Publié le 17 Janvier 2014
bonne fête à notre Père abbé émérite ...
« L'homme doit être tout à fait sûr qu'à chaque instant Dieu le regarde du haut des cieux » Saint Benoît
Publié le 17 Janvier 2014
bonne fête à notre Père abbé émérite ...
Publié le 15 Janvier 2014
les vertus théologales; leur valeur souveraine.
On n'insistera jamais trop sur ce fait que, pour le penseur catholique, les critères moraux suprêmes et définitifs sont les trois vertus de foi, d'espérance et de charité. Trop facilement , en ces temps modernes où la sécularisation de la pensée a fait d'effrayants progrès, nous acceptions d'autres critères de perfection. Veiller à une correcte évaluation des choses surnaturelles est le devoir de tout prédicateur et de tout écrivain en pareille matière.
Il devrait nous être évident que, pour l'Eglise, maintenir sa vie de foi, d'espérance et de charité, c'est la condition même de son excellence. Elle se démontrera l'irradation la plus directe du Christ glorifié surtout par ces trois vertus qui renferment en elles la puissance même de Dieu. C'est en effet la résurrection du Christ qui a valu à l'homme de s'approcher si immédiatement de son Seigneur par cette triple activié, capable de sanctifier l'homme en toutes circonstances.
L'admirable défit de saint Paul au chapitre huit de l'épître aux Romains, est le cantique le plus sublime qu'ait chanté une voix humaine à la gloire de cette foi et de cette espérance, qui opèrent par la charité:" Qui accusera les élus de Dieu? C'est Dieu qui les justifie. Qui les condamnera? Le Christ est mort, bien plus Il est ressuscité. Il est à la droite de Dieu, Il intercède pour nous! Qui nous séparera de l'amour du Christ? Sera-ce la tribulation ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l'épée? Selon qu'il est écrit:" A cause de toi tout le jour nous sommes livrés à la mort, et on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie. - Mais dans toutes ces épreuves nous sommes plus que vainqueurs, par celui qui nous a aimés. Car j'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu, dans le Christ Jésus Notre Seigneur."
la foi de l'Eglise.
Parlons d'abord de la foi de l'Eglise. Au canon de la messe, dans la première des prières qui précèdent la communion du prêtre, se lit cette supplication adressée au Christ:" Ne regardez pas mes péchés mais la foi de votre Eglise."
La foi de l'Eglise, selon les paroles de cette solennelle prière, est une vision de beauté pour les regards du Christ. Elle lui permet de fermer les yeux sur les négligences des chrétiens, voire du prêtre lui-même. Cette foi est, en effet, le plus admirable prodige.
sa fermeté et sa pureté démontrent la présence de l'Esprit dans l'Epouse.
Sa seule existence, en tant qu'attitude spirituelle d'une immense collectivité, serait inexplicable sans la mystérieuse présence de l'Esprit dans l'Epouse.
La foi de l'Eglise est inaltérable: elle ne vacille jamais, elle ignore l'alternative des hauts et des bas, du plus et du moins. Toujours égale, toujours sereine, elle n'hésite et ne doute jamais. Jamais elle n'est obscure, jamais endormie: l'Eglise croit en tout temps, elle croit sans interruption, elle croit toujours la même chose. Ils ont donc raison ces théologiens qui estiment que la foi est le corps de l'Eglise, sa chair et ses os, si bien qu'on la peut appeler sa substance, sa constitution, sa stature et sa taille.
On ne voit guère, au premier coup d'oeil, comment une qualité surnaturelle et une attitude de l'Esprit - la foi étant l'une et l'autre - peuvent être l'élément constitutif d'une société, encore moines cette société elle-même. Dans l'ancienne langue chrétienne, cependant foi et Eglise sont termes synonymes: on appartient à l'Eglise parce que l'on partage sa grande foi.
C'est un triomphant chef-d'oeuvre de l'Esprit de vérité que ce maintien sur terre de l'admirable foi, indépendante de toute valeur ou sainteté humaine. Elle est une atmosphère spirituelle enveloppant notre planète et que respirent seulement les "fidèles". D'une pureté divine elle ne saurait être contaminée. Elle rejette toute influence délétère; n'y vivent à l'aise que ceux qui reçurent le don de complète conformité intérieure avec elle.
