous les autres mets l'auraient flatté pendant toute la durée du festin.

 

A l'aide de cette similitude grossière, et indigne de la majesté de si grandes choses, on aura une idée telle quelle de la grandeur de la joie ressentie dans la contemplation du souverain bien. Là, nulle succession de joies, mais la joie de toute l'éternité est toujours présente , nous l'avons dit, à quelque moment que ce soit.

 

A cette occasion, saint Bernard admire la bonté de la Providence divine qui, donnant à ses élus à boire dans les larmes avec mesure, les fait cependant s'abreuver sans mesure, c'est-à-dire sans succession et à satiété, aux torrents de sa volupté. La peine est bue goutte à goutte, dit-il, elle passe facilement et peu à peu ; mais alors ce sera un torrent de volupté, et un torrent qui afflue et non qui s'éloigne. Au souvenir de cette volupté, le saint docteur était si transporté, qu'il s'écriait : « Combien de fois, dans ma prière, à la pensée de cette joie, ne suis-je pas remué jusqu'au fond des entrailles, et mon visage n'est-il pas inondé de larmes ! O si cela durait, etc. » Et comme sa joie se prolongeait par cette pieuse et dévote considération, voulant retenir un ressouvenir si doux, il ajoute : « Si je t'oublie, ô Jérusalem , que ma droite soit vouée à l'oubli ; que ma langue s'attache à mon palais, si jamais je perds ton souvenir. » Ps. cxxxv1, 5. Puis le saint docteur, impatient du retard, s'écrie : a Seigneur, quand déchirerez-vous mon ciliee, pour me revêtir d'un habit de joie ? » Ps. XXIX, 12.

 

 

 

Qui donc de nous, mes frères, sera assez insensible pour ne pas s'animer, s'enflammer à la pensée d'une telle gloire ? qui ne secouera pas l'engourdissement de l'esprit ? qui ne fera passer cette préoccupation avant toutes les autres de la vie ? qui ne voudrait mourir mille fois pour un tel bonheur ? Saint Augustin n'a pas tort quand il dit : S'il nous fallait chaque jour endurer des tortures, supporter les douleurs mêmes de la géhenne pendant des siècles, afin de pouvoir contempler Jésus-Christ dans sa gloire, et être associés au nombre de ses saints, devrait-on hésiter à subir tous les maux, pour participer à un si grand bien, à une telle gloire ? Mais le Seigneur, bon et miséricordieux, ne nous demande pas un si grand sacrifice ; tout ce qu'il exige, c'est que nous n'oublions pas que nous avons été créés pour cette immense gloire c'est que, nous détournant de biens fragiles et périssables , nous portions tous nos soucis, toutes nos préoccupations, toutes nos pensées vers ce souverain bien ; ayant toujours sous les yeux ces paroles de l'Apôtre, que nous n'avons pas ici de cité permanente, mais que nous cherchons celle où nous devons habiter un jour. hebr. XIII, 1-i.

 

 

 

Conduisons-nous donc , non en citoyens et en habitants de cette terre, mais en étrangers, en voyageurs , qui ont un autre but, et qui cherchent leur patrie.

 

Tel fut l'esprit, telle la disposition de ceux qui, par le droit chemin , sont arrivés à cette patrie. C'est ce que remarque l'Apôtre, en pesant les paroles du saint patriarche Jacob. Pharaon, devant qui il avait été amené en Egypte, lui ayant demandé son âge, Jacob, qui savait que cette vie est non une vie, mais une pérégrination, répondit : Il y a cent trente ans que je suis voyageur ; le temps de mes années a été court, et n'a pas égalé celui des années du voyage de mes pères. Gen. XLVII , 8. D'où l'Apôtre conclut que ces saints patriarches se regardaient comme des étrangers, des voyageurs sur cette terre. « Car des hommes qui parlent ainsi font bien voir qu'ils cherchent leur patrie. Certes, s'ils avaient pensé à cette patrie, d'où ils étaient sortis, c'est-à-dire à la Mésopotamie, lieu de leur origine, ils avaient le temps d'y retourner. Mais maintenant ils en veulent une meilleure, la céleste patrie; aussi Dieu ne rougit point d'eux, et il veut bien être appelé leur Dieu, parce qu'il leur a préparé une cité. » Hebr. x1, 15 et 16.

 

Non , Dieu ne rougit pas d'eux, et il veut bien être appelé le Dieu de ceux qui en cette vie n'ont eu d'autre travail que de lui être agréables en tout, et d'aspirer à son héritage.

 

Tels étaient les sentiments du royal Prophète ; quoiqu'au comble de la puissance , au milieu des trésors et des biens de la royauté, il s'écrie : « Seigneur, écoutez ma prière , prêtez l'oreille à mes cris ; ne vous rendez pas sourd à la voix de mes larmes. » Ps. XXXVIII, 13. Ne gardez pas le silence, c'est-à-dire ne cessez jamais de me prêter votre appui, de me porter secours. Pourquoi ? — « Parce que je suis devant vous comme un étranger, un voyageur, comme ont été tous mes pères. » Ibid. Etant donc pauvre, étant étranger, et comptant pour rien les biens fragiles et fugitifs de la terre, j'ai toujours besoin de votre assistance, qui peut enfin, après cette pérégrination, me conduire à la patrie désirée.

 

Saint Ambroise remarque la différence qui séparait les deux voleurs, crucifiés avec le Seigneur : l'un, pensant non à la vie future, mais à la vie présente, la demandait au Sauveur en ces termes : « Si vous êtes le Christ, sauvez-vous, et sauvez-nous; » l'autre, au contraire, méprisant cette vie, et portant sur l'autre toutes ses aspirations : « Seigneur, disait-il, souvenez-vous de moi, quand vous serez dans votre royaume. »

 

Il n'ignorait pas que celui qui pouvait donner l'éternelle vie, pouvait donner la vie du temps ; mais méprisant celle-ci comme fragile et fugitive, il ne s'inquiétait que de la vie immortelle.

 

Frères, si vous examinez bien, vous trouverez cette même différence entre les justes et les méchants. Car les méchants, repoussant loin d'eux tout souci de la vie céleste, rampent sur la terre à la manière des reptiles, ne pensant pas plus à la vie future, que s'ils n'étaient pas nés, formés, rachetés pour cette vie. En effet, « ils donnent leurs noms à leurs terres. » Ps. XXVIVIII, 12.


Mais les justes, marchant dans une voie opposée, ne cherchant dans le monde que ce que demande, non la convoitise, mais le besoin, et y vivant non comme dans une demeure, mais comme dans une hôtellerie, portent toutes leurs aspirations vers l'autre vie, où ils espèrent vivre toujours; ils soupirent après elle, impatients d'y arriver, et « brûlant du désir d'être revêtus de cette maison céleste. » II Cor. V, 2.

 

 

 

Faisons cela, mes frères; portons là tous nos désirs; et foulant aux pieds toutes les choses de la terre comme viles et éphémères, ne pensons, et le jour et la nuit, qu'à cet avenir éternel ; méditons-le, quand nous dormons, quand nous veillons, quand nous mangeons , quelque chose que nous fassions ; tâchons de l'obtenir du Seigneur à force de prières et de vœux. Croyons avoir vécu utilement et heureusement, quand, morts au monde et à toutes les choses du monde, nous aurons vécu pour ce seul soin. C'est à une telle vie qu'est réservée dans le ciel la vie immortelle. Daigne nous l'accorder Celui qui aujourd'hui a daigné en montrer l'image dans sa glorieuse transfiguration.

 

 

 

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Publié le 27 Février 2010

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Ste Bernadette, priez pour nous

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Magnificat anima mea Dominum !


10ème apparition : Samedi 27 février 1858

 Huit cents personnes sont présentes. L'Apparition est silencieuse. Bernadette boit l'eau de la source et accomplit les gestes habituels de pénitence.


 11ème apparition : Dimanche 28 février 1858

 Plus de mille personnes assistent à l'extase. Bernadette prie, baise la terre et rampe sur les genoux en signe de pénitence. Elle est ensuite emmenée chez le juge Ribes qui la menace de prison.

 

12ème apparition : Lundi 1er mars 1858

 Plus de mille cinq cents personnes sont rassemblées et parmi elles, pour la première fois, un prêtre. Dans la nuit, Catherine Latapie, une amie lourdaise, se rend à la Grotte, elle trempe son bras déboîté dans l'eau de la source : son bras et sa main retrouvent leur souplesse.

 

 

13ème apparition : Mardi 2 mars 1858

 La foule grossit de plus en plus. La Dame lui demande : "Allez dire aux prêtres qu'on vienne ici en procession et qu'on y bâtisse une chapelle." Bernadette en parle à l'abbé Peyramale, curé de Lourdes. Celui-ci ne veut savoir qu'une chose : le nom de la Dame.

Il exige en plus une preuve: voir fleurir le rosier (ou églantier ) de la Grotte en plein hiver.

 

14ème apparition : Mercredi 3 mars 1858

 Dès 7 heures le matin, en présence de trois mille personnes, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n'apparaît pas. Après l'école, elle entend l'invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire. Le curé Peyramale lui redit : "Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu'elle dise son nom et qu'elle fasse fleurir le rosier de la Grotte. "

 

15ème apparition : Jeudi 4 mars 1858

 La foule toujours plus nombreuse (environ huit mille personnes) attend un miracle à la fin de cette quinzaine. La vision est silencieuse. Le curé Peyramale campe sur sa position. Pendant 20 jours, Bernadette ne va plus se rendre à la Grotte, elle n'en ressent plus l'irrésistible invitation.