Ce maintien d'une foi si vivante nous livre le secret de la présence de l'Esprit sur cette terre. C'est la beauté de l'Epouse, c'est sa gloire que, dans un monde de ténèbres et d'incrédulité, il y ait une telle acceptation des mystères cachés de Dieu, un tel amour des vérités dérobées aux yeux des hommes, une telle constance à ne pas s'écarter d'un fil de la doctrine révélée.
Qui pourrait être l'auteur de cette mentalité, dont tous les traits sont d'une personnalité vivante, sinon l'Esprit? Et la mystique personnalité, c'est l'Epouse.
la foi est supérieure à l'homme, non l'émanation de ses sentiments.
La première caractéristique de la foi est d'être une vision de l'invisible, une connaissance de l'inconnu, un toucher de l'intangible, un amour du supra-humain. Transcendante, la foi l'est essentiellement et à tous les points de vue. Par définition, elle appartient à un domaine situé au-delà de l'entendement humain. Elle n'est pas un sentiment commun issu d'une foule aux intérêts identiques; sa voix n'est pas celle de la chair et du sang. Avoir la foi, au sens chrétien du mot, n'est pas connaturel à l'homme. On est ainsi amené à considérer la foi comme ayant une existence indépendante des mérites de ceux qui la professent; elle est sous-jacente à l'Esprit comme la surface de la terre soutient les plus vastes édifices, les temples les plus élevés.
en ce sens et à ce point elle était inconnue avant la Pentecôte.
Cette "impersonnabilité" de la foi, chose entièrement nouvelle dans l'histoire de l'humanité, ne trouve son explication qu'à la Pentecôte. C'est à dater de ce jour que la terre a connu cette pure beauté, cette lumière divine, avec cette résolution de volonté, cette prompte acceptation du vouloir souverain de Dieu, cette splendeur de vision.
son pouvoir sur Dieu.
La foi ici-bas n'est pas un tyran pour l'intelligence mais un ange du Seigneur, source inépuisable de bonheur par sa seule présence.
Dieu la considère, et il s'apaise; il y voit réfléchie sa propre image et il renonce alors à détruire un monde pécheur. L'existence sur terre de la foi est le seul espoir qu'ait le monde de trouver grâce devant Dieu; vînt-elle à disparaître, rien ne retiendrait plus sa colère.
Mais aussi longtemps que des hommes croiront à la Vérité de Dieu, le glorifiant en acceptant sa parole, fût-elle pleine de mystère, il y aura entre ce monde et lui correspondance, conformité. Car est- il est possible de croire - de cette foi qu'on attend du chrétien - sans grandement rendre gloire à Dieu? Cette confession de sa véracité implique un grand loyalisme: tout fidèle professe par là, au moins implicitement, le droit suprême de Dieu sur l'esprit humain.
sa valeur sans la charité.
Un croyant pourra manquer de charité, se trouver en état de péché; sa foi, bien que sincère et loyale, demeurera peut-être à part de sa volonté, qui devrait être le siège de l'Esprit-Saint. Mais ce sont là des accidents. Par elle-même la foi est une bonne volonté sans réserve de l'homme envers Dieu.
La foi de l'Eglise, dit saint Thomas d'Aquin, est pleine d'une beauté qui lui vient de sa "forme", la charité; "fides Ecclesia est fides formata".
Individuellement, l'adhésion des croyants peut en être dépourvue, mais ils n'en baignent pas moins dans la foi, comme les hommes se meuvent dans une atmosphère, qu'elle soit chaude ou froide.
elle conditione l'unité chrétienne.
La foi est le constituant de l'unité chrétienne: appartenir au bercail de la foi, c'est appartenir à la famille de Dieu. La charité n'est pas la première à réunir les chrétiens: c'est d'abord par la foi, qu'ils sont "un".
Tenter l'union par la charité sans l'unité de la foi serait aussi vain que de vouloir revêtir du même vêtement les membres d'un corps que la hache du bourreau a dispersés.
C'est le propre de la foi que, la professant de bouche en toute sincérité, on ne craint pas de se tromper ou de se faire illusion sur sa présence. Un homme sait s'il a la foi. Il est au pouvoir d'innombrables membres de la race humaine de professer le même crédo; cette profession leur garantit, sans conteste possible, l'unité de pensée.
La charité, elle, est sujette à plus d'illusions. Nous ne sommes pas certains de la posséder, mainte déception étant ici possible. On ne saurait être sûr de la charité d'un homme comme on l'est de sa foi.
La foi est la maison qui réunit la famille de Dieu. Parce qu'il est indispensable de ne pas prendre, par erreur, une autre demeure pour celle de Dieu, il a été donné à la foi, et à elle seule, d'être un signe auquel nul ne peut se méprendre.
Publié le 14 Janvier 2014
Le 13 janvier 2002, il y a 12 ans, disparaissait Pierre Joubert, grand dessinateur de la jeunesse et de l'aventure. Sa carrière a couru pendant plus de 70 ans et il a laissé des milliers d'illustrations et une oeuvre intemporelle.

Publié le 14 Janvier 2014
Publié le 12 Janvier 2014
La sainteté ici-bas devient une puissance terrible, surtout quand elle est attaquée.
Nous tenons beaucoup de choses pour acquises, nous les insérons sans aucune crainte dans le cycle de notre vie quotidienne, mais si un homme commet une profanation, tous, nous le considérons comme un monstre; en lui la parole de saint Paul se manifeste avec alarme " Si quelqu'un viole le temple de Dieu, Dieu le détruira". (I Cor III,17)
Or la cause de cette indignation provient d'une caractéristique très spéciale du chrétien: il est un être sanctifié; il a le sens, le génie de la sainteté; il porte ce don partout où il va, bien que le plus souvent il n'en ait pas conscience. Cette sainteté ne fait pas obstacle à sa vie humaine ordinaire; il ne marche pas comme s'il portait un vase précieux, mais fragile. Toute sa constitution est sainte, et pour cette raison, il ne la remarque pas dans la vie normale. Mais si une profanation, de quelque espèce, apparait, c'est comme une flèche dans sa chair, et s'il a lui-même commis un sacrilège d'une nature vile, le sentiment d'avoir violé la sainteté n'en est que plus cruel, en lui.
La sainteté n'est pas premièrement action; elle est avant tout et par-dessus-tout, une qualité. En langage savant, on pourrait l'appeler statique. L'action est ou n'est pas sainte, selon qu'elle est ou n'est pas conforme à une qualité immuable qui s'impose elle-même à la conscience humaine; elle se réduit elle-même aux concepts de dignité ou d'indignité. Un homme bon agit selon la dignité de son état, selon la qualité qu'il porte en lui, ou bien il se conduit d'une manière entièrement indigne de lui-même. Vraiment, il ne peut y avoir de péché que s'il y a en nous quelque valeur initiale que, dans notre état perverti, nous foulons aux pieds. Si nous êtions irrémédiablement vils et incurablement dégradés, nous ne pourrions pas plus être coupables d'une transgression morale que la plus basse des bêtes, car nous agirions alors selon notre nature, et cette action ne pourrait pas être regardée comme une faute.
Les actions des saints, quand on les regarde dans cette pure lumière, éclatent dans toute leur splendeur, parce qu'elles sont conformes à la grâce qu'ils portent en eux et qui est essentiellement une beauté.
Tout péché, vraiment, est une privation de beauté, de sainteté. Même donc, quand on dit qu'un homme bon acquiert la sainteté par de longs exercices de vertu, cela ne signifie, en stricte théologie, qu'une dignité progressive; il devient de plus en plus digne, chaque jour, de sa vocation:" Nous devons, mes Frères, offrir à Dieu de continuelles actions de grâces, et il est bien juste que nous le fassions, puisque votre foi grandit de plus en plus et que la charité que vous avez les uns pour les autres prend toujours un nouvel accroissement, de sorte que nous nous glorifions en vous dans les églises de Dieu, à cause de la patience et de la foi avec laquelle vous demeurez fermes dans toutes les persécutions et les afflictions qui vous arrivent, qui sont les marques du juste jugement de Dieu, et qui vous servent à vous rendre dignes du royaume pour lequel vous avez à souffrir." II thess. I, 3,5
C'est avec une étonnante majesté d'accent que le Christ réduit la pratique de la plus haute abnégation de soi-même à la simple règle de la dignité ou de l'indignité, mais il est lui-même le Saint qui distingue le bien du mal. " Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n'est pas digne de moi." Matth, X, 38
Cette présentation de l'action comme une expression de valeur contient tout un monde de sagesse. Fondamentalement, cette attitude signifie que l'arbre passe avant le fruit, que la grâce divine est au milieu de nous avant que nous soyons avertis de sa proximité, et que tout progrès consiste dans une compréhension croissante de sa présence permanente au-dedans de nous.