 

 




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Publié le 26 Février 2010

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Publié le 26 Février 2010

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De même que les trafiquants étalent aux yeux des acheteurs une partie des marchandises qu'ils cherchent à vendre, et même leur donnent à goûter celles qui sont susceptibles d'être goûtées, afin que, séduits et par la vue et par le goût, ils n'hésitent pas à payer le prix demandé; de même le Maître des cieux, dont le royaume, l'éternelle félicité est à vendre, en donne d'abord à goûter quelque chose en cette vie à ses élus, afin qu'amorcés par ces délices, ils s'empressent de fournir le travail exigé pour acquérir le ciel.

 

C'est dans cette vue que le Seigneur montre aujourd'hui à ses disciples cette gloire dont l'ineffable suavité les portait au mépris du monde.

 

Aussi, dès que Pierre y eut goûté, oubliant tous les intérêts d'ici-bas, il s'écria hors de lui : Seigneur, il fait bon être ici, restons-y, établissons nous-y , jouissons toujours de la contemplation de votre visage, nous n'avons besoin de rien autre chose. Il n'avait dégusté, dit saint Augustin, qu'une goutte de ces douceurs, et il prenait en dégoût tout le reste. Non seulement il le prenait en dégoût, mais cette joie pénétrant par tous les pores de son âme et en prenant pleine possession, il était transporté hors de lui-même, enivré du vin céleste, et ne savait ce qu'il disait, quand il demandait à construire trois tentes sur la montagne.

 

Cette sainte ivresse, par l'effet de laquelle un homme, dans l'extase, se remplit de l'Esprit divin, est produite par un ardent amour et par la grandeur de la suavité divine. Par l'amour, dit le même Augustin , l'âme se détache du corps et s'en isole ; sentant Dieu, elle ne se sent pas elle-même. Cela arrive lorsque l'âme, séduite par les ineffables douceurs de Dieu, se dérobe à elle-même, s'élance hors d'elle-même, se transporte d'enthousiasme pour jouir de Dieu à satiété. Rien ne serait si doux, si ce n'était si fugitif. L'amour familiarise avec Dieu ; la familiarité donne la confiance ; la confiance, le goût ; le goût, la faim ; et Pierre, sentant cette faim, voulait séjourner toujours sur cette montagne où il savait que la céleste ambroisie qu'il avait goûtée pouvait satisfaire sa faim.

 

Ces douceurs avaient été goûtées par l'Epouse du Cantique, quand elle disait à ses jeunes compagnes : « Le roi m'a fait entrer dans ses celliers ; nous nous réjouirons en vous, nous souvenant que vos mamelles sont meilleures que le vin. » Cant. 1, 3.

 

Ces celliers ce sont les mets exquis, les délices de l'éternel banquet, où elle se glorifie d'avoir été introduite par le céleste Epoux, lorsqu'elle goûta comme les prémices de la félicité éternelle ; ce qui devait la lui faire rechercher avec ardeur au prix des fatigues et des combats. Aussi ajoute-t-elle : « Nous nous réjouirons en vous, nous souvenant que vos mamelles sont plus douces que le vin. » Ces mamelles sont les torrents de lait de la consolation divine, que le Seigneur, dans Isaïe, présente à ses enfants spirituels , quand il dit : « Afin que vous suciez de ses mamelles le lait de ses consolations, et que vous en soyez rassasiés. » Isa. Lxvi ,11.

 

De même que le nouveau-né se repose tout entier sur les mamelles de sa mère , où il trouve sa nourriture, sa consolation et son refuge ; de même, l'âme fidèle a toutes ses consolations, tous ses trésors dans ces mamelles divines.

 

Quand l'Ecriture les qualifie de plus douces que le vin, elle donne à entendre que toute consolation, toute joie humaine, n'est nullement à comparer avec cette joie spirituelle.

 

Quand toutes les consolations de ce monde, dit Henri Herpius, seraient réunies ensemble, elles seraient loin d'égaler cette joie de l'esprit. Car quelle joie du monde est comparable à celle dont sç glorifie la même Epouse du Cantique, lorsqu'elle dit : « Sa gauche est sous ma tête, et sa droite m'embrasse? » Laeva ejus sub capite meo, et dextera illius amplexabitur me. Cant. vm, 3.

 

Le Seigneur met donc sa main gauche, comme un doux oreiller, sous l'âme aimante, afin qu'elle repose et dorme en paix sous sa tutelle. Bien plus, il se charge lui-même de veiller à ce qu'elle ne soit pas tirée de ce sommeil salutaire. Car il adjure toutes les créatures de ne pas oser troubler ce sommeil spirituel, où elle repose en Dieu seul, libre et dégagée de tous les soucis de cette vie mortelle.

 

Ici saint Bernard, qui connaissait ce sommeil et ces délices, s'écrie : « Quoi de plus doux, de plus suave que ces paroles ? Je ne me possède pas de joie, de voir cette majesté descendre à nous dans un si doux commerce, s'unir par des liens si étroits avec une âme exilée, et lui donner les preuves d'un si ardent amour. »

 

Que sera-ce donc dans le ciel? Quelquefois, telle est la force, tel le débordement de cette dilection, de cette douceur divine, que notre frêle corps, où afflue ^impétuosité de ce fleuve, peut à peine en supporter le choc. Aussi saint Ephrem, enivré et presque accablé de cette affluence de délices, s'écriait : «Seigneur, modérez les ondes de votre grâce; » et encore : « Seigneur, éloignez-vous de moi, parce que je ne puis porter l'intensité de votre douceur. »

 

Cela étant, faut-il croire que ces délices manquent à l'homme, ou l'homme à ces délices? Il n'y a qu'un vase frêle, qui ne puisse contenir le vin en fermentation. D'ailleurs, c'est non l'huile, mais les vases qui manquèrent à la veuve, dont Elisée secourut la pauvreté. IV Reg. 1v, 6. Si les vases n'avaient pas manqué, l'huile n'aurait jamais cessé de couler. Largesse, douceur admirable de notre Dieu, qui confère non pas seulement ce que peut porter la fragilité humaine, mais plus qu'elle ne peut porter ! De là ces mots de l'Apôtre : « Je suis rempli de consolation, dit-il, je surabonde de joie au milieu de toutes nos tribulations. » II Cor. v11 4. Quelle ne devait donc pas être, dans le repos et dans la paix, une joie qui surabondait même au milieu des afflictions !

 

On objectera peut-être : — Si telle est la force de cette douceur, d'où vient que nous, qui sommes fidèles, qui vénérons le glorieux nom de Jésus-Christ, qui de bouche et de cœur avons un commerce fréquent avec Dieu, nous n'avons jamais éprouvé aucune de ces jouissances?

 

Saint Augustin répond, — en appelant Notre-Seigneur l'aliment favori d'une âme purifiée ; aliment qui n'est agréable qu'à ceux qui ont le palais de l'âme purifié non-seulement des vices, mais encore des soins et des plaisirs de la terre. Aussi, où nous lisons : « J'attendrai mon salut de la force de votre nom, parce qu'il est la bonté même aux yeux de vos saints, » Ps. Li, 11, saint Augustin lit : « Parce qu'il est agréable aux yeux de vos saints. » Et en partant de ces paroles il montre en ces termes que cette douceur céleste est connue des justes et des saints : « Vous me dites que ce nom est agréable : donnez-moi un palais qui le trouve tel. Louez le miel autant que vous pouvez, et exagérez-en la douceur par toutes les expressions possibles : l'homme qui ne sait ce que c'est que le miel, ne vous comprend pas, tant qu'il ne l'a pas goûté. Aussi le psalmiste, faisant appel à l'expérience, dit-il : « Goûtez, et voyez combien est doux le Seigneur. » Ps. xxx111, 9. Goûtez, et voyez; quand vous aurez goûté, vous verrez.

 

Le Prophète sentant la douceur du nom de Dieu, voulant l'expliquer, et ne sachant à qui ( car aux saints il n'est pas besoin de l'expliquer, puisqu'ils la goûtent et la connaissent; quant aux impies, ils ne peuvent la sentir, puisqu'ils ne veulent pas la goûter), que va-t-il dire de la douceur du nom de Dieu? Il se détourne aussitôt de la foule des impies, et dit : « J'attendrai mon salut de la force de votre nom, parce qu'il est agréable aux yeux de vos saints. » Votre nom est agréable, mais non aux yeux des impies. Je sais combien il est doux, mais il l'est seulement pour ceux qui l'ont goûté. » De ces paroles de saint Augustin on peut conclure quel est le charme de cette douceur divine, et quels sont ceux qui la connaissent .

 

Je veux cependant faire un pas de plus, et répondre à ceux qui, parce qu'ils sont loin de cette pureté, de cette perfection des saints, s'imaginent qu'ils seront toujours sevrés de ce lait divin.

 

Nous les avertissons donc de renoncer à leurs vices, et de se tourner tout entiers vers le Seigneur par une vraie pénitence, opportune en ce saint temps, parce qu'eux aussi, comme nouveau-nés en Jésus-Christ, peuvent avoir part aux mamelles de la consolation divine. La divine Sagesse n'appelle-t-elle pas à elle tous les hommes par sa promesse? Car, après avoir dit : « Enfants, jusqu'à quand aimerez-vous l'enfance, jusqu'à quand, inconsidérés, désirerez-vous ce qui vous est funeste, et repousserez-vous la science?» elle ajoute: "Convertissez-vous, rendez-vous à mes remontrances; je répandrai sur vous mon Esprit, et vous ferai entendre ma voix. » Prov. 1, 22 et 23. La grandeur de cette suavité spirituelle nous est indiquée par un autre passage de l'Ecriture, où la même Sagesse nous crie : « Mon Esprit est plus doux que le miel, et mon héritage surpasse en douceur tout ce qu'il y a de plus parfumé. » Eccli. xxiv, 27.