On ne nous demande jamais de grandes enjambées spirituelles, comme si nous devions sauter d'un abîme de ténèbres dans la lumière. Le feu est dans notre âme même, bien que nous puissions être aveugles et manquer de le voir:" Mais quant à la justice qui vient de la foi, voici comment Moïse en parle: ne dites point en votre coeur: qui pourra monter au ciel? c'est-à-dire pour en faire descendre le Christ, ou: qui pourra descendre aux enfers? c'est-à-dire pour rappeler Jésus-Christ d'entre les morts? mais que dit l'Ecriture? La parole n'est point éloignée de vous; elle est dans votre bouche et dans votre coeur. Telle est la nature de la foi que nous vous prêchons".Rom. X , 6-8
C'est plus que de la poésie à Dante, c'est l'exacte doctrine théologique, de dire que les esprits déchus, les démons sont continuellement à la recherche de lieux dépourvus de toute sainteté, si l'on en peut trouver de tels, parce que Satan et ses anges ne peuvent pas demeurer dans la sainteté, pas plus qu'ils ne peuvent demeurer dans la vérité:" Lorsque l'esprit impur est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos et il n'en trouve point." Matth, XII, 43
Même les déserts de l'Arabie n'offrent aux anges apostats aucun réconfort, car il s'y trouve aussi des régions, des atmosphères de sainteté. Y a-t-il un lieu meilleur pour la prière que le désert au coucher du soleil, en face de la gloire presque palpable de Dieu? La nature est remplie de sainteté, et partout l'esprit impur est hors de contact avec sa vie réelle. Le repos est pour lui une impossibilité; la surface de la terre lui brûle la plante des pieds. Où aller? "Alors il dit:" Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti." Matth.,XII,44
Cette puissante poésie du Christ est la puissance de la sainteté.
Même le désert devient insupportable pour Satan, esprit essentiellement impur; sa seule chance de repos est une conscience en état de péché:" Alors il va prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, et, entrant, ils y établissent leur demeure et le dernier état de cet homme devient pire que le premier." Matth XII, 45
La tâche des historiens serait grandement simplifiée s'ils prenaient à coeur cette révélation du vrai cours des choses, faite par le Fils de Dieu qui voit tout: la vision d'une armée innombrable d'esprits impurs, incapables de se reposer en dehors des coeurs des hommes souillés par l'iniquité. L'exécration ou la profanation de vastes étendues de contrées chrétiennes devient aussi simple, par cette explication, que les marches d'une armée de Napoléon.
Satan veut trouver du repos, et il est obligé de détruire, s'il le peut, toutes les citadelles de sainteté, que ce soit le clocher d'une église ou un calvaire sur le bord du chemin, ou un monastère ou une école chrétienne, ou une conscience qui est dans la grâce de Dieu. Satan ne peut pas se reposer, avec tous ces sanctuaires en face de lui. Il lui devient aussi nécessaire de détruire toutes les manifestations de la sainteté qu'il est nécessaire à un envahisseur de démolir les forteresses qui gardent les occupants légitimes d'un territoire.
Publié le 11 Janvier 2014
"Le sacrifice quotidien de l'Eglise catholique est le même sacrifice de la Croix rendu présent, la même immolation, non pas symbolique, mais in mystério, in sacramento.
Le sang versé sur le Calvaire, le Sang du Fils de Dieu; le sang est versé sur l'autel chrétien, sous un signe sans doute, mais en réelle vérité. Le sacrifice in mysterio et in sacramento est aussi réel que le sacrifice in natura. On demande parfois: quand la messe commence-t-elle réellement, - je veux dire quel est le moment essentiel et comme technique du sacrifice, - et quand finit-elle?
La véritable réponse à cette question est tout simplement que la messe finit quand l'Eglise cesse volontairement de se laisser considérer comme sacrifiant."
Le corps eucharistique et le sang eucharistique représentent le corps et le sang naturels du Christ. Le protestant irait jusqu'à dire que le pain et le vin eucharistiques représentent le corps et le sang du Christ; le catholique va plus loin et affirme que le corps eucharistique du Christ sous l'espèce du pain et le sang eucharistique sous l'espèce du vin représentent son corps et son sang naturels tels qu'ils étaient sur le Calvaire.
Telle est en définitive la véritable valeur de la représentation sacramentelle; et une telle représentation suffit par soi-même à constituer le sacrifice, car elle représente le Christ en cette période de sa merveilleuse existence où il n'était autre chose que sacrifice, puisque son sang était séparé de son corps.
Le protestantisme a nié le sacrifice eucharistique à des points de vue divers.
L'attitude non catholique qui, en un sens, se rapproche le plus de la nôtre est cette tournure d'esprit qui admet tout, ou presque tout, de la doctrine catholique de la présence réelle, et cependant nie le sacrifice eucharistique.
C'est une foi en l'Eucharistie moins le sacrifice.
Les temps primitifs du protestantisme, du luthéranisme surtout, ont manifesté cette attitude d'une foi presque totale aux réalités eucharistiques, alliée à une négation farouche du sacrifice eucharistique.
L'Eglise a maintenu que le rite eucharistique, tel que le Christ et les apôtres le lui ont enseigné, avec la double consécration et tout le symbole sacramentel qui l'entoure, est un véritable sacrifice.
dom Vonier.
et les modernos où ils se situent?
Publié le 11 Janvier 2014
"Sobrii estote, et vigilate :
quia adversarius vester diabolus, tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret :
cui resistite fortes in fide.
Etudions donc le christianus vigilans, le chrétien vigilant, sans discrimination du précepte et du don; il remplit un devoir et en même temps il exerce un merveilleux pouvoir de perception.
La simple métaphore du chien de garde ne peut pas être prise à la légère, puisque le Saint-Esprit n'a pas hésité a s'en servir dans les Ecritures, bien que dans un sens défavorable.
Le prophète parle avec sarcasme des ministres indignes de la religion:" Les gardiens d'Israël sont tous aveugles, sans intelligence; ce sont tous des chiens muets qui ne savent pas aboyer, qui rêvent couchés, aimant à dormir ."
Il y a dans le chrétien fidèle un tempérament qui semble être le résultat de tous les autres raffinements de l'esprit: son âme est sensible et craintive, facilement alarmée et bouleversée.
Ceci est plus que de la prudence, parce qu'on agit si vite et plus par impression que par une lente marche de la pensée.
Le chrétien offre le contraire même du caractère si énergiquement décrit dans le texte d'Isaïe que nous venons de citer.
Il faut l'admettre sans doute: Dieu a donné au chrétien une sensibilité très spéciale, qui est sa première arme contre les dangers innombrables qui assaillent son salut. La prudence seule serait trop lente.
Le danger est aperçu, non pas par la prudence, mais par l'instinct, et en ceci, le chrétien est radicalement différent du païen dans le sens que le Christ lui donna quand il dit, par exemple:" Et quand vous priez, ne parlez pas beaucoup comme les païens."
Le paganisme signifie ici un esprit complètement dénué du sentiment de la crainte, en ce qui regarde le mal moral; il n'y a pas d'alarmes, il n'y a pas de terreurs, il est stupidement ignorant de la présence de forces hostiles.
Or le chrétien est l'opposé même, il peut apparaître au païen un homme timide, rempli de frayeurs immaginaires, mais en toute vérité, il n'est pas un lâche, mais un guerrier très éveillé, qui connait la qualité de l'ennemi; par-dessus tout, il est doué d'une extraordinaire promptitude pour démêler les artifices de l'adversaire.