 

A ces petits, que le Seigneur veut sevrer du lait des délices mondaines, il promet cet Esprit plus doux que le nectar le plus exquis. Les vrais pénitents ne sont donc pas exclus de ces douceurs. Car si les parfaits nagent dans l'affluence de ces pures voluptés, les petits trouvent aussi de merveilleuses jouissances dans' des biens qui leur sont nouveaux et inconnus. Ainsi le villageois qui est resté toute sa vie caché dans sa misérable chaumière, dès qu'il arrive dans la splendide cité de Venise, est saisi de stupeur et d'admiration, quand il aperçoit l'ensemble de la ville, et tant de magnifiques édifices, sortant du milieu de la mer : . merveilles qui cessent d'être des merveilles pour les habitants, accoutumés à ce spectacle. Oui, elles sont bien désirables les délices que goûtent ceux qui, sortis des épaisses ténèbres de l'Egypte, commencent à contempler de nouveaux cieux, de nouveaux horizons, une lumière nouvelle, des trésors nouveaux, et des voluptés qu'ils ignoraient. Nous lisons de saint Bernard, qu'au commencement de sa conversion, ébloui par la lumière nouvelle et par la contemplation des choses célestes, il perdit presque tout sentiment. Puissent, mes frères, vos cœurs s'embraser du saint désir d'accomplir ce qu'une tendre mère, l'Eglise, exige de vous en ce temps, où elle vous presse de vous convertir à Dieu de tout votre cœur par une vraie pénitence !

 

 

 

Nul doute que chacun de vous, après les pieux gémissements d'un cœur contrit, après des larmes amères, prévenu par les bénédictions du Seigneur, ne s'écriât avec le Prophète : « Combien est grande, Seigneur, cette bonté que vous tenez en réserve pour ceux qui vous craignent ! » Ps. xxx, 20.

 

LOUIS de GRENADE.

 







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CONSIDÉRATIONS HISTORIQUES

SUR LA COMMUNION DANS LA MAIN

 

 

par le R. P. Paul J. McDonald, curé de paroisse

St. Patrick's Church, 123 King Street Pt.

Colborne (Ontario) L3K 4G3

 

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Le véritable amour ne compte rien pour dur, pour amer, pour pénible, pour mortel. Quel glaive, quelles blessures, quels supplices, quelles morts peuvent séparer un amour parfait? L'amour est une cuirasse impénétrable ; elle renvoie les traits, fait briser l'épée, insulte aux dangers, se rit de la mort : s'il est amour, il triomphe de tout.

Pierre De Ravenne

Ëvangiïe selon saint Luc, VII, 36.

 

Un pharisien ayant prié Jésus de manger chez lui, il entra dans sa maison et se mit à table. Voici qu'en même temps une femme de la ville, qui vivait dans le péché, ayant vu qu'il était à table chez le pharisien, apporta un vase d'albâtre rempli d'une huile parfumée, et se tenant derrière lui à ses pieds, elle se mit à les arroser de ses larmes, et elle les essuyait avec ses cheveux, les baisait et les oignait de ce parfum. Ce que voyant, le pharisien qui l'avait invité dit en lui-même : Si cet homme était prophète, il saurait qui est celle qui le touche, et qu'elle est une pécheresse. Alors Jésus prenant la parole lui dit : Simon, j'ai quelque chose à vous dire : Dites, Maître, répondit Simon. Un créancier avait deux débiteurs : l'un lui devait cent deniers et l'autre cinquante, mais comme ils n'avaient pas de quoi les lui rendre, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera le plus? Simon répondit : J'estime que ce sera celui auquel il a remis davantage. Vous avez bien jugé, lui dit Jésus. Et se tournant vers la femme, il dit à Simon : Voyez-vous cette femme? Je suis entré dans votre maison, vous ne m'avez point donné d'eau pour me laver les pieds, et elle, au contraire, les a arrosés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Vous ne m'avez point donné le baiser de paix; mais elle, depuis qu'elle est entrée, n'a point cessé de baiser mes pieds. Vous n'avez point répandu d'huile sur ma tête, et elle a répandu son parfum sur mes pieds. C'est pourquoi je vous le dis : beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais celui auquel on remet moins aime moins. Alors il dit à la femme : Vos péchés vous sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : Qui est celui-ci qui remet même les péchés? Mais Jésus dit encore à cette femme : Votre foi vous a sauvée ; allez en paix.

 

 





L'histoire de Marie Madeleine est un des faits les plus touchants et les plus caractéristiques de l'Évangile.


Elle est comme le complément de la parabole de l'Enfant prodigue ; et elle frappe peut-être encore plus vivement, parce qu'elle est une réalité qui se trouve mêlée à la vie et à la mort du Sauveur.