C'est en vérité un phénomène facile à observer de nos jours, que le "paganisme", l'attitude négative envers le christiannisme qui est si largement répandue en Europe, a pour conséquence une insensibilité, tout à fait incompréhensible pour un catholique, à l'égard des dangers du monde invisible.
Ce manque complet de réceptivité dans le coeur de tant d'hommes ne peut pas être considéré comme de la force d'esprit, même par un violent effort d'immagination; ce n'est rien d'autre évidemment qu'une insensibilité de l'âme et du coeur, une insouciance qui provient d'un total manque de perception.
Ces gens-là ne veillent pas, ne prient pas, car il n'y a en eux aucune sensibilité, ils ne sentent ni danger ni besoin, parce qu'ils n'ont absolument aucune vie.
Les doctrines les plus périlleuses qui causeront manifestement la ruine d'entières civilisations ne leur donnent aucune crainte, ils se mettent aussi souvent du côté des puissances de destruction. Ils ne voient dans la mort aucune sorte de gravité ni de terreur.
On dit volontiers que cette indifférence provient d'un défaut d'immagination, mais on atténue ainsi sans raison un phénomène lamentable, dont la cause réelle est une totale destitution de vigilance morale et surnaturelle.
Christianus vigilans, ce terme le classe d'une manière très claire et très définie; il donne à son caractère une précision de contours que les autres dons ne peuvent pas fournir; il fait de lui un homme mûr, expérimenté, prêt dans l'ordre spirituel.
C'est la maturité des années dans son âge surnaturel.
"Jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite du Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur astuce pour induire en erreur. "
dom Anschaire Vonier.
Publié le 11 Janvier 2014
En ce moment solennel, l'échange est conclu; quand la Vierge a prononcé son fiat, toute l'humanité a dit à Dieu par sa bouche:" Oui, ô Dieu, j'accepte; qu'il en soit ainsi" !
Et aussitôt le Verbe s'est fait chair:" Et verbum caro factum est. En cet instant, le Verbe s'incarne en Marie par l'opération de l'Esprit-Saint: le sein de la Vierge devient l'arche de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes.
Quand l'Eglise chante, dans le Credo, les paroles qui rappellent ce mystère: Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria virgine, et homo factus est, elle oblige ses ministres à fléchir le genou en signe d'adoration.
Adorons, nous aussi, ce Verbe divin qui se fait homme pour nous dans le sein d'une vierge; adorons-le avec d'autant plus d'amour qu'il s'abaisse davantage en prenant, comme dit saint Paul, " la condition de créature": Formam servi accipiens.
Adorons-le, en union avec Marie elle-même qui, éclairée de la lumière d'en haut, s'est prosternée devant son Créateur devenu son Fils; avec les anges étonnés de cette condescendance infinie vers l'humanité.
Saluons ensuite la Vierge: remercions-la de nous avoir donné Jésus; c'est à son consentement que nous le devons: per quam meruimus auctorem vitae. Ajoutons-y nos félicitations. Voyez comment l'Esprit-Saint lui-même par la bouche d'Elisabeth, Et repleta est Spiritu sancto Elisabeth, saluait la Vierge au lendemain de l'Incarnation :" "Soyez bénie entre toutes les femmes et que soit béni le fruit de vos entrailles! Heureuses êtes-vous d'avoir cru à l'accomplissement des choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur."
Heureuse, car cette foi en la parole de Dieu a fait de la Vierge la Mère du Christ. Quelle simple créature a jamais reçu de la part de l'Etre infini de pareilles louanges?
Vous le savez: l'amour d'une âme pour Dieu se mesure à son degré de grâce.
Qu'est-ce qui, en nous, empêche la grâce et l'amour de se développer? Nos péchés, nos fautes délibérées, nos infidélités volontaires, nos attaches à la créature. Chaque faute délibérée retrécit le coeur, affermit l'égoïsme.
Mais l'âme de la Vierge est d'une pureté parfaite; aucun péché ne l'a souillée, aucune ombre de faute ne l'a touchée; elle est pleine de grâce; Gratia plena; loin de rencontrer en elle le moindre obstacle à l'épanouissement de la grâce, l'Esprit-Saint a toujours trouvé le coeur de la Vierge d'une docilité admirable à ses inspirations.
Qu'elle ne dut pas être la joie de l'âme de Jésus de se sentir aimé à tel point par sa mère! Après la joie incompréhensible qui naissait pour lui de la vision béatifique et du regard d'infinie complaisance avec lequel le Père céleste le contemplait, rien ne dut tant le réjouir que l'amour de sa mère. Il trouvait là une compensation plus qu'abondante à l'indifférence de ceux qui ne voulaient pas le recevoir; il trouvait dans le coeur de cette jeune vierge un foyer d'amour sans cesse entretenu, qu'il attisait lui-même par ses regards divins et par la grâce intérieure de son Esprit..
Approchons-nous de Marie avec une humble mais entière confiance. Si son Fils est le Sauveur du monde, elle entre trop avant dans sa mission pour ne pas partager l'amour qu'il porte au pécheur
O Mère de Jésus, lui chanterons-nous avec l'Eglise, " vous qui avez enfanté votre Créateur tout en demeurant Vierge, secourez cette race déchue que votre Fils vient relever en nous empruntant une nature humaine." Alma Redemptoris mater..succure cadenti surgere qui curat populo;" ayez pitié des pécheurs que votre Fils vient racheter":
Car c'est pour nous, ô Marie, pour nous racheter, qu'il a daigné descendre des splendeurs éternelles dans votre sein virginal.
dom Marmion.
Publié le 10 Janvier 2014
L'Epiphanie dure encore: elle se prolonge à travers les siècles. "Nous aussi, dit S. Léon, nous devons goûter les joies des Mages; car le mystère qui s'est accompli en ce jour de ne doit pas y demeurer confiné. Par la magnificence de Dieu et la puissance de sa bonté, notre temps jouit de la réalité dont les Mages eurent les prémices."
L'Epiphanie se renouvelle, en effet, quand Dieu fait luire la lumière de l'Evangile aux yeux des païens; chaque fois que la vérité brille aux regards de ceux qui vivent dans l'erreur, c'est un rayon de l'étoile des Mages qui apparait.
L'Epiphanie se continue aussi dans l'âme fidèle quand son amour devient plus fervent et plus stable. La fidélité aux inspirations de la grâce - c'est Notre-Seigneur lui-même qui nous le dit, - devient la source d'une illumination plus vive et plus éclatante: Qui diligit me... manifestabo ei meipsum.
Heureuse l'âme qui vit de foi et d'amour!
Il se produira en elle une manifestation toujours nouvelle et toujours plus profonde du Christ Jésus; le Christ la fera entrer dans une compréhension toujours plus intime de ses mystères.
L'Ecriture sainte compare la vie du juste à "une voie lumineuse qui va de clarté en clarté", jusqu'au jour où tous les voiles tombent, où toutes les ombres s'évanouissent, où apparaissent, dans la lumière de la floire, les splendeurs de la divinité.
Là, dit s. Jean, dans son livre si mystérieux de l'Apocalypse où il nous décrit les magnificences de la Jérusalem d'en haut, là il n'est pas besoin de lumière, parce que l'Agneau, c'est-à-dire le Christ, est lui-même la lumière qui éclaire et réjouit les âmes de tous les élus.
Ce sera l'Epiphanie céleste.
"O Dieu qui avez en ce jour, par le moyen d'une étoile, conduit les nations païennes à la connaissance de votre Fils unique, accordez-nous, vous connaissant déjà par la foi, de parvenir à la contemplation de la face de votre suprême majesté."
dom Marmion
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Publié le 9 Janvier 2014
Il est de grande importance de mettre l'accent sur cette morale particulière du catholicisme au moment de la mort, car il y a tellement de paganisme insconscient de tous côtés, et l'insensibilité avec laquelle les hommes et les femmes de notre temps envisagent la mort, est un trait fort alarmant dans l'horizon religieux du monde moderne.
Il est certainement vrai que les diverses races et les diverses civilisations regardent la mort très différemment du point de vue naturel. L'Arabe du désert, par exemple, passe de la vie dans l'inconnu, avec une insouciance qui est absolument déconcertante pour une société dans laquelle on fait tous les efforts et l'on n'épargne aucune dépense pour retarder la mort le plus longtemps possible.