Madeleine, en effet, depuis sa conversion ne l'a plus quitté ; elle a consacré tout le reste de sa vie à le servir, elle l'a suivi jusqu'au pied de la croix, jusqu'au tombeau.

Elle a été la première à l'y chercher après sa mort, et la première aussi, elle a été le témoin de sa résurrection. Elle a reçu la première parole de Jésus ressuscité, et cette pécheresse, que le pharisien n'aurait pas voulu toucher, est maintenant au ciel dans la gloire de son divin Maître, entourée des anges et des saints. Elle a dû tant de gloire après tant d'ignominie à sa foi, à son amour; et elle, qui s'était souillée par l'impureté, a été lavée jusqu'au fond de son âme par la miséricorde divine, au point de rester unie à Celui qui est la pureté même, et de le suivre partout en compagnie de la Vierge mère, modèle de la vertu sans tache.

Ainsi s'est accomplie la parole du prophète : Quand votre cœur serait rouge comme l'écarlate à cause de vos péchés, par la pénitence et par la grâce il deviendra blanc comme la neige (Isaie, I, 18}.

 

Madeleine a pu subsister à côté de Marie et vivre avec elle, c'est tout dire pour sa gloire.

Elle est devenue le type de l'innocence reconquise par le repentir, comme Marie est celui de la vertu immaculée, et ces deux modèles, que nous contemplons aux côtés de Jésus, la Sainteté même, sont offerts par lui à toutes les âmes ; aux âmes pures, pour devenir plus pures encore; à celles qui ont toujours aimé Dieu par-dessus tout, pour augmenter et soutenir leur amour ; aux autres qui ont eu le malheur de s'en éloigner par le péché, par l'attachement aux créatures, pour leur montrer le chemin 'du retour, et comment elles peuvent recouvrer le bien suprême qu'elles ont perdu, la gloire et le bonheur dont elles sont déchues. t

 

Ainsi personne, pas même les plus grands criminels, n'est exclu du salut apporté au monde par Jésus-Christ.


La grâce divine, dont il est le foyer, se répand avec sa parole comme la lumière, et comme la lumière aussi, elle pénètre et porte la vie là où elle trouve accès et réaction.


Jésus a dit, qu'il est venu surtout pour les pauvres; et les plus pauvres, à coup sûr, sont les âmes dépouillées des biens du ciel, des dons de l'esprit et du cœur, les ignorants et les coupables. Madeleine, aveuglée par les vanités du monde, entraînée par ses passions, avait méconnu le véritable bien. Elle l'avait cherché vainement dans le désordre, et n'y avait trouvé que le vide et la honte.

Mais dès qu'elle a entendu la parole de Jésus, dès qu'elle l'a vu si digne, si majestueux, en même temps si bon, si miséricordieux, si indulgent pour les petits et les faibles, le sentiment du vrai, du beau, du bien se réveille en son âme. Elle a désormais devant les yeux un modèle qu'elle compare à tout ce qui l'entoure, à ce qu'elle est elle-même , et dès lors le dégoût la saisit et du monde et d'elle ; elle prend en dédain tout ce qu'elle a aimé jusque-là, et n'aspire qu'à le quitter. Elle se fait horreur à elle-même, et le remords brûle son cœur. Elle éprouve le besoin de rompre publiquement avec le mal dont elle déteste le joug, et il lui faut un éclat qui brise sa chaîne.

Comme elle est femme, et femme de cœur, elle suit son cœur plus que sa raison, et va se jeter aux pieds de celui qu'elle regarde comme son Sauveur au milieu d'un festin où elle n'était pas conviée, et où sa présence inattendue est un scandale.

Heureux scandale, qui prouve la sincérité de sa foi, et l'ardeur de son amour !

Car, quelle foi ne lui a-t-il pas fallu pour aller ainsi à Jésus-Christ, au premier endroit où elle espère le trouver en public, malgré son passé connu de tous, et en dépit de tout ce qui pouvait l'arrêter ! Elle n'écoute rien que l'instinct divin de son salut ou le souffle de la grâce qui la pousse. Elle brave toutes les convenances humaines pour arriver jusqu'au médecin de son âme, et elle y arrive.

 

Une fois aux pieds de Jésus, son amour éclate avec la douleur de son repentir. Elle est heureuse et honteuse tout à la fois de pouvoir le toucher.

Sa honte déborde par les larmes dont elle arrose ses pieds, son bonheur par les baisers dont elle les couvre, par ses cheveux dont elle les essuie, et l'amour céleste qui la remplit se répand avec ce précieux parfum qu'elle apporte avec elle, et dont elle lui fait hommage, symbole de son âme qu'elle met à ses pieds et à son service.

 

Certes, il est impossible de faire plus abnégation de soi-même, de s'humilier davantage, et de se livrer corps et âme avec plus d'abandon. L'amour de Jésus-Christ est donc déjà bien ardent dans son cœur, puisqu'elle lui sacrifie tout, et ne veut plus vivre que par lui, brisant avec son passé et n'attendant son avenir que de sa miséricorde.