Tous les historiens doivent admettre que l'appréciation de la valeur de la vie humaine, telle que la montrent les hommes des divers époques, est différente.
Nous vivons nous-mêmes en un temps qui professe une estime presque excessive pour la vie humaine, mais ceci est tout à fait un trait moderne; dans la plupart des civilisations plus vieilles, la privation de la vie n'eut jamais autant d'importance qu'elle en a aujourd'hui. Mais, même quand on accorde ces différences dans les jugements de l'opinion, le fait demeure cependant que les chrétiens de tous les temps ont respecté l'heure de la mort comme une heure sacrée; ils l'ont entourée de toutes les cérémonies de la religion; même s'ils meurent joyeusement, ils meurent saintement, avec des prières sur les lèvres.
En dépit de cette estime exagérée de la vie humaine dans la société moderne, nos néo-païens, par une étrange contradiction, - bien qu'on rencontre souvent cette contradiction à la fois dans le domaine religieux et dans le domaine moral, - s'efforcent de nous imposer des méthodes qui révoltent notre sentiment chrétien.
Le mot gracieux "d'euthanasie" recouvre une très laide réalité; une vie inutile, une vie sans joie, une vie sans profit, devrait, par l'autorité publique et par les ressources de l'art médical, finir dans l'allégresse d'une extase.
Le catholicisme s'est toujours dressé avec force contre ces perversités et il continuera toujours de les combattre.
Mais, demande-t-on, sur quel principe fondamental exactement, l'Eglise base-t-elle sa conduite et réprouve-t-elle comme criminel et monstrueusement coupable tout attentat contre la vie humaine, même si cet attentat doit provenir des intentions les plus humanitaires et du désir de soulager ou de terminer la souffrance? Pourquoi donc le suicide est-il un crime si détestable aux yeux des chrétiens?
La position de l'Eglise sur ce point est extrêmement simple; il ne s'agit pas de savoir si une vie humaine est heureuse ou malheureuse, utile ou inutile; la question morale, qui est d'une importance si suprême pour la race humaine, se réduit à un seul principe: Dieu, et Dieu seul, est le maître de la vie et de la mort.
Si l'on nie a priori la souveraineté de Dieu, il m'est impossible de voir quelle réponse on peut donner aux apôtres de l'euthanasie. Dans ce cas, comme ailleurs dans la morale chrétienne, une seule réponse est adéquate: la suprématie de Dieu, l'ordonnance de Dieu, en d'autres termes, la volonté de Dieu.
Une société complètement éloignée de la foi dans les droits transcendants de Dieu retombera sur les avantages de l'humanité avec une sorte de recul violent et fera du progrès de la race une religion plus fanatique que jamais aucune religion déiste ne pourrait l'être.
Que cette grande élimination de la suprématie de Dieu soit voulue, et il ne peut plus y avoir de restreinte pour le docteur de l'euthanasie, pour l'apôtre du contrôle des naissances, pour l'eugéniste, pour le propagandiste de l'amour libre ou pour le spiritiste; tous ces prophètes auront pleine liberté de prévoir et de prédire la grande félicité pour l'avenir de l'humanité.
2/ de la crémation.
Je ne puis conclure ce chapitre sans dire un mot de la crémation.
Cette façon de détruire les cadavres par le feu est en vérité très ancienne dans le monde et elle n'implique nécessairement aucune impiété ou exécration.
Mais il est évident que jamais les chrétiens n'ont brûlé leurs morts. Un écrivain du troisième siècle, Minutius Félix, explique clairement que même à cette date primitive, l'opposition faite au bûcher funéraire ne reposait pas sur quelque crainte pour les corps des élus. Il dit:" Nous ne craignons pas, comme vous le supposez, que ce mode de sépulture soit nuisible, mais nous restons attachés à la plus ancienne et meilleure."
Il est évident que la réintroduction de la crémation dans la société moderne a été invariablement associée à une pensée d'hostilité contre la religion catholique et chrétienne et qu'elle a été très distinctement l'oeuvre de la pire espèce de la franc-maçonnerie continentale.
Les ennemis de l'Eglise ont chois la crémation comme une manière d'afficher leur révolte même dans la mort.
dom Anschaire Vonier
1946