Elle a une telle confiance en sa puissance et en sa bonté, qu'elle remet complétement son sort entre ses mains. Oh!  oui, elle a beaucoup aimé, Madeleine, puisque déjà elle donne sa vie pour ce qu'elle aime!


Mais c'est Jésus-Christ qu'elle aime de la sorte, c'està-dire la vérité qu'elle commence à comprendre, la justice dont il est le modèle, la vertu sans tache réalisée en sa personne, la bonté infinie dont il est l'image parmi les hommes.


Voilà ce qu'elle aime beaucoup à cette heure, et voilà aussi pourquoi beaucoup de péchés lui seront pardonnés. Tel est le sens profond de la parole du Sauveur.


Ce qui veut dire, pour l'instruction des gens du monde qui blasphèment cette parole, en l'appliquant niaisement ou avec dérision aux excès de la passion humaine, que l'amour divin, quand il embrase une âme, absorbe tous les autres amours, les purifie dans son foyer céleste, et concentrant toute la puissance d'aimer sur celui qui en est seul le digne objet, rend le cœur qu'il anime capable de tous les sacrifices, pour s'unir par-dessus tous les attachements de la terre au principe même de l'amour.


Voilà comment on aime beaucoup et bien, et cet amour-là se prouve par le renoncement à soi-même jusqu'à la mort. Et maintenant, ô hommes du monde, apprenez à aimer de cette manière ; aimez la vérité, la justice, le bien jusqu'à donner votre vie pour les confesser et les soutenir, et alors beaucoup de péchés vous seront aussi remis! Aimez comme Madeleine pénitente, et votre âme renouvelée par la foi en la parole de Jésus-Christ qui la relevera, deviendra pure et glorieuse comme la sienne.

 

La figure si touchante, si belle de repentir et d'abandon de Madeleine, ressort ici admirablement par le contraste du pharisien rempli de sa justice propre et qui ne jugeant que par l'apparence, coudamne déjà dans son esprit et cette femme déboutée qui vient audacieusement troubler son i'eslin, et celui qu'il a invité sans doute pour le surprendre dans ses paroles au milieu de l'abandon du repas.


Il l'accuse de n'être point un prophète, puisqu'il se laisse toucher par une pareille créature. Cependant ce prétendu juste, qui se croit bien au-dessus de cette pauvre femme, parce qu'il observe à la lettre toutes les prescriptions de la loi et les traditions des anciens, n'a pas même songé à accomplir les devoirs de l'hospitalité. Il n'a point offert à son hôte de l'eau pour laver ses pieds, il ne lui a point donné le baiser de paix en le recevant, il n'a pas répandu d'huile sur sa tête ; et elle, qui n'avait pas ces obligations à remplir, a fait pour Jésus plus que tout cela, avec amour et non pour accomplir une simple convenance. Jésus le reproche aux pharisiens avec calme, avec dignité, en opposant la conduite de Madeleine à la sienne.

Mais auparavant, par la question qu'il lui pose sur les deux débiteurs auxquels le créancier remet leur dette, en lui faisant dire que celui-là l'aimera le plus auquel il aura remis davantage, il cherche dans sa bonté à ouvrir les yeux de cet aveugle par le souvenir du créancier céleste, dont nous sommes tous les débiteurs insolvables, afia qu'il comprenne la miséricorde attirée par le repentir de Madeleine, et qu'au lieu d'en être scandalisé, il ne soit touché dans son cœur et l'implore à son tour. Il ne paraît pas que Simon ni ses convives aient profité du don de Dieu qui leur était offert, au moins à en juger par ce qu'ils disent : Quel est celui-ci qui prétend remettre les péchés?

 

Du reste on peut remarquer qu'en nous racontant l'histoire de Madeleine, l'Évangile nous offre l'exemple d'une confession parfaite, telle que l'Église l'exige aujourd'hui et l'a demandée dans tous les temps, pour que les péchés soient remis effectivement an coupable.


Il y a l'aveu de la faute avec tous les signes du repentir et de la détestation du mal. Il y a tous les témoignages de la contrition la plus sincère, s'exprimant avec la plus profonde humilité par le renoncement de la volonté criminelle. Il y a le détachement de tout ce qui a pu amener le péché, l'invocation du secours aussi vive qu'il est possible, l'imploration du pardon, et enfin dans les paroles du Sauveur, qui remet les péchés à la pénitente, l'absolution est formellement exprimée. Le prêtre qui absout aujourd'hui les pécheurs repentants au nom de Jésus-Christ ne fait exactement que ce que le Seigneur a fait lui-même pour Madeleine, et ce qu'il a donné à son Église le pouvoir de faire jusqu'à la consommation des siècles en son nom et par la vertu de sa présence en elle.

 

 mr l'abbé Beautin.

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Publié le 26 Février 2010

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Publié le 26 Février 2010

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Victoire, tu regneras

 O croix tu nous sauveras!

 Rayonne sur le monde qui cherche la vérité,

 O croix, source féconde d'amour et de liberté.

 Redonne la vaillance aux pauvres et aux malheureux;

 c'est toi notre espérance, qui nous mèneras vers Dieu.

 Rassemble tous nos frères à l'ombre de tes grands bras.

 Par toi, Dieu notre Père au ciel tu nous accueilleras.




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Or il y avait à Jérusalem près la Porte des brebis une piscine, appelée en hébreu Behtsaida, qui avait cinq galeries dans lesquelles étaient couchée une multitude de malades, d'aveugles, de boiteux, de paralytiques, qui attendaient le mouvement de l'eau. Car l'Ange du Seigneur descendait à un certain temps dans la piscine et en agitait l'eau, et celui qui y descendait le premier après l'agitation de l'eau était guéri, quelle que fût sa maladie. Or il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus l'ayant vu couché, et sachant qu'il était malade depuis longtemps, lui dit: Voulezvous être guéri? Le malade lui répondit : Je n'ai personne pour me porter dans la piscine après que l'eau a été troublée, et pendant le temps que je mets à y aller, un autre y descend avant moi. Jésus lui dit: Levez-vous, emportez votre lit et marchez.


"Imitons la patience du paralytique de Bethsaïda qui attendit tant d'années son libérateur, et le trouva au moment où il y pensait le moins. Nous aussi nous le trouverons, quelle que soit la maladie de notre âme, même quand elle l'affligerait depuis la plus tendre enfance, si nous le désirons vivement et que nous soyons prêts à exécuter sa parole, dès qu'elle nous arrivera. Plus heureux que lui, la piscine de la régénération et de la purification nous est toujours ouverte, et il ne nous faut qu'un peu de bonne volonté pour y descendre et profiter de sa vertu salutaire. Mais une fois guéris et rendus à la vie du ciel, comme le paralytique aussi, rendons gloire à celui qui nous a sauvés et confessons hautement sa puissance surnaturelle devant ses ennemis d'aujourd'hui, qui le calomnient encore et le blasphèment comme les Juifs pendant sa vie, pour échapper à l'aveu de sa Divinité."

 

PRIÈRE.

 

Dieu tout-puissant, nous vous en supplions, soyez favorable à votre peuple et regardez-le avec pitié, soutenant par un secours plein de bonté ceux auxquels vous avez accordé la grâce de vous servir. Daignez exaucer nos prières, ô Dieu miséricordieux, et éclairer nos esprits de la lumière de votre grâce. Par notre Seigneur Jésus-Christ.

 

abbé Bautain .


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Publié le 26 Février 2010

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Publié le 25 Février 2010

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«... Si quelqu'un disait à un fort pauvre homme : Ami, je vous prête ma maison afin que vous vous en serviez pendant trois jours à gagner un inestimable trésor, que ne ferait pas ce pauvre?

Ce que nous avons en emprunt de notre Dieu, c'est notre corps, et tout ce que nous pouvons faire pendant notre vie est comme trois jours. Or si le grain de froment ne se pourrit, il ne peut fructifier. Il faut donc le faire pourrir pour qu'il germe, qu'il soit battu en son temps et recueilli dans les greniers éternels...L'homme ne peut se contenter des choses de la terre; il soupire sans cesse après les choses du ciel ; car il n'a pas été créé pour ce qui est bas, mais pour ce qui est haut et suprême : le corps a été fait pour l'âme, et ce monde pour l'autre... La peine des tentations est semblable au travail du laboureur; la terre est couverte de chardons et d'épines : avant d'y faire un bon labour, il faut la défricher.

A la vue d'un travail long, pénible,' et dont il ne voit pas immédiatement les fruits, il est découragé quelquefois. Ainsi, premièrement, il faut unir et aplanir toutes les mottes ; il n'en voit pas le fruit. Deuxièmement, il faut couper et brûler les racines et les broussailles; il n'en voit pas le fruit. Troisièmement, il ouvre la terre avec le soc ; quatrièmement, il laboure pour la deuxième fois et fait des sillons ; cinquièmement, il sème le grain; sixièmement, il arrache les mauvaises herbes quand le blé commence à pousser; septièmement, il fait moissonner le blé, le sépare de la paille avec beaucoup de sueur et de peine, le faisant battre, vanner, cribler; huitièmement enfin, il porte le grain dans ses greniers, et pour la joie qu'il a de voir le fruit de ses labeurs, il se propose d'en supporter encore de plus grands, pour la seule joie qu'il a de sa cueillette. Or il en est ainsi dans les tentations et travaux qu'on endure en ce monde pour le fruit et contentement spirituel que l'on doit recueillir dans l'éternité '. »


Aegidius, vie de St François d'Assise.


 

 




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